CHAPITRE X. — PRAmiES ARTIFiaELLBS ET FOURRAGES
S n. — PATURES — PACAGES.
Pâtures. — Dans le département de la Gironde, on donne le nom de tures à des portions de terrain ordinairement peu étendues, de nature sez fraîche pour fournir constanunent de Therbe aux bestiaux du domaine ot ils dépendent. Tout domaine un peu important possède une pâture dépendante ou attenante au fonds de la propriété. Dans les fonds plantureux où Ton engraisse les veaux, les bonnes tures se fauchent de temps en temps, quelquefois tous les mois, et cette rbe fraîche fournit une excellente nourriture aux élèves. Ces pâtures at souvent d'un meilleur produit que certaines prairies. Quant aux pâturages des maiies et des àarails (*), nous venons d'en parler article prairies.
Pacages. — On distingue dans le département deux sortes de pacages : pacages de landes et ceux de lètes.
Les landes incultes de la Gironde peuvent être considérées comme un mense pacage livré au parcours. Dans nos landes, toute métairie bien 3ncée doit avoir quelques hectares de pacage ou parcours; leur location btient moyennant une faible redevance.
La plupart de ces pacages des landes ne produisent qu'une herbe rare très-courte, des ajoncs, des bruyères, et des jets de chênes tauzins, si itipliés qu'on doit les croire indigènes, et que si la dent des brebis ne empêchait de croître, les landes seraient couvertes, en beaucoup d'enits, de forêts de chênes.
^es lètes ouleydes sont des vallons qui séparent les dunes et se couvrent, a culture, de graminées très recherchées des bestiaux. Quelques-uns ces pacages,. surtout du côté des communes de Lège et d'Ares, nourrist des chevaux élevés presque à l'état sauvage.
beaucoup de propriétaires de juments, après les avoir marquées, les sent vaguer et multiplier dans les lètes. Les chevaux nés dans ces ditions à peu près sauvages, sont d'une agilité extraordinaire. Cette 5 de chevaux de lètes diminue tous les jours d'importance, •es lètes nourrissaient aussi jadis des bœufs sauvages (aères) provenant vaches, qu'on laissait pareillement vaguer dans les dunes. *I1 n'en ite plus.
S m. — PRAIRIES ARTIFICIELLES ET FOURRAGES.
n appelle également, dans la Gironde, prairies arti/lcielles, celles qui ; destinées à vivre plusieurs années, telles que les luzernières et celles sont annuelles comme le farouch. Les plantes que l'on trouve le plus i nos prairies artificielles sont : la luzerne, le trèfle de Hollande et le e incarnat.
1 Luzerne (Medicaço saiiva, appelée 5a»^m dans le midi de la France)
On donne le nom de ùarail à un espace de terrain relativement considérable, séparé Litres par des fossés, des préceintes ou des ruisseaux.
est cultivée depuis quelques années dans presque tout le département. On la sème en avril ou au commencement de septembre, le plus souvent en rangées et autant que possible dans un terrain profond. Une bonne luzemière peut durer six et huit ans et fournir jusqu'à cinq coupes annuelles ; mais Tusage le plus général est de la remplacer, après cinq ans, par des blés ou d'autres plantes, suivant l'assolement adopté.
Dans certaines natures de terrains, les plantes parasites attaquent souvent les luzemières. Il n'est pas rare de voir des champs entiers de luzerne, très-beaux dans la première et la seconde année, disparaître tout à coup par l'arrivée de la cuscute, qui l'atrophie et la fait disparaître.
De tous les moyens essayés pour détruite ce parasite, celui qui paraît être le meilleur consiste à faire faucher, incinérer des écobuages et répandre sur le sol de la sciure de bois saturée d'une solution concentrée de sulfate de fer.
Le lUeron est encore un parasite de la luzerne, mais à un degré moindre. Quand on craint le développement du lizeron dans une luzemière, on y fait paître de bonne heure, avant que ce parasite soit entré en floraison; c'est le sacrifice d'une coupe.
Les dernières coupes de la luzerne, qui se font en août et septembre, sont mises en bottes et serrées au fenil, après avoir été soigneusement séchées de façon à éviter la moisissure, qui la rend impropre à toute espèce d'emploi.
Le grand Trèfle de Hollande (TH/olium repem, appelé aussi Trifolet), assez répandu dans la Gironde, s'y sème à différentes époques : 1° en hiver ou au printemps, sur le froment, après le premier sarclage : l'année suivante il est en pleine végétation ; 2^ en automne, sur le seigle ou le froment, immédiatement après que celui-ci a été semé et hersé. Le trèfle pourrait durer trois ans, mais la plupart de nos agriculteurs ne le conservent que deux. Ils le remplacent par le blé ou par d'autres plantes, céréales ou légumineuses. Dans les bonnes terres, ce fourrage donne annuellement trois coupes; on lui consacre, de préférence, dans la Gironde, un terrain fort. Cette plante sert quelquefois d'engrais vert.
Trèfle incarnat (Trl/blium incamatum, appelé vulgairement Farouch), — Ce fourrage annuel se sème au mois d'août sur chaume, après un léger labourage ou une scarification a la herse, et se coupe en avril ûu en mai.
On ne sème ordinairement de farouch que la quantité nécessaire pour alimenter en vert les bestiaux du domaine, ce fourrage perdant sa valeur en séchant.
Le seigle^ le maïs, et les gesses sont d'autres plantes annuelles, données en vert en nourriture aux bestiaux, ou enfouis comme engrais.
Le produit des prairies artificielles se consomme généralement sur les lieux de production. Il est très rarement l'objet d'opérations commerciales.