MAISONS
La ville de Lisieoi est trop riche en vieilles et curieuses maisons pour qu*il soit possible de les décrire toutes. Faire un choix , en laissant de côté les moins intéressantes , serait peut-être an grave inconvénient L'antiquaire , l'artiste ne tronvent pas seulement des sajets d'étude dans les monuments coinpIetH et d'une valeur hors ligne, an détail isolé intéresse souvent davantage : les procédés de l'art y sont mieux saisis. Nous avons donc pris le parti de donner une liste de toutes les maisons méritant, sous quelque rapport, d'attirer l'attention, eu les groupant par époque , par style et école, autant que possible, car la variété des détails est infinie.
Nous avons en vain essayé de nous procurer des renseignements historiques sur ces vieilles maisons : nos recherches n'ont point été couronnées de succès. Les titres mêmes des propriétaires remontent rarement plus hant que le XVIK siècle. 11 nous est bien tombé dans les mains quelques papiers intéressants ; man comment retrouver les maisons qu'ils concernent? Où chercher ce grand manoir de La Reue, partagé en 156& entre noble homme maitfre Robert Thirel, lieutenant du bailly de Rouen en la vicomte d'Âuge ; damoiselle Ysabeau de 1^ Raue, veuve de maistre Robert Le Percher, escuier, procnrenr du Roi en la vicomte d'Auge; maistre
• tiûnm « tMMx , 5*. SECTION. 2li
Loys de La Reoe, sieor deSt -Martin ; Jean de La Reue, curé êà flffifMil lte«pM , Robert et Charles de La Reue ? Le Mm 4i b nw n^eit pat mime indiqué.
UHfmUe des maisons de k rue de la Paix se nommait le de GonueiUes ? Ce manoir avait été donné par testaen iWI, ff Antboine de Seinilly, écayer, sieur du k Mn Olivier de Sanûlly, toé le 12 mai 1707 k l*irmée «Tlipigne, oà il servait dans le régiment de Conrte-
Oà était» difls la même rve» k nineir du sieur d*Hermival; et, daas la rue au Cbar, la mafsen de maistre Pierre TMfW, adTOcat m GenseU T De cette dernière, nons aurions po lilaMr le devis de eonscmetion , en pierre dure , bois, e«Knte, ferrures, peinture et pa^ey plombé de rmtge ei •frf grâee an corieux Registre dvt jurisconsulte , dans letjuel stfHl mffiplês Us princspaies affaires de sa maison. Toojoors Boe docooMMits n*ont pa trouver leur applicatioii , et les oiilWWiit les plos remarquables sont restées sans rétâer le nom de leiff eoteor.
Ia maîsôû qae Ton peot, à bon droit, regarder eomme la ptai âfielenne de iJsîeux est la tonr de pierre cf-eontre.
Les baies primitives ont disparn; mais rordonnance géoé* rele des Hgnes, la nature des matériaux, les deuils permettes de flxer sa comtruciioD au commencement du XIV*. siAelt. Une tourelle carrée, contenant rescailer, flanque la tnu fei regarde le couchant, du côté de k cour , sise à ringie dn Priclie^nx-Cbanoînes et de la me de la Chaussée* Caei nu anden manoir canonial.
New etasBerons à la suite une maison de la me aux rabmn (r. 4t), dont M. Booet a bit la Ciçade. Au XYI*. sièdi, Mie «MMsait k laaaoîr Viarmevilk» dn nom d*une des pi»s eeieMes tanflks de Uaknx. Moins briltante que la faJMmi MÉMi^ dMC k ftoommée eet universelle, elle
Canton de lisieux, 2*. section. 573
nous parait cependant offrir un fort grand intérêt. Elle est unique par sa construction. C'est le système d'empilage» r^ardépar M. Viollet-le-Duc, dans son Dictionnaire^ comme l'un des modes primitifs de l'emploi du bois. A en juger par les exemples que nous trouvons dans son livre, si l'habile architecte l'avait trouvée dans l'Ile-de-France, il lui aurait peut-être donné pour date le XIII'. ou même la fin du XII*. siècle (Voir t. VI, p. 221; t. VII, p. 39). Mais, nous ne pouvons l'oublier, Lisieux n'a jamais fait partie du domaine royal : en conséquence, nous regardons cette maison comme ne pouvant pas remonter au-delà de la fin du XIV*. siècle. D'ailleurs, à celte époque, les fossés des fortifications de la ville occupaient l'emplacement sur lequel elle est fondée. Deux baies anciennes subsistent encore. Elles étaient grandes et partagées par des croisées de bois. Aucune moulure, ni sculpture ne s'y voit; l'angle était simplement chanfreiné. On remarquera la courbure naturelle des liens qui maintiennent les colombages. C'est évidemment un caractère d'antiquité, que .nous ne retrouverons, ni au XVI*.;];ni au XV*. siècle.
