‹ Statistique du département de la DromeChapitre 24 sur 234 · DES VAUDOIS ET DES ALBIGEOIS · texte numérisé non relu

DES VAUDOIS ET DES ALBIGEOIS

Les désordres de la féodalité s^étaient introduits dans le gouvernement de réglise. Les évêques , devenus possesseurs de fiefs , furent soumis à toutes les obligations d^un vassal envers son suzerain , et ils durent le suivre à la guerre. Ils furent , par là , assujettis à toutes les représailles et à toutes les vicissitudes des expéditions aventureuses ; et c^est ainsi que nous voyons , dans le moyen âge , tant de prélats prendre le casque et Tépée.

On conçoit que quand , au lieu des mœurs douces et pacifiques de leur état , ils eurent contracté les habitudes des camps , il n^ eut plus de règle , plus de discipline dans Tég^se , et que le bas clergé dut abuser souvent de

(1) C'est en vertu d'un arrél de celle commissron , en daté dii 24 mai 1755, que Mandrin mourut sur un échafaud", à Valence.

Tabandon auquel il était livré. Tous les historiens s^accordent à dire qu'il croupissait dans une honteuse ignorance , ou se déshonorait par les vices inséparables de Favarice et de Toisiveté.

L'église ne tarda pas de reconnaître qu'elle marchait à sa perte , et que ces habitudes guerrières , ce relâchement de tout lien , ce mépris de toute règle y amèneraient tôt ou tard des schismes funestes. Elle garda les fiefs en s'afti*anchissant des charges , et ne fit plus la guerre. Mais Feffet était produit : aux mœurs pures, aux pratiques saintes de la primitive église, avaioit succédé de scandaleux déréglemens et de grossières superstitions.

On voit .par les actes des conciles qu'aflSigés de ces désordres , de zélés prélats, car il y eut dans tous les .temps d'Honorables, et .de nombreuses exceptions , voulurent y mettre un terme , mais ce fut en vain : les évêques et les abbés, partout riches et puissans, étaient sans cesse distraits des devoirs de Tépiscopat par une foule de soins temporels, a La plupart des I» seigneurs qui devenaient évêques , dit M. de Barante dans son Histoire » des Ducs de Bourgogne ^ tome II, page 214, ne considéraient que i> l'importance des revenus du siège; ils tenaient état de prince; on ne » voyait dans leur maison qu'un train brillant de domestiques , un grand )) bruit de chevaux et de chiens, quelquefois pis encore : c'était un scandale « pour les peuples, et ils attribuaient leurs malheurs et la colère de Dieu » au manque de piété des évêques )>

Aussi la multitude était-elle toujours prête à adopter les doctrines nouvelles, et à écouter les hommes qu'une sainte indignation et une exaltation rehgieuse faisaient chefs de sectes. On était sûr d'être favorablement accueilli lorsqu'on prêchait contre le clergé , qu'on demandait la réforme des abus et le retour aux préceptes évangéliques.

ii47. Pierre de Bruys fut un de ces réformateurs. Il était natif des Baronhies ,

et c'est dans les montagnes du Dauphiné qu'il commença à répandre ses doctrines.

il soutenait que le baptême était inutile avant l'âge de puberté , que le sacrifice de la messe et les prières pour les morts n'étaient pas nécessaires , que les autels , les églises, les croix n'intéressaient point la divinité , que ce qu'elle voulait c'étaient de bonnes œuvres et des mœurs simples et pures. Il parcourait le pays, saccageant les églises, s^battant les croix et renversant

les autels. Il passa: dti Doophiné en Languedoc ; il j fut arrêté ^t brûM vif, mais il laissa des di9oij)leâi' ' , . . .. v

Pierre Valdo où de Yaiid appavùt ^n 1 4B0. C'était un riche mardiand de i46o. Lyon Y et les mokitagnes^ du Dauphiné furent é^alenieilt le lieu: de ses premières prédications. ..>*,'. *

