CHAPITRE VI. — CONSTRUCTIONS POUR LA »£ARINE
On fabriquait aussi des barques à Liboume, à Blaye, à Bourg et dans tous les petits ports.
Sous le premier Empire, nos chantiers de construction lancèrent grand nombre de corsaires, et préparèrent les bateaux plats devant faire partie de la flottille destinée à opérer une descente en Angleterre.
Sous la Restauration, les chantiers de la Gironde trouvèrent un nouvel aliment dans la construction des navires à vapeur, qui commencèrent dès 1818 à naviguer sur la Gironde et la Garonne, alors que ce grand progrès n^était encore appliqué que sur la Seine. A cette époque, nos chantiers de Bordeaux, reçurent des commandes nombreuses de navires à vapeur de tous les points de la France. Depuis, ils se sont constamment tenus au niveau de tous les progrès.
La construction des navires mixtes, en bois et fer, est une heureuse innovation, due à Tinitiative des constructeurs bordelais. M. Annan entra le premier dans cette voie; presque à la même époque (1852), MM. Bichon frères et Chaigneau frères inaugurèrent un autre genre de constructions mixtes dont les premiers types existent encore. Plus tard les autres constructeurs, MM. Moulinié et Labat, Charron, Raymond, ont aussi employé avec succès le fer et le bois dans des proportions variables.
La construction des navires à grande vitesse dits cUppers a occupé pendant quelques années nos constructeurs, et leurs navires ont obtenu des résultats comparables à ceux des meilleurs types américains. Mais le commerce de Bordeaux n^a pas persisté longtemps dans remploi de navires d^un port relativement réduit.
Dans les années antérieures à 1855, il est sorti du port de Bordeaux, et des chantiers de MM. Annan, Bichon frères, Chaigneau frères. Charron, Raymond et Guibert, 15 clippers du port de 800 à 1,500 tonneaux.
La construction des navires de guerre cuirassés a eu à Bordeaux une certaine importance due principalement à Finitiative de M. Arman et à la vaste installation de la Compagnie des chantiers et ateliers de TOcéan, dont le matériel appartient aujourd'hui à M. Delahante, banquier à Paris, et est exploité sous le nom de Chantiers et ateliers de Bacalan. Ce genre de construction, interrompu par le changement de propriétaire, ne tardera pas à reprendre certainement.
Les nombreuses commandes de navires cuirassés, frégates, monitors, batteries flottantes, etc., faites à nos chantiers pour TEspagne, Tltalie, la Tunisie, la Russie, etc., prouvent que Bordeaux peut rivaliser sous ce rapport avec les constructions anglaises et américaines.
La réparation des navires se fait en Queyries (Bordeaux-La-Bastide) sur un gril de carénage pour les navires de 100 à 120 tonneaux, sur im bassin flottant de carénage, sur une forme sèche ou bassin de radoub pour les navires de 1,200 tonneaux de port, et sur deux cales de halage pour les navires de grandes dimensions. Ces cales sont construites d'après le nouveau système de M. Labat, ingénieur maritime.
Les cales de halage système Labat sont disposées de manière à pouvoir être divisées au besoin en plusieurs parties indépendantes; chacune de ces parties peut recevoir isolément un navire d'un tirant d'eau
particulier, ou, lorsqu'elles sont reliées entre elles, permettre le halage des plus grands navires. La cale de Bacalan, établie en 1862, a 90 mètres de longueur, et s'avance de 110 mètres dans le lit de la rivière avee une pente uniforme de 7 centimètres par mètre. La descente et la montée du traîneau y sont opérées au moyen de poulies et de cabestans mis en mouvement par une machine à vapeur de la force de 40 chevaux.
La cale de Lormont, plus avantageuse que la précédente à cause de sa situation dans une partie de la rivière qui offre une plus grande hauteur d'eau au-dessus de Pétiage, a été construite en 186*7. Elle a 100 mètres de longueur parallèlement à la rive et s'avance à 32 mètres sous l'eau avec une pente de 30 centimètres par mètre. Le traîneau est mû par on système de vis et écrous, actionné par une machine à vapeur de la force de 40 chevaux.
La cale de Lormont est pour Bordeaux un appareil précieux que peu de ports possèdent encore. Les paquebots d'une longueur de 130 mètres et du poids de plus de 3 millions de kilogrammes sont élevés sur la cale en six heures ou six heures et demie.
Les chantiers de construction de Bordeaux doivent être divisés en quatre centres principaux :
1^ Le centre de Paludate, ou se trouve l'ancien Chantier du Roi, qui ne sert plus que de dépôt; les chantiers de M. Annan, en chômage; ceux de M. Cluzan, moins importants : ce centre occupait, il y a quelques années, 7 à 800 ouvriers; aujourd'hui, il n'en occupe plus qu'un très-petit nombre, et chôme quelquefois par suite de la pénurie des constructions neuves.
2° Le centre de Bacalan, comprenant : les vastes chantiers de la Compagnie des chantiers et ateliers de Bacalan, qui se composent de 5 cales couvertes, d'un grand atelier de forges et de vastes magasins ; les chantiers de Mlii. C. Charron, Coffre, Germain, Lambert et Limousin, pour les constructions de petits navires et embarcations.
Ce centre peut occuper en temps ordinaire 600 ouvriers.
3^ Le centre de Lormont, oii se trouvent les chantiers considérables de MM. Bichon frères, Chaigneau frères, et ceux moins importants de MM. A. Lagorce âls, Mimoneau.
Les chantiers de MM. Chaigneau frères se composent de 5 cales couvertes et de trois feux de forge ; ceux de MM. Bichon frères, séparés depuis 1852 des précédents, comprennent 4 cales dont 2 couvertes. Ces deux grandes maisons de construction possèdent des ateliers organisés pour les constructions en- fer.
Ce centre peut occuper en temps ordinaire 400 ouvriers.
4^ Le centre de Queyries comprend : la cale de halage dont nous avons déjà parlé et les ateliers de forge et autres nécessaires pour la réparation des navires, mis à çec sur cet engin; les chantiers de construction de M. P. Charron et ceux de M. Raymond.
Ces chantiers occupent en temps ordinaire 400 ouvriers.
Ces quatre centres constituent les chantiers du port de Bordeaux.
Le département possède en outre, près du petit port de Bourg, deux