‹ Statistique générale méthodique et complète de la FranceChapitre 25 sur 27 · DE LA CONSTITUTION RELIGIEUSE OC ECCLÉSIASTIQUE · texte numérisé non relu

DE LA CONSTITUTION RELIGIEUSE OC ECCLÉSIASTIQUE

§ 1. Rapports des cultes avec l’état, et leur diversité. Si nous traitons des intérêts spirituels en même temps que des intérêts sociaux, ce n’est pas que nous méconnaissions en aucune manière leur nature spéciale. Nous en sommes profondément convaincu , ce sont là deux genres d’intérêts essentiellement distincts, et telle est la supériorité des premiers sur les seconds, qu’ils ont imposé à l’État, comme une de ses attributions les plus essentielles, la mission de les défendre, de préserver même de la plus légère atteinte l’exercice du culte religieux dans la forme adoptée par les fidèles; et cela sans réciprocité, car l’Église ne doit rien à l’État, si ce n’est de respecter ses lois et de le comprendre , lui et son chef , dans les prières qu’elle ad resse à l’Éternel. L’État n’a aucune prisesurtouteequi tient à la foi: pour celle-ci, il s'agit du salut de l'ème, et tous ses intérêts à lui sont très secondaires en comparaison. Nous savons bien qu’il n’a aucune prise non plus sur les opinions politiques, et que néanmoins tous les partis sont obligés de reconnaître sa loi et de lui obéir, par ce motif qu’il n’y a d’association possible qu’à condition que la minorité se soumette aux décisions du plus grand nombre; mais des décisions de ce genre ne font point loi pour la conscience. Les opinions politiques se rapportent à des choses de ce inonde, d'une valeur diver-

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sement appréciée et variable suivant les temps; choses dont la privation peut être très regrettable, très douloureuse, mais ne détourne pas cependant l’humanité du but qu’elle doit atteindre. La foi religieuse , au contraire , s’élevantau-dessns d’un monde périssable, nous fait agir en vue d’une existence infinie, qui n’est pas celle du corps, mais celle de l’essence immatérielle pour laquelle son union avec le corps n’est qu’une courte phase.

Toutefois, l’État est un , et les cultes sont multiples. Ici-bas, la base de l'organisation sociale, ce n’est pas l’Église, c’est l’État; l’Église, dont le royaume n’est pas de ce monde , doit rendre à César ce qui appartient à César. Elle est d’ailleurs , à bien des égards, une abstraction plutôt qu’une réalité; car où est le consentement de tant demillionsd’hommes qu’elle compte parmi ses fidèles? où sont les preuves de leur accord et de leur soumission unanime à des lois qu’on regarde comme obligatoires pour tous? L’État n’est point une abstraction , son action se fait sentir tous les jours, et nul ne peut s’y soustraire; elle s’étend ù tout, chacun l’invoque , et nommément dans notre régime constitutionnel , où c’est l’opinion publique qui gouverne , l’organisation sociale existe en vertu d’un acte de la souveraineté populaire auquel tous ont pris part par l’organe de leurs représentants.

L’Église n’est pas un État dans l’État. D’abord , il n’y a pas qu’une Église en France; et, en ce qui concerne même l’Église catholique , qui est celle de la majorité des Français, le vrai chef de l’Église, quand il ne s’agit que d’organisation , est le chef de l'État ou le gouver-

neraent; car nullevolontéétrangère ne peut légalement se produire efl France , si ce n’est par son intermédiaire, et ne peut y être mise à exécution à moins qu’il n’y consente. Cela est naturel , puisqu’il existe des États divers, ayant leurs intérêts séparés, et que les fidèles d’une même Église sont partagés entre ces différents États; or, bien souvent des vues terrestres se cachent sous le manteau de la religion. D’ailleurs tous nos États modernes , fondés sur le principe chrétien , ceux du moins où l’opinion publique compte pour quelque chose, respectent les droits de l’Église et ne lui sont point hostiles. L’Église ne saurait péricliter de leur fait, et ils sont, particulièrement ceux d’entre eux dont les lois ont reçu pour sanction le consentement national, en droit de lui demander d’éviter elle-même ce qui pourrait porter atteinte à leurs droits ou devenir pour eux un danger. Relativement au dogme, la question change d’aspect : l’Église catholique, fondée sur l’unité de croyance , vénère dans le pape le vicaire de Jésus-Christ et le reconnaît en effet, non pas comme l’arbitre, mais comme le régulateur et le gardien de la foi; or, le pape est un prince étranger qui ne relève de personne. Mais le dogme est du domaine de la conscience et n'ù rien de commun avec les affaires de l’État : celui-ci n’a rien à y voir, car il n'en a rien h redouter; le dogme se rapporte à des intérêts dont les intérêts de la terre ne sont point jaloux.

Nous les mettons ù part, comme étrangers à la statistique; mais l’Église, en tant que visible, est subordonnée à l’État qui lui donne protection et force.

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