‹ Statistique monumentale de la CharenteChapitre 38 sur 120 · DE U · texte numérisé non relu

DE U

« Item de la Bayllia de GuilL de Boys de « item de la baillclte de Guillaume Je Bois «le « Moncauhat you no ne ay re agul, fors que taut

« Moncauliat je n'ai rien tu, si w n'est tout

« que you ai Trou bat Aubcterro taut do la sua

« ce que j'ai trouve à Aubetcrre de lous ses « ebauzes qui sont estades vendudes XV livres

■ meubles qui ont éle rendus quinze livres

« mon. corenz. Autra chausa uo ne as pogut « monnaie courante. Autre chose n'ai pu « aver ni trobar de sos bes. Et plus quel si par « avoir ni trouver de son Ijicn. De plus par « fauta de la gerra et de la mortalitat et ne

« faute de la guerre et de la mortalité je ne « pot recobrer ui aver de las rendas qui sont « puis recouvrer ni avoir les rentes qui sont « degudas à moss. lo comte »

■ dues à monseigneur le comte. »

Ce peu de lignes suffit pour montrer que le dialecte dans lequel elles sont écrites est encore celui des populations qui habitent les versants de la Dronno et de la Lizonne , et les bassins de la Tardouère et du Bandiat *.

Le dialecte parlé dans l'arrondissement de Confolens diffère peu de celui du Limousin , si ce n'est par l'accent et par quelques mots particuliers. Il existe do ce dialecte des monuments pleins d'intérêt que nous pouvons indiquer. Les fables do Foucaud sont un chef d'truvre littéraire qui transmettra la gloire d'un de ces idiomes méridionaux destinés à se perdre un jour dans la langue reine 8 .

Avant de donner la limite des dialectes, je dois dire quelques mots sur les dénominations des principales localités de l'Angoumois. Quoique la science des étymologies arrive difficilement à des

' Arcliiv. du Roy., vol. VIII* des Tilres du comté d'Ang., cote 961.

* Un de nos compatriotes M. Vignaud, de S»>rs a composé dans le dialecte du paysd'S chanson? pleines de verve et de poésie. C'est encore une protrslalion de la langue i!u Midi contrecelle du .Nord. Nous regrettons que ce charmant petit recueil ne s^il pas publié; l'Angoumois serait au^i lier do M. Vignaud que l'Agerum de son Jasmin.

• Fables de La Fontaine, traduites par Foucaud, Limoges 1809.2 vol. in-12.

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découvertes positives, cependant l'étude des idiomes celtiques permet aujourd'hui de donner aux conjecture!! sur l'explication des noms plus de valeur que daus un temps où l'euphonie seule était consultée.

Xoms erltiqnef. I n grand nombre de villes et de bourgades de l'Angoumois ont conservé leur nom primitif. Presque toujours ce nom est terminé en ac, suffixe gaélique, comme on sait, qui a son corrélatif dans Yrk ou te des Bretons. Cette terminaison était d'un usage universel dans les Gaules ' ; et même après la conquête, les Bomains, qui avaient leurs suffixes aciw, acum, ne trouvèrent aucune étrangeté à cette terminaison et se contentèrent de la latiniser. Le tableau que j'ai donné plus haut met en regard des noms modernes les dénominations celtiques et latines. On verra en le lisant que près du tiers des noms de lieux ont cette origine. Il est même arrivé quelquefois que les Romains ont donné eux-mêmes cette terminaison à des noms de nouvelles localités. On a pour exemple la villa de Sidoine Apollinaire, nommée Avitaeum , du nom de l'empereur Avitus, son beau-père *, àfartmiacttm , Ântoniacum, noms évidemment latins par leur radical, et rendus celtiques par la terminaison. Quelques-uns ont pris la terminaison bretonne: Ruffec , liuffiaeum , Aisecq , Chassiecq ; d'autres l'ont changée pour des équivalents : ay, *y, é, y, l'aizay, Loudigny, etc • 1 .

1 Voyez M. Cardin, dissertation sur Exonia Maynalorum, Mém. desantiq. de l'Ouest.

• Sid. Apollin., Ep., lin. II. cp. 2, cité par M. Cardin.

* Voici quelques noms celtiques de l'Angoumois:

LA TOL'LVHK, TMvera, du Celtique Tonli, trou, caverne, cavité.

