‹ Statistique du département de la DromeChapitre 25 sur 234 · DU PROTESTANTISME ET DE LA LIGUE · texte numérisé non relu

DU PROTESTANTISME ET DE LA LIGUE

Les abus delà puissance. sacerdotale n^avaient pas cessé ; Tigilorance et les déréglemens des gens d^église continuaient d^exéiter les plaintes des hommes les plus recommandables.

(1) € Les églises vaudoises du Dauphiné ont' été, dès plusieurs centaines d'années,

» éparses en divers endroits de la province. Car ils ont eu ^gKscs au ValentinoiÀ, où,

>» encore à présent, iïy a des lieux es qudls, de temps imtnéttorial, la croyance dc$

» Vaudois a été reçue àa père)ea iiis, comme est )e lieui ijes FauIqi«tQs et de B^iiregard

p en Valentinoisi, et la Baulme pr^s Crest, desquels lieux nous sont tombés en main

» des procès contre certains particuliers desdits lieux , pour avoir été prévenus parles

» inquisiteurs comme adhérans à la croyance desdits Vaudois, il y a plus de trois

» cents ans. »

î ' , ( maùln «ks Vaudoti, 1 toK xn-it t fi Je«i*Paiil Pemn. OçaèTC^ 1028. )

(2) M. Rcederer, lome H, page 174. ' — Voytt encore, pour tout ce qui concerne les Vaudois, Mbreri, Chorler, tome II, pages 69, 70, aftl, 392, 494> 500^ 601, 602, 512 et 552. — Voyez aussi les Histoires de Provmce et de JLa^gMçc , e^Vffistçîre de^ Vmd$is^ de Jean*Paul Perrin.

(S) Morçrî, art. ProUsUns. -*• Cttorieh*^ tom^II, jp^e ôfiS ci kuivaiftes. -^ IIL Ûocliîery

Cependant les lumières renaissaient. Les Médicis à Florence , Léon X à Rome, François T' à Paris, favorisaient les sciences et les arts, et sur plusieurs points de TAllemagne s'élevaient de savantes écoles. Tout annonçait que les temps d'ignorance et de barbarie venaiwt de finir , .et qu'une grande révolution intellectuelle se préparait.

Mais à mesure que la raison publique faisait des progrès, les désordres du clergé devinrent plus choquans; son influence et sa considération

s'affaiblirent.

Léon X ne pouvait choisir un temps plus inopportun pour renouvder Tabus des indulgences , dont Jean XXII avait donné le dangereux exemple en 1319. Cette fiaiute, il la fît pourtant, et Léon X était homme d'esprit et de sens!

C'est en 1515 qu'il employa la ressource des indulgences pour enrichir le i^i^trésor papal. Ses délégués parcoururent la chrétienté , les bulles d'une main et le tarif de l'autre. Chaque acheteur pouvait non-seulement gagner le paradis , mais tirer des flammes du purgatoire les âmes de ses parens et de ses amis.

Léon X porta l'aveuglement jusqu'à autoriser la mise en ferme du produit des indulgences , à la manière des droits de péage et d'octroi. C'était pousser l'abus juscpi'au scandale , et de toutes parts s'élevèrent des plaintes amères.

Un moine saxon nommé Luther fut celui qui se prononça avec le plus de force contre cet abus monstrueux. Il pubh'a plusieurs écrits dans lesquels il contesta au pape le droit des indulg^ices , en termes violens et quelquefois grossiers.

Le pape condamna les opinions de Luther en 1518. Luther répondit, et i5i8. une répUque du pape, en forme de bulle, parut en 1520.

Luther fit brûler la bulle , en appela au futur concile , et continua de 1520. prêcher ses doctrines. La grâce, le libre arbitre, les sacremens, le purgatoire, l'autorité des papes, les vœux monastiques, furent le sujet de ses attaques.

Le 3 janvier 1521 , Léon X fulmina un nouvel anathême contre Luther iô2i.

page 180 et suivantes. — Histoire de l* Église de Sdnt^Paui^rois^ChâUaua: , par Boyer. — Histoire de Provence, tome IV. — Histoire de C Eglise de Vienne, par Charvet. — Histoire de Languedoc, tome Y. — Histoire de Paris, par M. Dulaure, tomes IV et Y. — Essais historiques swr Faïence, par M. OlUvier. — Histoire de Dapuy^Montbrnn , par M. Martin.

et ses sectateurs , et les déclara hérétiques. Ils ne gardèrent plus de mesure :

la guerre fut déclarée.

Les opinions de Luther firent de rapides progrès dans toute rAllemagne.

Zuingle les introduisit en Suisse ; elles germèrent en France.

La Sorbonne les condamna en 1521 ; mais ces sortes de sentences n^ont

ordinairement pour résultat que de donner une plus grande publicité aux

opinions qu^ori veut proscrire , et c'est ce qui arriva. On ne s'occupait plus

que des indulgences , de Luther et de la Sorbonne , et les doctrines nouvelles

se répandaient chaque jour davantage. Deux partis se formèrent à la cour , Tun pour , Tautre contre la réforme.

Faible et vacillant dans sa foi , François T' se montrait avec les uns favorable

aiix idées nouvelles , et avec les autres il s'y montrait contraire. 1525. Les affaires d'Italie vinrent compliquer les embarras de la cour. La bataille

de Pavie fîit donnée et perdue le 24 février 1 525 , et François I" ne sortit 15Î6. de captivité que le 21 février 1526.

Son retour fut signalé par de sanglantes persécutions que la mère et la

sœur du roi cherchèrent vainement à conjurer. 1555. La reine-mère mourut en 1 533 , et l'influence du parti contraire étant

devenue plus grande , les bûchers furent allumés , et la France consternée

se demandait quel serait le terme de tant d'atrocités. 1555. En 1535, le roi défendit toute impression de livres nouveaux dans le

royaume , sous peine de la hart. Il ordonna l'arrestation de tous les protestans

qui se trouvaient à Paris , et défendit de leur donner asile , sous peine d'être

brûlé vif. U permit l'établissement d'un tribunal d'inquisition dans la capitale,

et la création dans le parlement d'une chambre chargée spécialement de

condamner les hérétiques au supplice du feu.

Ces rigueurs obligèrent un grand nombre de protestans à sortir du

royaume , et c'est alors que Calvin se réfugia à Genève et s'y fit chef de

secte (1).

(1) Les protestans sont ainsi nommés, parce qu*à la diète de Tempire de 1529, les princes attachés aux opinions des novateurs protestèrent contre toute loi qui défendrait des innovations en matière de religion.

Les protestans adoptent la Bible conmie un ouvrage inspiré par Dieu. Ils recommaUf. dent la lecture et Tétude des livres sacrés^ dont ils ont fait fidre un grand noujibce de

On fallait une guerre d'^extermination aux livres nouveaux et surtout aux traductions de la Bible et des psaumes.

Les persécutions s^étendaient sur tous les points de la France où les nouvelles doctrines avaient pénétré.

En Provence , ces rigueurs avaient pris un caractère de cruauté sans 1540. exemple. On avait massacré en 1540, au nom du roi et en vertu dW arrêt du parlement d^Aix , les habitans de tout âge et de tout sexe des bourgs de Mérindol et de Cabrière : on avait rasé , incendié les maisons de ces

malheureux.

François I"* mourut le 31 mars 1547. Les persécutions qu^il avait fait iw.

traductions dans toutes les langues; cependant aucune de ces traductions n*est regardée comme authentique^ et pour eux le texte original fait seul autorité. D'après leurs doctrines, Dieu a donné àThomme, outre la révélation, deux grandes lumières : la saine raison pour entendre sa parole, et la conscience pour lui servir de guide dans ses actions. Us rejettent toute autorité humaine en matière de foi, même celle des conciles ; ils adoptent cependant, non comme loi, mais comme conformes à la Bible, les canons des quatre premiers conciles œcuméniques et la phrase qui énonce la procession du Saint-Esprit du Fils : par conséquent, leur Credo est entièrement conforme à celui des catholiques. Us ne connaissent que deux sacremens : le baptême et la sainte cène qu'ils administrent sous les deux espèces. Us rejettent le miracle de la transsubstantiation , la légitimité des vœux monastiques, le célibat des prêtres, Tadoration des saints, le culte des images, la confession auriculaire, le purgatoire et Tautorité spiritueUe du pape.

On les divise en luthériens et zuingUens ou calvinistes*

Tous ceux du département de la Drome sont calvinistes.

Us s'appeUent encore réformés, qualification qui, dans les édits de nos anciens rois, est changée en ceUe de prétendus réformés. Autrefois on. les appelait aussi huguenots, mot corrompu d'après celui dUignossen, qui signifie en allemand alliés ou confédérés.

Les luthériens et les calvinistes ont long-temps diflféré. dans leurs opinions sur la sainte cène et la prédestination. Hais les luthériens s'étant rapprochés de l'opinion des réformés qui rejettent entièrement la présence réelle, et prétendent qicie le pain et le vin signifient seulement le corps et le sang du Sauveur, et les calvinistes ayant adouci ou plutôt abandonné le dogme d'après lequel ils soutenaient que, quoique Jésus-Christ soit venu pour sauver le genre humain, il n'y avait qu'un petit nombre d'hommes élus depuis l'éternité^ et prédestinés au salut, il n'existe pre8q.ue plus de difilérence entre les deux religions. Les adhérens de l'une suivent le culte de l'autre, quand ils n'ont pas d'église particulière du leur; il approchent même indistinctement de la sainte cène,

souffrir aux réformés trouUèrent ses derniers momens. Il était surtout épouvanté du récit qu^on lui avait fait des exécutions faorriUes de Mérindol et de Cabrière , et il ordonna qu^on fît le procès aux hommes atroces qui y avaient présidé.

On attribuait toutes ces mesures à rinfluence de la maison de Lorraine. François T' engagea son fils à se soustraire à cette dangereuse influence ; mais le jeune prince n^en fit rien. Livré , dans une cour Corrompue , à tous les genres de séduction et de débauche , Henri II était trop faible , trop peu éclairé pour secouer un pareil joug. Les Guises s^emparèrent de son esprit y et il ne Ait plus ^ entre leurs mains , qu^un docile instrument.

parce tpie les luthériens, aussi bien que les réformés, n'emploient dans cette solennité que les paroles mêmes de l'institution prononcées par Jésu^-Christ^ et sans y ajouter aucun commentaire.

Ce qui a empêché jusqu'ici la réunion entière des deux partis, c'est surtout la diversité de leur administration ecclésiastique, qui est toute républicaine chez les calvinistes et monarchique chez les luthériens. Il existe encore une autre différence entre eux : les calvinistes exigent dans le culte une simplicité extraordinaire, et rejettent l'usage du Crucifix, des images et des cierges , que les luthériens tolèrent comme simple ornement.

Quoique les réformés ne reconnaissent pas d'autorité humaine en matière de croyance, ils ont cependant des espèces de livres symboliques, savoir : ceux de Suisse, la Confession helvétique; ceux d'Allemagne, le Catéchisme de Heidetberg; ceux de Hollande, les Décrets du synode de Dordrecht; ceux de France, ces mêmes Décrets et la Confession de Genève; ceux de Prusse, la Confession de Thorn de 16A5.