On voit encore cependant de ces liens courbes dans la maison, n^ 50 de la Grand'Rue (Voir la page suivante). C'est une construction fort remarquable. Son vaste pignon prend la forme d'une ogive profonde , appuyée , de chaque côté, sur un blochet que soutiennent deux consoles sculptées de têtes de plein-relief. Dans l'angle du pignon , au-dessus de ce grand arc, est un quatre-feuilles entouré d'une mou* lare torique. Il y avait , dans la hauteur de la façade , deux rangs de petites fenêtres. Les liens destinés à maintenir le devers des poteaux d'huisserie sont courbes. Toutes les moulures des cordons coupant horizontalement le pan de bois sont toriques , excepté celle de l'appui des fenêtres. Le développement longitudinal , sur la rue du Paradis , offre aussi
ME DE lA MAISON, GIIAND'h» F, N" 50.
CANTON DE F-fSHl-X , 2« SECTION. 275
un caractère toat particulier. L'étage nnîqoe est porté sur des potences assez saiUantes, rendues rigides à lenr eitréinité par des filières élégies d'une moulure concave.
La lucarne, posée de manière h plonger la vue snr la Grand'Rue, est portée sur deux sablières biseautées. La baie consiste en une double petite fenêtre, dont le contonr est également biseauté. Saof la moulure de l'appui des fenôlres, qoî est bien du XV". siècle , mais qui règne sur une pièce indépendame de la construction, tous les caractères de cette maison se rapportent au XIV*. siècle. Nous n'osons cependant pas soutenir qu'elle remonte à une date aussi reculée.
An XVr. siècle, on a fait quelques modfficalions aut parties basses de la maison. La petite tourelle de bois octogone, en saillie sur la rue du Paradis, date de celte époque, comme la fcnôtre voisine. Cette fenêirc est protégée par une merfellleuse grille en fer rond, anncloe entdiiïérents sens, vrai chefd'cmivre de forge et problème inexplicnble pour nos ouvriers actuels. Cette grille est scellée dans *des montants sculptés de potelets en forme de contrefoils, portant deux blasons contournés, dont le champ contient des chiffres enlacés. Sous l'appui, oi\ court une vigne avalée par deux rageurs , règne une série de petits potelets trapus, imbriqués avec la plus grande variété.
La maison marquée des n'^. 35-37-39, vis-k-vis delà précédente, est construite d'après k tnême système. Potences irès-saillantes, portant le premier étage. Série de fenêtres dans toute la superficie de la façade. Naturellement, ces baies primitives ont été modifiées; mais, à deux endroits différents, on retrouve leurs linteaux dont le profil serait do XIII*. siècle dans une conslrucliun de pierre. Cependant il fuut bien le dire, la belle cave voûtée h deux nefs qui se trouve sous une partie d« cette maison ne paraît pas remonter au-delà do XV^ siècle, nonobstant le cliapiuau roman employé comme
276 STATISTIQUE liONUMBMTALB nU CALVADOS.
base à Tune des colonnes (1)« Les petits potdets carrés qui omeot les colombages accusent cette même ^[X)que.
Il y a deux particularités à signaler. La première » c*est la présence d'un enlre-sol dans une maison du moyen-âge. Ici, cette disposition se trouve nécessitée par la pente assez raide de la rue. Le rez-^e-chaussée étant destiné à des boutiques dont on voit encore le point de départ des arcades, cet entre-sol servait probablement de magasin accessoire aux marchands.
La seconde remarque, que nous aurons occasion de faire encore ailleurs, c'est la combinaison du comble longitudinal et du pignon. Tandis qu'une partie du toit s'^oulte sur la rue, à l'extrémité surgit un gable important, impossible à confondre avec une simple lucarne. On attachait donc quelqu'importance à avoir pignon sur rue.
La maison suivante, n°'. /^l-&3, est encore un exemple du même système. Elle a deux étages. Les fenêtres, rangées aussi par série, ont leurs appuis soulagés par des croix de saint André. Le pignon retourne sur la rue des Boucheries. Rien, du reste, n'indique une date antérieure au XY^ siècle. La lucarne pri*mitive, sur laquelle on a accolé postérieurement divers appendices, a conservé son gable ogival surmonté, sans doute, primitivement par un trèfle à jour.
