HABILLEMENT
L'habillement des pensonnes aisées dans las villes et dans les villages est absolument le même qu'en France. Chacun se pique d'avoir un habit de
drap fin, et de suivre la mode avec exactitude. Tout ce qui croit posséder la moindre autorité cherche à se distinguer soit par quelque broderie , s'il le peut, soit au moins par un chapeau à ganse d argent.
Le percepteur d'un village, le receveur d'une mairie , le garde-forestier, ont des habits de dimanche élégants. Ds ont pour leur correspondance des têtes de lettre élégamment im|Himées.
Les femmes des villes suivent aussi la mode française avec un grand empressement, et leurs vêtements, les joura de fête, diffèrent à peine de ceux de touties les villes de France.
Il régne moins de luxe dans la classe des cultivateurs. En Piémont, l'habillement d'un paysan aisé se compose d'un habit de gros drap fabriqué dans des manufactures, de grandes poches sur le côté sou»-pendantes jus* qu^aux genoux; il est coupé par devant comme l'habit habillé; les boutons sont de soie ou du même drap. L'habit ne se ferme jamais, et montre une veste à pâtes de même couleur, garnie d'un seul rang de boutons ; la culotté est de calmou croisé, de couleur bleue; des boutons et une boucle retiennent les bas, qui sont de laine ou de filoselle couleur cendrée. On ne porte pas de sabots ; les souliers ont des cordons de cuir. Le chapeau est à trois cornes ; k chemise est boutonnée sur le devant; point de cravatte; les cJieveux de toute la tête èont réunis pour former une queue, qudquefbis ceux du toupet sont coupés sur le devant. Les habits d'hiver et d'été sont assez généralement les mêmes ; dans les chaleurs on quitte l'habit, «t on le porte avec assez de grâce sur l'épaule gauche.
Les manœuvres sont habillés d'un drap grossier &briqué dans le ménage avec la laine des brebis du pays, et conserve la couleur de la toison. Ils portent une veste courte au lieu d'habit ; le gdet est de laine ainsi que la culotte; les bas sont de laine brune; les souliers, blancs, bien ferrés, et à cordons; les bas, retenus par un simple bouton à la culotte; le chapeau est rond. En été, l'habillement consiste en toile grossière. Les muletiers, qAi forment une classe assez nombreuse, portent sur le chapeau un réseau de soie qui descend jusqu'au milieu des épaules et se termine par une houpe.
Les femmes portent un corset bleu de c^mdlot, se laçant par devant, et avec des manches arrivant jusqu^au coude. La robe est blanche ou cou-
leur du corset ; le tablier est blanc ; les bas sont bleus avec des coins rouges ; les souliers sont à boucles d'argent; le fichu blanc se croise sur le sein et se noue par derrière. La coiflfe, qui est élevée et garnie de fil darchal, forme deux ailes garnies de dentelles grossières qui saillent sur le visage; un tour de ruban vient se nouer par derrière. Les cheveux sont cachés sous la coiffe ; les pendants d oreille sont d or et les colliers se composent de plusieurs rangs de chapelet de grains d'or de la grosseur d'une forte perle, ce qui donne un air de richesse ; mais souvent ces grains ne sont que de verre doré. Le collier est retenu par un ruban noué par derrière ; des mitaines couvrent le bras jusqu'au coude. Les femmes de cultivateurs peu aisés ont un corset de drap ou de toile grossière, une robe de cotonine ou toile, un fichu croisé sur le corset, des jupons courts avec un tablier, des bas de filoselle, de gros souliers avec des cordons, des cheveux relevés en natte sur la tête et attachés avec une épingle ; elles ne portent ni coiffe ni chapeau.
En Ligurie les hommes portent une veste à poche en guise d'habit, avec boutons d'acier ou d'argent, un gilet rouge, une culotte dé cotonine blanche à boucles, des b^ blancs et bleus, des souhers à boucles rondes d'argent, cravatte de soic^, nouée sur la poitrine, chapeau rond avec cordons en or. Ces mêmes habillements, en été, sont faits de nankin, de bordât, ou de toile. Les cultivateurs pauvres ne portent pas de bas pendant Tété ; les jarretières sont déboutonnées ; ils portent des souliers, et n'ont souvent que la chemise et un pantalon. Habituellement ils ont un gilet et une veste-habit, qu'ils placent sur l'épaule gauche en été; l'hiver ils portent la veste, qui est de toile ou de drap grossier. Les gens de mer ont presque tous les jours les pi^ et les jambes nus ; ils portent des pantalons, et un bonnet de laine rouge ; ils ont pour la nuit une gros&e capote fort épaisse qui les couvre et leur sert de matelas dans le bateau.
Le costume des femmes est fort joli, et fait ressortir leur taille élancée; leurs robes de fête consistent en jupes de linon ou de mousseline et corset à manche, de taffetas noir; la jupe est quelquefois de même étoffe, toujours semée de bouquets. Elles portent un fichu qui dessine assez bien les formes de la gorge; elles le croisent par devant et le nouent par derrière. Leur tête est couverte d'un réseau en soie noire, qui tombe à la hauteur des épaules,
et porte deux larges rubans noirs garnis de frange. Ce réseau est surmonté de différents ornements en or; les cheveux sont frisés, et tombent sur le front. Les pendants d oreille sont en filigrane d'or; une chaîne dor pendue auj cou se' termine par une médaille, également dor, représentant une Madone. Cet habillement, modeste dailleurs, porte ayec lui un caractère d originalité qui plaît beaucoup aux étrangers; il est sur-tout usité dans larrondissement de Port-Maurice. Dans celui de Savone les femmes portent également un corset, qui se lace devant et derrière ; des jupes de cotonine ou de toile blanche ; leurs cheveux sont tressés et relevés sur la tête ; une fleur naturelle sert d'ornement; quand elles vont au soleil, elles jettent sur leur tête un mouchoir d'indienne, qui est lié à la hauteur de la gorçe et retenu dans les cheveux par deux épingles ; les ornements sont les mêmes que ceux dont nous venons de parler.
Parmi quelques variétés de costume on distingue particulièrement celui que l'on appelle Brigasco ; il est très favorable aux femmes : c'est un corset auquel sont attachées des manches de ratine écarlate et ornées de rubans ; il est échancré sur le devant, et laisse voir une chemise fort blanche, garnie dune dentelle grossière, mais qui donne à la personne qui le porte un air d'élégance et de propreté qui plaît ; les jupes sont courtes et d'une étoffe de coton bleu ; les cheveux sont réunis en forme de tresses et entrelacés d'un ruban bleu autour de la tête. Ce costume ressemble assez à celui du tableau de la belle Ferronière.
Mais le vêtement le plus élégant, et qui convient le mieux aux femmes dont.il relève les attraits, c'est le Mezzaro, qui est d'un usage général en ligurie parmi la population des villes : c'est une sorte de voile de mousseline, formant un carré long, orné quelquefois de broderie, et que les femmes placent sur leur tête en laissant les extrémités passer sous les bras et tomber à coté. Cette parure, qui cache en partie la figure,* mais qui en laisse distinguer les charmes, y ajoute encore par un certain air de douce modestie ; le reste du voile forme une draperie tombant avec élégance.
Tous les étrangers sont frappés de l'agrément de ce costume Qt de la grâce avec laquelle il est porté ; on peut dire que son effet est supérieur à celui du schall de cachemire si vanté et si recherché dans les grandes villes