ORAGE, hauteurs stériles au midi d'Angouleme, du critique Crag, giè*. pierre dure, par extension terrain de pierrrs, de carrières. On a longtemps extrait des meules de moulin sur le* hauteurs de Cragc, tonnées par un hanc immense de calcaire coquillier.

LES COMI1ES, saint Laurent-des-Comncs, du celtique komb, tombant, vallon, vallée.

LA BROUSSE, du celtique bron*, broattrk, lieu plein de buisson*.

Noms hiitts. Après les dénominations celtiques, goUma et latJitma. En supprimant le suffixe i

les plus fréquentes sont latines. La terminaison ou esma qui se trouve invariablement dans toutes

villa a formé beaucoup de noms qu'on peut voir ces formes, il reste pour radical : Engol, Ecol ou

dans le tableau des localités. Ces nomsse trouvent Icul. Le suffixe esma ou itma, esme ou éme,

particulièrement dans l'ouest du déparlement , n'est pas spécial à Angouléme ; il se trouve dans

et dans le rayon du canton fertile auquel les Ho Solème, célèbre abbaye de bénédictins et dans

mains avaient donné le nom de Campania, et Vouiôme, bourg du Poitou, sur les bords de la

qu'on appelle encore la Champagne. Les Gallo- Charente , a la limite de l'arrondissement de

Romains de la Saintonge avaient construit une RufTec. Ces noms s'écrivaient, il y a peu de

multitude de villas dans cette délicieuse contrée, temps, Solesmc, Voulesme. 11 y a encore Mou-

Peut-étremème plusieurs terres furent-elles con- lisme, en Poitou, qui a lo suffixe d'Ecolùma. Je

cédées à des colons qui défrichèrent des terrains pense donc qu'au lieu de chercher l'étymologie

jusqu'alors incultes , et donnèrent des noms la- d' Angouléme dans la petite rivière d'Anguienne,

tins à ces nouveaux établissements. comme André Thevet, ou dans le rapprochement

Quant à l'étymologie d' Angouléme, beaucoup euphonique de ces mots in collis né (pour aUà, sous-

de nos écrivains s'y sont exercés, et jusqu'à ce entend uparte),sur la parte haute (Ula colline, commis

jour toutes leurs coujectures n'ont rien produit Desbrandes *, il faut demander aux racines cel-

de bien satisfaisant. Je no chercherai pas a faire tiques le sens du radical Engol, Ecol on /eW, et

mieux; seulement je mettrai le lecteur à même chercher dans les terminaisons des nombreux

de trancher la question, en la posant avec netteté dialectes de cette même langue le suffixe ima ou

et sur les données vulgaires de la linguistique. esma. Le radical d' Angouléme se trouve encore

Angouléme , comme la plupart des villes de dans Angoulin , localité autrefois importante de

France, lire son nom des habitants du pays, laSaintonge, sur le littoral de l'Océan où venait

appelés Ecoiitmentes, comme Paris lire le sien des probablement aboutir une des grandes voies ro-

Parisii, Poitiers des Pictavi, Périgueux des Petrocorii, etc. Eeolùma est probablement son nom le plus ancien Il n'y a pas encore longtemps qu'on écrivait Engolesme qui conserve tout l'élément syllabique du latin Ecolisma. Plus tard , beaucoup de variantes ont été émises : Inctttitma*, Ecolrsma 3 , leulisna *, Elolisna*, Ecole- «no*. Cependant la forme la pluscommuneest En-

> Les d«ux monnaies mérovingiennes d'Angoulérac que je dois à l'obligeance de M. Adrien de Longpérier. du cabinet du roi (voy. planche des monnaie» d'Angoolème), donnent, len'l, ECoDStNA.et len"2. INSCoLA. Le n° 3 de la môme planche, monnaie de Charlcmagnc, donne ECoLicniNA

• Ancien manuscrit de DulilIcL

» Elie Vinci avait lu ainsi dans de vieux documents. » Sic que ab Ausonio KTiptum fuit oui leuUma. El. Vinel in Auson.

• Oins un ancien catalogue des provinces.

• Dans les chroniques de Sigcbert, a l'année 509, pu-

maines données par la Table Théodosienne , qui, de Limoges (Augwtoritum) ,

blices par Roherl Étienne ; ce qui est | copiste, pour Ecolema.

