‹ Statistique du département de la DromeChapitre 26 sur 234 · PT · texte numérisé non relu

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(1) M. de la Doucette. — Dictionnaire d'Expilly, article Nyons.

Le mcmarque était alors au camp devant Ypres. Il fit écrire par un de ses ministres, M. d'^Argenson, à M. de Piolenc, premier président du parlement de Grenoble, le 22 juin 1744, la lettre dont la tœeur suit : ; . « Le roi est informé , Monsieur, que, k 7 de ce mois, le nommé Bîoiger^ )> prédicant, ayant assemblé plusieurs religionsiaîres du lieu de Poyols.d^ w le Diois , y avait fait lecture d^ùn prétendu édit , ou induit, daté dU 7 de » mai , et scellé d^un sceau qu'ail assurait être celui de Sa Majesté, par lequel » il paraissait qu^elle donnait à ses sujets la liberté de ç(msci^nce;;et cette de » s^assembler. Comme cette pièce est absolument fausse et supposée , et que » le roi n^a jamais eu intention de déroger Aux loiâ étaUies sur ces matières » par le feu roi son bisaïeul et par elle, Tint^aticm de Sa Majesté est que >» vous désabusiez les peuples de Fimpression que cette pièce aurait pu faire » sur eux, et qu^ea démasquant Timposture du prédJcaxit, vous leur.&saiez » sentir les risques qu^ils courraient en se livrant à la cpi^duite de pareils » pasteurs. Sa Majesté vous permet > pour cet effets de fairf^ i^fiprjmw. cette » lettre, et d^en répandre des exemplaires partout où vou^ le.jugereK » nécessaire. Elle désire de plus que vous fassiez ^ contre le^t Roger, «toutes » les poursuites convenables pour parvenir à/ r^s&empl^ qii^imgei.Ia gravité » du cas* »* ' 1- '■;,;-"• ' f»' '(

La lettre fut imprimée et publiée; une procédure crlmin^e fat instruite contre le pasteur Roger, mais die ne produisit rien, et du lieu où Sbd^était retiré, il écrivit ainsi à M. d^Argenson : ' •<

' « Je sais fermement persuadé que la procédure qu^on a fbite coiitrë tooi » à Grendble, en conséquence de vos ordres, me justifie pleineineni de ce » qu^on m'^a imputé d^être Fauteur et d'avoir fart lecture d'un prétendu édit I» de Sa Majesté , daté du 7 de mai, et scellé , par lequel il paraissait quelle )» donnait à ses sujets la liberté de C(mscience et délie de s^assembler. » Cependant j'ai cru qu'une calomnie aussi énorme demandait que je I» déclarasse de la mam'ère la plus expresse, que si cette pièce supposée a 2> existé, ce que je ne crois pas , je n'en suis pas l'auteur, que jè/ne l'ai hie ni en » particulier ni dans les assemblées , que jje ne l'ai pas même nie, et que je » rfen ai rien su que par la lettre que V. G. a écrite à ce sujet , et qui a été » rendue publique.

» Je sais que toute falsification est un crime qui mérite un châtiment

> sévère, mais qtiWe falsification qui a pour objet le sceau du prince est )i un crime de lèse-majesté au deuxième chef. En qualité de chrétien, j^ai )) de rhorreur pour le mensonge; en qualité de sujet, je respecte tout ce a qui émane de Fautorité de mon souverain; et en qualité de pasteur, )» j^inspire^a mes ouailles la même horreur pour tout ce qui blesse la vérité , » et le même respect pour TaUtorîté royale.

