‹ Statistique des provinces de Savone: d'Oneille, d'Acqui, et de partie de laChapitre 83 sur 88 · ORIGINE DES FORTUNES ET ÉMIGRATIONS PÉRIODIQUES · texte numérisé non relu

ORIGINE DES FORTUNES ET ÉMIGRATIONS PÉRIODIQUES

Le commerce est la source de toute prospérité sur le littoral ; c'est lui qui enrichit les familles des pays njaritimes; il enrichit aussi l'intérieur des terres en ouvrant des débouchés à ses productions. Le commerce a donné la vie à ce pays si peuplé et si florissant : c'est 1 appât du gain présenté k ses anciens et farouches habitants qui les a rendus hardis, entreprenants, qui a multiplié leurs relations, et qui, par des travaux immenses, leur a fait transformer des montagnes stériles en de magnifiques bois d'oliviers.

Lorsque la mer étoit libre et le commerce sans entraves, les fortunes se formoient rapidement dans les pays maritimes : une spéculation bien entendue doubloit quelquefois le capital, et, avec beaucoup de prudence et un peu de bonheur, une famille se trouvoit en peu de temps maîtresse d'une fértune considérable. Elle venoit alors s'établir à Gênes, dont la politique consistoit à attirer dans son sein tous les capitalistes, afin d'augmenter son commerce j on y inscri voit sur le livre d'or ceux qui avoient acquis de grands biens.

Dans les campagnes, les fortunes se sont élevées moins rapidement : le paysan honnête, économe, laborieux, et qui sait vendre le plus à propos le produit de ses terres, s'enrichit peu-à-peu et d'une manière sûre; mais ce n'est qu'à force de travail et d'économie.

L'aisance d'une famille est ordinairement le fruit de plus d'une généra-

tion. Le paysan ai$é joint aussi à ses travaux rustiques un petit comuierce, qui contribue à Fenrichir : il achète les olives des autres villageois; il les travaille pour son compte, et va vendre Thuile quil en retire dans les communes maritimes. Le bénéfice de ce trafic est assuré, et le produit est employé immédiatement à de nouveaux défrichements et à des plaptations d'oliviers. C'est à cette marche progressive qu'est due la création de ces belles plantations, soutenues en terrasses dans le$ penchants des colUnes les plus escarpées; ouvrage prodigieux, imposant témoignage de la constance et des efforts des habitants. Il n'est pas un hectare de cette culture qui ne revienne à ^ooo fr, au moins av^t d'être mis en valeur.

Dans les arrondissements pjémontais les fortunes ne sont pas les mêmes ; il ne faut pas chercher de grands patrimoines : la nature du sol, sa situation physique et topographyque, s'y opposent également. Des propriétaires, i^egardés con^me riches dans ce pays, ne seroient pas tels en Lombardie, où de vastes p|aii)e$ et des terrains fertiles assurent de grapds revenus; ni dans la Ligurie, où le commerce procure d/es avaptages immenses.. Ce nes^ qu'avec la plus ^ge éçoqpmie que le propriétaire peut cons.çrver sa fortune ; plusieurs exemples prouvent que le ii^ioindre dérèglement suffit pour faire chanceler en peu d'années un patrifnoine assez considérable, et qu'il feut beaucoup de temps et de peines, pour rétablir dçs affaires dérangées. Le commerce de la soie, celui des transpor^ts gréant quelques fortunes,, mais on voit en général ces fortunes se dissipiir et 4isp9rciitre en peu de teu^ps.

Les principales familles maintei^oiept leur ^^nce et ^utenoient leur nom par l'inégalité des partages : i'alné r^ueiUoit tQut* l^n Ligurie , les au^es enfants entrent dans les couvents, et les wcirçât SAçr4s; en PiémojiA^ on les pUçoit dans te ipilitaire.

L'iiidustrie corée aujourd'hui de nouveaux «Aoyea^ 4e prospérité, en étar blissant sur divers points une émigration périodique, qui tend à cherdb^çf chez l'étranger d'autjres espérances et d'auti:es çessQurcçs. A yajdt la pémiion du Piémput à \^ Eranpe cenf quatrer-viiigte Xfarrieirs quittojent tous les 9«s la^cojcnmupe d'Al^ç pour, se cen4r^-4aj»s 1q roy^/jtœe.d'kîklie, en Tosyranç, à Parme, Vérone, et Venise; ils étpieut,4ivisés^€^ cohortes., qu.oi^ appelçit uA^itrises, ayai4 pour chef le preoMei: ouyriçr. Letpaois de. septembre éloit

l'époque de leur départ, et ils rentroieiit toujours à la fin de mai. On évalué les épargnes qu'ils appdrtoîent chaque année dans leur comniune à 6o,oôô f. ï)epuis la réunion du Piémoiit cette émigration se trouvoit réduite à peu près k un tiers; éri voici les èfiotifs : les verrière d'Altare âvoîent dés statut* appï^ôavés par le roi de Sardàîgn'e, d'aprè'^ lesquels il letir étoit défendu d'enseigner leur art ani étrangers, sous peine Jêtré eiilés de la commune et de voir leurs biens confisqiiés. Leurs consuls se rendoîent caution pour tous ceux qui alloient travailler à l'étranger. Ces ouvrière, ayant acquis une i^éputation méritée par leur probité, étoient en général recherchés dans tous les établissemeiïts de l'Italie. Depiris là réunion du Piémont à la France les statuts d'Altare ayant cessé' d*ê'trë en vigueur, les verriers ont fait, dans différentes fabriques, des élèves qui les ont remplacés.

