PREMIÈRE PÉRIODE : AVANT LA VAPEUR
Le département de la Gironde, bordé par l'Océan et traversé par un fleuve grossi de plusieurs rivières navigables, était naturellement appelé à chercher ses éléments de prospérité dans le commerce maritime ; aussi dès le temps oïl les Bituriges-Vivisques, ses premiers habitants, commencent à figurer dans Phistoire, les voyons-nous cités parmi les peuples commerçants de Pépoque. Burdiçala, leur capitale, était déjà un empTrlum, un marché, un port de commerce ('), lorsque le nord de l'Europe était encore ignoré des Romains. Mais il ne faut pas s'exagérer Timportance die ce commerce, ni admettre sans examen ce que quelques annalistes ont publié de ces ports antiques, de ces villes jadis florissantes dont ils ont dote le Bas-Médoc.
Si les Bituriges se hasardèrent à franchir les passes périlleuses de la Oironde, ce fut seulement pour aller de port en port, sans s'éloigner des oôtes, échanger leurs denrées contre celles des Santons et des Venètes. T4ous croirions même plus volontiers, d'après les commentaires de César et d'autres documents, que ce petit cabotage se faisait alors, comme de jios jours, moins par les Bituriges que par ces autres peuples.
Ausone seul nous donne quelque lumière sur les produits dont ce oommerce était alimenté. Parmi les objets dont son ami Théon traflquait dans le Bas-Médoc, il cite le suif, la cire, le miel, la poix, la résine, les flambeaux faits de cette matière et le papyrus. Ailleurs, Ausone nous parle avec éloge des vins de Bordeaux, déjà très estimés et recherchés pour la table des Césars. Cet illustre poète vivait sous Gratien, et il 3st permis de conjecturer qu'à cette époque l'art du potier et celui du 9-errier fournissaient un article de plus aux exportations des Bituriges ^Ixez leurs voisins; car on a retrouvé, dit Jouannet, des vestiges de p^l>rique de ce genre à Verteuil (Médoc), et à Bordeaux dans le cimetière ^xttique de Terre-Nègre, qui paraît, à en juger par les médailles qu'on y a trouvées, n'avoir pas reçu de sépulture depuis la fin du second siècle. En ;i*eusant ce cimetière, on a trouvé une grande quantité de vases dont les Ki.£fcTques ont révélé plus de quarante fabriques différentes. Or, ces vases
(ft^ StrdboD, livra IV, pago 259^ôditioD de 1707.
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de forme variée, dVne pâte fine, et en général bien manipulés, ont été reconnus pour être d'argile du pays.
S'il est probable que les produits naturels et industriels exportes se bornaient chez les Bituriges à ceux que nous venons d'indiquer, il est probable aussi que leur commerce s'exerça sur d'autres produits tirés des peuples voisins ; car la Dordogne les mettait en communication avec les peuplades du centre de la Gaule; la Garonne les liait a^ec la province romaine ; enfin les voies publiques pouvaient les conduire jusque citez 1^ Celtibères.
Strabon n'a parlé que de Bordeaux ; mais, quelques années plus tard, le géographe Ptolémée marqua sur sa carte le port de Noviomagus, comme appartenant aux Bituriges-Vivisques.
Au iv^ siècle, Ébromague au-dessous de Blaye, Blaje lui-même. Bourg sur Dordogne, Condat (Libourne), Alingo (Langon) entretenaient des relations fréquentes avec Bordeaux. A cette époque, le négoce des Bitariges dut être assez considérable et entretenir dans l'aisance une population nombreuse h. en juger par la magnificence des édifices romains dont il nous reste encore des traces k Bordeaux, par les villas nombreuses dont on trouve des vestiges sur les rives de nos deux grandes rivières et de leurs affluents, et par plusieurs statuettes de Mercure trouvées à Bordeaux et que l'on peut considérer comme autant de lares particuliers, vénérés sans doute, de quelques habitants adonnés au commerce ; mais il parait aussi, à en juger par le grand nombre des médailles trouvées sur tous les points du département, que la masse du numéraire y était déjà considérable. La monnaie grecque y avait cours, aussi bien que la monnaie romaine. Les médailles d'or et d'argent ne sont pas rares k Bordeaux, dans le Médoc et dans l'Entre-deux-Mers ; le bronze de tous les modules y est commun. Claude, Néron, Domitien, Antonin, Gallien, Constance Chlore et les deux Constantin sont les empereurs dont nous retrouvons le plus souvent les médailles, mais elles sont en moins grand nombre encore que celles des deux Postumus et des deux Tetricus.
Au v^ siècle, les richesses des Bituriges éveillèrent la cupidité des Barbares qui se disputaient les lambeaux de l'empire romain et qui mirent au pillage Bordeaux, et toutes les villes voisines ; cependant, on peut déduire, des lettres de Sidoine Apollinaire, des écrits de Fortunat et de quelques faits épars dans nos chroniques, que le commerce ne fut pas complètement anéanti, car sous le règne de Dagobert, de riches Syriens avaient encore leurs comptoirs k Bordeaux; mais après les incursions des Normands, l'ancienne patrie des Bituriges ne présenta plus que dévastation et misère.
Plus tard, sous les ducs d'Aquitaine, la situation de notre pays ne fut pas favorable au développement du commerce; la mer était au pouvoir des pirates, la terre et les cours d'eau étaient infestés de brigands ou d'exacteurs plus avides encore.
Cet état de choses subsistait encore lorsque l'Aquitaine eut passé au pouvoir des Anglais, et en plein xrv® siècle Edward III fut obligé d'interposer sa puissance pour empêcher un sire d'Albret et d'autres