MONUMENTS RELIGIEUX
Cathédrale. — On ne peat préciser répoqoe de la foudation de l*é?éché de Lisieax , qui probablement était aussi ancien que les autres évêchés uormanda Seloo le P. Loogueval et les savants auteurs du GaUia christiana » l'établissement de cet évéché remonterait au IIP. ou au IY«. siècle (1). L*a« 316 y saint Lithare, qualifié {véque de LIsieux, assistait au concile d'Arles.
Selon d'autres historiens» Tèflché de Lisieux daterait seu lement du YP. siècle. L'an Sii » Lilharède, évéque 49 Lisieux , prenait part au premier concile d'Orléans. D'après le rituel de 1661 , le premier piélat qui figure dans un acte public est Theuodobald ou ThSMiud , qui , en 538 • assista an troisième concile d'Orléans.
Les nombreuses invasioni de barbares , qui eurent liev entre les années 314 et 511 , eaqpliquent la lacune qui existe entre ces deux dates.
L'histoire de l'évêché de LisiBOX, qui n'entre pas, comme on sait, dans le plan de cet ouvrage, se lie d'une manière intime avec les événements politiques qui se sont accomplis durant la longue période qui s'est écoulée jusqu'à la Révolution. Après la constitution du duché de fformaodie, en dfl» RoUon investit Févêque de Lisieux de l'autorité temporelle» avec le titre de comte, transmissible à ses successeurs: ' « C'est l'époque, » dit Fauteur d'une notice sur Lisieux, pu-
(i) Leiovleiistt eiiiai mligio RbolonageMi aatiqultate car eetoet? Mirum videri noD débet quod episcopis per CGC 9ut GCiCC annos vacu9 ait sedes.
Uiée diUfi YHûmre deê mUe$ àe France , par H. AriatUoi €oîihfrt ( t V , pk 574 ) , « oà se place Balarellemeat celte iovaflkm du spiritnel anr lo temporel. » D'anlres b»torieM pensent qae ce 4itre, qui, du reste , est fort aocien • ftit dé* cerné à Herbert par Guillaaine-le-CoM|oérant.
C'est ki que nous placerons une ancienne et cnriense céréiDonie U)ut-à-*fait locale, qui avait lien chaque année , le 1 1 juin , et qui fut supprimée ï l'époque de la Révolution. La Teille et le jour de la fête saint Urstn , Tévéque de Lisieux abendonnait k deux chanoines de la cathédrale sa juridiction leaiporeUe. Ces deux chanoines, élus par le Chapitre et re-> vêtus d'us surplis avec bouquets de fleurs en bandoulière » allaient k cheval , précédés de vingt-dnq hommes bardés de fer et annés de toutes pièces , prendre poasession des portes de la villes Peodani ces deux jours, ta justice criminelle et civile, la concesMU des bénéfices, etc., leur appartenaient. k la condition qu'ils donneraient ï chacun de leurs con«* frères un pain et deux pots de vin.
On a découvert , il y a quelques années, dans les greniers de l'Hôtel-de-Yille , avec deux canons en fer forgé , les plus anciens et le» plus curieux de Franee (anjoord hui placée au musée de Rouen) , de nombreux débris d'armures parmi lesquels on remarquait des casques couverts de gracieux rinceaux de la Renaissanca
La première église élevée, ainsi que nous l'avons dit plus haut, à la fia du III*. siècle ou dans les premières années do lY'., fut, dit-on, dédiée à la Sainte- Vierge.
Herbert, qui occupa le siège épiscopal de IJsieux depuis l'an 1022 jusqu'à l'année i0&9,jeta les fondements d'une vaste cathédrale (1), qui fut terminée par Hugues d'Eu, son
(I) Ecdesiam SancU Pelri Leioviensis cœpi' «dificare, sed oon potuil popaamnsfire (Gailia christ,, t, XI , p. 766 ).
soccessear, et consacrée sous le titre de saint Pierre, prince des Apôtres (i). Cette antiqne basifiqae, dont il reste encore quelques vestiges qui attestent son importance , fut détruite en 1136 par un incendie qui consuma la ville entière.
La cathédrale acluelle , que nous nous proposons de décrire, fut construite en grande partie par les soins d'Arnoult, qui occupa le siège épiscopal pendant quarante et un ans (11/^1-1182) (2). Elle fut agrandie et terminée par Jourdain du Hommet , évèque de Lisieux, qui mourut en 1218 (3).