» Quelque ardent que soit le désir que nous avons en général pour la » liberté de nos consciences , quelque naturel et quelque légitime que ce » désir nous paraisse , vous pouvez être assuré qu^il ne nous portera jamais D il donner aucune atteinte à la fidélité que nous devons à notre auguste y monarque. Nous attendons cette liberté précieuse avec une entière rési- » gnation ; nous ne la demandons que par nos prières et par nos larmes , et D nous n^espérons Vobtenir qu^en récompense d^une entière l*ésignation à » ses ordres , en tout ce qui relève de son empire , et en sacrifiant nos biens » et nos vies pour son service. Nous lui devons cette soumission et ce sacrifice » par un principe de religion; mais cette qualité de père de ses sujets, qu^il » s^edt acquise à si juste titre, lui assure dans nos cœurs un hommage volon- » taîrje d^autànt plus glorieu^t pour lui qu^il ne le doit qu^à lui-même. Si » Ton nous attribue quelque pièce , ou quelque démarche , qui ne soit pas » .marquée à ce coin, cmnme on ne Ta déjà que trop fait, V. G. peut ai i» conclure que c^ëst Touvrage de la calomnie.

)> Les auteurs de ces impostures nous noircissent pour nous rendre odieux p et indignes du su{:^>ort de Sa Majesté; mais ce n^est pas la le seul motif de M celui qui m^accuse d^'avoir supposé un édit de liberté de conscience : sa » malignité Fa porté à vouloir découvrir^ par cette indigne voie, la £aiçon )> de penser de Sa Majesté sur nos exercices de religion. Si sa maligne » curiosité a été satisfaite à ce dernier égard , j^ose espérer qu'ail ne triom- >» phera pas longn-temps de Fopprobre dont son imposture m^a couvert aux » yeux de V. G. , et qu^en voyant éclater mon innocence dans la procédure » même qui a été faite pour prouver le crime afiréux dont on me cdiarge , » vous rendrez à Faccusateur et à Faccusé la justice qui leur est due. »

La France était en. guerre avec FAngleterre. On accusait les protestans d^appeler un débarquement sur nos côtes méridionales , et au mois d^août 1744 , on répandit avec profusion , en Dauphiné et en Languedoc , le cantique suivant qu'ion les accusa de chanter dans leurs assemblées :

O Dieu ! le fort ! arbitre de la guerre ! Fais triompher les armes d*Angleterre, Donne puissance et victoire à son roi, Le défenseur de ta divine loi.

Puisque c'est lui qui doit rompre la chaîne Que nous portons dès long-temps avec peine , Nous te prions de le favoriser, Par ton Saint Nom^ et de Téterniser.

Que rien ne puisse arrêter ses conquêtes I Malgré Teffort des plus noires tempêtes , Soutiens son bras de ta divine main, Poui* accomplir son généreux dessein.

Calme les flots de la mer irritée Sous les vaisseaux qui portent son armée, Quand la tourmente agite les Français, Pour assurer la victoire aux Anglais.

Ferme les yeux et trouble le courage De nos marins qui gardent le rivage , Pour empêcher nos chers libérateurs De prendre bord pour vaincre nos vainqueurs.

Que tout respecte et craigne leur puissance; Qu'ils soient le fléau des papistes de France, Pour rétablir nôtre religion Et raffranchir de leur opposition.

De là dépend la paix de ton église

Qu'un roi puissant tourmente et tyrannise;

De là dépend la douce liberté

Que ton cher peuple attend de ta bonté.

Si tu lui fais remporter la victoire.

Nous bâtirons des temples à ta gloire, Pour célébrer ton nom, ô Saint des Saints I Sur les débris des temples des romaîm.

Ce cantique fut le sujet de poursuites nouvelles. Les réformés protestèrent solennellement de leur innocence j et Paul Rabaut fut chargé par eux , le 2 décembre 1744, d^adresser leur justification au duc de Richelieu^ envoyé en Languedoc pour Tinstruction de cette grande affaire.

(c II est bien triste pour les protestans , disait Paul Rabaut , qu^on leur » impute les crimes les plus affireux , sans qu'ails osent ni se plaindre , ni » demander justice contre leurs calomniateurs. Nous ne sommes point )> surpris des funestes trames que nos ennemis ourdissent pour nous perdre. )» Comment nous épargneraient-ils, puisqu^un seigneur aussi respectable )> par son mérite que par sa naissance et par son rang, n^est point à Tabri )> de leurs téméraires discours?