On trouve des réformés en Suisse, en France, en Hollande > en Ecosse, dans le Palatinat et dans les états allemands situés le long du Rhin, ainsi qu'à Brème, et des descendans de réfugiés français dans diverses parties de l'Allemagne.

En Hollande et au Holstein , une secte particulière de réformés est nommée arminiens ou remontrans. Ils sont ainsi appelés d'après Jacques Arminius ou Harmsen , professeur à Leyde , dont les opinions sur la grâce et la prédestination ont été condamnées , en 1618, au synode de Dordrecht.

En Ecosse et en Angleterre, les réformés se partagent aussi en deux classes : on nomme presbytériens non conformistes ou puritains ceux qui sont régis en affaires ecclésiastiques par une espèce de pouvoir aristocratique résidant dans les synodes, et indépendants ou congrégationistes ceux qui rejettent ce pouvoir, et parmi lesquels chaque communauté exerce par elle-même le pouvoir ecclésiastique. ( Voyez le Tableau des Religions de l'Europe, )

Sur plusieurs points de ce département , les protestans avaient depuis long-temps jeté les premiers fondemens de Torganisation de leur église ; mais ils n^agissaient encore qu'^avec circonspection. Ils ne se réunissaient que la nuit , dans des maisons particulières et dans des caves. Ils se déclarèrent dès qii^ils virent que leur parti prenait delà consistance, et en 1555 ceux de 1555. Saint-Paul-trois-Châteaux apposèrent , dans tous les quartiers de la ville et sur les portes de Téglise, des placards contenant Tapologie de la secte nouveUe et une censure amère de la religion catholique.

L^évêque prit des mesures qui arrêtèrent ce premier élan des novateurs. On assembla les consuls et les conseillers de ville, parce qu^on les soupçonnait, pour la plupart , d^avoir favorisé Tapposition des placards ; on les menaça de peines sévères. Ils nierait tout et protestèrent de vouloir vivre et mourir dans le sein de Féglise.

Cependant ce parti continuait de faire de temps en temps des manifestations, d^essayer ses forces et celles de ses ennemis.

Le jour de Pâques 155S, un prédicateur, qu'ion croyait fort orthodoxe, 1558. prêchant dans Téglise cathédrale de Saint-Paul , en présence de Tévêque , du chapitre et de tout le clergé, professa ouvertement les doctrines du protestantisme. Il osa traiter de superstition , d^erreur et d'^idolàtrie , la croyance des catholiques. Uévêque voulut lui imposer silence ; il continua. Il le somma de venir rendre compte de sa doctrine , et il ne le fit point. Il se contenta de se retirer de Téglise, au milieu du scandale et de Textrême agitation qu^il avait causés. Cette témérité faillit amener une émeute dans TégUse même, les esprits s^échauffaient , et déjà se dessinaient deux partis également forts , également ardens. L^évêque et les magistrats eurent beaucoup de peine à empêcher une plus grave explosion. Us opposèrent aux partisans des idées nouvelles la rigueur des édits d^Henri II, et les protestans répondaient qu^ils voulaient la liberté de conscience , et que rien désormais ne pourrait s^opposer à leurs assemblées ; qu^ils étaient résolus de repousser , si on les y contraignait , la force jtar la force.

On fit saisir et juger les principaux : les uns furent pendus ou livrés aux flammes , et les autres Au*ent exilés ou envoyés aux galères (1).

(1) Histoire de VÉglise de SainUPaul^troiS'Chêieaux , par le père Boyer.

126 CHAPITftB FASHIER.

1559. Tel était Tétat affligeant de ce pays lorsque François II m<mta sut le ttàtte^ en 1559. Les persécutions n^avaient fait qu'^augmenter le nombre et le zèle des protestans, et leur parti avait acquis presque partout une grande importance.

Ce prince n^avdt que seize ans. Incapable comme son père, faible et sans «périence , la funeste influence des Guises se faisait plus que jamais sentir.

Depuis 1523 les protestans soufiBraient la persécution sans opposer de résistance , mais le terme de cette longanimité était arrivé , et les affaires

1560. prirent , en 1 560 , une face nouvelle.

La branche des Valois , qui avait commencé avec Louis XII, se montrait, depuis les derniers règnes, dégradée et abâtardie. La dissolution dans laquelle vivaient tous ces princes avait ruiné leur constitution physique et affaibli leurs facultés morales (1). Il était évident que cette branche ne tarderait pas de s^éteindre , ou que Ton pourrait tôt ou tard la déposer , comme on avait autrefois déposé les roisjàméans de la seconde race.

Les Guises, sous les apparences dW zèle ardent pour la religion catholique, cherchèrent dès-lors à se frayer les avenues du trône.

A Textinction des Valois, la loi de Tétat et le degré de parenté appelaient à la couronne les Bourbons de la maison de Navarre et de Condé. Cétaient des princes d^une grande espérance, élevés dans une simplicité à la fois populaire et chevaleresque. Ils connaissaient le mobile secret des Guises, et ils voulurent soustraire le roi à cette honteuse tutelle. Ils se joignirent aux protestans pour détruire Tautorité de ces mêmes Guises, chefs du parti catholique , et la France fut plus que jamais divisée en deux camps ennemis.

Beaucoup de seigneurs, selon leur conviction, leur intérêt ou leur affection, embrassèrent Fun ou Tautre parti , et la conjuration d^Amboise , qui éclata peu après , fiit le signal de la guerre.

Un parti considérable de protestans devait se réunir à Amboise , où était la cour ^ le 1 5 mars 1 560 , pour s^emparer du cardinal de Lorraine et du duc de Guise , et demander , les armes à la main , le libre exercice du culte.

Découverte et punie, cette coiquration ne fait qu^accroitre le parti des

(1) Les rois de France de la maison d*Orléans*Valois forent Louis^XH^ François 1**^ Henri 11^ François 11^ Charles IX et Henri UL

Guises. Le roi rend à Romorantin un édit qui charge les évêques de connaître du crime d'^hérésie, à Tesdusion des parlemens : c^est un premier pas vers rétablissement général de Tinquisitîon. On défend aux protestans de tenir des assemblées ^ et Ton crée dans chaque parlement une chambre ardente pour connaître des infractions à cette défense.

Les villes de Valence , de Romans , de M ontélimar et de Saint-Paul-trois-* Châteaux avaient été les premières de ce département à adopter les maximes de la réforme; mais leurs églises n^avaient encore quWe organisation provisoire et incertaine. En 1 560 elle devint partout forte et définitive.

Pierre Bruslé, avocat de Metz, fîit le premier ministre de Téglise de Valence. Il eut pour successeur Gilles Soûlas , de Montpellier , et celui-ci Jean Lancelot.

Véghse de Montélimar fut établie par François de Saint-Paul. Un cordelier nommé Tempête y prêchait aussi les principes de la réforme, sans renoncer à son couvent et à son habit.

De Changy fut le fondateur de Téglise de Romans.

Uhistoire ne nous a pas transmis le nom de celui qui prêcha alors la réforme à Saint-Paul-trois-Châteaux , mais tout porte à croire que ce fut un des ecclésiastiques du lieu , car ils furent les premiers à y embrasser les idées nouvelles.

Les progrès de la réforme allaient chaque jour croissant, et Jean de Monduc , qui occupait le siège de Valence , ne fut pas étranger à ce mouvement des esprits, par la liberté de croyance qui régnait dans son diocèse. La plupart des historiens prétendent qu^il avait d^abord embrassé lui-même les opinions protestantes ; mais Théodore de Bèze , dont le témoignage n^est pas suspect , se contente de dire que Monduc montait souvent en chaire et prêchait un mélange de papisme et de protestantisme (1)* U rend , du reste , un éclatant hommage à la constante tolérance du prélat.

Le nombre des protestans augmentait chaque jour, et ceux des campagnes venaient en foule entendre les instructions du ministre de Valence.

« Cétait merveille , dit encore Théodore de Bèze , de voir le peuple qui » aflSuait aux prêches de six et huit lieues à la ronde. »

(1) Histoire des Églises réformées de France, par Théodore de Bèze, 3 volumes in-8*. AnTcrs, 1580.

Les maisons particulières ne suflGisant plus pour les contenir^ ils se réunirent tous les soirs dans les salles de Tunlversîté , dont presque tous les professeurs avaient embrassé la foi nouvelle.

Les salles de Tuniversité furent bientôt insuffisantes aussi , et les plus ardens d^entre les réformés, sans égarA pour les représentations du consistoire, s^emparèrent de Téglise des Cordeliers, où ils firent jnrècher leiir ministre publiquement et au son des cloches. Ncm-seulement ils ij rendirent en armes pour repousser , en cas d^attaque, la force par la force , mais Mirabel et Quintel , deux des cheÊ du parti , firent placer des hommes armés aux portes des couvens , pour prévenir toute manifestation et tout mouvement contraire.

De pareilles assemblées n^avaient eu lieu encore nulle part. Romans , Montélimar et Saint-Paul-trois-Châteaux ne tardent pas d'^avoir les leurs. Les protestans de Romans se rendent maîtres de Téglise de Saint-Romain , et , comme ceux de Valence , ils s^ réunissent armés.

On chercha à ramener les novateurs à des sentimens plus modérés , et un édit de pacification fîit adressé à Bourjac, sénéchal de Valence. Il convoqua sur la place publique les catholiques et les protestans , afin de leur en donner lecture ; il fit un discours pour exhorter les deux partis à la paix. Les réformés demandent et obtiennent la permission de faire leur prière avant de répondre au sénéchal : chacun se met à genoux , excepté le clergé qui reste debout , le chapeau sur la tète. Les réformés répondent qu^Hs sont de fidèles sujets du roi , et que s^ils ont pris les armes ce n^est que pour protéger leur culte contre les attaques et les persécutions de leurs ennemis. Un procureur nommé Marquet prend la parc^e, et dit que , pendant huit ans , il a tenu le bureau de police de la ville, et qu'ail ne s^est pas passé ime nuit sans que ses registres ne fussent remplis de pkintes contre les insolences des coureurs de pavé , au point que personne, n^osait phis sortir de nuit , mais que depuis Fintroduction de la réforme che^L les habitans , tout a presque cessé , et que le diangement de doctrine a produit le changement et Pamélioration des mœurs.

On invita vainement les protestant à cesser ces assemblées , à rendre les églises et à remettre leurs armes. Loin dHy consentir, ceux de Valence firent avec solennité tous les exercices de leur culte le jour de Pâques 1 7 avril :. plus de 5,000 personnes participèrent à la cène.

Les Catholiques » qui formaîait la minorité , n^étaieut pas sans craintes : ils se donnèrent pour chef Gaspard de Saillans , et s^assurèrent , par un dénombrement , qu^ils ^pouvaient , au besoin , compter $ur 1 ,200 hommes bien armés.

Maugiron arrive avec des forces et \m pouvoir absolu. Les protestans se retirent dans les bâtimiens des Cordeliers; ils veulent s^ défendre; mais il les ^t cerner , et contraints de pos^ les armes , ils se rendent le 20 avril.

On procède à Télection des nouveaux consuls : on exclut de rassemblée , et à plus forte raison de la magistrature municipale , les habitans qui ont assisté aux sermons des ministres , et ceux-là même dont la croyance est suspecte.