En 1226 , sous l'épiscopat de Guillaume du Pont-del'Arche, un incendie faillit détruire la cathédrale ou du moins compromettre sa solidité. La charpente des combles fut seule atteinte par les flammes, lesquelles épargnèrent l'édifice qui était très-solidement construit Guillaume du Pont-del'Arche entreprit de grands travaux pour réparer ce désastre (&). Les deux chapelles latérales de l'abside sont l'œuvre de cet évèque , ainsi que l'atteste la différence de style entre cette partie du chœur et le reste de l'édifice. La chapelle absidale, qui termine le collatéral sud, était, dans l'origine , dédiée à saint Ursin , l'apôtre des Gaules , qui devint le second patron du diocèse. Dans les fouilles que nécessitèrent ces travaux^ on découvrit , en 1233 , derrière le mattre-autel , les ossements de ce saint avec ceux de saint Patrice et de saint Bertivin. Sur une petite tablette, en marbre rouge de Vieux , était gravée une inscription L'auteur des Vies des saints patrons du diocèse de fJsieux^ l'abbé Le* prcvost, nous apprend qu'on renferma ces ossements dans une belle châsse en ai'gent qui fut plact'e, au haut du chœur, sur quatre colonnes en bois doré.
ri) Galtia christ., p. 768.
(3)0rdericViUi,t IV.
(S) Galda christ., JL XI, p. 782.
(4) Id., p. 782.
ftANTON DE LISIEDX, 2*. SECTION. 20S
€e fot probablement Goillaame da Pont-de-FArcbe qui fit élever les deux tours qui surmontent le portail occidental. La tour méridionale , à Texception de la base qui est ancienne, fut rebâtie en 1579, ainsi que l'atteste une inscrip* tioQ.
En 1233, sept ans après rincendie dont nons avons parié, l'édifice était entièrement construit. I..es additions posté* rieures ne faisant pas partie du plan primitif, nous les passons pour le moment sous silence.
L'église St -Pierre, classée en 1860 au nombre des monuments historiques, d'après les plans et dessins de Tarchîtecte Piel (1) , et grâce à la puissante intervention de M. Guizot, alors ministre de Fintérieur, est un des édifices les plus remarquables et les plus complets que nous ait légués Tépoque de transition ( XII*. siècle, deuxième moitié ). L'ogive, encore vague et indécise , se montre dans les arcatures du triforium de la nef, du transept et des deux premières travées du chœur , et dans les fenêtres du clérestory ; les colonnes , svelles et élancées , se terminent par des chapiteaux garnis de larges feuilles recourbées en volutes , dont l'ampleur rappelle le style roman.
ïje nom de l'architecte qui a élevé ce magnifique édifice n'est pas connu. La similitude de caractères qui existe entre certaines parties de l'église St. -Pierre et les cathédrales de Sens et de Cantorbéry (Angleterre), construites vers le même temps par Guillaume de Sens , nous portent à attribuer à cet
(î) Loui»-Alexaii(Ire Plel, né à Listeui en 1807 , mon au courent deBotco (Piémont ) en 1838, est un des premiers orehitecles qui saluèrent «Tec joie la renaiMuncc de Tart catholique et prirent une part actire au mourement archéologique qui s'opéra en favear du style ogivaL II renaît de concourir d'une manière brillante pour la eonsUiiction de Tégllse Sl.-NicoIas de Nantes lorsqu'il s'engagea sous la bannière du P. Lacordaire, dont il devint un des plus ferveoU disciples.
Iiabile architecte une large part dans la constmctioii de notre cathédrale.
Comme toutes les grandes basiliques qui couvrent encore la surface de la France » l'église St- Pierre de Lisieux pré* ' sente la forme d*une croix latine. Elle se compose, à Tintérieur, d*une longue nef avec bas-côtés accompagnés de chapelles, d'un vaste transept dont chaque bras est flanqué, à l'orient, d'un collatéral ; enfin , d'un chœur avec déambulatoire, autour duquel rayonnent (riusieurs chapeUesL
La longueur totale du vaisseau, dans œuvre, depuis la porte ocddentale jusqu'à Textrémilé de la cbapdle de la Vienne , est de liO mètres; l'élévation des voûtes principales est de 20 mètres (la hauteur primitive de la nef, sous clef de voûte, élaii de 20 mètres 50 centimètres); celle de la lanterne qui surmonte Vimertransept est de 30 mètres; h voûte des bas<ôiés s'élève à 9 mètres au-dessus du niveau da soL
La largeur toule de l'édifice, d'un mur k l'autre» non compris les chapelles , est de 27 mètres 67 ceatimètreSb
La nef principale, du centre d'une colonne à l'autre, mesure 7 mètres.