1 Dans les recherches étymologiques, on commet une foule d'erreurs si Ton donne trop à l'euphonie. Cesl ainsi que Munier, et après lui M. Marvaud, ont cru trouver rétymologie do Merpins dans Mort pkium , en raison des débordements de la Charente et du Né, pendant que les vieilles chartes lui donnent le nom de Merpisium qui ne peut nullement se prêter a celte explication. Ou a commis la même erreur lorsqu'on a pensé que les noms lerminés en oc venaient du latin aqw»: Magnac, magnœ aqw», grandes eaux; Dassac , bossa aqua, eaux basses; Dirac , dira aqua, mauvaises eaux ; etc. Le suffixe ac, te, indique simplement une habitation , et se trouvait à la fin des noms des bourgades celtiques, avant qu'on eût entendu prononcer un seul mot latin dans le pays. On dit encore que Bcnays reçut ce nom d'un mol de Cbarlemagne qui ayant campé dans ce lieu S'écria: « Btni est, c'est bien. » Malheureusemeut le nom véritable de cette localité historique n'est i*a 1

l'Angoumois et la Saintonge de l'est à l'ouest. Je laisse maintenant aux habiles ce petit problème d'étymologie ; c'est avoir fait un pas que d'avoir trouvé les données à l'aide desquelles on peut parvenir à le résoudre.

Limite det dialectes. La limite qui sépare les pays de langue d'oc de ceux de languo d'ot/ commence dans le département de la Charente, en partant du midi, entre les communes de Razac et d'Essards , passe près de Saint-Martial-de-Coulouges , suit les hauteurs qui séparent le versant de la Lizonne de celui de la Tude jusqu'à Cha-

Benays, comme on peut le lire dans l'inscription gravée sur le mur de la nef de l'église de ce bourg , et en latin Benaùu (bulle d'Anastasc IV, pour Charrons, 1153;, ou Benaiactm (plusieurs chartes dans dom Fontencau ).

Dès le XVI*' siècle, Elîc Yinct se moquait de ceux qui aTaient ainsi des étymologies toujours prêtes et faisaient baUr Libouroe par les Liburoiens. « Libourne , dit-il , a esté bastie par les Liburoiens qui vindrent dans la Gaule avecque Hercules : de sorte qu'elle est de plus ancienne de beaucoup que Rome, jaçoit que les guerres des François et Anglois pour la tiuienne l'aient bastie. » (Discours non plus mélancoliques tpie dimrs. Poitiers, 1536 in-4° page 2.)

Mais on donne de vraies élymologies , quand on tait dériver Aubelcrro dealba terra, terre blanche; Confolens de nm/hms, confluent «le deux rivières; Laroclie-Beaucourt, de rvpts bovis curti etc., parce que ces noms appartiennent réellement à l'époque Gallo-Romaine, et «rue les chartes donnent ces noms latins. (Voyez plus haut les noms anciens des localités de l'Angoumois).

venac et Juillaguet. Elle se dirige ensuite eutre Charment et Magnac, eutre Fouquebrune et Villars, entre Dirac et Dignac, entre Garât et Bouex , jusqu'à la forêt de la Braconne qui est toute de pays de langue d'oc. En quittant la forêt, la ligne passe entre Jauldcs et Agris , entre Coulgens et la Rochette , entre Sainte-Colombe et Saint-Mary, entre Valence et la Tâche, entre Ventouzc et Cellefroin , entre Saint-Gourçon et Chassiecq , entre Saiut-Gervais et Champagne- Mouton, entre Renays et Alloue, et sort du département entre Chataiu et Rleuville. Cette limite est nettement tranchée dans toute l'étendue du département, au point que les communes qui parlent français ont presque le purisme du langage. Charment, Fouquebrune, Rrie, Jauldes, Coulgens, Saiute-Colotnbe , Valence, qui composent la lisière de l'Angoumois français, sont des localités singulièrement remarquables sous ce point de vue; et ce qui ne l'est pas moins c'est que la tenue individuelle, les habitudes domestiques, le genre d'idées sociales et religieuses annoncent évidemment un changement de race dout le changement d'idiome était déjà l'indice.

On peut suivre celte limite des dialectes sur la carte monumentale ; elle trace une ligne ondulée du sud au nord , légèrement obliquée vers le nord-est.

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