Le Won dçs Adrets , {}oi^t U destinée fut d^^ètre tantôt Tennemi , tantôt le soutien des protestans , vient , le 6 mai , avec de nouvelles troupes j rejoindre Maugiron. On désarme les protestans à Valence, à Romans et à Montélimar. On fait le procès aux principaux d^entre eux , et surtout à lem^s ministres. Les, ups sont condaïunés à mort, d^autres aux galères , d^autres au fouet , d^autres enfin à ^re amende honorable.

A Valence , de Stratis , un des notables habitans , à qui Ton reprochait d^avoir fait entrer par des échelles appliquées a^x remparts les habitans des faubourgs et des environs, qui venaient, la nuit, entendre les sermons des ministres ; les pasteivs Soûlas et Lapcelot , François Marquet et François Giraud , fiirent condamnés à mort.

Les têtes dç Stratis y de Marquet et de Giraud demeurèrent long-temps exposées au devant de Téglise des CordeHers ^ et leurs membres écartelés le furent en div^:s lieux.

Les ininistres &rent conduits au supplice avec un bâton dans la bouche et un écriteau sur Testomac , poi;*tattt ces mots : Séditieux et rebelles.

La maison de Marquet fut rasée j on y plaça un poteau avec cette inscription : Ici était la mcdsQ^ de François Marquet , secrétaire des séditieua; et rebelles qtd Jurent exécutés le 25 mai i560.

A Romans , Robertte et Mathieu Rebours furent aussi condamnés à mort , Fun pour avoir logé le ministre, Taytre pour avoir gardé Tentrée de Téglise de Saint-Romain , armé dWe arbalète et d^une épée (1).

(1) Hiatolre généraU de Jkiuphlné, par Gborier^ toiM II » pages 5M et 5^5.

i80 CHAPITRB MEMIER;

Beaucoup d^autres furent arrêtés et mis en juganent-; mais Jean de 'Monduc, dit encore Théodore de Dèze, touché de compassion poui' tant de malheureux qui n^avaient commis d^autre -crime que dVvoîr assisté aux prêches , et chanté des psaumes en français , s^intéressa vivement k ieur sort, et obtint du roi des ordres plus pacifiques.

' Ces «sécutions , ces mesures violentes avaient irrité les esprits. On cherche à les calmer par une amnistie , dont les niinistres protestans et les officiers royaux qui ont embrassé la réforme sont seuls exceptés. L^éxercice public de la nouvelle religion continue d^être défendu ; inais chacun peut , chez soi , prier Dieu à sa manière. ^

La plupart des seigneurs profitent de cette liberté de conscience', pour faire des prosélytes dans leurs terres. •'

Dupuy-Montbrun fait plus : un ministre , qu^il appelle de Genèvte , ptêche publiquement dans le boiu'g de Montbrun. Le parlement lui ordcmne de venir se justifier à sa barre ; il refuse , et décrété de prise de corps , il se fortifie dans son château, arme ses vassaiK , et fait venir , pour les exercer , des soldats étrangers.

Marin Bouvier , prévôt des marédhaux de France , a ordre tf exécuter l'arrêt du parlement : il se rend dans les Baronnies; mais Montbrun le fait prisonnier à Reilhanette ai^ec les archers qu'il commande.

Lamotte-Gondrin , envoyé en Dauphiné comme lieutenant de i^i , somme Montbrun de rendre Bouvier et de se soumettre à Parrêt de prise de corps ; il ne répond qu'en s'emparant de plusieurs places. Il n'attendait cependant qu'une occasion favorable pour sortir du royaume , et il allait licencier ses troupes, lorsque les rdigionnaires du Gomtat, voulant se soustraire à la domination du pape Pie IV, envoyèrent proposer à Montbrun , par un avocat de Vaîréas nommé Guillotin , de se mettre à leur tête. H accueille cette proposition , et , secondé par Mouvans , il va porter là guerre dansle Gomtat. Gondrin marche contre lui avec 4,000 hommes dlnfanteric et 600 horiimes de cavalerie. Après plusieurs engagemens et de longues négociations , on fit la paix , et la tranquillité se rétablit. On convint qu'à moins d'abjurer le calvinisme et de vivre en catholique , Montbrun sortirait de France , qu'ail aurait la faculté de vendre ses biens , et qu'il pourrait , en attendant , rester avec ses gens un mois dans son château. Sfitisfàit de ces coi^ditions et de

HI8T0IKB. 131

Celles Wil obtint aussi pcmr ses troupes ^ il Kcencie sa petite armée. Ferme dans sa croyance , il se disposait à q[uitter le royaume , lorsque Gondrin manqua au traité : il souflfrit qu^on dépouillât les soldats de Montbi*un , qu^on en fit mourir plusieurs. Celui-ci reprend les armes; mais Antoine de la Baume de Suze et Gondrin arrêtent et dispersent sa troupe près de Mollans.

Montbrun se décide à passer en Allemagne. Il prend le chemin de Mérindol, avec sa femme, quelques domestiques et un avocat appelé d^ Antoine, dont il avait fait son confident. Arrivés dans le village, d^ Antoine, pour mériter sa grâce par une perfidie , veut le faire arrêter : il n^échappe qu^en se jetant par une fenêtre, et en échangeant ses habits contre ceux d^un paysan qu^il rencontre. Sa femn^e le rejoint, et ils sortent ensemble du royaume, travestis en boulangers. Genève les reçoit comme des martyrs de la nouveUe religion. Les fortifications du château de Montbrun sont détruites, et Gondrin ordonne de nombreuses exécutions dans ce bourg et dans le village de Reilhanette qui

le touche.

François II cesse de régner le 5 décembre 1560. Charles IX, son firère,^ lui succède : il n^est âgé que de dix ans. Catherine de Médicis, sa mère, est régente du royaume.

Placée eatre les catholiques et les prôtestans , les Guises et les Coudés , sa position était difficile , parce qu^elle ne voulait encore se prononcer ouver* tement ni pour Tun ni pour Tautre parti. Elle avait été élevée à Fécole machiavélique des princes italiens , et elle ne cessa d^en mettre en pratique les déloyales et odieuses maximes : eUe souleva les deux partis pour rester seule maîtresse ; elle accorda aux pfotestans, en 1561 , le colloque de Poissy, i56i. et Tannée suivante Fexercice public de leur ciilte.

La réforme continua de faire des progrès , et lés villes principales de ce département en embrassèrent ouvartement la cause.

A Saint-Paul-trois-Châteaux , les prôtestans firent rebaptiser tous leurs enfans le 26 février 1561 , et le ministre prononça un discours solennel. Xi^évêque voulut arrêter le torrent, mais ce fut en vaia : son autorité fiit méconnue, et les prêches continuèrent publiquement. Il appela à son secours le baron de la Garde, lieutenant général en Provence, capitaine de cent hommes d'^armes et général des galères de France. Il vint , manda le corps municipal, et intimida la population par les mesures de rigueur qu^il était

132 CHAPLTBS PREMIER.

décidé à prendre ; mais dès qu'ail fîit parti , les assemblées recommencèrent , car plus de la moitié de la population était protestante.

La veille de Noâ, les novateurs parcoururent la ville ^ faisant entendre partout le cri de la réforme. Ils pénétrèrent dans Téglise cathédrale j et ils y renversèrent les statues des saints, les auteb et les bénitiers;. ils brûlèrent les reliques , les missels et les omemens ; ils se livrèrent enfin à tous les désordres dont est capable une populace effirénée kmgr-temps contenue par la crainte et par Tautorité. Ils chantèrent les psaumes dans Téglise cathédrale, en actions de grâces de Fespèce de victoire qu^ils venaient de remporter. Ils firent prêcher leur ministre , et le sermon achevé , ils se répandirent au dedans et au dehors de la ville , pour renverser les croix et tous les signes eoLtérieurs du culte catholique. <

Le clergé, réuni au conseil de ville, résolut de punir ces sacrilèges.

Cependant, le jour de Noël et les autres fêtes se passèrent sans messe et sans offices : les prêtres étaient dispersés. Le corps municipal avait promis de £dre réparer la cathédrale, de remplacer ce qui avait été enlevé ou détruit; mais cette promesse, dit le père Bojer (1), était une feinte, car, an fond, les magistrats et les officiers de police favorisaient les protestant.

Lamotte-Gondrin , Tami et la créature des Guises, vint arrêter ces progrès par Tappareil des supplices. Après avoir fait trancher la tête à Duval , Tun des ministres de Valence , il attire à TuUins , par surprise , Louis Gay , de la Côte-Saint- André , et non content de le faire mourir à Romans avec deux autres , il fait suspendre leurs cadavres aux portes de son logis.

Vers le même temps , le duc de Guise fkit massacrer à Y assy des protestans surpris à chanter des psaumes.

nierre ciTîi ^^'^ ^^ Dauphiué s^inquiètcut et s^agitent, et sous les ordres de des Adrets, 1562. qui avait quitté le parti catholique pour embrasser le parti protestant, i|s commencent la première guerre civile.

Les parens et les nombreux amis de Gay se joignent à des Adrets ; ils loi demandent de les conduire devant Valence, oii était Gondrin. Il se présente avec eux, le 25 avril, à la porte Saint-Félix, au moment où Ton nommait les consuls , en présence du lieutenant de roi ; elle ne lui est pas refusée.

(1) Histoire de l* Église de SainUPaul^irois-Châteauw , par le P. Boyer.

fiUTOIKB. 4 33

Gondrin se retranche et tient bon pendant deux jours dans là maison de Gaspard de Saillans , où il était logé« On y pénètre après en avoir brûlé les portes ; il se défend de chambre en chambre, et sur le point de succomber, il se sauve sur les toits ; on Yy suit , et il allait être précipité dans la rue , lorsqu^il se rendit. Les che& lui promirent la vie, mais des soldats fiirieux et des parens de Gaj lui donnèrent la toiort (1). 8,000 hommes étaient sous les armes , et pendant trois jours la ville fut dans de vives alaitnes et une grande consternation*

Des Adrets écrit de Valence aux consuls et aux magistrats des villes de la province; il leur enjoint de ne reconnaître diantre gouverneur que lui, &t de ne permettre que Fexercice du culte |»rotestant (2).

A un courage qui tenait souvent de Taudace , et à beaucoup d^expérience de la guerre , il joignait une prodigieuse activité : il aimait le soldat et il en était aimé ; mais ces belles qualités étaient ternies par des inclinations sanguinaires.

A la mort de Gondrin , tout ce qu^il y avait en Danphiné de jeunes gens oisifs et d^hommes déterminés et inquiets vint se joindre à des Adrets. Aussi , semblable à un torrent impétueux , il soumit toat sur son passage ; mais il souilla ses victoires par de grands désordres et par des cruautés.

Envoyé pour remplacer Gondrin , Maugiron voulut s^opposer aux succès de des Adrets ; ils avaient été tels que partout les églises étaient fermées et les temples ouverts. Son parti dominait ; lui-même était arrivé au comble du pouvoir, lorsque la fortune lui devint tout-à-coup contraire. Il en éprouva de violens chagrins, qu^augmenta encore Tingratitude des protestans, à qui il finit par devenir suspect. On lui retira le commandement, et il en fut si piqué qn^il voulut retourner au parti contraire. On Tartèta à Valence , au mois de janvier 1563, et il ne fîit remis en Uberté qu^assez long-temps après.