» Ce fut dans le mois d^août dernier que parut Fmfâme cantique qu'ion )> nous attribue. Bien qu'aune calomnie aussi grossière parût entièrement » méprisable , nous crûmes qu^il était de notre devoir d'^écrîre à ce sujet à » M. de la Devèze, qui commandait pour lors, en votre absence, dans cette » province. Cest ce que nous fîmes, par une lettre datée du 21 du même )> mois; et dans la pensée que cette lettre serait communiquée à Y. Exe, » nous nous tranquillisâmes.

» Ce n^est pas la première fois que nos ennemis nous noircissent pour nous » rendre odieux. Il y a quelques années que le prêtre dVne paroisse , nommé M Bouquet , dans le diocèse d'alizés , fut assassiné. On ne manqua point d^en » accuser les protestans du lieu , et même d^en emprisonner quelques-uns ; » mais , par les procédures qu'ion fit , il fut prouvé que les auteurs de cet » assassinat étaient des catholiques. Vous vous rappellerez facilement qu'ail » nY a pas fort long-temps qu^on accusa les protestans des Cévennes de )> s^être révoltés : V. Exe. fit les perquisitions nécessaires pour découvrir ce » qui en était , et reconnut Tinnocence des accusés. Ces calomnies n^ayant » pas eu le succès qu'on en attendait , nos ennemis en inventent de nouvelles ; » mais nous espérons que la vérité se fera jour , et qu^ik ne triompheront » pas plus long-temps de notre innocence.

w Nous vous jurons , nous vous protestons devant le souverain scrutateur » des cœurs , qui saura punir un jour les parjures et les hypocrites , que » ce n^est point parmi les protestans qu^a été fabriqué Texécrable cantique ï) qu^on leur attribue. Leur religion ne recommande rien plus fortement

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T> que Tobéissance et la fidélité au souverain. Dans les discours que nous » adressons à nos troupeaux, nous insistons souvent sur cet article, comme » peuvent en rendre témoignage im nombre considérable de catholiques » que la curiosité a attirés dans nos assemblées religieuses. Ceux-là peuvent » dire s^ils y ont entendu chanter un pareil cantique, et si Ton y fait quelque » chose de contraire au bien de Tétat. Ils ont été témoins des vœux pleins » de zèle (pie nous adressons au Roî des Rois en Êiveur de notre auguste )» souverain , de la reine , son épouse , de M. le dauphin et de toute la )> famille royale , aussi bien que pour tous les seigneurs et magistrats du » royaume , et nommément en faveur de V. Exe.

» n ne serait peut-être pas difficile de découvrir fauteur de Todieux » cantique dont il est question ; mais , destitués de toute autorité , les j> protestans ne peuvent faire à ce sujet aucune perquisition. La voix )) publique le donne à un catholique : un prêtre de la ville de Nismes » en a répandu des copies assez ouvertement. M. Lebrun, commandant >» de la vîUe et château d^Alaîs , fit arrêter , il n^ a pas long-temps , un >» catholique qui le chantait. Si V. Exe. voulait nommer un commissaire , » nous nous flattons que ses soins ne seraient pas sans succès , et Tinnocence » des protestans paraîtrait dans un plus grand jour.

» Nous sommes affligés au-delà de toute expression de ne pouvoir faire i> connaître à notre auguste monarque les sentimens qui nous animent. Que w ne peut-il lire dans nos cœurs! il y verrait, gravé en caractères ineffaçables, » le respect le plus profond, Tamour le plus ardent pour sa personne, et une » fidélité à toute épreuve pour son service. Si nous faisons des assemblées )) religieuses , ce rfest ni par mépris pour les ordres de Sa Majesté , ni pour » cabaler contre Fétat : c^est uniquement. Dieu nous en est témoin, pour » obéir a nos consciences , pour rendre au Seigneur nos hommages de la » manière qui nous paraît lui être la plus agréable , pour nous instruire de w nos devoirs , et nous exciter à les remplir. Loin que cela soit contraire au M bien de Tétat , il nous parait en être le plus solide fondement. »

Malgré ces explications, la persécution continua; les ministres iurent 1745. partout poursuivis, arrêtés et condamnés.