La maison qui porte le n*". 3, sur le friche aux Chanoines, a aussi certains caraaères propres aux constructions du XIV*. siècle, principalement dans ses lucarnes. Son rez-de-chaussée est en pierre; la porte cintrée, garnie de moulures toriques.
(I) On connaît deui autres caves bâties avec ce luxe architectural» ce qui les fait passer Tulgaîrement pour des chapelles souterraines des premiers temps du christianisme, bien qu*elies ne datent que du XV*. siècle. L*unfe se trouve à l'angle de la rue du Paradis, sous une maison neuve; Tautre pst dans ta rue des Boucheries, sous une maison de bois au u"* SI
parait ne dater que da XVI*. siècle. L*étage supérieur , eu bois, n'a conservé aucune trace des ouvertures primitives.
En suivant l'ordre des dates , nous classons , à la suite de ces maisons, un grand nombre de constructions répandues dans toute la ville et élevées dans le coors du XV*. siècle. Le type de ce genre se trouve à l'angle de la rue de la Paix et de la Grand'Rue (n**. 8 et iO de la première rue. ) Les deux faces ont un aspect sévère et rustique en même temps. Deux étages sous le comble, chacun d'eux éclairé par une série de fenêtres, faisaient du mur un panneau de verre interrompu seulement par les colombages, où l'on voit des rainures, sans doute destinées à contenir les vitraux dormants. Il ne restait de |rfein que le tiers inférieur, à partir des planchers, où se trouvent des croix de saint André. On se plaint de l'obscurité des vieilles maisons; c'est une accusation bien mal fondée. L'examen des maisons de Lisieux fournit à chaque pas la preuve que nos ancêtres introduisaient, au contraire, la lumière à profusion dans leurs demeures. On ne payait point alors d'impôt pour jouir de l'air el du soleil. Les colon)bages sont garnis, au premier étage, de petits |K)tclets s(*mblable5, h peu près, h ceux mentionnés tout h Thrurc au n*. 35 de la Grand'Rue.
Le pignon sur la Grand'Rue a une proportion \ miment imposante, et il devait être tout-à-fait grandiose avec ses rangées de fenêtres superposées, aux vitraux multicolores , quand ses bois étaient peints d'un ton harmonieux, quand son grand gable saillant faisait un cadre dentelé sous le comble aigu. Une l)Outique, dont on voit encore Tarcade en accolade, occupait le rez-de-chaussée. La maison, rue d'Orbiquet, n". 1, n'est pas beaucoup inférieure, à celles que nous venons de décrire.
Appartiennent au même système de couslrucliou, le n\ 3
278 STATISTIQUE MO:;UMt.NTArE DU CALVADOS.
de la Graod'Kue, sauf la lucarne, et les n*^ 57» 65 et 99 (i);
Dausla rue au Char, Les n°*. 24 et 28;
Dans la rue St. -Jacques, le n^ U;
Dans la Boucherie, les o°'. 5, 49, 51 et 53 ;
Dans la rue Pont-Mortain, les n"*". 1 et 4.
Cette dernière a trois étages, disposition uQîque dans les maisons de celte époque. On la nomme la naaison de la Fleur*derLis; c'éuit, je pense , une hôtellerie. On pourrait être induit en erreursur sa date par un cartouche, placé au milieu de la façade, sur lequel on lit: 159& entre les chiffres D. N. et L G. Ce cartouche est rapporté.
Dans la rue de Caen, les n"". 56 et lOi.
Nous attribuons aux dernières années du \\\ siècle plusieurs maisons, partie en pierre, partie en bois, toutes d*une certaine importance, ayant dû .servir de résidence à de riches bourgeois. Telles sont, dans la rue au Char, le n^ 19 ; dans la rue de la Paix, le n''. "25 ; dausla Grand*Rue, les n°*. 155, 67 et 57 (dans le fond des cours). Le n'. 57, nommé le Manoir-Chopin» est traité d*une manière fort remarquable. Le rez-de-chaussée et le premier étage sont en pierre; le second étage en bois. La partie on pierre s'éclaire par des fenêtres cruciformes. Les sablières inférieures du second étage sont sculptées de rageurs.
L'intérieur contient^ au 1*'. étage, une magniûque pièce dont le plafond, que Ton prétend être en châtaignier, possède une décoration usitée seulement dans les plus riches manoirs.