(1) Après avoir reçu nombre de coups de poignard , Gondrin fut pendu de la manière la plus ignominieuse à une fenêtre ^ dans la grande-roe de Talence, vis^à-vis d*un puits.

(2) Après la mort de Gondrin, des Adrets prit le titre dV/u général et chef des compagnies assemblées pour le service de Dieu, la délivrance du roi et de la reine, sa mère, et conservation de leurs états dans le pays de Dauphiné, Provence, Lyonnais et Auvergne.

f34 CHAPITR PBBMIER.

Un conseil politique avait été établi à Valence : composé de députes deè communes et de la noblesse, il avait en Dauphiné la direction de toutes les ajSaires importantes; c^était un commencement de république.

Il nomme Crussol gouverneur de la province, annule les nominations faites par des Adrets , et convoque à Valence une assemblée de la noblesse et du peuple. Elle dure depuis le 26 janvier jusqu^au 6 février : on y délibère sur la discipline ecclésiastique, sur la paix et la guerre, la police, les finances et la justice , et Ton fait na règlement général qui était une véritable constitution. Tous les citoyens, de quelque condition qu^ils fussent, étaient tenus d^assister au sermon le dimanche. Nul ne pouvait s^établir dans la province qu'ail n^eût fait ime profession de foi publique. Les danses et les chansons profanes étaient défendues.

A laf mort du duc de Guise, assassiné devant Orléans par Poltrot, fanatique pr(^estant, les deux partis se rapprochèrent, et la paix fut ccmclue. Uédit 1565. d'^Amboise, du 19 mars 1563, en fut le résultat. Il portait que a les seigneurs » protestans hauts-justiciers auraient dans leurs maisons Fexercice libre de i) leur religion , pour eux et pom* leurs sujets ; que dans tous les bailliages et D sénéchaussées ( la ville et la prévôté de Paiîs exceptées ) ^ il y aurait une » ville assignée dans le faubourg de laquelle les protestans pourraient avoir D im prêche. Le même avantage fut assuré à toutes les villes où la nouvelle D religion était exercée avant le 7 mars ; mais toutes les places que tenaient )> les protestans durent être remises au roi , toutes les églises qu^ils occupaient n rendues aux catholiques , et lei p]:isônniers mis eaoi liberté sans rançon. »

' Cet édit est transmis à Crussol et au conseil politique de Valence , mais ils en di£Pèrent Texécution. Ils veulent , disent-ils , conférer avec les députés des villes et de la noblesse sur les moyens de pourvoir à leur sûreté; ils finissent cependant par ày soumettre au mois de mai suivant.

Ainsi se termine la première guerre civile-

Cependant les partis restaient encore dans une continuelle fermentation ; ils s^observaient et se plaignaient sans cesse les uns des autres.

L^évêque de Saint-Paul était rentré dans la ville de son siège , et il avait fait parvenir au roi des observations et des plaintes qui furent suivies de Tordre de sévir avec vigueur. Les protestans le surent ; ils tinrent sous la halle ,. le 11 juin 1 563 ,. une assemblée générale ,. et choisirent parmi eux

OTSTOIIB. 135

tfois députés <pt^ils (^ârgdreurt dé ppi^terau roi une adressé dans, laquelle ib expliquaient leiik*s actes' et jilstifiaiei^ lèuffs inteiiti^^

Ils déclaraient qu'ils avaient reçu les édits avec respect , et qiv'ils les exécuteraient ifi^attchemeik étisons^ésistMace ,:et'cëmme il parait q^ie révéque avait «dit, danb ses rémôntranoes à la oour^ qu'il n?y avait pas de siiiretépour 1^ csftholiques dans S^ddt-^Paul^ et IquW.a^oj^osàit àice qde leeux qui avaient foi j' rendrosBenl y les^ auteuils do Tadressë s^ei^r imaient uasi : a . Les » pottes ide là ville, que bdus ténMids.'tfi9rmées,!is^^ tnaintûna&t

)) pour que chacun ait la liberté d'entrer ou de sortir. Nous oubUans les .» hyjufés ettes)oatragès que' nous t avons "reçus de la part de ceiuc qui avaient > '^is les lar Aies contre le rejios'et lai libertél de la ville. Biea loin d'en tirer *ii^ tetigëaivce^ iGtdiui les t^ecéirônsi^. bras' ouverte' y? à' leur' retd de TeExil » yolotit^ii^ auquel ils s'étaieiit oc»danïnés, et nous vivrons a^c eux dans )> une aussi piiâfof|de|^ix:qu'àTeo nos propres fi^œs. Si l'oii voit des gens D armj^S'èt des gwdeë aux iportcs'de la tille, dé n'est ni pcmr insulter m pour )» maltraiter personne, mais pour -Dàufridéfeodrei dû pillage, des dévastations )i' et de^ ïtïe»t»m que des dofnpagniesritailienii£s.6l>atutites corpl.ét^ i»> travëî^Mù^ ^ee pâj^, y commentent) Isoiis oeâse; INous <fie ietenens .pas lits i> biens îdiels eodésiasliques , «t nous' ne '1^ empèqhdnsipas de rentrer 'dans H ietnrs bénéfieés; qu'as reviennent^ nows- les «rdce^rons avec hçnôieor et » plàisii^l Après la volonté 'de Dieu y la paix' dépend dé la prudiénce h des magistrats, et c'est à leur partialité, à leurs. .vexatioiisii qu'on 'doit )> attribuer les demik*es guerre^. Qf/de Maugiron est particulièrement y* l'ennemi dédaiiiè des ][)rotes(aDS ; il l'a montré dansi!une foule de circonr » stances : nous kipplions Sa (Majesté de ine pas le renvoyer pahni nous ^ ^^omTiJie lieutenant de roi dans la province , et! de rendre cette dignité à )» M. le comte de Clermont. Enfin, nous demandonsi qu'il soit défendu à tous o>* les dépositaires de la puissance publique de nous. troiibler dans l'exercice

^.denotrereligion..... » , „

Dans cette même assemblée, les protestans de Saint-Paul prirent et signèrent une délibération dans laquelle Us déclarèrent « qu'ils ne suivraient à l'avenir » aucun service romain, aucune cérémonie. ou superstition papale; qu'ils M entendraient seulement la prière et la prédica^tion du saint évangile de )> N. S. J. C. , observeraient ses saints commandemens ^ vivraient sou3

n rd[>éissakioe et la fidélité dues au roi « et exécuteraieat ^es é<^(â et ordoiv » nances en toute paix, amitié et union , avec tous ses sujets ët^antred leurs 1» cîpcon voisins....* )> :

Cette adresse , qette déclaration ne plut point à la cour : la réponse fut vive et sévère ; et connue les principaux moteurs étaient dWdenà chanoines de la cadiédrale de Siaint^^I^id^don^lepluîgi^andÂQïnbre-avaient embrassé le protestantisme Y il leur fut prescrit de retourner sur-4&^hamp à l^u*s fonctions. Le roi déclara m^e qu^ilbaimissait du royaume tèu&les prêtres qui s^étaient mariés '(l)» -1 -" :.-î •. -.Wi-)'' ■' '": il-) -. •

' Charles IX est dédar^ ihajeur le 27: juin 1563w Cet événememC,: qui pouvait am^er desichangemeus, tient le^ partis 'CU» crainte. X.e roi vint en Dauphiné avec Catherine de Médicis, sa m^i^vkite Valence, Étoild^ ^lanlélimar et le château de Suze^^la^Rousse (2). 11: descend éntProreàoejf et là '.il néfoque le lieutenaént de^îèoi Maugiron, quj montrait imé telle pattialicé contre les prot^tans que la paix piouvait^en étreicdn^roniise. Câiànl^ envoie pour le remplacer Bertrand de Simiane de Gondes.]

Les condi^ons dii traité dlândidiœ'inWaient satisfait avicun. des partis.

On s^observait'de partet d^autro; kft hostiKtési étaient plutdt^upendues que

terminées : ce'n^étaient que plaintes et ^ récriminations; il n(d fallait qu'Aline

étincdle pour mettre eo feu dés -madères si inflamm^ahles , et cette .étiQe€lle,

Catherine de Médids, qui continue de régtier souis le nom de son fils, ne

tarde pas de la lancer.

2- Elle fait lever des troupes , sous le prétexte de se précaUtionner contre le

^^isG?! * <i^c d'^Albe, mais réelkment pour réduire ks {Mrotestans ; ils i'en alarment^ et

* la seconde guerre civile éclate dans toufe; la Frmice le 29 septembre 1 567.

Catherine de Médicis avait allumé la prémik^e en les fevorisant; elle cause

la seconde en les irritant.

Rentré dans sa patrie depuis Tannée -ISG.l^ Blontbrun avait depuis lors

(1) Histoîr4 de i^Église de Saint-Paul^trols-Châteaux , par le P. Boyer.

(2) C'est pendant ce voyage qu'il rendit, au château de Roussillon, près du Féage, la fameuse ordonnance par laquelle il fixa le commencemtsnt de Tannée au 1** janvier, ainsi que c'était l'usage chez lès Romains. Avant cette ordonnance, Tannée^ en France, conunençait à Pâques. ' r

guerre civile.

servît 9om àé$ Ads^ts et awis Crvss^l , ki parti protestmi.t ;: H m à^vJL le chef dans cette guerm, qvii ne o^sse qi|?après redit de Lcaigjumean , du 23 mars 1568> par! lequel on ooai&tient ceUii 4^ Aotlxâse de 1563. , 1568.

La paix ne dnrelqtie qu/^qdes nUHS.

Catherine de Médias Veut finre arrêter les chefs du p^ti protestant , le ^'"* prioce de Ccmdé et Famicalde Cpli^y. he royauipi^ est en £m. Le duc d^Airjou livre à Jarnac , le -3. maf $ 1:569 i .u|ie jb^taille ^^ME^lante auj^ proteptan&i; le prince de Gondé j est tui^« Le3 otitcd^re^ une ^tre bataille est 4onnée dans les plaines de MoocontAur : Pamtral j eoBpmaa^de ^h>^ Fautorité d^Hanri iXj alcKTsroi de Nat»rre^ xjni n^avaitenebre ^ue tit^ize ans^^ et 4u jeune pfWfie de Condé. Beaucoup degeot^bbonniines daiMfihin^^ à la tête desquels est Mond>runy s^ couvrent de gloire. Cependant le résistât est funeste à Jair parti : ils regagnent le Ds^fhjné^ aur milieu de tous fes dacngers; et , dans Tespoir d!y tron^er des^ répits i les prioces et Coli^j s'y retirent aussi avec le peu de troupes qi4 l^yr restent Malgré les; obstacles ;que de^ Gordes leur oppose y ils traversent le>IUiône pw au^^essus di» Pouzin ^ le. 13 avril 1 570. i57o. Garnirai ya mettre le siégfi devant Montéli^iar, le 7 mai; il éprouve lœe grande rési^taufie,,, et;n.'aper.eevantpflis la pos^ilité de rassemUer dans ce piiys leg Êwrces qu'il ^'^taît flatté d'y réunir^ il lève le siège, l^i^e 3on artillerie dans le ebAteau de Granç , etrepasse le Rhdoe avec les princes.