La loi^^ur du transmit est de 38 mètres 76 centimètres , et sa largeur de 8 mètres 83 centimètres.
iVe^ — La nef, composée de huit iravées, est construite d'un seul jet C'est , selon nous, le type le plus pur et le plus gracieux de cette architecture nouvelle qui marque d'une manière sensible la transition du plein-dntre à l'ogive, du style roman au style gothique. Elle ÏMrésente à la fois ce double caractère de forcé et de légèreté , de simplicité et d'élégance qui distingue les œuvres de cette époque. Elle se fait . surtout remarquer par l'harmonie des proportious , la pureté des lignes architecturales et l'unité de style.
CANTON t>E LISIEUX , 2*. SECTION. 205
Des arcades en tiers-point , portées snr des colonnes mo* Boqfimdriques , séparent la nef des bas-côtés. La plupart des chapiteaux sur lesquels s'appuient ces arcades sont d*nne grande implicite ; Ils sont décorés de larges feuilles, légère* ment recourbées à leur extrémité supérienre. Ces chapi-* teaox , qui paraissent seulement épannelés , étaient probablement destinésàreceroir une décoration pins soignée, fhisieurs sont garnis de crossettes végétales ; quelques-uns présentent une rkhe et élégante corbelHe qui rappelle le chapiteau go« rinlhlen. Le tailloir, décoré de moulures très-simples, est i pans coupés. Le fût de la colonne, en calcaire coquilKer d'un grain très-gros, resserobtaint atf tuf ou travertin, est formé de nombreuses et larges assises. La base , en calcaire plus dur provenant de h même carrière, mais d^un lit différent, offrt deux tores séparés par une gorge profonde. Une large patte ou agrafe, appliquée sur le tore inférieur, qui est aplati, relie la base au sodé on piédestal , presque entièrement enfoui par suite de l'exhaussement do sol de la nef, qui a été élevé en 1687 au niveau de celai du choeur, sous répiscopatdeLéonor de Matignon (1).
Do talHoir s'élancent trois légères colonnettes , divisées, à diflérentes hautenrs, par des anneaux. Ces colonneites reçoivent rare donbleau et les arceaux d'une voûte d'arèle re* construite en partie au XVf*. siècle, ainsi que l'attestent les qnatre defo de voftte les plus rapprochées de la tribune, dont le style accusé la Renaissance.
Le triforiam qui sormonte les arcades de la nef est formé d'areaiores géminées, entourées d'une seule archivolte qni re** pose, de chaque côté, sur une colonnette dont le chapiteau,
(t; L*éléf»tioa du lol 4e la nef néceMîta rettlèveneat et tnena la dertrvction 4*iid grand Donbre de Umbeans eu pierre et eo brome ( ancien maaoMrit attribué à an chanoine de la oaHiédrale et rédigé entre les années i676 et 4717).
largement développé, est décoré de feuillages et de crosseCtes végétales» Plusieurs chapiteaux présentent une riche corbeille composée de feuillages variés , d'une grande finesse d'exé*cution , parmi lesquels on distingue des feuilles de chêne. Celte galerie, fermée aujourd'hui par une faible cloison qu*il serait facile d'enlever, servait à éclairer la tribune qui règne au-dessus des bas-côtés, laquelle n'a jamais été voûtée et laissait entrevoir la charpente du toit La colonnette centrale, éng^ée dans la maçonnerie provisoire, est flanquée de petites colonnettes.
Un célèbre archéologue anglais, M. John Parker, d'Oxford, qui a visité notre cathédrale , il y a quelques années , a été frappé de l'analogie que présente celte galerie avec le incitait de l'arrière-chœur de la cathédrale de Gantorhéry , également formé d'arcatures géminées (1). La seule difiërence, c'est qu'à Gantorhéry l'archivolte est double et repose de chaque côté sur deux colonnettes , tandis qu'à St -Pierre de Lisieux il est simple. A St. -Pierre, la partie supérieure du iympaUy ainsi que l'a remarqué M. Bouet, était à jour comme à Cantorbéry.
Des extrémités du cordon qui sépare les arcades de la nef du triforium , parlent de légères colonnettes annelées , qui reçoivent Tare formeret. Cet arc sert d'encadrement à la galerie ainsi qu'à l'étage supérieur.