Le 19 janvier 1745 , toutes les brigades de maréchaussée du Diois et des Baronnies -se mirent à la recherche du ministre Rolland ; elles ne purent le

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découvrir , mais elles arrêtèrent , comme ses complices , une foule de protestans de tout âge et de tout sexe. On mettait garnison chez tous ceux qui étaient convaincus d^avoir assisté aux sermons des ministres , et voici comment ces scènes de désolation sont racontées dans les Mémoires d^un auteur contemporain : a Après les emprisonnemens , toute la garnison de » Nyons lut logée chez les protestans , et ceux de Vinsobres s^étant trouvés 1) à une assemblée qui s^était faite dans leur voisinage , à peine furent-ils )> retournés chez eux, qu^ils y reçurent des soldats logés à discrétion. » A Volvent , la troupe fut grossie par le seigneur du lieu , gentilhomme n nommé Bernard de Volvent , qui, Tannée précédente, avait souvent assisté » aux assemblées, où il faisait les devoirs de bon prolestant, et qui, celle-ci , » autorisé par M. d^Audifiret, commandant du Diois, SQ mit à la tête de ses )> paysans pour prêter main-forte aux persécuteurs. Ce fut la nuit du 6 au » 7 février qu^il commença ses expéditions par un village nommé les Tonils , » dans le val de Bourdeaux, où Ton croyait que le ministre Rolland s^était » retiré, et où, ne le trouvant point, il pilla tous les habitans et leur enleva )» tout ce qu^il put emporter. De là il se rendit au Plan-de-Baix , où il se )> passa une chose trop mémorable pour être omise en cet endroit.

i» Le Plan-d^Baix appartient à un gentilhomme nommé M. de Mont-Rond. » Dans cette terre il y a une caverne naturellement creusée sous un rocher. n Les paysans du lieu , qui conçurent Welle pourrait les mettre à couvert » dans le temps des pluies, ou les garantir contre les grands froids, la » nettoyèrent et la rendirent commode pour ces usages. Comme ils étaient » protestans , il leur arriva une fois d^ employer quelques momens de leur » retraite à lire entre eux FEcriture sacrée. La chose étant parvenue à la )> connaissance du parlement de Grenoble , ce grave sénat érigea pompeuw sèment en temple cette caverne , et la condamna par arrêt à être comblée » et miu*ée, parce que ce prétendu temple ne pouvait être démoli d^me » autre manière. Ce fut à Texécution de cette burlesque sentence que )> Findigne de Volvent prêta son ministère, à Taide des archers et du » bourreau qui s^étaient rendus sur le Heu. Après ce bel exploit, on logea » trois compagnies de soldats chez les réformés du Plan-de-Baix, de 1» Beaufort et de Gigors, où ils étaient à discrétion.

)) Mais ce qu^il y eut en ceci de plus extraordinaire, ce fut le procédé.

» qo?on tînt à Tégard du seigneur de Mont-Rond. Ce gentilhomme n^avait I) absolument donné aucune prise sur lui par sa conduite, n^ayant assisté » à aucune assemblée, ni contrevenu à aucune ordonnance. Cependant » on lui fit un crime de ce que ses paysans avaient £iit, en nettoyant la » caverne et en y lisant une fois. Sur cette seule accusation , le parlement » le cita pour venir rendre compte de sa conduite. II comparut d^abord » devant M. de Marcieux , commandant en chef dans la province. Dès le » même jour, il lui fut ordonné de se rendre en prison , sans qu'on daignât » lui dire pourquoi. Il employa ses amis pour être jugé par le parlement, 1» où il déclara et protesta que Tusage que les paysans avaient fait de la » caverne était entièrement sans sa participation et à son insçu ; de sorte » qu'ail n'avait pu ni prévenir la chose , ni en arrêter le cours , ni en donner )) avis au commandant. Malgré la force de cette défense , et quoiqu'il n'y eût » contre lui, dans ce cas, aucune ordonnance connue, il fut condamné, » par arrêt, à mille écus d'amende, à être rendu responsable de toutes cdlles » qui seraient prononcées contre les habitans de sa terre pour contravention » en fait de religion, et à être déchu, au profit du roi, des fiefs et de » la justice de sa terre. Il paya les mille écus par voie de consignation , dans n l'espérance d'être mis en liberté ; mais au lieu de cet élargissemetit , on n produisit ime lettre de cachet, en vertu de laquelle la maréchaussée, » sans autre forme de procès, le conduisit dans les prisons de Crest. Cette » complication d'iniquité est fort étonnante; mais on voulait à tout prix » donner aux protestans un exemple de terreur, et cet infortuné gentilhomme » fut choisi pour cela. »