MoniLbrun ^ Lesd^ières con^inu^pt en Pinqpbiné cette grieire, que vient terntiner le .tiïaité d« çoois dvaoâlt. ' >

On faitauK pr&tepto^ des conditions iayorables. ^lisemUent prpBaettre une louf^e et solide paiç, Le roi^ Qitherîne 4e Médiofe et les Guises pu*mêmes se rapprochent des chefs protestons j. on kw fadt des concessionsv; on les loue, on.les Siafi^ Coligny est lyip^lé dans Jes coi;iseas duxoi. La mAÎson de Navaire et toiM») le^ cberfs. |irote?tan^ jnmt solljicités 4e yenir à la ^w. On leur donne tontesdesfsswances^et pnl^ur faittauteiï,lçs prote^H^tikm^propi)^ à leur p^smder qwbn veut vivre 4ésQrttwu« :en paix avpc leux, HrBmemtr Tordre et la; Kr^mqiiiUité 4ans^Qujt^ 4^ p«ppties 4u ;royau«ie^

Pour me laisser aucun «ijet 4e soupçon, on négoqle le mariage de Margwrite de I>an0e^, swur 4u roi,, avec Henri de Navarre^ depuis Henri IV. Trompés, par des apparences si séduisantes ^le&jeunes Condés, Jeanne d'Albret, leur mère , râmical 4e, Coligny et toiis le^ chefs pwtestans

^38 cHÀPiTKt premier;

se rendent à Paris. Le mariage d^Henri de Navarre est célébré arec pompe : il semblait que c'était uô gage de réeonciliatiop et de bonheur public^ on n^était occupé que de fêtes, de jeux et de mascarades, aC les chefs protestans éprouvaient une joie inexprim^le de vodr la paix et la liberté de conscience succéder à tant de malheurs et de persécutions.

Et cependant ce n^était que le prâude dW complot a£Gr6ux ! Catherine de Médicis et Charles IX avaient <x>nçu Tinfemal projet" de les détruire tou^ d^un seul coup , et c^était potu* les assassiner qu'ion les attirait par des manières si obligeantes, par des asmrances si vives et si- empressées d^amitié, par les sermens enfin les plus sacrés; car tout fut prodigué pour cacher le piège horrible dans lequel Charles et Catherine attiraient tant et dé si nobles victimes. ' •

1572. î te jour de la Saînt-Barthélemî , 24 août 15T5, ils donnent, à minuit^' le signal du massacre, et pendant trois jours et trois nuits on ne cessa dégorger , d^assassiner dans Paris tout ce qui était protestant ou seulement soupçonné de Tétre. La capitale fut jonchée de cadavres , ses rues furent inondées de sang. « Elles retentissaient, dit Thistorien de Thou, du bruit )» que faisaient les égorgeurs , en courant de tous côtés pour tuer et piller : )> on n^entendait de toutes parts que hurlemens de gens ou déjà poignardés n ou près de Têtre. On ne voyait que corps moi^ts jetés par les fenêtres; i> les chambres et les cours des maisons étaient pleines de cadavres ; on » les traînait inhumainement dans les carrefours et dans les boues; les i> rues regorgeaient tellement de sang qull s^en formait des lorrens; enfin, » il y eut une multitude innombraUe de personnes massacrées : hommes , ») femmes, enfans et beaucoup de femmes enceintes. » (1).

Voilà bien des horreurs , et cependant ce n^est pas tout encore s Tinfemal pi*ojet de Charles et de Catherine devait recevoir une exécution plus étendue et plus sanglante. La cour transmet dans les provinces Tordre d^imiter partout les massacres de Paris. De Gordes , le premier président Tmchon et le parlement de Grenoble tout entier ne peuvent croire que de tdk ordres émanent d^un roi de France; ils ne veulent pas qu^on répande le sang des citoyens ; mais ils ne peuvent arrêter entièrement le mouvement donné :

(1) Histoire de de Thou, liv. iH, traducftion^ tome VI ^ pâ(^e 408*

. 1 BMTouur;. . 139

Romans^ Vuknce et Montélimipr sont le théâtre de grands désordres. Dana cette dernière ville j les niagistrats'reiidarment les prateëtana dans la citadelld p6iir lés flsmver ;' on enrfcnice les porfe&y et poresqur aujcun; n^échappè. ';

A Romans, le jnge Gnérin- fit' mettre en prison les habitans les plus attachés à k réiorme, et ils né jr6Couvrèra[it : la liberté qu'^après une abjuration arracbée par la idoleiice>: sept des plu$ ;ol)fitinés périrent*

Ces sanglantes e&éeuâons excitèareilit iFindignatioa . de toutes les anies

généreuses. - '- . ^ -> *■• - ■ '- '

Henri IV, échappé au massacre et devekm le chef du parti protestant d^uts 4- Fassassinat de Coligny, ne tarda pas de donner le signal de la quatrième ^^n?^ guerre civile.

Sur tous les points du Danpfainé, 1^ protestans courent aux armes, le 6 avril 1573. Montbrvn surprend iphi^eurs viUes^s^jr fortifie, et commence,, avec Lesdiguières , cette nouvelle guerre que justifiaient de si légitime» ressentimens. Il fi|it et s6utiént : des sièges avec avantage ; le nombre dé ses troupes augmente diaque jour : le roi lui £ût ofrir là paix , mais il la refuse. . •

Charles IX meurt le 30 mai 1 574 ; mais le règne honteux et sanglant de ce monstre est continué par Cath^ine de Médicis , qui est encore une fois régente, en att^adant Tarrivée d^HenrilII, son autre fils, alors sur le trône de Pologne*

Un conseil tenu k Lyon , le 2 mai , av^it délibéré d^aller droit à M ontbrun , ^"*. .,

•^ ' ' ^. ' guerre civile.

de porter la guerre partout oà il serait. Le dauphin d^Auvergqf {i} esi i57â. chargé du commandement de Tarmée, et de Cordes est son lieutenant* Après «voir repris quelques places dans le Royanais et dans, le Diois, ils viennent assiéger Livron : c^était la place principale des protestans dans le Bas-Dauphiné. Montbrun avait fortifié de barricades la partie des murailles renversée par les sièges précédons, et il avait donné àRoîsse, son gendre et Pun de ses meilleurs o£Biciers , le commândemebt' de la garnison. Le prince place son can^ sous les mur^ dé la ville , le 25 juin. Dans respôir. de remporter de vive force, il néglige de Fenfermer de tranchées , et^pendant sept jours que dure cette sorte de blocus , car cène fut pas un siège régulier

(1) Les danpilins d*AuTeiig;pe étaient les comtes de Glermont et Mont^rraod..

1!40 CHAPl'EBJB'PiaMIER.

eonuiieon CD fiii»it aloprs^ iicfil tiré du camp du pninee 660 coopi 4e oimon. IJasIbairricàdes Boat 'débilites V et iœel«àcke>:cûÉ^ aux murs

de la plqce i' 1er assaiifauM ireukilt çb >prQfileÉ ; ils hnmtafit à I^Msaut^ xoads ilBspBt'r^fMMMsésL Les asfiîé^&fbnt diverse^ sortiesi^ dtusTuhe desqudlei ils enelouént lui canon de la batterie dniprince'^ el:)lui enlènrent UDe.eosdgne. De son càté^ Monibrun ^ qifi tenait >la :caiKpagneif ne ^ce»9aît de; harceler le prince, qui, décooragé par tant d^obstaelesy leva le sîé^ le I i juillet» Il se retira à Etoile , d^où il remonta à Grenoble , laissant une partie de 0on armée dans le^ environs de Loriol et de livnni; > .

Henri III arrivait de Pologne ^ |ioHr remplacer sur le trône de France Charles IX, son frère (1). Le prince dauphin alla le complimenter, et lui sèndre . compte de la résiBtanoe qu'ail épit>uvait« D^iuie activUé inoitfe , lAontbcun'était partout ; non content d^avoir foroéJe dauplân à hiretraile^ et d^4LYoir fait beaucoup de mal à son armée , il vient au pont de Beauvoîsiii inquiéter Henri lU lui-même. Le roi j arrive le 4* septembre ^ ef tandis qu^on lui témoigne un grand empressement ^ que la noblease catholique et les députés des états viennent lui présenter de respectueux hommages ^ Modtitfarun tombe sur la suite di» rct „ dont il »lève les bagages. Cest alors qulil répondit à ceux qui lui reprocbaienC d^avoir oabUé qu'ail était né sujet : Les arm^é et le jeu rendent les hommes égaux. Cest aloors encens qu'^après avoir lu la lettre que lui adressait Henri III , il s^écria : ^ Quoi i il m^écril )> comme si je devais le reconnaître pour roi : cela serait l)on en temps de ». paix, ms^is en temps de guen!e y lorsqu^ou a le bcas anoé et le cul sur la )> selle , tout le monde est compagnon. »

Le roi en garda un vif ress^timeat» .Arrivé à Lyon i, il tint un connseil où Ton, résolut de continuer la guerre.

Montbrun^é tait retourné À Livton#

Le prince .daii^^ihin et de-Gctrd^ viennetit y repeindre Tarmée le 23 septembre. Le maréchal de BdHegarde kfc aoeompagne,, autant pomr négoder la paix que pour £siire la guerre. Môntbrun persiste à n^entendre aucune proposition, et . Tarmée catbcdiique , iCbrte de 16,000 hommes, reprend Toffensive : die s^empare de Loriol et du Pouzin , et Bellegarde povte au

(1) U avait pris la roube de Yeaisè, pour eattek* en France par le Fiésiont.

HiSToms. 141

roi la Douvelle de èe premier succès. Poursuivant ses courses au-nldà du Rhône, tandis que le gros de Tarmée était en d[>servation à Loriol, de Gardes s'y rend maître deplosièurs places. Il i^epasse le fleuve, assiège et prend Grane. Le prince et lui se flattaient d^amener Montbrun à un accommodement , mais il fut inébranlable.

Le prince retourne auprès du roi , et laisse à de Gordes le soin de Tarmée*

Les troubles religieux ne désolaient pas moins les provinces méridionales i57â. que le Dauphiné. On persuade à Henri III que sa présence y produira un effet utile : de Lyon il descend par le Rhône à Avignon , où il tient une assemblée des états de Provence et de Languedoc. Le maréchal de BeUegarde vient rejoindre de Gordes, et ils r^rennent le siège de Livron le 20 décembre : vingts-deux pièces dWtillerie sont pointée9 contre la ville en trois batteries , et 2,600 coups de canon ayant foudroyé les murailles et les barricades , on va à Tassant le 26. Quoique les assiégés soient , pour ainsi dire , à découvert , ils le sOutienA^it avec tant de courage , qu^après deux heures de combat , Bjâllegarde et de Gordes font sonner la rétraite.

Cet assaut cep^ddant avait affaibli les assiégés ; ils y avaient perdu [dnsieurs offiiciers principaux, parmi lesqueb était Roisse ; ils manquaient de poudre. Montbrun , qui continuait de tenir la campagne , mais qui ne s'éloignait point , Tavait bien jugé : il charge Lesdiguières de leur en porter , et , à la tête de 50 hommes choisis «ntre les plus braves , ce digne lieutenant du plus intrépide capitaine traverse le camp des assaillans ; ils ne le reconnaissent que lorsque , arrivé sous les retranchemens , il donne le signal aux assiégés. On le charge de toutes parts , mais il se défend en héros , et entre dans la place n^ayant perdu que deux de ses soldats. Le soir, il sort avec le même péril et le même bonheur.