(1) Cette dernière .se nomme le Manoir-de-I^Imige. Il appartenait depuis 1553 aux prôlres de Sl.-Geimoin, par suite de la donation à eux faite par le généreux Nicolas Le Vuloîs. On remarquera, sans doute, la ressemblance de ces coiistrucUoiis avec Thôtel de Qualrans, à Caen, que Ton attribue à la fin du XIV*. siècle. Cette date noas paratt trop reculée.
Us sommiers tout gartiiâ, sur leurs angles, d'un gros cflbie. Les pooIreHes alleroent, de quatre eu quatre, imbriquées on ornées de torsades. La vaste cheminée, do temps, est trèsbien conservée. On y Toit on blason, inaiheurcasement sans trace de pièces héraldiques.
Le n^ 67 n'a , en pierre, que son rez-de-cbaussée. Deux grandes frnêlres carrées à montures prismatiques, munies de belles grilles annelées en fer rond, Féclairent. Le premier étage est en bois. Dans l'angle sud se trouve une tourelle lemî-hexagonale, renfermant l'escalier. Elle pourrait bien être postérieure au corps principal. Une de ces ouvertures sopérieoresest formée porun volet sculpté, de la Renaissance, oâ Ton voit, dans on médaillon entouré d'un cadre saiHant, nne tête en bas-relief. Les fleurons qui garnissent les angles dn carré rappellent le règne de François l*^ Les appartements sont vastes, éclairés et aérés convenablement. Les sommiers sont sans ornements. Il n'existe plus de cheminées primitives. Sur le poteau d^hnisserie d'une des portes du premier étage est un blasou dont le champ, chargé d'un bour* don et d*un bâton écoté n)is en sautoir et cantonnés de quatre vanneis, nous paraît un simple emblème de pèlerinage.
La maison, n". 155, a les pins grands rapports avec la précédente. Celle de la rue au Char (n^ 19] offre maiiiicnant peu d*intérêt, par suite des muiilations qu'elles a subies au XVIP. siècle.
Les maisons bâties sous rinfluence du style de la Uenaissance offrent une variété infinie. Leur nombre est fort considérable» et plusieurs jouissent d'un renom universel. Il faut mettre en première ligne ces deux célèbres maisons dé la rue aux Febvres (n*^. 17 et 19) dessinées par une foule d'amateurs, notamment par M. Challamelet M. Yerclier. Elles appartiennent au règne de François I*^ ; mais le gothique y domine
encore. Des singes ou Sauvages sur les poteaux des deux étages^ des premiers explorateurs de Vè ancêtres. Les dessins bien connus d*entrer dans de plus longs déveli choses à dire, dans une mouograpl ferrures, grilles, folets, panneau) reusement n*ont pas quitté leur pi Une maison, rue de la Paix, n^ supérieur, offre aussi deux Sauva] les pieds-droits d'une grande arca tination ne parait pas facile à détei antérieure aux précédentes, car ( que Blosset de Carrouges, qui 04 1/182 à 1505.
î "THinEyilUKCALVittli.
CAirrON DE USIEUX, 2* SECTION. 281
GALhUIE DE LA Kti: u'uBDlQlET, N<* 10.
La cbarmanu galerie de la roe d'Orbiqoel ( n'*. 10, dans la cour) appartient encore, par son style, à ce beao dernier gothique. Nous aurions bien voulu connaître quel fut Thomme de goût, oitloDoaieuret possesseorde ce délicieui appendice. Tout ce que nous avons pu savoir» c^est qu'en 1727, cette malMO appartenait à dame Cécile Branon, dame et patronne d*Esquainville, veave de messire François 1^ Doyen, clievalier, seigneur et patron d'Abion, la Chapelle-St.-Cliir» AUcville, Aubeuf, etc., laquelle la tenait d'un sieur Duval, son oncle, bourgeois de Lisieux. Il paraîtrait qu'à la fin du Xflll\ siècle c'était une hôtellerie, ayant pont enseigne: Le Sauocbfe^ où MM. les officiers de la garnison prenaient kors logements.
Cinq autres maisons, de même style , ont conservé plus ou moins de vestiges de leur ancienne splendeur. Dans la rue de iaPaiv» lesn°*. 18 et 24 offrent, l'un et l'autre, de jolies portes en accolades, avec feuilles frisées, panaches, dochetoiM imbriqués» etc.