Le même auteur rapporte qu'en 1745 la femme de Jean Gitard , du lieu de Marignac, près de Die, ayant accouché d'un enfant mort, on accusa le père, ou d'avoir négligé de faire baptiser cet enfant, ou de l'avoir fait baptiser par quelque ministre. <c M. d'Audiflâret, dit-il, commandant du M Diois , lui en fit payer une amende de 1 2 louis d'or. Pour un cas à peu )) près semblable, Jean Bouat, du même lieu, fut décrété. Il oflirit, pour se » racheter , 30 louis au commandant, qui les refiisa, parce qu'il en attendait » davantage, ce qui obligea Bouat à se cacher, errant d\m lieu à l'autre , » pour éviter les poursuites. »

Le parlement de Grenoble avait décrété de prise de corps plus de cent

personnes du Diois et des Baronnies , accusées d^avoir assisté aux sermons du ministre Rolland. Elles comparurent devant le conseiller Trevîol, et voici Vinterrogatoire d'un des accusés, indiqué sous les initiales Arm

(( D. Avez-vous été à rassemblée du 2 août, tenue à la Motte-Chalancon ? )) R. Oui, Monsieur.

w D. N'avez-vous été qu^à celle-là? R. A' toutes celles que j^ai sues : j^aî w été à Poyols , à Valdrome , à Fourcinet , etc.

V Z). Y avez-vous mené vos enfans? R. Non, mais ils m'ont suivi, et » personne n'^a resté dans ma maison.

)) D. Mais en vous mariant n^aviez-vous pas promis de vivre en catholique? » R, Quand je me mai'iai , je ne savais guère ce que je promettais. Un jeune » homme et une jeune fille, pleins d'ardeur pour le mariage ^ ne pensent » guère à autre chose , et promettent tout ce qu'on leur demande.

)> D. Vous aviez donc grande envie de vous marier? R. Oui, Monsieur.

i> D. Mais n^avez-vous pas assisté quelquefois à la messe depuis votre )» mariage? R. Quelquefois, mais très-peu.

)) D. Mais ne voulez-vous pas être catholique? R. Non, Monsieur; je crois » ma rehgion bonne , et je n^en changerai jamais.

)) D. N'avez-vous pas lu aux assemblées ? -R. Non , Monsieur , et ma vue 1) ne me le permettrait pas.

>» D. N'avez-vous pas logé le ministre chez vous? R. Non, Monsieur.

» D. Quel ministre avez-vous entendu prêcher? R» Tdl entendu prêcher )) M. Rolland. . .

)» D. Savez-vous où il est? R. Non , Monsieur. )>

Tous les autres répondaient avec la même assurance , et Ton voit par les documens contemporains que , sur la fin de 1 745 , les prisons de Crest , de Montélimar, de Valence et de Die étaient remplies de protestans accusés d'^avoir assisté aux assemblées àes ministres. Il j avait parmi les détenus des gentilshommes , des avocats , des médecins , de bons bourgeois et de riches négocians.

On condamnait les hommes aux galères et les femmes à être détenues dans un couvent : cette dernière peine fut appliquée, entre autres, à une demoiselle Routière, du lieu de Volvent, et à la marquise de Montjoux. Etienne Arnaud , de Dieu-le-fit , fut condamné au carcan et aux galères

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perpétuelles, pour atoîr donné à quelques jeunes gens des leçons de musique pour le chant des psaumes.