En ranimant le courage des assiégés, ce secours les fortifie dans la résolution de tout souffi*ir plutôt que de se rendre.

Quelques jotrns se passent à s^observer. Le 8 janvier , Tarmée cathoVqtie i575. donne un nouvel assaut , et il est encore plus malheureux que le premier : les assaillans sont si vigoureusement repoussés , que leurs cadavres comblent les fossés.

A son retour d^Avignon , le roi vient au camp , le 1 3 janvier ; mais il continue sa route après quelques heures , « ne remportant, dit Sully dans

» le premier livre de ses Mémoires ^ que la honte de voir et d^entendre , en M se retirant , les femmes et jusqu^aux enfans lui insulter du haut des murs , I) et accabler Catherine de Médicis, sa mère, des traits les plus satiriques et » les plus off^nsans. » (1)*

Uarmée catholique veut, le 25 janvier, surprendre la ville par escalade : im vent impétueux parait favoriser cette entreprise; des soldats choisis viennent, deux heures avant le jour, jusqu'^au pied des murailles, sans être aperçus ; le vent cesse , les assiégés entendent du bruit , reconnaissent et conjurent le danger <

Henri III qui , de Livron , s^était rendu à Romans , y avait présidé , le 16 janvier, une assemblée des états. Ainsi qu^il venait de le faire à Avignon, il parla des troubles qui agitaient ces provinces, de la nécessité de mettre un terme à tant de maux, et ne dissimula point que, dans le fâcheux état de ses affaires, il fallait, pour continuer la guerre, que la province consentit à faire de nouveaux et de grands sacrifices. Il pria les états bien fort y dit Chorier, les assurant qu^il leur serait borij doux et aimable roi y et qu^il les porterait et soulagerait y en général et en particulier y en tout ce qu'il pourrait.

On promit tout ce qu'ail voulut , et le lendemain il continua sa route sur Lyon.

Pendant que de Gordes avait accompagné ce prince, le maréchal de BeUegarde était resté au camp de Livron. Il y avait eu plusieurs engagemens

(l}Le 27 décembre 1574 9 le lendemain de Tassant général que le maréchal de Bellegarde fit donner à Livron y des soldats assiégés voulurent le braver par un rébus : ils attachèrent au bout d'une pique un fer à cheval , un chat et àts gants appelés mouffles; c'était dire : Maréchal, un M chat ne se prend pas sans moufjtes. On avait choisi un chat pour morguer Henri HI y qui avait une aversion particulière pour les chats : la vue seule d'un de ces animaux le faisait frissonner.

Après le second assaut du 8 janvier 1575, les assiégés crièrent du haut des murailles, dès qu'ils aperçurent Henri III avec sa suite : Hol massacreurs, vous ne nous poignarderez pas dans nos lits, comme vous avez fait de l* amiral et des autres. Ameruz-nous ces mignons goudronnée et parfumés, et ils apprendront à leurs dépens qu'il n*est pas si aisé qu'ils pensent de ravir l'honneur de nos femmes l

(Celte dernière note est tirée des minutes de M/ Guyon, notaire contemporain,, lesquelles se trouvent maintenant entre les mains du notaire des Tourrettes. }

histoiaë; {4S

entré $es troupes et celles de MoDtbrun; elles s^étaient fait réciproqitement beaucoup de mal. La belle contenance de ce derni^ , le froid , les maladies qui commençaient à régner dans le camp du maréchal , le forcèrent à leVer le siège le 30 janvier, et à se retirer. On logea Tannée dans les bourgs et les villages voisins. Bellegarde se rendit à Etoile , et il nVn sortit que pour aller informer le roi du mauvais succès de ses armes en Dauphiné. Le prince en fut profondémeiit affligé , et « c'est de ce moment, dit encore Sully, qu'ail se » montra si différent de ce qu'il avait été duc d'Anjou ^ qu'on peut dater du ^ siège de Livron ses malheurs et son ignominie. )>

Montbrun et Lesdiguières deviennent chaque jour plus redoutables. Après avoir pris plusieurs places dans le Yalentinois et le Diois , ils mettent le siège devant Châtillon. De Gordes , avec plusieurs compagnies suisses , arrive au secours des catholiques : il s'engage, le 12 juin, sous les murs de ChàtiUon, entre ses troupes et les protestans, un combat à la suite duquel Mootbnufi se retiré. De Gordes le suit et revient sur Die. Arrivés au pont des Oreilles (1), au-*dessous du village de Molières, les Suisses, qui jusque-là avaient marché en ordre de bataille, sont obligés de passer un à un : Montbrun les surprend et les attaque dans ce désordre. De Gordes et Montbrun se cherchent la lance à la main; Lesdiguières a un cheval tué sous lui et fait des merveilles^ les soldats se battent en désespérés , et le champ de bataille est jonché de morts et de blessés : l'avantage reste à Montbrun. De Gordes opère sa retraite sur Die; Lesdiguières fait des courses dans les environs, jusqu'aux portes même de la ville, dont il brûle les moulins dans la nuit du 29 juin. D'Ourch^ et Lestang s'avancent avec 1,200 lanciers, 400 arqud>usiers et 2,500 hpmme^ de pied , qu'ils amènent à de Gordes. Montbrun et Lesdiguières placent une partie de leurs troupes à Pontaiz, et une autre à Saillans, pour s'opposer à la marche de l'armée : les premiers, ils viennent à sa rencontre, et commencent l'attaque au-dessus du pont de Mirabel.

Lesdiguières a de nouveau un cheval tué sous lui : il monte celui d'un de ses cavaliers , et charge de rechef avec tant de force , qu'il renverse trois compagnies de gens de pied. Montbrun était aux prises avec la cavalerie, et

(1) La tradition populaire veut que le vainqueur ait £iit couper les oreilles aux vainciM, et que ce soit là l'origine du nom de Pont d$t OniiUt.

144 CHAPITEB PREMIER.

la victoire flottait incertaine , lorsque les soldats de Montbrun^ s^aornsant à fouiller et à dépouiller les morts j elle penche du côté de Gordes , qui avait saisi ce moment poiu* iaire avancer son corp& dô réserve ; le désordre se met dans leurs rangs, et Montbrun fait de vains efforts^ pdur h» rallier*. Poursuivi par Fennemi, abandonné des siens, s<»i salut est dians. la fuite : il presse son cheval pour franchir le.caàal d^iw moulin^ maifi Tanimal, harassé de fatigue , tombd et casse la cuisse à Montbnm. Fris dajas cet état par. d^Ourches et Dupuj-^lbchefbrt , âes. parais ^ il leur dôBonde et ils lui promettent la vie.

' Son. parti perdit dans oetie jouraéei heauéoup de scddats intr^tdto; il ne se sauva gvkhre que ceux avec lescpels Lasdiguièrae fut aae^ bMreuz pour hire sa retraité sur Pontaix.

■' Mocitbrun est transporté à GrenoUef il y arrive le 29 juillet "1^75» Aussitôt k noblesse protestante se rassemble à Mens de toutes las parties du Dauphiné; elle délibère sur les mojéns de le sauver^ et ^njJoie toal^^&-tour les promesses et les menacés. La £BuhiIle de Montbrun fait^ de sou côté, les pkis* actives dénuorches; le prince de Condé lui-même demande au roi la grâce' de celui auquel les deux partis donnaiait le nom d^ brave; mais tienri IH est inâexible ; c^est en vain qu^on lui rappelle la parole donnée à Monthma, ei qo^on lui représente que jusque-là les hommes pris de part et d^aiUre ont été traités ea simples prisonniers da guerre : il n^a pu oublier i^i conduite de Montbrun au pont de Beauvoian et à Liintionii et, contre les b>tS' de la guerre , il ordonuye «pie le parlement lui fasse sur-le-champ son procès. On veut même que de Gcn'de» , comme gouyemeur de la province , soit au no|nbre des juges^ mais, il s^.y refiiseï t il .avait trép d^hoimeur et de h^Sdité pour faire sa cour aux dépens de sa conscience. iô75.. Moutbrun porta &i tète sur TéchaËiud le 42. août 1575^ et là même il justifia, par une contenance pleine d^assunmoe et de iK^leasCi la bette réputation que kd' arvait méritée son grand courage*

Henri Ili s^^était flatté que la mort de Moisd)run rtiineraeit le parti protestant dans cette province , mais il n^en fiit point ainsi.

Lesdiguières lui succéda dans le commandement général de Farmée : la noblesse réunie à Mens le Im avait conféré comme au plus. digne.

Dans toutes ces guerres civiles ^ les protestons du Daupfainé étaient liés

par tme sorte de confédération avec c^ix du Comtat , de la Provence et du Languedoc. r

Cependant la paix du 14 mai 1576 vint suspendre les calamités, de cette 157G, longue et cruelle gaevre. Les j^^otestàns demai^dèrent la réhabilitation de Monthrun^ et par un article exprès du traité^ Tarrêt rendu contre lui fut annulé ; un édit du roi ordonna de Tefifacer des regisl^es du greffe. Les protestais obtinrent encore ^ne fbis le libre exercice de leur culte ; mais les états généraux, assemblés àBlois, délibérèrent t Je 36 décembre suivapt, coptre le vœu bien pr<waoncé des députés du Daupbiné^ .qu'ail n^ aurait désormais qu^une rdUgion en France. Cétait déclarer la gu^-re aux protestans : c^est ainsi qu'ails le jugerait; ils coururent aux arabes, et alor^ commença en Dauphiné, sous la conduite de Lesdiguières, la sixième guerre civile. Elle 6ne cessa qu'à la paix de Nérac du mois de s^tembre 15Ç0. ^^"sts!* ^

Cette paix fut suivie d'un édit de pacification qui accorda .aji^ protestans Fexercice puUic de leur culte, et des chambres mi-f>arties dans Ujsûs les parlemens du royaume.

Ea faisant de tx)U3 les hommes des soldats , cet éts^t de guerre avait introduiit dans la société une licence jusque-là inconnue ; V^x^tation ,4^ c^sprits.étqit extrême : après s'être battu pour des disputes religieuses y^ le peuplp vQuluf s'armer pour ce qu'il appelait déjà ses droits politiques.

Les habitans de la Valloire, accablés sans le poids d^ charges publiques, i58o. se levèrent en masse, ea février 1580^ aux mots de lAerté et di égalité. Ils se dirigèrent sur Grenoble, au nombre de plus de ,4,000, et à mesure qu'ils avançaient, leurs forces s'augmentaient de la population des lieux qu'ik traversaient. Us furent cependant arrêtés dans leur marche ; ils se fortifièrent dans Moirans, distant de Grenoble de 4 lieues. On les jr assiégea, et le ^ mars, la vUle, dépourvue de vivres et de munitioQSy fut prise d'assaut. On fit un carnage affireux de tout ce qui s^y ^oiiiv^ : ce lut une boucherie et non va% combat.