Dans la Grand'Rue, n^ 135, on trouve encore la moitié d'une porte semblable , assez bien conservée. L'encorbellement qui la surmonte est très-saillant, et occupé par trois sablières superposées, ornées de moulures et de rageurs; mais ces sablières ne sont que des planches appliquées après coup entre deux fortes potences, et l'on peut supposer que la grosse constrnciion est plus ancienne.
Dans la rue au Char, la maison n^ 3, à deux étages sur une longue façade, montre des sablières à rageurs couvertes de ceps de vigne. Potelets imbriqués, blasons ornent les colombages ; des briques inclinées remplissent les intervalles ; mais nulle trace n'apparaît de fenêtres primitives. Le rezde-chaussée a été refait au XVIIP. siède.
La maison qui porte les n^\ 59-61, dans la Grand'Rue, est l'ancien hôtel Le Vallois , résidence du riche et généreux
CAirrOR DE LIS1BUX, 3* .SECTION. 3^3
bîenfefteor de St^Jacqnes «( de St.-<2eniMiiH. BMe a siir la rws une façtde étroite, mais fort jolie. Les colomhageE, lrès-rapi>n)chc8, sont couverts par des potelets à imbricatHHis variées, d'unegrande délicatesio. On ue retnMve aocan iadke des fenêtres anciennes^
I^e second corps^de-logîs, en face, dans la première cour» a aossi des potelets. On y voit, en ootre, une belle fènélre bouchée, dont les pieds^droiis el la crois portent trois pftiu médasilons encadrant des têtes, de la Renaissance; €'e8t one modification postériciire à Tensemble de la oaa* siractioo.
L'astre façade de ce même c4Nps-do-logis, dans la cour du lond, montre des statoettes taillées dans les poteaui comiers; ce sont, sans doute, les patrons des maîtres du logis, car on y reconnaît la Vierge, et des blasons ornent les culs-de-lampe. Il y a des rageurs aux sablières, lies girouettes en terre émaillée soot encore sur les combles. Un mur sépare cette maison du Manoir-Cbopin , dont nous avons parlé plus haut
Une autre maison du règne de François I*^ , à en juger par la Salamandre de sa lucarne (rue^lu Marché-aux-Chevaux, n°. 21 ), avait aussi des statuettes religieuses, comme principal motif de décoration. Elles ont été bâchées, il y a environ quarante ans, ainsi que toutes les sculptures en saillie sur les sablières et les colombages. Là lucarne a seule consené son ornementation.
En même temps qu'on employait ces délicates et fines cise-» lores, on donnait à d'autres maisons une décoration (^us nerveuse , mais non moins remarquable. Un exemple de ce genre est le grand hôtel de Giieu, au n^ 2 de la rue d'Ouville. Il se compose de trois corps de bâtiments, disposés de manière à laisser entre eux one cour carrée. Assis à Tangle de deux mes, il présente un pignon sur chaque rue : cette disposition
ièU STAT15TIQnK. MONUMENTALE DO CALVAD06.
donne éa mouvement et rompt la monotonie des lignes des combles. Toote la sculpture se trouve concentrée sur les sablières, et elle est traitée de main de maître. Chaque tra* vée offre une nouvelle variété de motifs, de la combinaison la plus heureuse : entrelacs, chevrons brisés, godrons, oves, fleu* rons« en6n tout ce que l'imagination des artistes do règne de François I^. a pu inventer de mieux entendu. Comme cette maison était le manoir d'un gentilhomme, elle éuit peu ajourée à l'extérieur ; il n'existait pas une seule ouverture au rez-de-chaussée, sauf la porte. Ce rez-de-chaussée est en moellon. A l'étage supérieur, les fenêtres étaient petites et sans cadre orné. Quant à [l'intérieur , dans les parties que nous connaissons, nous n'avons remarqué aucune fenêtre ancienne.
Nous trouvons des maisons dont les sablières rappellent celles de cet hôtel dans la même rue , au n^ 45 (et leur travail n'est pas inférieur), aux n"". 28, /i5 et 90 des Boucheries; dans la Grand'Rue, n*. 22; enfin au faubourg St. -Désir, dans la rue de Caen , n^ 87.
Le n^ &5 des Boucheries mérite encore à d'autres titres d'attirer l'attention ; il est malheureusement à moitié recouvert d'une cuirasse d'ardoise. Cependant on voit encore, sur un de ses poteaux cornicrs, une jolie accolade garnie de feuillages, d'un ciseau' habile. La porte de l'allée est garnie de quatre panucaux à traceries flamboyantes, également fort délicats. Cette maison se nomme le manoir des Douze- Livres. Les Douze-Livres étaient des officiers du chœur de la cathédrale, ainsi nommés du revenu de leur prébende, dont la fondation remontait à une haute antiquité.