Le clérettary oBre des fenêtres à une seule baie très-peu ébrasées. L'archivolte qui entoure ces fenêtres , dont l'ogive est peu accusée, porte sur des colonnettes annelées. La même décoration se remarque à l'extérieur de l'édifice. Toutes ces
(i) A considérable part of the calhedral ofLUieui, in Normaodj, h of very limllar characler to Sens and Caoïerbury , and <|ttiie as maeh advanced in style, witb polnled arches and U^anslUonal «kmI* dings (An Introductîoa to the study ofgottiie arebitectareb by JeliB Henry Parker).
fenêtres étaient anciennement garnies de belles verrières qni ont été détruites en i688 , sons l'épiscopat de Léonor de Matignon , et remplacées par du verre Uanc , afin de rendre la nef plus claire. Ce fut vers la même époque , époque néfaste pour notre cathédrale , comme nous le verrons plus urd en parlant du chœur, que le sol de la nef fut exhaussé et mis an niveau de l'aire du transept.
Les murs de la nef sont soutenus extérieurement par des arcsrboutants dont l'extrémité supérieure porte sur des colonnes engagées dans la maçonnerie. Les chapiteaux qui terminent le fût sont décorés , comme ceux des colonnes de la nef, de larges feuilles recourbées en* volutes. L'extrémité inférieure de 4'arc s'appuie sur de gracieux contreforts , surmontés de pinacles qni ont été refaits dans le style des anciensL
Une corniche, décorée de curieux modilions, dont la plupart représentent des têtes grotesques , supporte le toit.
La charpente de la nef, refaite en partie , est formée de chevrons portant fermes. Celle des collatéraux est moderne et , par conséquent , sans intérêt
Les bas-côtés dépourvus, dans l'origine, de chapelles, étaient éclairés par des fenêtres à une seule baie , semblables aux deux ouvertures, aujourd'hui bouchées, qu'on aperçoit à l'entrée du bas-cêté- septentrional , près de la tribune. Les murs latéraux de l'ancienne église collégiale de Mortain , percés de fenêtres sans meneau, dont les archivoltes reposent sur de légères colonncttes^ donnent une idée exacte de la {rfiysionomie primitive que présentaient les bas-côtés de la nef de notre antique cathédrale.
Les chapelles qui bordent les collatéraux, à l'exception de deux qui sont modernes et sans caractère , ont été élevées dans les premières années du XIV*. siècle. Toutes ks fenêtres qui éclairent le bas-côté septentrional ont conservé
206 STATISTIQUE MONUMfiNTALB DU CALVADOS.
leur f^rme primitive. Elles sont divisées eu quatre bues cgi**' vales, trilobées, par 4le8 iDeoeaux garnis de luiaces colonnettes. Trois seulement ont conservé ienr tracerie rayonnantes Le tympan , décoré de rosaces et de qoatre-feailles » offre de nombreni (ragmeiits de vitraux* Les autres fenêtres ont sohî de fréquentes retnudies dans les siècles postérieurs.
Les fenêtres placées an raidi (àTeKception d*une seule» qui a perdu ses aneneans et sa tracerie) ont été élargies dans la seconde moitié du Xy^ siède ; leuns meneauK sont prisaiatique& Le tympan « formé de compartiments flamkofantSt présente encore de beans iragments de vitraux. Tontes les chapelle de ce côté ont conservé leur décoration primitive. De jolies piscines ogivales trilobées, à double eu*vette» dont les anchivoUes retombent sur des oolonnettes terminées par des chapiteaux feuillages , sont pratiquées dans le mar méridionaL Le mur oriental est décoré d*une arcade sous laquelle était placé Tantel primitiL Sous Fune de oes arcades , on a placé un autel en argent repoussé an laaiteau, dans le style roman fleuri du XU\ siècle, lequel a été exécuté à Paris d*après les dessins de AL Danjoy, ancien architecte de notre cathédrale , qoe la mort a enlevé prémitttcément aux beaux-arts (1).
Tontes les arcades du côté nord , contre lesquelles sont appliqués les autels , sont modernes ; elles. ont été agrandies lorsqu'on a placé les tableaux qui déoorent les chapelles.
Les dewt dernières chapelles do collatéral sud , placées prés du transept, occupent l'emplacement de l'ancienne salie
(i) M. Danjoy, né à Avenzac (Gers) en 1Ô06, avait éléâèTcde rficole des Beaux-Arts. Attadié à la Commission des monuments historiques depuis IB&O , H ftit th^rfté de la restauFattoii des eotbMrales de Usienx , de Meaux, de Bordeaux et de Covtaaccs, doit il s^oquiUa avrc talent.