Cette sédition ne fut pas la seules il s^en mjanifesta sur plusieurs points^ , et il fallut , pour les faire cesser ) les forces que déplpya #t h& mestu^es que {Hrit le duc de Mayenne,, envoyé en Dauphiné cpinme gouverneur de la province. Il teavaiUa à une padfioation générale, visita 1^ places elles hviSft, et en condamna tre^iteh-deux à être rasés^ L^, prnii^^ux forint ceux de

Saillans, Pontaîx, la Tour-de-^Quînt ou Sainte-Croix, Vînsobres, Tulette^' Saint-Paul-trois-Châteaux , le Puy-Saint-Martin , Loriol, Chàteaudouble

et Gràne.

Henri III n'avait point d'ehians ; la race des Valois était menacée d'une extinction prochaine , et la cour de Rome craignait que , si Henri de Navarre montait sur le trône , le protestantisme ne devînt la religion de Fétat.

Le roi d^Espagne partageait les mêmes craintes; il songeait, d'ailleurs, à réunïr la couronne de France à la sienne.

Le duc de Guise était dévoré d'ambiticm : le trône de Franqe était l'objet de toutes ses pensées, le mobile de toutes ses intrigues, le véhicule de toutes ses actions. Il était, comme l'avait été son pèr^, placé à la tête du parti catholique , et son influence était grande.

La cour de Rome connaissait la pensée secrète du duc de Cuise, et elle favorisait ses desseins , en même temps qu'elle entretenait le roi d'Espagne dans l'espérance qu'il nourrissait aussi de «uccéder à Henri III.

On fut facilement d'accord sur la nécessité de détrôner ce prince sans influence et presque sans considération , et pour j parvenir , on résolut de former une Kgue dont le but apparent était de combattre les protestans. Le cardinal de Lorraine en avait conçu la pensée dès Tannée 1 562 ; mais la mort du duc François , son frère , dans l'intérêt duquel il avait formé ce projet, en empêcha l'exécution. On le reprît plus tard, et Henri de Lorraine, duc de Guise , fils de François , usa de l'autorité que lui donnait , dans la Champagne et la Brie, sa qualité de gouverneur, pour y faire signer ;, en 4568, une formule de serment. Les signataires s'engageaient à sacrifier leurs biens et leur vie à la défense de la religion catholique, envws et «outre tous, excepté contre la famille royale et les princes de son alliance. Cette forraide trouva dans le gouvernement du duc de Guise de nombreux adhérens; elle commençait même à en trouver dans les autres provinces, IcMrsque les massacres de la Saint-Bar thélemi, et la guerre dont ils furent suivis, obligèrent les moteurs de c.ette grande intrigue à s'arrêter.

Le traité de pacificatiop du 14 mai leur offirit bientôt une occasion favorable de reprendre et à,e suivre leurs d^seins. Les deux partis étaient mécontens : les catholiques trouvaient qu'on accordait trop aux protestans, et ceux-ci se plaignaient qu'op ûè tenait pas tout ce «qu'on leur avait prôiins ; ils se

ftlSTOIRfi. 147

pkignalent surtout de ce qu^on refusait de mettre le prince . de Condé en possession du gouyem^oient de Picardie, qui lui avait été assuré par une des clauses du traité. L^irritation était plus ^ande que jamais , et il était évident que cette crise ne pouvait finir que par une catastrophe. Le parti des Guises le vit et voulut en profiter. Ses agens parcouraient les provinces , et à Taide des prêtres, des communautés religieuses et des catholiques zélés, ils firent de nombreux prosélytes.

La ligue s^établissait avec une rapidité, qpi finit par effirayer Henri III lui-même. Il recoimut enfin que si Tobjet apparent des ligueurs était Tanéantissement du parti protestant, leur but caché était de s^empaï*er du trône. Il chercha à se rapprocher d^Henri de Navarre; mais la ligue continuait de faire des progrès ; elle tenait déjà dans ses réseaux tout ce qui composait la cour , et dans Tespérance de détruire Tinfluenc^ des Guises , U roi signa lui-même la ligue et s'en déclara le chef en janvier 1 577.

Plus tard , il fut contraint de conclure avec les ligueurs , devenus plus 1585. puissans que lui , le traité de Nemours du 7 jm'llet 1 585 , par lequel il s'engageait à ne soufifrir désormais dans tout le royaume que Texercice de la rehgion catholique.

Le duc de Guise poursuivait ses projets , et la coux d'Espace fcmrnissait d'abondans subsides.

Les hgueurs se montraient plus ^itreprenans et plus audacieux que jamais. Les comités qu'ils avaient étabh's partout confondaient dans leurs libdlé» le roi et les protestans. Ils poussèrent Taudace jusqu'à vouloir le déposer et l'enlever violemment.

« On ne garda plus de mesure, dit M. de Thou, et ceux qui travaillèrent >• le plus efficacement à ruiner l'autorité du roi furent les confesseurs , qui )» développaient à l'oreille de leurs p^iitens tout ce que les prédicateurs » n'osaient clairement exposer en public; car, en chaire, ils s'abstenaient » de nomm^ les personnes, dana la crainte d'être punis. Les confesseurs, » abusant du secret de leur ministère , n'épargnaient ni le roi , m lès i> ministres, ni les personnes qui lui étaient le plus attachées , et au liai )» de consoler par des discours de. piété ceux qui s'adressaient à eux, ils leur i> rempUssaient l'esprit de faux bruits , et mettaient leur, conscience à la » torture par des questions embarrassées et par mille scrunules. Par b^ màmf^

14ê CHÀPITtB PUEMIER.

u moyen ^ ils fouîilaieiil dans les secrets des familles^...., sontenaient que les )» sujets pouvaient faire des associotioDS sans la permission du prince; ils les }t entraînaient dans cette ligtie fcmeste^ et à ceux qui ne voulaient pas y h entrer , ils refusaient FabsolutioD.

r> On porta des plaintes contre ces confesseurs séditieux, ajoute M. deThou; )> on leur enjoignit de ne pas abuser ainsi de la sainteté de leur ministère : )> ils ne changèrent pas, furent seulement plus circon^>ects , et posèrent ce » dogme Douveau que le pénitent qui découvre ce que le confesseur lui a I) dit ^t aussi coupable que le confesseur qui révèle la confession de son w pénit^it. » (1).

La conjuration continuait de marcher vers son but , et le roi , incapable d^une résolution grande , noble et énergique , se délivrait du duc de

1588. Cui^ et du cardinal de Lorraine, le 23 décembre 1588, par un làehe assassinat commis dans son propre palais.

Les ligueurs, indignés, se soulevèrent ; ils détruisirent sur tous les édifices publics leâ armoiries d^Henri III , et déchirèrent son portrait partout ou ils le trouvèrent. Du haut de la chaire, les prédicateurs ne cessaient de déclamer contre lui et d'émettre des maximes de régicide. Excité, enflammé par ces prédications , uft moine jacobin nommé Jacques Clément anit gagner le ciel

1589. en assassinant le roi, le V^ août 1589.

^ Ëgalementsvispect aux catholiques et aux protéstans, Henri III fltt méprisé de tous. La faiblesse le rendit souvent cruel; il alliait k des moeurs honteuses toutes les pratiques d'une dégradante superstition.

Pendant toutes ces intrigues, les provinces étaient en feu. La guerre avait recommencé dans ce département avec une fureur extrême j et Lesdiguières continuait d'y diriger et d'y soutenir les efforts des protestons contre la ligue.

Il y avait alors trois partis dans l'état : la ligne f les protestons et les royalistes. Ce n'étaient partout que taroubtes, anarchie, confusion^ émeutes. Les villes opprimées se prononçaient sdoii que les goirverneurs et les autres €hej& militaires agissaient pour l'un ou Tâutre parti. Cest ainsi que Montélimar, une des villes pourtant qui embrassèrent les premières la réferme, tint pendant quelque temps pour la ligue , excitée , subjuguée qu'elle était

(1) Histoire de de Thou, liv. tXXXVI.

par son sénéchal Jacques Colas, Fun des pliis fameux ligueurs. Cest amsi encore que Crest se livra à la ligue , malgré qu^elle contint beaucoup de protestans, parce que la ville était au pouvoir d^un chef partisan des ligueurs. Romans se déclara pour le parti contraire , et cette ville conserve encore dans ses archives une lettre d^Henri IV, du 20 février 1ô91 , qui la félicite et la remercie.

A la mort du duc de Guise, le duc de Mayenne, son frère, s^était placé à la tète de la ligue, et il vint en Dauphiné ^n diriger lui-même les opérations guerrières.

Henri IV avait été excommunié, et les ligueurs exploitèrent avec habileté cet acte abusif de la puissance papale, pour le repousser du trône après la mort d'^Henri III.

Les évêques , les parlemens se prononçaient av^c ime grande et unanime énergie. Nous ne wulons pas d'un roi hérétique! tel était le cri qu^ils ne cessaient de faire retentir , et que le parlement de Toulouse , entre autres , formula par un arrêt remarquable du 22 août 1589. a La cour, j est-il dit, i^sD. » avertie de la miraculeuse et épouvantable mort d^Henri III , advenue le » premier jour de ce mois , enjoint à tous princes , prélats , seigneurs et )» autres, de quelque état et condition qu^ils soient, de s^unir de rechef » pour la conservation de la foi catholique ; avec ordre à tous les évêques » et pasteurs des diocèses du ressort de rendre grâce à Dieu de la délivrance M de Paris et des aufres villes du royafmne, et de âdre des processions et M prières publiques tous les ans, le l^^août, en reconnaissance des bienfaits » qu'ail leur avait faits ce jour-là ; avee défense de reconnaître pour roi Henri )» de Bourbon , prétendu roi de Navarre , et de le favoriser , à peine d^étre » punis de mort comme hérétiques, et injonction à tous les évêques et » pasteurs de faire publier de nouveau et garder la bulle du pape Sixte VI , » donnée contre ledit Henri de Bouii>on , en vertu et par Tautorité de laquelle D ladite cour Ta déclaré et déclare incapable de jamais succéder à la couronne » de France, pour les crimes notoires et manifestes amplement contenus en )» icelle. »

Ce monument déplorable ne fut pas le seul : de semblaUes actes se reproduisirent partout où s^ex^çait Tinfluence de la ligue.

Toutefois , Henri IV sut déjouer les intrigues de ce parti par son habileté,

par son courage , et surtout par Fhcmimage qu^il rendit à ropimon de la majorité en se faisant catholique.

Il soumit la ligue, pacifia les esprits, et concilia les intérêts delà couronne

avec ce qu'ail devait aux protestans, qui Tavaient si longtemps et si vaillamment

1596. défendu , en leur accordant , par Tédit de Nantes de 1 598 , le libre exercice

de leur culte , avec le droit de participer aux honneurs et aux emplois publics.

Ces privilèges et plusieurs autres les incorporèrent au reste de la nation.

Depuis soixante ans, toutes les villes, tous les villages étaient devenus des places de guerre; on avait élevé dans le moindre hameau une citadelle; les mêmes scènes s^étaient renouvelées sans cesse ; tour-à-tour vaincus ou vainqueurs , tous les partis s^étaient souillés des plus étranges cruautés.

i( François I"^ , Henri II, Charles IX, Henri III , se sont, dit M. Dulaure, » montrés presque aussi cruels que Néron , Caligula et autres monstres de » Tantique Rome. Comme ces empereurs , ils ont mêlé des fêtes pompeuses )> à d^affi*eux supplices; comme eux, ces rois de France unissaient à leur )> luxe ruineux pour le peuple, à leurs exploits sanguinaires, la jdus » impudente débauche. Corrompus, ils devenaient corrupteurs; et leurs )» exemples, pris pour modèles par les courtisans , et reproduits par ceux-ci , )> corrompaient à leur tour les classes inférieures, malheureusement trop » enclines à imiter les vices embeUis par le prestige des richesses et du » pouvoir. » (1).