L'une des maisons de la rue des Boucheries (n^ 26) présente une anomalie assez curieuse à étudier. Enrisagée dans son ensemble, elle devrait être classée avec les maisons nr 8 et 10 de la rue de la Paix et les autres semblables. 5on
pigDoii est dessiné par un gable ogival; son étage supérieur est de tout point conforme aux caractères gothiques ; au rezde-chaussée, il reste une porte en accolade. Mais entre ces deux parties, au premier étage^ on trouve une décoration de la Renaissance très-accentuée. C'est évidemment une reprise en soQs^œuvre, et rien n'est si facile à exécuter dans les constructions de bois. Le fait nous a paru néanmoins devoir être signalé. Celte ornementation, de style nouveau, est fort bien entendue : elle se compose de pentes de fruits sur les poteaux comiers, de consoles feuillagées, de pilastres à chapiteaux de fantaisie. Malheureusement il ne reste aucune trace des fenêtres primitives.
Les n<^. ùU et 68 de la même ligne sont de ce style, peutêtre de la main du même ouvrier. Les façades sont plates et sans encorbellements. On a évité toute saillie^ sans doute pour se conformer à l'ordonnance d'Orléans de 1560. Les sablières sont déguisées en entablement. Toutefois à leurs extrémités apparaissent encore les rageurs, transformés en rinceaux. Les colombages sont taillés en forme de pilastres ioniques. Au centre du comble s'élève une grande Incarne dentelée. Le ^^ 6& n'a plus rien d'ancien au rez-de-chaussée ; le n^ 68 a conservé une porte affectant encore la forme en accolade avec feuillages presque gothiques ; mais les pieds-droits sont deux pilastres ioniques.
Bientôt tout vestige de l'ancien système ne tarda pas à disparaître, et pour le bois, comme pour la pierre, on adopta franchement l'architecture classique. Deux superbes manoirs, dont l'un fait suite presque immédiatement à la dernière des maisons dont nous venons de parler, méritent, dans ce genre , une attention spéciale. Le vaste développement de la façade,, la hauteur sous sommiers des deux étages indiquent un propriétaire opulent Des têtes grimaçantes sont découpées au boatdes six sommiers du rez-de-chaussée. Sur ces sommiers
lUQQleiU des poteaax verticaux , sculptés de consoks à feuillages. Les colombages représentent des pilasti^, et la gradalioo des ordres est observée suîvshU les prescriptions des loaiires. L'ordre iooîque garnit le premier ét^; au deuxième râgttc Toifdre coriatbieo. t>es briques vcruissées remplissent rentie-coloiiibaae. Deux beaux épis émaillés surmontent les Ittcaracs.
Les deux luanoira auxquels cette description est coounuHe sont situés, l'un rue des Boucheries (n^ 52), l'autre place du Aiarclié-aux*fiœurs(ir. 12). Ou dirait deux cxeuiplaires d'une même lUfitricc L'un et l'autre même, chotfe surprenante I possèdent encore leurs épis. Des boutiques sont actueUement pratiquées dans le l)as, cependant on retrouve encore au dernier La disposiiion d'une fenêtre du rez-de-chaussée, ce qui est fort rare. L'auin; a sa poile sur'uoniée de deux ocuius snillanls, richcmeuiir.oulurés, séparés par une console sculptée de pentes de fruits.
Un troisième manoir, presque identique, existait dans ia rue de ia Chaussée, ii". 1, On l'a plâtré eu 1858, croyant lui donner meilleur air, pour y iiustallcr un pensionnat de jeunes demoiselles.
Moins importaule, la maison n\ 2 de la rue au Gbar reproduisait runlounanco de cette classe de maisons. Nous en dcmnous lui dessin à la page suivanic, elle n'existe |ilus; et c'est, hélas! radmiiiislration municipale qui Ta fait jel<:r bas pour construire un magasin à |)ompes.
Dans la rue du Bouteiller (u°. 32) on U*ouvera encore un exemple du même genre de cousirucl ion. Les lucarnes stiriottt ( Voir la page 288 ) , avec les têtes découpées qui com|ioscnt leur dentelure , rappellent bien le caprice des artistes de ce temps. Celte maison a été construite ponr W Pierre Lambert, conaeiUer au présidiai d'Evreux, qui se distingua par* son humeur ligneuse dans le» guerres de la fin dnXVK siècle.