Il enseignait que, eomme tous les chrétiens so|it^*firèt<efe, Icu^s biens devaient être cœnmuns y et il joignait Texeraple au pt*éciépte *m |i^tageknt le sien aux pauvres. tJikfi de ses ttKdtimes ^ SiBmblable à ceJlé aei, ^àkers de nos jours, était de ne jurer ni de tuer. Il menait une vie î^postolicjae , prêchait sans cesse , marchait nu-pieds , priait à genpiix sept fois pendant le jour , et autant pendant la n|iit. IX ne mangeait point de viande, ne buvait point de vin , et ne voulait qu'aune notii*riture simple et frtagale. fl soutenait que ses disciples avaient le même pouvoir que les j)r'êtres de consacf^ et d^administrer les sacre^nen^ , que là messe , le ptu*gatoiré ,' ÏMut^Aé du pape et des évêques, et d^autres artidesde lai^bi catholique étaient de ^iavaltion des hommes.

Il fit de nombreux prc^âyt^. Sa doctrine ga^a les ^ovinéfes Vôiskiès ', et surtout le Languedoc, oà se disciples se k^^nirent à cé^-dê Pi^i^e de Êrây^.' Ils s^établirent princîpaliemeiit dans le diocèse d^AlW^ et lie- forent plWs connus que sous le nom à! Albigeois * Leitfs opinions pétiéttèreMen Ëspagnéy en Italie et jusqu^en Allemagne. *».>»* !

Comme il fallait donner une 'Cause a rétablissement dè^ Albigeois en Languedoc et aux progrès toujouri croissans de leurë dofetnnes ^ on àccusk Reymond, comte de Toulouse j de le^ prot^jger. fl èiit beau s'en défendre, les légats et les inquisiteurs le signalèrent comme fe* complice de-riièrésie.' On lui suscita des guerres, et il fallut bien qu'ail prit les armes.

Le Comtat-Venaîssin était à lui. Il* y leva des troupes , et porta la guerre dans les diocèses de Vaîson et de Saint-Paul-trois-Châteàux. Il fit surtout de grands ravages dans leTric^stin. Il avait mis le siégef devant Sain(>-Pîtul : 1202.

le faubourg était réduit en" cendres, et le feu commençait d^embrilser là

ville , lorsque les habitanS , efiray es des désastres de cette guerre , se rendirent au comte de Toulouse. *

L'évêque était alors Bertrand de Piarrelatte. Un traité intervint entre le comte et lui. Du consentement des dbanoines de son égHse^ des chevaliers

fis CHAPITRE PREMIER.

et deâ l>ourg0oiâr de Saint-Paul, il promit à Reymond de le servir , lui et se5 successeurs , en plaid et en guerre , envers et contre tous , pour la ville de son siège et pour les domaines de révêché qu'ail possédait actueUement , et qu^il posséderait par la suite. // donna un haUer au comte pour marque de sa fidélité y et il promit de marcher eu armes, à ses dépens, toutes les fois çpjHÏL y aurait dans le pajrs cheçauchée commune pour le comte.

Rejmond promit, à son tour, en baisant l^éveque en signe de safidéUtëj de le protéger à ses frais , en plaid et en guerre y lui , son église et ses domaines (})' -

Cependant les Albigeois faisaient chaque jour de grands progrès. On publia une croisade contre eux , et le pape promit les mêmes indulgences que pour la guerre contre les infidèlqs de la Palestine.

Les prédicateurs et les légats du saint-siége réunirent plus de 500,000 hommes en peu de mois. Le Valentinois fut indiqué pour le lieu du rendez» vous , et \e comte Simon de Montfort vint j recevoir Tarmée et en prendre le commandement.

Le comte de Toulouse, que Ton signalait plus que jamais comme le

diaf des: Albigeois^ fut excommunié. Le pape promit ses états tu premier

^09. occupant. Le légat Milon réunit à Montélimar tous lés évêques 4e la province

et des provinces voisines, et ils ajournèrent le comte à comparaître ai

personne à Valence.

Uévèque de Saintr-Paul fit annuler par cette assemblée le traité qu'ail avait conclu en 1202 , comme étant le résultat de la vic^ence.

Rejmiond se rendit à Valence , comme il en était requis , et dans cette nouvelle assemblée d^évéques et de grands seigneurs il fit et promit tout ce qu'ion voulut.

