CHAPITRE III. — LE SOL, SES ASPECTS, SA NATURE
Tandis que les dunes, poussées par les vents, envahissent le territoire, la mer apporte sur la plage les éléments de nouvelles dunes.
Cette double action des vents et des eaux rend probable ce que la tradition et les anciens auteurs publient des changements survenus depuis le moyen âge sur les côtes du golfe, et en particulier sur celles du département.
Sans remonter aux temps reculés ou le rocher de Cordouan touchait, dit-on, au continent; sans parler de ce port de NovUmagus cité par Ptolémée et dont les pilotes côtiers croient reconnaître les ruines sous les eaux, on ne peut douter que depuis le treizième siècle la mer ou les sables niaient enseveli les paroisses de Saint -NicoIas-de-Grave et de Lillan, partie de celles de Chrayan, de Talais, de Soulac. D suffit de suivre la grève entre les dunes et la mer pour reconnaître presque à chaque pas des traces incontestables de Tempiétement de TOcéan sur le littoral. Montaigne, qui décrivait au milieu du seizième siècle la marche des dunes, termine par ces mots son énergique description :
« Les habitants disent quq depuis quelque temps la mer se poulse si fort vers eux, qu'ils ont perdu quatre lieues de terre. Ces sables sont ses fourriers : et voyons de grands monioies d'arène mouvante, qui marchent d'une demi lieue davant elle et gaignent pais. »
Grâce à Tabbe Desbiey, et surtout à Brémontier, les désastres causés par les déplacements des dunes ne sont plus aujourd'hui à craindre. Sur la plus grande partie du littoral, ces dunes furent fixées par la création de forêts de pin semblables à celles qui existaient sur quelques-unes des dunes les plus éloignées de l'Océan.
Il ne fallut pas moins de douze ans de travaux et de démarches pour obtenir, en 1787, de faire des essais en grand. Pour pouvoir espérer la germination des graines de pin dans un terrain dont la surface était sans cesse agitée par les vents, il fallait trouver le moyen de donner quelque temps de repos à ces sables.
Brémontier imagina dans ce but des semis avec couverture. Le procédé consiste à répandre de la graine de pin mélangée avec des graines d'ajonc, de genêt et de gourbet, et à couvrir ce semis avec des branchages qui permettent la germination très-rapide des graines de genêt, de gourbet et d'ajonc ; ces plantes donnent très- vite de petits jets qui fixent suffisamment le sable pour permettre à lu graine du pin de prendre racine.
Tel est le principe des semis de pins sur les dunes; il ne résolvait pas encore complètement le problème de l'arrêt de ces collines mouvantes, parce que les vents chargés de vapeurs salines empêchaient d'exécuter ces semis jusqu'au bord même de la mer. Il y avait donc lieu de craindre la destruction des travaux effectués et im envahissement ultérieur des dunes déjà fixées par celles qu'on ne pouvait ensemencer ou qui de nouveau se formaient sur le littoral.
La conservation des semis de Brémontier est maintenant assurée de la manière suivante :
Sur le rivage de l'Océan, à 50 m. environ des hautes mers, dans une direction perpendiculaire à celle des vents, on place une palissade
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formée de madriers d'une largeur de 12 centimètres et d'une épaisseur de 3 centimètres, profondément enfoncés en terres, élevés de 1 m. au-dessus du sol et espacés les uns des autres de 2 à 3 centimètres.
La plus grande partie des sables soulevés par les vents vient frapper violemment contre cet obstacle et, après le choc, retombe au pied même de la palissade, pendant que les sables qui se trouvent en face des ouvertures laissées entre les madriers traversent ces ouvertures et s'en éloignent.
Une grande quantité de sable s'accumule donc du côté de la mer et prend dès lors au pied même de la palissade une forte inclinaison, tandis qu'au contraire les pentes deviennent douces de l'autre côté, les sables étant emportés plus ou moins loin suivant la force des vents. Lorsque les madriers sont presque enfouis, on les relève, et les mêmes phénomènes se reproduisent. La dune faite de main d'homme se trouve présenter une disposition tout à fait inverse de celle des dunes naturelles et ne peut s'avancer dans l'intérieur, le mouvement des dîmes étant dû, comme nous l'avons déjà expliqué, à ce que les sables peuvent gravir les versants occidentaux, faiblement inclinés, et retombent au pied des versants orientaux, dont l'inclinaison est plus forte.
Cette dune, dite dune littorale, existe actuellement depuis l'embouchure de la Gironde jusqu'à celle de l'Adour; mais en beaucoup de points de la côte elle n'a pas encore atteint sa hauteur totale. On constate chaque année l'élévation de quelques-unes de ces dunes littorales, par l'enfouissement de grands pins dont la cime est encore très-verte, quoique les sables aient atteint les plus hautes branches.
Quoi qu'il en soit, la création à la fois naturelle et artificielle de cette dune, rendue immobile sur le rivage de l'Océan, empêche la formation de dunes nouvelles, et le mouvement de ces collines de sable se trouve dès lors arrêté à tout jamais.
Nous aurons l'occasion de revenir sur les travaux de Brémontier à propos de Pensemencement des dîmes, et dans notre partie biographique. Il nous suffit maintenant de constater que les sables qui menaçaient naguère toutes les communes voisines du littoral sont maintenant fixés. La plus grande partie des dunes est ombragée de splendides forêts, le restant est couvert de jeunes semis.
Les dunes fixées, il restait à rendre fertiles et exploitables les vallons marécageux (lettes) qui les séparent. Un canal amenant au bassin d'Arcachon le trop plein des différents étangs du littoral situés à plusieurs mètres au-dessus de la mer a permis d'obtenir ce résultat. MM. Clerc, Tessier et C^®, concessionnaires des travaux, sont arrivés à drainer ainsi ces lettes, où ils ont créé des prairies et des terres labourables de première qualité. (Voir p. 48.)
2^ Les landes occupent dans notre département presque tout le grand triangle indiqué page 3, ayant pour base le département des Landes, pour sommet la pointe de Grave (commune du Verdon), et pour côtés à l'O. les dunes de l'Océan, à l'E. les collines graveleuses ou calcaires, ou les alluvions des bords de la Garonne et de la Gironde. C'est une