CANTON m LISIBUX, 2*, SECTION. 209
caphulafare , laquelle 8*éteiidalt dans le jardin contîgu à l'église et datait, comme la nef, de la seconde moitié du \II*. siècle. Au centre s'élevait, une colonne sur laquelle venaient se réunir , comme les branches d'un éventail , les arceaux d'une voûte d'arête. La porte, décorée de belles montures toriques, s'ouvrait du côlé du transept.
A droite de cette porte se montre un magnifique basrelief dans le style gothique fleuri. Ce bas-relief offre une ogive trilobée, flanquée de deux contreforts et surmontée d'une accolade dont les rampants sont décorés de feuilles de chou frisé. Une élégante tracerie formant couronnement relie les contreforts. Le groupe mutilé placé sous l'ogive représente la Sainte-Viei^e tenant dans ses bras l'enfant JésuF. A ses pieds est prosterné un personnage qui implore son intercession. A gauche, on aperçoit un saint attaché à un arbre (saint Sébastien). Dans le lobe supérieur est sculpté un ange qui tient devant lui un peiit enfant, image de l'âme du défunt Une inscription obituaire , gravée sur une plaque de marbre, était placée au-dessous de ce bas-relief.
Les faisceaux de colonnettes annelées qui correspondent aux colonnes de la nef reçoivent, comme ces dernières , la retomba de la voûte des bas^côtéF. Le fût de ces colonnettes, détaché du mur, se relie k ce dernier par des anneaux.
Au bas de la nef s'élève un porche en pierre qui supporte la tribune où éuit placé le grand oi^ue. Ce porche intérieur date , dans son ensemble, de la fin du XIP. siècle. L'arcade principale, entourée de trois archivoltes, s'appuie sur des colonnettes annelées dont le fût se détache du mur. La corbeille des chapiteaux est composée de feuillages d'une exécution remarquable. Sur Tun de ces chapiteaux , qui a été dessiné par M. Sauvageot, se détachent en haut-relief des létes très-petitos , arlistemcnt sculptées. L'abaque qui ter-
aïO STAtlSriQUB MONimENTALB DO CALYADO».
mine les colonoes est décoré de gracieax rinceaux, dort Tfïêciiiion fine et délicate rétèle le ciseau habile et le faire des artistes du XIP. siècle (2«. moitié). Le cordon supérieur qui encadre les archivoltes se termine infêrieurcmcnt par deux têtes couronnées, représentant un roi et une rdnc. Les minces colonnettes placées en retraite complètent l'ornementation de ce porche, qui fait l'admiration de tous les archéologues. On remarque surtout la savante dîspositicm des colonnes, lesquelles sont groupées avec beaucoup d'art
Les deux arcades latérales qui mettent le rez-de-chaussée de chaque tour en communication avec ce porche sont d'une grande simplicité et très-élancées. Elles s'appuient , d'un côté , sur un pilier carré dont la partie supérieure , dans le style du XIIP. siècle , est décorée de larges feuilles galbées qui remplacent le chapiteau; de l'autre, sur un pilier qui faisait partie de la construction primitive (XP. siècle). U partie supérieure de ce pilier, sur lequel repose la tour, offre des moulures très-simples.
M. Parker a remarqué que ce dernier pilier présente de laides joints remplis d'un mortier siliceux très-dur. C'est un précieux vestige de l'antique basilique bâtie par Herbert, Sur l'une des pierres, à droite en entrant par la porte du milieu, l'on voit encore la croix de consécration de cet édifice , dont la dédicace eut lieu en l'année 1055.
La voûte du porche , soutenue par des arceaux toriques , a été reconstruite au XVP. siècle , après la chute de la tour méridionale (probablement dans le style de l'ancienne). A leur pomt de jonction sont sculptées les armoiries du Chapitre de la cathédrale : deux clefs en sautoir, cantonnées de quatre étoiles.
La large fenêtre ogivale qui éclaire la tribune date, comme le portail, du XIIP. siècle. Elle est partagée en trois baies par des meneaux garnis de colonnellcs, lesquels se bifurquent
CkWTOn DE USIKUX, 3% SPCTMM* ^il
dmslajNutiettipérieiir»» €fls baies» d'une feraie peu gra-^ deme» i^Srtat de joUes gruaiitai rooderoei qoi icsipèrenc l'éclat trop f tf de b lumièi^
L'aodeo |»?a\ge de to nef» qu'oa a retrouvé en pta^aiit la chaire • était eo terre CMÎle.
