IV. — Des tables de mortalité
Depuis longtemps l'attention des statisticiens s'est portée vers les tables de mortalité : ce serait manquer à l'un des besoins les plus importants de la société, si nous évitions de toucher à un sujet aussi intéressant. On s'en est occupé toutefois dans des vues bien différentes : les uns, désirant étudier la mortalité en général, ont pris la société dans son ensemble, sans songer à séparer les membres dont elle se compose, el sans se préoccuper de la position qu'ils occupent. Le problème, ici, est pris dans toute sa généralité; c'est de cette manière que nous nous proposons de l'étudier.
D'autres ont considéré la mortalité de certaines branches de la société, telles que l'état militaire, les classes aisées, les classes ouvrières, etc.; de là des tables diverses pour reconnaître les influences de certaines positions spéciales. Ces études séparées peuvent conduire sans doute à des résultats d'un grand intérêt; mais, ici, elles ne répondraient pas au but que nous nous proposons : elles ne permettraient pas de comparer les peuples entre eux et de juger des différences qu ils présentent. Elles forment plutôt l'objet des sociétés d'assurances qui basent leurs spéculations sur des tables spéciales , avec l'hypothèse d'une population ou lente ou rapide, selon la nature de l'assurance. Ici, l'on a plutôt en vue de connaître les chances de bénéfice que peut offrir l'état social, selon le but de l'assureur. On s'occupe moins, en un mot, de la rigueur des tables que des avantages des sociétés : c'est un genre de spéculations sur lequel nous n'avons pas à fixer notre attention.
Quand on réunit les tables les plus connues, on trouve de grandes divergences entre elles. La première table de mortalité fut construite, en 1693, par le célèbre astronome Ilalley, qui la fit paraître dans les Transactions philosophiques de
' A la fin du tableau précédent, nous avons donné la mortalité par saisons: pour plus de simplicité, l'année a été partagée en quatre parties en commençant par janvier, février et mars, qui forment l'hiver, et ainsi de suite. On voit facilement que la saison d'Iih er est la plus mortelle pour l'homme. Le printemps et l'automne donnent à peu près des résultats moyens: et la saison d'été est la plus favorable. En France cependant la mortalité de l'été a été plus forte que celle des deux saisons voisines.
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Londres. Nous l'avons reproduite parmi les vingt tables que l'un de nous a données d'après divers auteurs et différents pays : ces tables présentent généralement les désaccords les plus grands, sans qu'on en connaisse bien les causes véritables '.
Dans les documents que nous présentons, on trouvera six tables de mortalité, et nous regrettons vivement que le nombre n'en soit pas plus grand : ce sont les tables de Suède, par M. Berg; d'Angleterre, par M. Farr; de Belgique, par M. Quelelet; des Pays-Bas, par M. Baumhauer; de France, par M.^Legoyt; de Bavière, par M. de Hermann. Nous supposons naturellement qu'elles sont calculées sur les nombres observés en général, et non sur ceux déduits de certaines fractions de la société. Ces diverses tables paraissent avoir été composées d'après l'état d'une population croissante. M. Legoyt fait connaître que les nombres qu'il donne sont moins une table de mortalité qu'une liste de décès observés en France : elle mérite l'attention, mais on n'a pas eu égard naturellement à l'accroissement régulier de la population. Nous ignorons si, dans les tables de Bavière et des Pays-Bas, la population a été considérée comme stationnaire : cette bypothèse pourrait expliquer la faiblesse des nombres du premier âge, qu'on y remarque.