1IA190V, MUK U CHAI, R<* 2.
29Ô STATISTJQUIS; MO.NUMEKTALË J>U CALVADOS.
l^^n^'M), ;9urlou(, est fort roiaargu9ble. Ce^t une trèsr riche galerie, parfailcmcnt conservée, garnie de pilastres, d*entrelacs. de godrons, de cannelures, de têtes grimaçantes. Il n*y a pas une pièce de bois qui ne soit couverte de ciselures, du travail le plus fin et du trac6 le plus vigoureux. Le rezde-chaussée de ces constructions était ouvert : on le constate encore parfaitement au n" 12 , Petite-Coulure, situé dans la Cour-Vigneron. Un autre portique de colonnes corinthiennes cannelées, de même style, existe dans la cour de la curieuse maison que nous avons décrite la première (Friche-aux-Chanoines , n" 1 8 ).
La lucanie du manoir, Grand* Rue, n** 3/i, dont voici un dessin, donnera une idée de la décoration que nous avons essayé de décrire.
On peut encore faire rentrer dans la catégorie des galeries autrefois ouvertes, la maison qui occupe l'angle de la rue aux Febvres et de la rue des Boucheries.
Trois ordres superposés de colonnes cannelées, poitées sur des têtes de plein-relief, ou des vases, en composent l'ordonnance. Il y a quatre colonnes à chaque étage. I^urs chapiteaux sont ioniques, sauf un, à Taugle du premier i-ang, qui rappelle les chapiteaux à crossettcs du XIIP siècle. Les sablières sont moulurées en forme de corniches classiques, sans aucun encorbellement. On ne voit, dans les pans de bois intermédiaires, ni trace de fonôtres primitives , ni liens pour éviter le roulement, ni ornement d*aucune sorte : ce qui nous a fait regarder ces trois étages comme ayant été des galeries ouvertes, dont nous serions fort embarnis-sé, du reste, 4'indiquer la destination.
Une autre variété des maisons de cette dernière période de la Renaissance est celle où les pilastres sont remplacés par des caryatides. Nous en connaissons deux exemples à Lisienx. ^e premier se trouvait à une maison, maiotenaot flémolîe,
CANTON DE USIE4;Jt , 2' Sfi<;riox. 2frl
MAISON IDE PQm-4ÈthitàTn , i*« 44.
qui occupait l'angle d'une ligne de constractionsau centre de la place St-Plerre, dans l'axe de la rue du Pont-Mortain. La porte de cette maison, d'ailleurs peu considérable, avait ses pieds-droits sculptés de deux personnages presque de grandeur naturelle, et d'une bonne exécution, dont la tête soppor* tait le linteau au-dessus duquel, comme amortissement, se trouvaient deux vases ou plutôt deux corbeilles de fruits bien composées. Au centre était un écusson cbai^é de trois hérissons allongés, avec une fasce portant un croissant accosté des deux lettres X. H. Ce blason nous a fait connaître le nom do bourgeois possesseur de cette demeure, Christophe Le Hérichou, fort dévoué, comme Lambert, à la Saînte-Ligoe. Ses descendants obtinrent des lettres de noblesse. Pans les parties hantes se trouvait une autre caryatide, qui devait décorer une fenêtre.
Ces pièces remarquables avaient été conservées lors de la démolition, par les démarches de Al. le docteur Billon : on les avait déposées à la Mairie. Elles ont disparu depuis.
La seconde maison à caryatides se trouve presque en regard de celle-ci (Grand'Rue, n° 97). Le bas, transformé en boutique , n'a plus rien de sa disposition primitive. Les figures en haut-relief, au nombre de quatre, alternent avec des pilastres en forme de gaine couveits des entrelacs les mieux combinés.
Nous faisons dater encore du règne de Henri III une maison située à l'extrémité de la Grand'Rue , dans l'intérieur de la cour, n*" 201. Elle est de peu d'importance. Ses eniretoises sont garnies d'oves etdegodrons, et ses colombages sont taillés en pilastres ioniques. Une fenêtre a conservé ses volets.
Nous allons terminer par une liste des maisons qui semblent d'an ordre secondaire, dont il reste seulement des fragments» et qne certaines particularités nous ont empêché de classer dans les catégories précédentes.
CANTON DE LlSlfiUXt 2* SeCTIOM. 293
Roe St-Jacqoes, n'^S» an docbeton de porte do XV* siècle» eo pierre.