Tramsqu» — Le tiaiiM|>t, conatriiit dans de vastes et gra<ciesses proportions, date, cwnne la neC de la seconde moitié do XU^. siècle. Il est aœompsgoé 4 l'orient» ainsi que noiis rafOQB dit» de bas-coiés, formaiU cbapeiles, disposition qui se rencontre dans quelques grandes églises de France et d'Angleterre (ancienue église abbatiale de Conqoes ; ^Use de Longues; cathédrale de Salisbur)'). ^ous feriMis observer que la construction de cette dernière église est postérieure à celle du transept de SL -Pierre.
Dans la paritie in£érieore du mur septentrional du iransepl» dont la base » construite en blocage, paraît remonter an XI*. siècle» s'ouvrent deux larges arcades à pleinn^intre» do KII*. siècle, qui abritaient des tombeaux.
Le bas-relief qui décore le fond de l'arcade placée à gwsdie du spectateur offre deux statues mutilées. L'un des penonnages» revêtu d'une tunique, tient de la main droite Me palme (i). Le devant du tombeau* est décoré de médaillnfis ornés de figures en haut-relief» affreusement mutiléiMi Ces médaillons, entourés d'une riche bordure» rappcUeni, à s'y méprendre » la statuaire antique. Le célèbre dessinatenr et grasenr auiglais , Coiinann, les a reproduits avec exactiMk.
Sur Je tyjnpan de l'antre arcade sont sculptés deun angv , humblement psosternés^ tenant les extrémités d'un voile en linceul sur leqael était posée l'âme du défunt, qu'on représentait ordinainemeiit, au moyeu -Age» sous l'image d'un petit
j[l) Ces personnages ont élé dessinés par Wiilemin.
enfant sans sexe. Les iongoes tuniques qui enveloppent les anges forment de nombreux plis. Dans la partie inférieure du tympan sont représentés assis six anges » placés en regard Kun de l'antre. Leur tête est ceinte d*une couronne. Les uns tiennent des palmes , les autres des phylactères.
La statue couchée , placée sous une de ces arcades, faisait partie d'un autre tombeau ; cette statue a été découverte en i^til dans la cour de la mairie et replacée dans la cathédrale par tes soins de M. le docteur Billon, membre de l'Institut des provinces. Elle représente un évêque et paraît dater du XI*. ou XIP. siècle. M. Billon en a donné une description dans le Bulletin monumental.
Au-dessus de ces deux arcades s'ouvrent deux belles fenêtres accolées, dont les archivoltes , au nombre de trois, reposent sur des colonnettes annelées de différentes grosseurs. Le cordon supérieur, décoré de violettes, se termine inférieurement par de petites têtes. Les chapiteaux garnis de feuillages sont très-soignés. Â l'extérieur, ces fenêtres affectent une décoration plus sévère : elles offrent deux archivoltes au lieu de trois.
Entre ces ouvertures et l'étage supérieur existe une galerie étroite, éclairée par des arcatures percées, pour la plupart, de baies carrées. Les trois arcatures qui occupent la partie centrale de la galerie sont entourées d'un tore qui repose sur de grosses colonnettes, flanquées de colonnettes plus petites. La voûte en berceau qui surmonte cette galerie est formée d'un blocage très-ancien , qui paraît dater du XV. siècle. Une galerie semblable . pratiquée dans le mur occidental et dans le mur méridional , met chacun des bras du transept en communication avec le triforium de la nef. Le tailloir qui termine les chapiteaux , formé de fines moulures , se profile avec grâce sur le mur et relie entr'elles toutes ces arcatures.
L'étage supérieur offre trois fenêtres , très-élancées (celle
CANTON DE USIEUX» 2*. SECTIOil. 213
do mîiiea (dus haute que les deux autres). Les archivoltes « au nombre de trois , qui les encadrent reposent sur des co* lonnettes anuelées. La décoration de ces fenêtres est h même que celle de l'éuge inférieur. A rextérieur, elles affectent une grande simplicité. Le bord de chaque baie est taillé en chanfrein.
Le mur occidental du même croisillon est composé épiB^ ment de deux étages de fenêtres. Ces cinq fenêtres , remarquables par leurs gracieuses proportions , affectât entr'elles la même forme. Elles sont garnies, à l'intérieur comme à Textérieur do monument, de deux archiToltes qui reposent sur des colonnettes annelées.
Des fenêtres semblables sont percées dans le mur occidental du croisillon sud> dans la partie supérieure seulement.