Sa réconciliation avec Féglise rendait la guerre sans objet; mais les princes, dont elle flattait la cupidité et Tambition , refusèrent de poser les armes* Le Languedoc fut inondé de sang. Ses* plus belles villes fiirait livrées aux flammes, et ses^ malheureux habitons furent &i proie à toutes les horreurs de la faim et de la misère. Cette affireuse guerre de Français contre Français répandit plus de sang et fit, en dix ans, plus de mal à nos provinces

(1) WsUire d$ Languedoe^tovoj^ IU> paçellS

nistoiRË. 1 1 9

tnérîdionales que les invasions des Sarrasins ne leur eu ayaieut fait ^a, plusieurs siècles. »

Pendant que les croisés étaient occupés eii Languedoc, des trouUes se manifestèrent dans le Valentinois et le Diois , où le comte de Toulouse et les Albigeois conservaient des intelligences et dés amis.

Ces troubles allaient croissant , lorsque le comte Simon de Montfort vint i2i>, les appaiser.

n n'y avait que peu de jours qu^il avait gagné , à Muret , cette bataille fameuse oil le roi d'Aragon fut tué avM plus de 1 00^000 Albigeois.

Aymar , comte de Valentinois , était à la tète des révoltés. Il fortifia* les places du Diois , mit garnison dans la tour de Crest , et opposa une si vigoureuse résistimce, que Montfort, rappelé d^ailleurs eh Languedoc par de plus grands intérêts , fit la paix et se redra.

Peu de temps après , Aymar recommença les hostilités , en faisant une incursion en Provence. Montfort aecourut et porta la guerre encore une fois dans les comtés de Valence et de Die. La tour de Crest fut de rechef, mais en vain , assiégée par lui.

Montfort et Aymar , après s'être inquiétés quelque temps , firent une nouvelle paix qui ne fut plus rompue. ,

Le malheureux Reymond n'avait pu tenir contre des forces inégales. Il fut 1229. dépouillé de ses états ^ et de cette époque funeste datèrent les prétentions des papes sur le Comtat-Venaissin.

La secte des Vaudois n'avait pas été entièrement détruite. Un concile i2^t». assemblé à Valence en 4248 prescrivit contre ^ax de nouvelles rigueurs , et ce qui atteste toujours davantage l'ignorance extrême du clergé à cette époque , le concile s'occupa sérieusement des sorciers , et détermina les peines que pourraient lexu* infliger les évêques.

De nouvelles rigueurs furent exercées en 1380; mais les malheureux idso. Vaudois n'opposaient plus depuis long-temps aucune résistance; ils se bornaient à fuir la persécution en se retirant dans les montagnes. Leurs ministres étaient, en général y des Piémontais et des Lombards, qui exerçaient sur ces âmes exaltées une influence d'autant plus grande , qu'ils alliaient à la douceur et à la simplicité des moeurs toute l'ardeur d'un zèle fanatique.

On leur fit, en 1491 , une guerre noa moins active et cruelle que toutes thOi.

120 CHAPITRB PREMIER.

1513. celles qui avaient précédé ^ et on la renouvela ^ 1513. On ne se contenta point de confisquer leurs biens , on voulut enqpre contraindre les chefs de famiUé à dénoncer aux inquisit^iff s kurs femmes et leurs enfans , et ceux-ci leurs maris et leurs, pères. Ceux qui persistèrent dans leurs doctrines furent brûlés : il y eut mêmje; dit Chorier , des peines pour ceux qui se soumirent, car il leur fut enjoint dfi portei* à Tavéï^r sur leurs habits , s^ils étaient jaunes , une croix blanche , et s^ils étaient blancs , une croix jaune. . Malgré toutes ces rigueurs ^ il testait encojre des sectat^irs de Valdo dans ce départcanmt lorsque les ré£brmat«tir& du XVIT siècle parur€a:it^ et comme le foîid des dcHix systèmes était le. m^ey ils s^uoirent ^1). Les .protestans trouvèrent à pette union TaVanta^xle s^enter sur une secte déjà afaciatme, et les Vaudois j vireoÉ tihe.protecti^ çt une garantie auxquelles les souvenirs du passé leur faisaient attacher xm igrand prix (2).

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