INTRODUCTION DES NOMS DE FAMILLE
Les noms de famille ont parmi nous ime origine beaucoup moins ancienne que ceux des communes. Tant que les hommes, attachés à la glèbe et considérés comme une sorte de bétail, furent sans influence politique, ils n^eurent point d^état civil, parce qu'ail importait peu de distinguer les familles : les individus n^étaient connus que par le nom qu^ils recevaient au baptême ou par quelque surnom. Mais lorsque Tesprit d^associatîon s'^établit, lorsque, dans le XII"' et le XIII"* siècle, les communes se reconstituèrent avec leiws franchises , que les hommes eurent des droits , des privilèges , une fortune particulière, il fallut bien constater les liens de famille par des noms propres héréditaires. Les seigneurs les prirent des terres qu'ils possédaient ; les gens de lettres du heu de leur naissance ; les Juifs convertis et les riches marchands de celui de leur demeure. Les autres les prirent tantôt des surnoms et des noms de baptême qu'ils portaient déjà , tantôt de quelque profession ou métier , de quelque habitude ou de quelque qualité physique ou morale , tantôt enfin des lieux dont ils étaient originaires.
« Le paysan qui s'éloignait du lieu de sa naissance, dit M. Salverte (1), )> était suffisamment désigné par le nom de ce lieu chez les habitans d'un » autre village parmi lesquels il s'établissait. La désignation passant à ses » enfans devint héréditaire ; par elle , et sans l'avoir cherché , le paysan se I» trouva assimilé au seigneur de son hameau natal, et, comme les affranchis » romains qui portaient de droit le nom de famille de leur patron , il prépara )> à ses descendans et à ceux de son ancien maître une confusipn de nom i> dont l'orgueil nobiUaire eut plus d'une fois à gémir. »
Les noms héréditaires restèrent inconnus dans les campagnes pendant long-temps encore, mais enfin ils s^y introduisirent, et des registres de l'état civil s'ouvrirent presque partout dans le XVI"* siècle.
(1) Essai historique et philosophique sur les noms d'hommes , dépeuples et de lieux, considérés principalement dans leurs rapports avec la civilisation, tome II, page 30.