S VII. — INDUSTRIE DU VÊTEMENT
Tanneries. — Cette Industrie qui, dès le xv« siècle, était importante à Bordeaux, avait acquis vers le milieu du siècle dernier un développement considérable. £n 1760 on comptait, dans le futur département de la Gironde, 91 tanneries, 49 mégisseries et 5 chamoiseries, lorsque des droits de douane exorbitants vinrent porter à cette industrie une terrible atteinte.
Si nou% comptons aujourd'hui beaucoup moins de tanneries qu'en 1760, nous en trouvons à Bordeaux plusieurs assez considérables pour que Ton puisse dire qu'en somme la fabrication a repris son importance quoique réunie dans un moins grand nombre d'ateliers.
Aujourd'hui Bordeaux possède 5 tanneries différant d'importance dans de grandes proportions et occupant ensemble environ 300 ouvriers. On compte, en outre, dans le département de la Gironde, 24 petites tanneries réparties comme suit: 11 dans l'arrondissement de Libourne, 5 dans l'arrondissement de La Réole, 5 à Langon, 3 à Bazas ; plusieurs appartiennent à des industriels s'occupant simultanément d'agriculture et d'industrie ; elles ne sont en activité qu'une partie de l'année et occupent de 3 à 4 ouvriers chacune; nous devons excepter à Langon et à Bazas 2 ou 3 tanneries occupant ensemble 50 ouvriers toute l'année. La fabrication est en somme concentrée presque en entier à Bordeaux.
Les veaux et les tiges de Bordeaux sont encore très recherchés et expédiés principalement en Angleterre, en Russie, en Allemagne, en Belgique et en Orient. Leur réputation est telle, que plusieurs grandes fabriques de France expédient leurs meilleurs veaux sous le nom de veaux dits de Bordeaux,
A la fabrication des tiges et veaux cirés, deux ou trois des tanneries de Bordeaux ont, depuis soixante ans environ, joint celle des cuirs à semelle (*). Les produits si estimés de Château-Renaud et de la Touraine ont dès lors trouvé dans les nôtres des rivaux qui sont arrivés aujourd'hui à les valoir, à très peu de chose près.
Les matières premières employées par nos tanneurs sont des peaux vertes du pays, des peaux sèches venant de l'Amérique du Sud et des écorces recueillies dans les forêts de la Gironde.
L'ensemble des produits fabriqués du département a une importance très variable qui atteint, année moyenne, de 3 à 4 millions de francs.
La préparation des peaux de chèvre a pris depuis quelques années à Bordeaux une certaine importance qui tend à augmenter encore. Environ 40 ouvriers chevriers sont occupés dans 4 ateliers recevant de Marseille ou du Levant les peaux en croûte et livrant au commerce des produits pouvant rivaliser avec ceux des mégisseries de Lyon et de Paris.
Chaussures en cuir. — Nous venons de voir que les cuirs de
(*) Lo fondateur de la maison Henry fut, en 1795, l'inlroduclcur à Bordeaux do la tanncrio des grus8C5 peaux (tour cuirs à semelle.
Bordeaux ou de Bazas, surtout les veaux préparés et cirés, ayaient autrefois une grande supériorité qui facilitait Técoulement des chaussures de nos fabriques^ soit en France, soit aux colonies. Aujourd'hui, 1^ tanneries qui existent dans la Bretagne et à Millau dans rAvejron rivalisent avec celles de la Gironde, quelquefois avec avantage.
Toutefois, rindustrie de la chaussure a conservé une certaine importance dans la ville de Bordeaux. Les ouvriers sont au nombre de 4,000. Dans ce nombre, les femmes entrent pour un cinquième. La plupart des ouvriers sont occupés à leurs pièces et gagnent de 4 à 6 fr. par jour; mais beaucoup d'ouvriers ne travaillent que quatre jours par semaine.
Il existe à Bordeaux 450 magasins de chaussures, mais ce nombre tend à- diminuer parce que les petits cordonniers, qui n'occupent que deux ou trois ouvriers, ne peuvent produire au même prix que les grandes fabriques établies depuis quelques années. Ces dernières sont au nombre de 6, occupant environ 300 ouvriers, et produisant pour 800,000 à 1 million de francs de chaussures. Trois d'entre elles expédient outre-mer pour une valeur de 100,000 fr. environ. Les expéditions sont faites surtout aux maisons des colonies qui ont à Bordeaux leur maison-mère. La Plata et les autres colonies des mers du Sud, qui s'approvisionnaient autrefois à Bordeaux, font venir de France les cuirs préparés, fabriquent la chaussure ordinaire, et ne reçoivent, comme articles de Paris, que la pacotille ou les articles de luxe.
Deux autres maisons expédient dans l'intérieur de la France et surtout à Paris pour 300,000 fr. de chaussures. Environ la moitié des produits de ces grands ateliers est consommée dans la Gironde.
Les matières premières viennent des tanneries de. Bordeaux, pour les veaux; de Château-Renaud et de Tours, pour les cuirs à semelle. Les peaux de chèvre viennent principalement de Marseille, quoique Bordeaux en prépare et dans d'assez bonnes conditions. La peausserie fine vient de Paris.
Espadrilles (Fabrique d'). — Ce produit, qui nous arrivait autrefois de la frontière espagnole sous une forme grossière, est devenu depuis quelques années dans notre ville l'objet d'une fabrication importante se prêtant à toutes les fantaisies de l'originalité, de l'élégance et du bon goût.
Une seule maison exploite cet article, mais cette maison est déjà un grand centre industriel. Elle occupe dans ses ateliers 120 ouvriers (en grande partie des femmes) et dans les maisons de détention 220 prisonniers ; elle donne, en outre, du travail en ville et à la campagne à près de 600 brodeuses. L'importance de ses affaires, qui va tous les jours en croissant, a atteint en 1874 la somme de 400,000 fr.
Les matières premières servant à faire les semelles viennent des entrepôts d'Angleterre.
Les trois quarts des produits de cette industrie trouvent leur écoulement en France ; un quart est exporté dans les pays d'outre-mer.
Chemiserie. — La confection des chemises, gilets de flanelle, etc., n'a pris le caractère d'une véritable industrie dans notre ville que depuis vingt-cinq ans environ; jusque-là ces parties du vêtement étaient faites