A Tavénement d^Henri IV au trône, la nation respira. Tordre se rétablit, rhumanité reprit ses droits trop long-temps méconnus ; tout enfin promit à la France un long avenir de bonheur. Henri IV appHqua à le lui assurer toutes les facultés dont la nature Tavait doué. Il porta sur le trône les sentimens populaires qui distinguèrent sa jeunesse , et il parvint à faire oublier plus dW demi-siède de calamités.

Mais le fanatisme politique et religieux, mécontent d^un règne tolérant et libéral , tint sans cesse ses poignards suspendus sur la tête de ce grand roi , 1610. çt Ravaillac Tassassina le 1 4 mai 1 61 0.

Henri IV, après avoir fait dissoudre son mariage avec Marguerite de Valois, ea 159d, avait épousé. Tannée suivante, Marie de Médicis, et le génie

(1> Tome IV, pages 585 et 686.

* Histomc. 151

malheureux de cette famille étrangère plana encore une fois sur la France- Louis XIII est appelé au trône; mais il n^a encore que neuf ans. Marie se fait déclarer régente, et entourée d^intrigans, de fanatiques et d^ennemis de la France, elle change presque aussitôt le système politique du règne précédent, L^état perd sa considération au dehors et sa tranquillité au dedans. Les princes du sang et les grands seigneurs remplissent le royaume de factions. Les protestans veulent , à Timitation de TAllemagne , diviser la France en i62i. huit cercles. Us oflfrent à Lesdiguières le généralat de celui qui comprend le Dauphiné , la Provence et la Bourgogne , avec cent mille écus par mois ; mais il aime mieux cette fois les combattre que d^être à leur tête : il se fait catholique, et le roi le nomme connétable. Un fils du célèbre Dupuy- Montbrun le remplace ; il lève des troupes , met le siège devant le Buis en 1623, s^empare des châteaux de Mollans, de Reilhanette, de Puy giron, 162$. de la Baume-Cornilliane et de beaucoup d^autres : tout le Diois et une partie du Graisivaudan sont à lui. Lesdiguières arrive et pacifie ces troubles; mais la guerre avec les Génois Payant appelé en Italie, les protestans ig25. profitent de son absence pour reprendre les armes. Brison , leur chef en Vivarais, fait de fréquentes incursions en Dauphiné, où Montauban le favorise et tient la place importante de Mévouillon.

De retour en 4626, Lesdiguières envoie de Valence, où il était retenu par 1626. Tàge et par une maladie grave, mettre le siège devant Mévouillon, qui capitule le 23 septembre, après un blocus de quarante-^ix jours.

Le connétable meurt cinq jours après, à Tàge de quatre-vingt-quatre ans , le 28 septembre 1 626. '

Brison recommence les hostilités ; mais le prince de Condé , qui descend en Languedoc, reprend, au mois de novembre 1627, les places dont les 1627, protestans s^étaient de nouveau emparés. La mort de Brison , tué dans cette campagne, les laisse sans chef; ils posent les armes, et la tranquillité est rétablie. Le roi fait démolir les forts qui existaient encore en assez grand nombre dans ces contrées. Les principaux furent ceux de Die, Nyons, Livron, Crest, Soyans et Moras. On conserva celui de Mévouillon, qui ne fut détruit qu'en 1684, par ordre de Louis XIV.

Dès-lors il n^ eut plus que des disputes. « On imprimait de part et d'autre, )) dit Voltaire , de ces gros livres qu'on ne lit plus. Lie clergé , et surtout les

152 GHAPITHB PREMIER.

M jésuites , cherchaient à convertir les protestons : les ministres tâchaient n d^attirer quelques catholiques à leurs opinions. Le conseil du roi était » occupé à rendre des arrêts pour im cimetière que les deux religions se i> disputaient dans un village , pour un temple bâti sur un fonds appartenant i> autrefois à Féglise, pour des écoles, pour des droits de ch&teaux, pour )i des enterremens et pour des cloches. » (1)«

Ce ne fut pourtant pas là le terme de tant de bouleversem^^ et de dévastaticms.

1645. L^inâuence du chancelier Letelli^ et de Louvois , son fils , qui voulurent

perdre les protestans comme rebelles, parce que Colbert les protégeait comme des hommes utiles, le crédit des jésuites, les intrigues de cour animèrent contre eux Louis XIV . Il les regardait comme d^anciens révokés soumis avec peiné , et après s^étre appliqué à miner par degrés Fédificie de leur religion , 1685. il révoqua entièrement Tédit de Nantes , au mois d^octobre i 685. Il fit défense aux protestans de tenir des écoles ; il leur enjoignit de £ûre élever leurs enfans dans la religion catholique; il proscrivit tout exercice du culte protestant i fit démolir les temples , et couvrit les provinces méridionales de missionnaires qu^accompagnèr^it des dragons indisciplinés chargés de demander des abjurations à main armée.

Sous prétexte de chercher les protestans pour les conduire au catéchisme et à la messe, les soldats se répandaient dans les mais<^as, sY établissaient comme en pays ennemi, pillaient les meubles, consommaieat les provisions, •t se portaient souvent aux derniers excès d^indécenee et de eruauté. Cest ce qui fit donner à ces déplorables exécutions le nom d^ droçûnnades (2).

Le marquis de Louvois écrivait : « Le roi veut qu^<m fasse éprom^er les » dernières rigueurs à ceux qui ne voudront pas se £ure de sa religion , et u ceux qui auront la sotte gloire de vouloir demeurer les derniers doivent » être poussés jusqu^à la dernière extrémité. »

Les malheureux protestans se persuadèrent qu'ion avait résolu de les exterminer , et ceux de ce département essayèrent aoK^ore u^e fois de courir aux armes. A Bourdeaux, Bezaudun et Chàteaudoiuble, ils voulurent s^q>po$er

(1) mn^irê du sUck d» Loaiê XIF.

(S) Esprit d* ta Ligne, siècle 4e Loui» XIV>

à ces mesures tyranniques, en juillet 1685 j maïs des forces considérables envoyées aussitôt contre eux les obligèrent à poser les armes \ ils se livrèrent à la discrétion du vainqueur» On se saisit des principaux ; les uns furebi envoyés aux galères , et les autres exécutés sur le lieu même.

Us essayèrent encore en 1 687 de tenir des assemblées , et Louise Moulin , 1687. dite la Maréchale^ du village de Beaufort, convaincue d^ aVoir assisté, fui condamnée à mort et exécutée devant la porte de sa maison.

Plusieurs autres réunions protestantes, présidées par des ministres ^furent lesa surprises en 1689, et un grand nombre de personnes furent, à cette occasion , exécutées en divers lieux. Les monumens historiqties citent, entre autres, Arnaud et Marie Morin, pendus à un peuplier à la MotteOhalancon ; Alexandre Sambuc, Simon Bamavon et Marguerite Latti, qui furent exécutés ^^ Villeperdrix , Bouvières et la Motte. Moréli ou Bourély, dé Suzé, près de Crest ; Qairant, de Poyols; Dufourd, Reignier, Pignet el Beausen, de Dieu-le-fit; les trois filles Dumas, du Poet'-Laval^ .deux individus de Beaumont et quatre de Loriol subirent le même sort.

Sans produire aucun des résultats dont on s^était flatté , toutes ces mesures firent sortir du royaume beaucoup d^hommes édairés, des familles riches, des négocians et des fabricans , qui portèrent chez les nations voisines , en retoiu* de Tasile qu'acnés leur offirirent , leurs lumières , leurs capitaux et leur industrie (1).

Cest ainsi que le p^ys se dépeupla, et que le coinmerce et Tindustrie furent anéaintis dans presque toutes celles de nds villes qui avaient embrassé le parti de la réforme.

Pendant que les actes atrocement impcditiques de Tautorité déterminaient i692. ces émigrations, le duc de Savoie pénétrait jusqu^au Col-de-Cabre, qui sépare le Gapençois du Diois. Les conununes circonvoisines se levèrent en masse, commandées, celles de la Drome par deux frères, MM. Lagier de Vaugelas et de la Chardonnière , et celles des Hautes^Alpes par MM. de Flotte de Saint-Pierre et de Taillades.

(1) YoUaire, dans son Dictionnaire historique, article beaux arts, évalue le nombre des protestans sorti» du royaume , lors de la révocation de Tédit de Nantes , de ^ à 700,000 ; d^autres rcstimeot encore plus haut.

LVnnemi fîit repoussé. On adjugea la palme du triomphe, dit M. de la Doucette , à M."* de la Cbarce, la célèbre Philis de la Tour , qui monta à cheval , arma les paysans des Baronnies, se mit à leur tête, et livra plusieurs petits combats dans les défilés des montagnes. Le roi lui accorda une pension , avec le droit de mettre son épée , ses pistolets et le blason de ses armes dans le trésor de Saint-Denis, où ils sont restés jusqu^à la mort de Louis XIV (1). 1715. Sous le règne de Louis XV, ce pays ne fut engagé d'une manière

particulière dans aucun événement politique de quelque impcurtance ; mais le fatal système qui avait dicté Tédit de révocation de 1 6S5 continuait : on se flattait que des persécutions sans cesse renouvelées lasseraient la patience des protestans , et qu^ils rentreraient dans le sein de Féglise.

Ils avaient tenu plusieurs assemî)lées à Boordeaux et dans les environs. Le commandant de la province y envoya huit compagnies; eUes y arriverait, 1719. tambour battant, le 13 janvier 1719, et elles étaient si animées et si bien fournies de munitions de guerre , qu'on eût dit qu'dles avaient à réduire un pays entièrement révolté. Les maisons des protestans connus par leur zMe ou leur fanatisme furent livrées au pillage, leurs meubles brisés et leurs bestiaux enïevés. Plusieurs maisons furent rasées à Crupie, Vesc et Bezaudun, et Ton contraignit les protestans du voisinage à les démolir eux-mêmes*

Ces actes de violence ne firent qu''accroitre le nombre et Tobstination des relîgionnaires : ils crurent gagner la palme du martyre en luttant contre une puissance tyrannique , et à défaut de leurs temples détruits , ils continuèrent au désert^ pour parler le langage de leurs ministres, lès instructions et les exercices de leur culte.

iîàà. Le 7 mai 1744, il fut résolu dans un syoode protestant du Dauphiné que

les assemblées qui, jusqu'alors ne s'étaient tenues dans cette province que de nuit et en des lieux écartés, s'y feraient désormais de jour et publiquement. Cette résolution s'exécuta pour la première fois le 24 mai, jour de la Pentecôte , et l'autorité renouvela partout ses actes de rigueur.

Le pasteur Roger, qui exerçait son ministère dans les montagnes du Diois , fut signalé au roi comme ayant lu à son auditoire , pour justifier ces assemblées , un faux édit de tolérance.

Page 1