Les bas-côtés , qui accompagnent à l'orient le transept , forment chacun deux travées , semblables à celles de la net Les colonnes monocylindriques qui séparent ces travées offrent de vigoureux chapiteaux, décorés de larges feuilles recourbées en volutes.
^ Trois fenêtres, deux à l'orient et une seule au nord, éclairent le bas-côté parallèle au croisillon septentrional L'une de ces ouvertures est masquée par le rétable de l'autel dédié à Notre-Dame-du-Rosaire. Ce rétable était autrefois décoré d'une ancienne statue en pierre, provenant de l'ancien coo- > vent des Jacobins. Le mur oriental contre lequel s'appuie cet autel offre , ^ l'extérieur , une corniche très-ancienne et fort curieuse formée d'arcatures géminées, terminées par des têtes grotesques et des animaux parmi lesquels on distingue un singe tenant sa têle entre ses deux pattes de devant
Le bas-côté qui fait face au croisillon méridional était éclairé par trois fenêtres semblables aux précédentes. Deux de ces ouvertures ont été bouchées lorsqu'on a élevé la sacristie. La fenêtre du sud , percée au XIY^ «ècle, a été
ai& STATISnODB IIOmJME?frÂLe 00 CALfilBOS.
dîfnée, ati XYt*. » par ao meneau qui se bilérc|ae dans la partie sopérievre. Ao^ettocn de cette fenêtre est phcé on tomlMeu du \Ul\ siècle, formé de deu aitatnres ogÎTales dont les archivoltes reposent sur des celonnettes terminées par m abaque circulaire. Trois joKs médaRlons , sculptés en haut-relief, décorent les angles supérieurs formés par la jonction des arcatures. Le médafllon du milien représente le buste d'un moifie. Les deux antres sont formés de rosaces artislement découpées. Ce tombeau offre une voûte en arête dont les arseau retombent sur des colonnetles qui upissent le mur.
Dans la première travée, transformée en chapelle, est placé un autel moderne en chêne , dans le style de Péglise , qui a valu à M. Léonard, sculpteur à Lisieox, une médaHIe en argent, lors du concours régional qui a eu lieu dans cette ville, en 1840.
Le transept est édairé, au mUI, par trois fenêtres moms élancées que celles du nord. Les archivoltes portent , de chaque côté, sur des colonnettes. Au-dessous de ces fenêtres eiiste une série d*arcatores gémînéea
La voûte, en tfrête , du transept est construite en blocage et formée d'arceaux toriques. La charpente du toh est ancienne et parfaitemenl conservée; elle est composée de chevrons portant ferme et date du X.III*. siècle.
Façade méridiûnale. — Le portail méridional, qui feit face h la rue du Paradis , est un précieux spécimen de l'architecture de transition (seconde moitié du XII*. siècle).
Ce portail , d'une grande élévation , est percé au rez-dechaussée d'une belle porte entourée de trois archivdies, formées de monhires toriques, qui reposent de chaque côté sur trois cohmnes détachées du mur et sur trois colonnetres placées «a retraite, dont les chapiteaux sont garnis de deux
CAMTOM Qfi USieUI^ 2\ SECTION* 2îp
rang» de croasettea végétales. La base » composée de deuk toies séparés par ooe gorgie, est reliée au piédestal par une agrafe.
Au-dessus de la porte règne an double rang d'arcatures saperposées.
Le rang inférieur est formé d'arcatures géminées , dont les archivoltes reposent sur de légères colonnettes. Le cordon qui entoure chaque ardûvolie est décoré de ces espèces de fleurs aozqiielles les Anglais ont donné le nom de tooik ornauient , et terminé à ses extrémités par de petites têtes.
Le rang supérieur est composé d'arcatures beaucoup plus petites, dont l'archivolte unique* décorée de rinceaux» perte sur un pilastre accompagné de deux colonnettes terminées par des chapiteaux feuillages.
Le cordon décoré de palnaeites qui sépare ces arcatures de l'étage éclairé est eotièremeil neuf.
Au-dessus s'oavrent trois belles fenêtres à ogive obt^ise; celle do milieu plus élancée que les deux autres* Les trois archivoltes qui entourent ces fenêtres s'appuient sur de légères colomiettes» dont l'ioterv^le est rempli par le toùih ortêmnent que les architectes anglais , au XliP. siècle , ont emprunté à l'architecture française* Le cordon extérieur, décoré de rinceaux , se termine inféri^wneot par de petites tèics griaaçantes.
Le grand arc de décharge qui surmonte ces fenêtres et relie les contreforU date du XVI". siècle.
