CHAPITRE IV. ETAT PHYSIQUC ET MORAL DES HABITANTS. ;î
tout garni de rubans, devient renseigne; celui qui la porte a pour fonctions (le précéder le cortège et d'écarter de la route à suivre les obstacles de toute nature. Un autre personnage raccompagne, armé d'un balai de houx. Le porte-etiseigne ne manque pas d'occupations : les plaisants du village s^amusent a multiplier devant lui les obstacles de toute nature. Le lendemain, jour où ses fonctions doivent cesser, après le repas d'usage, il allume le balai de son compagnon, et tenant ce brandon k la main, il chasse brusquement tous les convives, en leur répétant le refrain populaire : Allez-vous-en, gens de la noce, etc.
Quand un Landescot est dangereusement malade, et qu'il reste peu d'espoir de le sauver, un proche parent est chargé d'inviter le mourant à mettre ordre a ses affaires. La triste nouvelle est toujours donnée avec beaucoup de calme et reçue de même. Le Landescot tient peu à la vie. Habitué à calculer, on dirait qu'il ne s'exagère pas ce qu'elle vaut. La famille, nous parlons des plus proches parents, suit le cercueil a l'église, jamais au cimetière. Hommes et femmes vont se coucher au moment de la sépulture; usage singulier qui ne peut être considéré que comme le simulacre d'une excessive douleur. Nous serions d'autant plus portés à le conjecturer, qu'il n'est point de pays oîi les funérailles soient accompagnées de plus de cris, de sanglots et de pleurs, étalage de sensibilité qui s'accorde mal avec le calme que nous venons de signaler.
S X. — LANGAGE (*j.
« Lorsque, au cinquième siècle, les tribus franques vinrent s'établir sur le territoire gaulois, l'ancienne langue du pays avait disparu, chassée et supplantée par celle des derniers conquérants, les Romains. Le latin seul était en usage dans la Gaule. La présence des Barbares fît assez promptement disparaître toutes les traces de culture intellectuelle que les Romains avaient apportée au delà d^s Alpes. Pendant ce temps, le latin tlu peuple gaulois devint un jargon grossier, ainsi que l'attestent les. monuments assez rares qui nous en restent depuis le cinquième jusqu'au iixième siècle. Peu a peu, cet idiome s'épure et se transforme en une anprue riche et énergique; la Càansmi de Roland^ le Livre des Rois, sont «'iii onzième siècle) les premiers écrits oîi nous la retrouvons ainsi métanorphosée; au douzième siècle, elle arrive à cet éminent degré de mérite iu*atteste VHistoire de la conqueste de Constantinople, par (leoflnroy de Villelardouin.
» Dans le midi de la France, le séjour des Visigoths établis sur les eux versants des Pyrénées, la proximité de l'Italie, introduisirent dans * dialecte une foule d'éléments qui ne pouvaient se faire sentir au delà e la Loire ; peu à peu se forma cette langue romane si mal connue avant îs g^rands travaux de M. Reynouard. La langue d'or eut son Age d'or k époque des troubadours; elle balança pendant quelque temps. le crédit e la langue dCoV ; mais les revers essuyés par les populations du Midi
(f> Nous empruDioDs la plus grando partie do ce paragraphe à la SlaUsliqiie de Jouaanet au Supplément à Jouaoael, publié par MM. G. Brune! el L. de Lamothe.
dans le cours des guerres religieuses, la réunion des diverses provinces sous l'empire d'un prince Rxé dans le nord du royaume, finirent par faire prévaloir la suzeraineté du dialecte d'outre-Loire, qui devint la langue française, la langue des écrivains et du beau monde.
» Le gascon a moins emprunté au roman que les dialectes languedociens et provençaux. Il a eu pour base, tout comme la langue espagnole, le latin ulieri pour les Goths, et M. Quadet, dans son Histoire de Saint-Émilian, a établi de curieux rapprochements qui constatent l'analogie entière de ces deux langues il y a quelques siècles.
» Aujourd'hui, le gascon, chassé presque de partout, rempli de termes nouveaux récemment introduits, conserve à peine les traces de ce qu'il était lorsqu'il méritait les éloges de Montaigne {}). »
Les monuments écrits du dialecte gascon sont en petit nombre jusqu^k la fin du seizième siècle; nous en sommes réduits à quelques actes judiciaires, à des chartes fiour la plupart demeurées inédites (') et aux Coustumas de Bourdeu, code précieux de la jurisprudence de la Guyenne au quatorzième siècle, publié en 1768 par les frères Lamothe, avocats au Parlement, avec un petit glossaire et un ample commentaire.
Sous le règne d'Henri IV, nous trouvons deux ouvrages en vers d'une extrême rareté. L'un est un poëme allégorique publié en 1601 en l'honneur d'Henri IV; il est intitulé : Loit Gentilhomme gascoun, par C. Ader; il est écrit avec feu et beaucoup d'images très-pittoresques. Le second est un recueil de proverbes que l'on rencontre à la suite d'un livret devenu très rare, eti ntitulé : Les marchands traie tant des proprié tez et particularités du commerce et négoce (Tolose, V** J. Colomiez et R. Colomiez, 1607); c'est l'œuvre d'un sieur Voltoire, qui a appelé ses 616 proverbes les Moutets gascouns. Nous en reproduisons quelques-uns ci-après.
Jougua, goatgia, presta argon, Hen d'amistat escartcmeD.
On ne deou punt jutgia d ung hom(^ ny de vin Sens lou aout^ esprouats, au brespe, au matyn.
De hemne brut è de bromatgé Qui mens en usé, es lou mas satgé.
Crasse cousine, magré testamen.
Qui bastis ou se maride, beou sa housse afQaquide.
(f) « Il y a aU'flossus do nou?, vers les inoiitagncs, un gascon que i«' trouve slngulièreinoiil lieau, sec, bref, signiliant, et à lu vérité un Tangige m.isie et militaire plus qu'au Itrc qtio j'entonde, autant nerveux, puissant et portiuent comme lo français est gracieux, délicat i*t abondant. • {Essais^ livre II, chapitre xvn).
(>) Comme spécimen du langage gascon, nous donnerons l'extrait suivant d'un acte date de lfê7, découvert par M. Jules Delpil et publié dans le supi)lément à la Statistiqw dr Jouuunet par !d. Gustave Brunet, auquel nous empruntons lu plu[>art des documents bibliogro plaques de cette notice :
■ (îognoguda causa sia uuo Arn. Johan do Landa de Boliat per sa bona voluntut ab volunta et ub uutrey de Ramo Jolian son frayre... La quaus deilz Arn. Johan jun^ sobren sanlis evangelis deu que lavandeilz P. Johan, ses flUis, ave XV ans pnssatz, le jorn que cesla carta lo inquorida a vendut et quitat et livrât, per stn et per tolz sos hors et per tôt son ordenli, per totz temps a Payquin de Cumbas, segrcstan sonta Groiste a son ordeuh la meyiat eulegramont do iota aquera estatga ot viuiia ot casou ab lo loc in que os et ab totz si^s aperionnment, qui os un ia parropia do Boliat, on loc aperat ù Testatga do Marcoret, entre la terru Johan Bivercan d'una p.irl et la terra quo médis Johan Bivoroau ot fieru de llilinlia y an... •