Roe de ia Paix , a* 27. Façade de la RenaisBance avancée, esseatée au XVII* siècle. Quelques sculptures seulement restent visibles.
Rue des Boucheries, n** 30. Belle porte à pilastres du règne de François P', avec deux curieuses enseignes en basrelief dessinées par M. Bouet et décrites par M. de La Quérièrc, dans son mémoire sur les Enseignes des maisons particulières.
N* 61 de la même rue, dans la cour, pilastres ioniques, sablières à rageurs; un bhsoa à une fasce accompagnée de six fleurs de Us.
Grand*Rue, n*' 176, frise godronoée, du règne d'Henri II. Les deux lucarnes ont, sur leurs pieds-droits, des colonnettes qui rappellent presque le XIIP siècle. Du reste, elles sont couvertes en capucine , disposition qui n*est pas antérieure au XYIP siècle. La maison tout entière a subi de grandes modi* fications à cette époque.
Nous avons omis de mentionner une maison de la rue de la Paix (n<* 2t), évidemment ancienne, d'un caractère fort sévère , mais qui n'offre rien de remarquable. Toutes ses baies ont été modernisées, excepté la poite d'entrée taillée.dans la pierre en forme d'arc surbaissé dont l'angle est biseauté. Les vantaux sont à panneaux plissés. M. le docteur Billon nous apprend que cette maison possède une cave fort remarquable, voûtée en ogive , qu'il regarde comme datant du XIII* siècle ou du commencement du XIV. Personne ne contestera les appréciations de cet archéologue consommé.
Lisienx possède peu de maisons du règne de Louis XIV. On peut seulement citer celles qui portent les n<^ Ul de la rue du Pont-Mortain et ZU de la Grand'Rue , construites en biques avec chaînages de pierre taillés en bossage, et la mai-
^h STATIATlQOt HONUMENTALE DU' CALVAfDOS.
-fiimdeÉDaneidela Miftéricovde (Frieh€^aai*CbaiM>ines, n* li) sur la porte de laquelle on lit cette curieuse inâcHpttoit, do»l MU» mooÊ cttayé aiUem de domer I'inlerprélati6n :
ETIAM NIGER IN PVRITATE CONSTANS CORONATVR
IGICOMIKIA SACBBDOnS
PBOPRIIS 8TVDBRB
DlVintS BIEBO. A. IfBBO.
Citons encore le presbytère de St-Pîerre et le logis qui en faut la suite» avec leurs fenêtres à fronton alternativement cir- <a]laircet triangulaire, saillant sur le toit. Le res-de-chaussée; en blocage, est cerlaineraent d'une époque beaucoup plus ancienne. Nous ne pouvons ouUîor do mentionner non plus sa curieuse . cave ogivale , du Xlll^ siècle* Nous terminerons cette liste par rfldtel -de* Ville, bail en 1713 par M. Charles Le Bas, receveur des tailles, pour sa résidence, et le doyenné, construit seulement en 1769, par un autre membre de la famille Le Bas. Ce sont des œuvres remarquables.
Peu de villes peuvent se vanter, comme Lisieux, d'offrir à l'artisle, à l'archéologue pluade soixantc*dfx maisons dignes de Gxer leur attention: encore eslnl |)0SKible que nous en ayons oublié.
«ONTAIlfES.
La ville de Lisieux possède de nofubreuses fouurines; une seule a un aspect monumental, celle de la me du Bock teiller. Sa construction ne remonte qu'à 178^ ;maiSv comme elle a une valeur historique, il est bon d'en dire qoelqpes mots.
Mg** Perron de Ia Ferronnays, dernier évoque de Lisieux, venait d'être nommé à. ce si^ge épjscopaL J«a renommée da
CANTOii DE LiSIEtX. 2* SECTION. 2^5
ses vertus avait précédé sou arrivée, et les habitants de son nouveau diocèse voulurent lui préparer une réception billl'ante. Une somme importante fut votée par la municipalité. Mais sa boule lui ût dédaigner des honneui-s qui se seraient évaporés en fumée et en artifices, et il demanda que la sommé destinée aux fêtes fût plutôt employée à quelque travail d'utilité publique. On éleva la fontaine dont nous parlons; on y grava ses armoiries et diverses inscriptidtïsi Une seule subsiste encore : la Révolution a arraché les autres. Elle mentionne les noms des magistrats en charge lors de sa construction.
Cette fontaine a été menacée de destruction, il y a quelques années, pour faciliter un alignement des bâtiments de la Providence. Ce malheur a été conjuré pour le moment