On conçoit assez les différences qui doivent exister entre deux tables calculées dans l'hypothèse dune population croissante ou d'une population stable. L'un de nous a formé deux tables pareilles : la première a été composée dans ces derniers temps, lorsque la Belgique avait une population bien connue par le moyen des recensements et par le mouvement de la population; l'autre, qui lavait précédée, l'a été à une époque où la population n'était pas encore déterminée, et qui avait été construite par forme d'essai sur une population stationnaire : elle ne pouvait conséquemmenl représenter le mouvement de la population que d'une manière approximative. Ces deux tables ont été données dans l'article Tables de mortalité, page 704 du deuxième volume du Dictionnaire de l'économie politique. Or, il se trouve que la première est entièrement d'accord avec celle de I Angleterre, construite par M. Farr: nous l'avons donnée plus haut, sauf les petites discordances qui peuvent tenir à la différence des deux pays. L'autre table, au contraire, fondée sur la seule connaissance de la mortalité, et sans faire usage du chiffre de la population, s'accorde mieux avec les trois tables qui suivent, pour les Pays-Bas, la France et la Bavière. La différence se fait surtout remarquer aux premiers âges : on serait disposé à croire, par l'examen des nombres, que les po-
1 Voyez l'article Tables de mortalité, dans le 2"" volume du Dictionnaire de l'économie pohtii/ue, par MM. Cli. Coijuelin et Guillauinin, 2 vol. in-8". Paris, 1853.
MM
publions croissantes perdent le surplus «les enfants nouvellement nés, et que, déjà vers l'âge il<' l'adolescence, l'égalité mortuaire tend à s'établir. A partir de l'â^c adulte, les six tables que nous donnons deviennent à peu près les mêmes jusqu'à la Go de la vie. Cette remarque nous semble être de la plus grande importance pour ce qui concerne la conservation de l'homme dans noire état social. .Nous lavons dit depuis longtemps, rien n'est plus préjudiciable à la société, sous le rapport inoral et sous le rapport physique, que la perte prématurée d'une partie de sa population qui n'a pu causer que des regrets ainsi que des portes considérables de temps et de fortune.
En rassemblant les documents qui nous avaient élé donnés par nos collègues du congrès de statistique, nous étions loin de supposer l'accord entre les résultats que nousy avons trouvé ensuite. .Nous avions été découragés, nous en conviendrons, par la discordance apparente que présentaient les nombres: mais en les ramenant à une forme commune, nous avons été étonnés de leur concordance. L'Europe entière, comme on peut le voir par les tableaux ci-après, suit une même loi de mortalité, et les faibles différences qu'on peut trouver entre les résultats, en parlant de l'adolescence, tiennent aux avantages particuliers que donnent une aisance et une vie généralement plus régulière et plus aisée. Nous pensons que rien n'est plus favorable à une pareille épreuve, que le soin de faire, sur des laides de population données, l'essai de calculs de probabilité de la vie aux différents âges : on aperçoit en effet pour chaque âge les chances de vie, sans avoir à tenir compte des influences qui ont précédé. Les tables de Suède ont un avantage marqué, on ne saurait en disconvenir; tandis que l'opposé a lieu pour la Bavière. L'Angleterre, la Belgique et les Pays-Bas, marchent assez bien d'accord, sauf, pour ce dernier pays, la grandeur de la mortalité vers l'époque de la naissance, qui peut tenir au calcul fait dans l'hypothèse d'une population stationnaire. La France suit aussi la même marche, à en juger par les documents qui reposent directement sur l'expérience, et tels qu'ils sont donnés dans les tables.
Les diverses tables dont nous venons de parler ont élé imprimées dans des ouvrages spéciaux de statistique, qui ont été publiés dans ces derniers temps : nous ne chercherons pas à en reproduire tous les nombres ni les procédés suivis pour les construire: nous nous bornerons à en déduire la durée de la vie probable pour les deux sexes pris ensemble et pour chaque sexe en particulier. Nous osons croire que ces résultats suffiront pour le but que nous nous proposons.
Durée tir la rie probable deë deux terei.
Ages.
Suède.
Angleterre.
Belgique.
Pays-Bas.
France.
Bavière.
Mojenne
M. Berg.
M. Farr.
M. ijuctelel.
M. Caumhaucr.