‹ Statistique internationale (population);Chapitre 35 sur 260 · I.XXVI · texte numérisé non relu

I.XXVI

Chers Collègues,

Pendant la réunion du congrès tenu à Londres en 1860, nous vous avons proposé de faire une statistique générale des pays les plus éclairés; nous vous avons prié de réunir leurs documents divers, de vouloir bien communiquer entre vous et de vous entendre pour établir, autant que possible, de l'unité dans vos travaux, et pour traduire les données numériques en nombres immédiatement comparables. Nous vous invitions en même temps à désigner l'un des représentants des grandes nations à l'effet de réunir les documents et de les discuter. Nos vœux furent écoutés avec bienveillance : on apprécia ce que l'on pouvait gagner en temps, et l'économie générale qui pouvait résulter d'un travail unique, substitué à des centaines de volumes souvent introuvables, pour réunir les documents statistiques les plus importants des différents pays, et pour économiser, en faveur de tous, un temps précieux par l'emploi des mêmes unités.

Ces propositions, faites dans un but d'utilité générale, obtinrent votre assentiment, chers collègues , et le congrès de statistique convint de faire un premier essai du travail proposé; mais on y mit la condition qu'il serait essayé par celui qui en avait suggéré -l'idée. A peine sorti d'une maladie, grave qui l'avait éloigné d'occupations sérieuses, votre ancien collègue et ami ne crut cependant pas pouvoir se soustraire à votre invitation qui devenait un ordre à ses yeux, mais un ordre dicté par la complaisance et la bienveillance la plus entière. J'acceptai donc en silence, comptant bien sur le concours de M. Ileuschling, le secrétaire de notre commission belge pour la statistique nationale. Ce concours en effet ne m'a pas manqué; et, tous deux, nous pouvons aujourd'hui vous présenter le travail projeté. Ce travail toutefois est incomplet, et ne concerne que la population : je crois qu'il sera suffisant néanmoins pour vous prouver combien il serait intéressant et utile de pouvoir le terminer complètement.

Ce qui a surtout excité nos efforts, c'est l'espoir fondé de pouvoir désormais vous inviter à vouloir bien continuer ce travail, dont nous avons l'honneur de vous présenter un premier spécimen; car c'est ainsi que nous vous prions de le considérer. Un pareil travail, exécuté pour les différentes branches de la statistique, formerait l'un des recueils les plus utiles et les plus instructifs que les sciences aient produits : il présenterait un tableau complet de l'organisation et de la vie des corps constitués sur des bases fermes et éclairées; il serait généralement consulté par ceux qui les gouvernent et les dirigent; et chacun pourrait y substituer à des idées quelquefois préconçues des notions claires et précises.

Le tableau de la population ne forme qu'une partie de la statistique d'un pays : la connaissance de son état industriel et agricole, sa constitution gouvernementale, l'état de la justice, la marche de renseignement, l'organisation militaire, etc., sont autant de points

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importants à considérer : on aurait un intérêt immense à les étudier el à en apprécier les résultats pratiques. De pareils travaux appartiennent à notre organisation moderne : mais tout en respectant les principes, on doit désirer en voir les conséquences. C'est pour unir entre eux les Gouvernements qui ont à cœur l'intérêt îles peuple- , que le congrès général de statistique a été lundi'' par eux, en septembre 1853 : car no- conférences internationales ont été peut-être mieux appréciées par les Gouvernements que par les hommes même de la science. Qu'il nous suffise de rappeler qu'il n'est pas un seul pays éclairé en Europe qui se soit refusé à nous envoyer des représentants; nous croyons que nos conférences se sont montrées dignes de eel accord. Dans tous les Etats, ces réunions Ont été dirigées par les hommes les plus élevés, et les plus distingués : nous nous ressouvenons surtout avec un sentiment de profonde estime et de haute considération le prince éminent qui dirigeait notre conférence de Londres ', et qui avait pressenti tout le bien que de pareilles réunions pouvaient produire.

Nous avons l'honneur de nous prier aujourd'hui, chers Collègues , de ne pas vous soustraire aux charges que nous avez bien voulu vous imposer dans l'intérêt des États el de la science. Nous vous présentons un spécimen de notre travail : nous l'abandonnons à votre sage critique; mais donnez-lui désormais le développement nécessaire. Que deux ou trois Etats commencent cette ère, qui est jusqu'à un certain point nouvelle pour l'administration : ce que nous offrons ici est un premier essai qui demande à s'appuyer sur des hases plus homogènes; nous comptons sur vos conseils pour l'améliorer et lui donner plus d'unité. Que l'on essaie ensuite la statistique du commerce et celle de l'agriculture; peutêtre même plus de deux ou trois nations consentiront à nous aider dans nos premiers efforts, et nous parviendrons bientôt à voir les hommes d'État des différents pays marcher sur un terrain plus ferme. Cette œuvre est grande et on nous saura gré d'avoir ose l'entreprendre. Que le représentant de chaque État demeure responsable des documents qu'il présente; que tous ces documents soient ensuite lidèlemenl inscrits et réduits à leur forme la plus simple; qu'il y ait partout, à côté des documents de chaque pays, uniformité de poids , de mesures et de langage.

Nous avons plein espoir que nos successeurs nous sauront gré de leur avoir ouvert la route et d'avoir consacré nos soins à commencer un travail qui s'agrandira avec le temps et qui deviendra sans aucun doute l'un des plus utiles à consulter. Il serait absurde de vouloir conduire les peuples dont on ne connaît ni les besoins ni les tendances. La meilleure preuve que nous puissions citer de l'utilité de notre œuvre commune, c'est que toutes les nations civilisées ont pris part au travail général que les peuples éclairés se doivent mutuellement; mais jusqu'aujourd'hui ce travail est à peine commencé.

1 S. A. R. le prince Albert.

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