Le pasteur Ranc fut arrêté à Lîvron, le 16 février 1745. Transféré dans les prisons de Valence, le subdélégué deTintendant, M. Chaix, Finterrogeaj

il répondit qu^il était ministre ^ et qv^ïL en awit rempli les fonctions Le

parlement de Grenoble le condamna à mort : Farrêt portait quMl serait pendu dans la ville de Die, que sa tête serait ensuite tranchée et exposée sur un poteau à la, porte du cabaret de Livron, où il avait été arrêté. Il alla au supplice en entonnant le verset du psaume 1 1 8 : La voici Vheureuse journée^ qu'ail répéta plusieurs fois. 11 voulut parler au peuple, mais le bruit des tambours couvrit aussitôt sa voix.

Le pasteur Roger, dont fai déjà parlé, îoX arrêté, le 29 avril 1745, aux Petites-Vachères , condamné et exécuéé à Grenoble .^ Il ne montra pas moins d^assurance et de résignation que Ranc : comme celui-ci il alla au supplice en chantant d'^un air triomphant : Là voici Vheureuse journée et V heureux moment que j'aidais si soui^ent désiré : réjouissons-nous , mon a/ne/ puisque c^est l^ heureux jour que tu dois entrer dans la joie de ton Seigneur (1).

La persécution ne. se contentait point de rechercher et d^atteindre les manifestations publiques de protestantisme ; elle descendait dans Fintérieur des familles, elle troublait les unions conjugales; et comme la loi ne reconnaissait que les mariages célébrés devant les prêtres catholiques , un arrêt du parlement de Grenoble , du 2 avril 1 746 , défendit à Jean Crozat et 1746. à Marguerite Permingeat, à Louis Armand et à Anne Garagnon, à Jacques Monier , Guillaume Rousset , Louis Escoffier , David Robin , Françoise Bergeron et Madelaine Monier , de cohabiter les uns avec leurs femmes et les autres avec leurs maris, à peine d^être poursuivis et punis comme concubinaires publics. L^arrêt déclarait les enfans nés et à naître de leur union, illégitimes et incapables de succéder (2).

(i) On trouve encore dans les listes des détenus et des condamnés de cette époque des noms qui paraissent appartenir au département de la Drome, et notamment ceux-ci : Berangier, sa fille, Claude Vincent, Jean-Pierre Defaisse, Lucrèce Tîeux, Barthélenu Defaisse, Gonin, Gontard, de Eichaud, noble, etc., etc.

(2) Voyez, pour tout ce ctuî est dit des années 1687, 1689, 1715, Ï7l9, 1744, 1745

1774. Cette longue suite de persécutions atroces eut pourtant un tarme.

Sous le règne de Louis XVI , toutes ces violences cessèrent , rhumanîté reprit ses droits. Les MalheseAes , les Necker, les Turgot, firent entrer, avec eux, dans les conseils du roi les principes de la tolérance évangélique; et Ton se sent soulagé , après tant de maux causés par des dissensions religieuses, de terminer ce long et douloureux récit par un hommage à la mémoire d^un prince malheureux.

c( Nous favoriserons toujours de tout notre pouvoir, disait-il, dans son 1787. » édit de novembre 4 787 , les moyens d^instruction et de persuasion qni » tendront à lier tous nos sujets par la profession commune de rancienne » foi de notre royaume ; mais nous proscrirons avec la plus sévère attention D toutes ces voies de violence , qui sont airâsi contraires aux principes de D la raison et de Fhumanité qu^au véritable esprit du christianisme. »

Il est une autre pensée non moins consolante : c^est qu^au milieu des troubles sanglans qu^excitèrent à la fois le fanatisme et la politique , de ces rivalités de deux cultes ennemis , le clergé s^observa davantage , ses mœurs devinrent meilleures ; il fut plus éclairé , plus désintéressé et plus véritablement religieux que dans les temps d'ignorance et de superstition du moyen âge.

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