‹ Statistique générale, topographique, scientifique, administrative, industrielle, commerciale, agricole, historique, archéologique et biographique du département de la Gironde (volume 2)Chapitre 453 sur 701 · CHAPITRE I« — PREMIÈRE PÉRIODE : AVANT LA VAPEUR · texte numérisé non relu

CHAPITRE I« — PREMIÈRE PÉRIODE : AVANT LA VAPEUR

grands seigneurs de confisquer à leur profit les barques de Bajonne, si par malheur les vents contraires les jetaient sur leurs rivages (*).

Tout ce que les princes anglais purent faire pour rendre au commerce quelque sécurité, ce fut de régulariser les péages et de consacrer ainsi d^antiques usurpations pour en prévenir de nouvelles. Alors, la navigation de la Gironde, de la Garonne et de la Dordogne étant devenue plus sûre, Bordeaux put expédier ses vins et les autres produits de son territoire, et le nombre des partisans du roi d'Angleterre augmenta chaque jour avec la prospérité commerciale de Bordeaux (') .

Son commerce de vins avec l'Angleterre devint considérable ; quelques Portugais ou Espagnols vinrent aussi s'approvisionner à Bordeaux ; mais quand l'Aquitaine cessa d'appartenir aux Anglais, la politique ombrageuse et timide de Charles YII eut des suites funestes pour le commerce de la capitale de la Guyenne, et en assujettissant à une surveillance inquisitoriale les Anglais qui venaient à Bordeaux acheter nos vins, les coups que ce roi pensait leur porter retombaient sur sa nouvelle conquête (^) .

Louis XI rendit au commerce quelque activité, grâce aux privilèges dont la province recouvra alors l'entière jouissance; privilèges abusifs sans doute, mais qui furent une nécessité du siècle : le souverain menacé par les seigneurs cherchait un appui dans les communes; puis la science du commerce était à naître.

Louis Xn adopta im système plus sage et plus politique : il garantit aux Espagnols et aux Portugais qui viendraient s'établir à Bordeaux tous les avantages dont jouissaient les habitants eux-mêmes. C'était favoriser deux peuples qui avaient ouvert un nouvel horizon au commerce, l'un en découvrant l'Amérique, l'autre en frayant le chemin des Indes. C'était en même temps aider les commerçants bordelais à suivre l'exemple de nos hardis voisins.

Louis Xm chercha à lancer la France dans cette voie nouvelle, mais Bordeaux n'y entra que plus tard.

Sous Louis XIV, à l'époque ou les Antilles commencèrent à être florissantes, la prospérité commerciale de Bordeaux grandit de jour en jour, et atteint un très haut degré de splendeur vers la fin du xviii® siècle.

Nous croyons utile d'énumérer les actes qui préparèrent la fortune commerciale de Bordeaux.

Création d'un conseil de commerce (*), en 1663;

Une prime de 5 livres par tonneaux accordée à tout vaisseau de 100 à 200 ton- Deaux qui serait construit dans nos ports et destiné au commerce (1663);

m Voir RÔJes gascons, 1341.

(») Voir, sur cette importante période de notre histoire : Francisque Michel, Histoire du commerce et de la naviçatioii à Bordeauw^ 2 volumes iu-8o.

(*) Ces mesures de dôtiance existaient encore en 1591. Un arrêt du parlement du 22 août, en conformité de lettres-patentes du Roi, ordonna que les Anglais pourraient, pour faits de commerce et de négociations, conduire leurs navires jusqu'à Bordeaux sans être obligés de laisser leur artillerie A Blaye, mais à lu charge que Icsdits navires, arrives sur le port de Bordeaux, déposeraient leurs boîtes et artillerie sur la place publique.

(*) Ce conseil, composé de trois députés, était choisi sur tout le commerce de France. Giiaque ville nommait deux de ses principaux négociants et de la réunion de tous ces élus sortaient les trois députés af)polés au conseil. L'un des trois devait être pris parmi les élus de ia Guienne réunis à la Saintongo.

66 i LIVRE Vni- — COMMERCE.

I^ franchise de tout droit assurée par les règlements de 1673 à 1673 aux marchandises expédiées de Bordeaux aux colonies;

Les primes particulières dont jouirent divers objets d'exportation;

L'entrepôt établi en 1681 pour le tabac des iles de Saint-Domingue;

En 1684, les raffineries restreintes à un petit nombre dans les colonies; les droits diminués; des restitutions imposées au fisc sur les sucres raffinés expédiés directement de Bordeaux à l'étranger;

L'industrie manufacturière créée et encouragée par l'immortel Colbert;

lie canal du Languedoc construit de 1666 à 1680;

Des hommes du Nord appelés dans nos landes pour y améliorer Texploitaiion des brais, goudrons et résines;

Des Hollandais et des Flamands répandus sur le sol pernicieux du Médoc et du Blayais pour y transformer en champs fertiles de fétides marais (}).

Tandis que Bordeaux tirait des peuples du Nord dififérents métaux, des laines, des salaisons, des chanvres, des bois pour la marine et la tonnellerie ; tandis quMl recevait par le canal du Languedoc les productions de nos provinces méridionales, de Tltalie, de TËspagne orientale et de toutes les côtes de la Méditerranée, et que TAuvergne, le Limousin, le Périgord, le Quercy, lui expédiaient par la Dordogne les vins propres aux expéditions pour l'Amérique, des papiers dont nous fournissions TAngleterre, des fers, des merrains, des bois nécessaires à rexploitation de la vigne, Bordeaux, disons-nous, formait alors des relations plus intimes et plus lucratives avec les Antilles. Ce fut là véritablement la source de sa fortune. Les colons y multiplièrent la culture de la canne à sucre, et la France commença, dès les premières années du xvm® siècle, à lutter avec le Portugal et TAngleterre, qui avaient eu jusque-là le monopole de la fabrication et du commerce du sucre. Bordeaux, Marseille et Bouen eurent bientôt des raffineries non seulement suffisantes aux besoins du pays, mais pouvant déjà fournir à la consommation d'une grande partie de ritalie du Nord.

Les exportations de sucre de Saint-Domingue commencèrent de 1*704 à ni5, et dix ans plus tard elles avaient atteint le chiffre de 20 millions de kilogrammes.

En 1*715, le port de Bordeaux possédait 37 bâtiments de long cours jaugeant de 45 à 250 tonneaux ('); 96 barques, appartenant aux ports de Bordeaux, La Teste ou Liboume, faisaient le cabotage pour les côtes de Bretagne et quelquefois de l'Espagne.

Pour donner une idée exacte de l'importance du port de Bordeaux a cette époque, nous devons ajouter que le commerce des vins et des eaux de vie y attirait constamment beaucoup de bâtiments étrangers, surtout k l'époque des foires. Du 15 au 29 octobre, on voyait, dit l'abbé Bellet dans un mémoire adressé à l'Académie de Bordeaux, de 400 à 500 navires en chargement.

Nous trouvons dans le même mémoire que 1,468 navires étrangers

(1) N'oublious pas qu'Henri IV et son illustre ministre avaient antérieurement fuit commcucLT les travaux d'assainissement des marais bordant la Gironde et créé plusieurs nhinufuclures de soies, de toiles, etc.

(>) Voir Statistique de la Gironde, de Jouanuet, t. II, p. 330, le nom, le tonnage, le nombn» d'hommes d'ôquipige et la destination ordinaire de ces 37 bâtiments.

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