Oh comrptoit autrefois environ trois cents scieurs de long émigrànt dans le canton de Saôsello ; il ne sort plus que la moitié de ce nombre. L'émigratiori périodîqfue a lieu ordinairement ai la fin de novembre de chaque année, époque où la neige commence à couvrir ces pays montagneux. Les scieurs dé Sassello se bôrneàt à parcourir lé territoire des départements de Gênes , Marengo, Alpes maritimes et Apennins; iïs rentrent chez eux au mois de mars. Ceux des communes d^Alba, Tigliettô et Martine, même canton, se rendent ordinairement en Toscane et dans les Étslts Romaiàs; ils ne reviennent qu'au mois de juin. On calcule à 3o,ooo'fr. environ le montant des sommes que ces ouvriers rapportent daiis leur pays.

Lorsque la communication avec la Sardaigiie étoît Kbre, plus d'un millier d'hommes partoient annuellement d'AUassio et de Langueglia, sur une vingtaine de brigantins, pour aller faire la pêche dû Aon dans les parages de cette île. Le commerce dé ce poisson faisoit la richesse de ces deux communes, qui ont toujours fourni de bons marins; depuis, les circonstances avoient presque anéanti cette ressource : seulement, en 1808, quelques liavires d^Alassio ont pn aller charger du thon, déjà préparé, au moyen de licences spéciales accordées par le gouvernement. Dans les années favorables, les profits de ce commercé s'élèvent à 260,000 francs.

Avant les événements de Bayonne et la révolution d'Espagne, plusieurs des habitants des cantons maritimes de larrondissement de Savone, et parti-

culièrement de Pietra et de Finale, se rendoient dans ce royaume et notamment à Cadix où ils exerçoient divers métiers; quelques uns sadonnoient à la contrebande. Plusieurs d entre eux étoient agriculteurs et se plaçoient comme domestiques. Lie nombre de ces émigrations étoit considérable, mais elles yarioient suivant le plus ou moins d'abondance de la récolte. U n y a jamais eu d'époques fixes pour les retours; il en revenoit tous les ans, et il en revient encore aujourd'hui; la plupart, à laide de leur industrie , fajsoient de bonnes affaires. M. Montlessisto, de Sa voue, fit, il y a quatrevingts ans, une fortune immense et quon portoit à 4)000,000; il légua à l'hospice de Savone 200,000 francs. On ne peut évaluer d'une manière sûre ni même ap{m>ximative le bénéfice que produisoit cette émigration; elle enlevoit beaucoup d'hommes au département pour quelques fortunes individuelles qu'elle créoit. Il sort également tous les ans de l'arrondissement d'Acqui, à l'époque de la moisson, huit cents cultivateurs des plus misera-bles, dont un tiers de femmes; ils se rendent dans le département de Marengo, et retournent chez eux quinze ou vingt jours après, chargés d'environ un hectolitre de blé chacun ; ils partent principalement des cantons d'Acqui, Yisone, Dégo, et Spigno.

A l'époque de la coupe du riz, deux cent cinquante hommes des mêmes cantons émigrent dans l'ancien département de la Sésia où ils ne restent qu'un mois, et ils reviennent avec trois hectolitres de maïs qu'ils achètent sur le produit de leurs journées. Un dixième de ces ouvriers succombe communément à l'action des fièvres tierces qu'ils prennent dans ces climats malsains auxquels ils ne sont pas habitués. Cent hommes des cantons de Nizza, Saint-Stephano-Belbo, Incisa, et Castelletto d'Orba, sortent en hiver et vont travailler dans les départements de Gênes, Marengo, et dans le royaume d'Italie ; leurs profits sont peu considérables dans cette saison des besoins ; ils rentrent à la fin de Thiver;

Quelques ouvriers étrangers se rendent aussi dans Montenotte, mais ils y sont appelés ou par des circonstances extraordinaires, ou ils viennent en petit nombre, le pays étant trop pauvre pour les nourrir.

Cent ^cinquante maçons du royaume d'Italie et du département de la Sésia sont dans l'usage de se rendre tous les ans dans ce département; ils y

travaillent sur tous les points, soit aux nouveaux établissement^, soit aux nouvelles routes. Ils arrivent {j^énéralement au printemps, et demeurent toute laniftée s*ils ont beaucoup de travail. Les entrepreneurs des routes font généralement venir du Piémont des mineurs et des terrassiers qu ils augmeiitent en proportion des fonds accordés. ^

Il arrive de même deux fois Tannée cinq ou six troupes de chaudronniers napolitains, composées de trois ou quatre individus qui parcourent tous les pays et sy arrêtent suivant le travail qu'ils y trouvent. On pourroit citer aussi quelque^ troupes de comédiens qui viennent à Savone, et quelquefois dans les chefs-lieux d arrondissements.

Dans Tintérieur même du département on voit, pour la récolte des olives dans les bonnes années, une quantité considérable d ouvriers affluer de laprondissement de Geva, sur le littoral. Ils ne rapportent point ou presque pas d argent dans leur pays ; leur nombre varie suivant les années et les besoins de la récolte.

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