La galerie supérieure, placée à la base du g^ble, est formée de cinq arcatures dont les archivoltes reposent, de chaque oicé» sur un faisceau de colonnettes terminé par des chapiteaux feuillages, dans le style du XV*. siècle. Une balustrade Si jour , formée de quatre^ feuilles , protégé cette galerie qui a été reconstruite. On voit encore les amorces de la galerie primitive qui était placée en retraite.
216 STAHSTIQUE MONUMENTALE DU GALTADOS.
Les deux clochetons octi^ODes qui surmontent le portail datent, sauf quelques retouches postérieures, de la seconde moitié du XII*. siècle. La base est décorée, sur chacune de ses laces, d'arcatures trilobées. La pyramide est rerêtue d'imbrications. Sur Taréte qui sépare les pans est appliqué un tore.
La pyramide qui couronne le clodhelon occidental offre des pans concaves, à angles rentrants. Nous ferons observer que ces. deux clochetons , dont la partie supérieure, a été reconstruite , ne sont pas placés dans le même axe. Les deux clochetons qui terminent le gable septentrional présentent la même forme. La base de ces clocfaetons , d'un aspect trèssévère , est décorée de longueir arcatures dépourvues de co-» lonnettes.
Deux larges éperons en pierre s'élèvent jusqu^à la hauteur de la galerie dont nous avons parlé. Ces énormes contreforts ont été construits pour consolider le portail qok menaçak ruine. Sur ia fece principale de l'un de gcb' contreférts se détache un cadran solaire de l'époque gothique.
Au point d'intersection dtt qtiatre bras du transept s'élève une large tour quadrangulaire, que surmonte un tek ^fBMPV' pans en charpente couvert en aMioise. Cette 1îôur, ou toi* terne, qui date du XW*. siècle , est percée sur chacune de ses faces de deux fenêtres avec double archivolte. De petites arcatures ogivales géminées , d^nt quelques-unes , percée»»^ de baies carrées trilobées » éclairent à Tinlérieur une étroite galerie, décorent' la partie inférieure delà lanterne. L'ancienne pyranùde en charpente couverte en ploiffb , qiH formait J» ^tironnemcnt de la tour, aunr été détruite: fm on incendie {^
(1) Des réparations ont étt-fliites à rexlériéllr de ceUe loûr par > Thomas Balin , évèqike de Lineu^, en I&53,
Noos ferons obserrer que cette disposition des tours centrales» dont la partie supérieure reçoit ie jour par de nombreoses fenêtres, est propre à la Normandie. Les tonrs normandes ont servi de modèles à quelques églises d'Angleterre. La tour centrale de la cathédrale d'Ély nous en offre un exemple.
A l'extrémité du croisillon méridional du transept s'élevait une élégante tribune en chêne , dans le style Louis XIIL Le pbfond , divisé en nombreux compartiments , reliés entr*eux par des lignes habilement combinées, offrait un gracieux tracé géométrique. Ce plafond était décoré de caissons garnis de têtes d'anges , de cartels , de rosaces et de curieux pendentifs sculptés à jour et couverts de peintures en décor ; le tout encadré par de légers rinceaux et par de capricieux enroulements dans le style du temps. L'un de ces panneaux représente sainte Cécile jouant de l'orgue. Un autre offre l'eflBgie du roi David qui pince de la harpe.
Deux belles colonnes corinthiennes cannelées, dont la partie supérieure est décorée de cartour4ies et le tiers inférieur de feuilles de lierre, supportaient ce magnifique plafond
La frise de l'entablement était formée de panneaux entourés de rinceaux et d'arabesques , parmi -lesquels on distinguait des Renommées. Des pilastres , ornés de têtes de fantaisie et de trophées de musique , séparaient ces panneaux.
La destiiiction de cette tribune , qui faisait l'admiration de tous les étrangers , est très-regrettaUe. M. Raymond Bordeaux, dans une réunion de savants k Paris , a sévèrement bUmé cet tcte de vandalisme (i). Nous frisons des vcenx ardents pour que cette tribune soit rétaUie.
Dans Tangle sud-ouest du transept existe un escalier qui
(t) Vdr le ButUiin mmmwmtAt,
218 STATlSTiQea MOJrUUEMTAIiS IMI CAJbVAOOS.
œiiihiisait à b hiUioUièqae^ piteée sur b salle çapilubire dmi MM» avoM parié.
Au-dessus du linteatt de b parle, on Ui riofleriptiou auivaale en leitreB d*er» gravée atr oas pbqoe de martm :
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