MATHIEU
Matbieu, Mathomum, Mathonum, Malkoen, Matkaon, Mathon, Mathen.
L'église de Mathieu se compose d'une nef romane (probablement du J[ir siècle ou de la fin du XP). dans les murs de laquelle on remarque des pierres disposées très régnliërement eo arête de poisson ; c'est un des exemples les meilleurs que nous ayons près de la ville de Caen, de ce genre d'appareil. Les modillons de la corniche sont très sailIaDts et ornés de figures grimaçantes. La nef était plus longue dans l'origine, car il reste debout on pan de maçonnerie en avant de la porte actuelle, et le mur de l'ouest, supportant un campanile Ajonr, paraît moderne. Les fenêtres latérales du sud ont été repercées et ne sont point fort anciennes.
Le chœur est aussi en grande
partie du XII* ; mais la porte latérale polilo'bée, maintenant bouchée, qu'on y voit, n'est probablement que du Xlll* siècle. Ce chœur a été allongé ilans le XV* siècle ; le chevet et les murs latéraux qui le joignent, offrent le caractère de cette époque.
Dans la nef, à gauebe de la porte d'entrée, se trouve une cnve baptismale cylindrique ; l'absence de moolures ne permet pas de rien affirmer relativement à l'ancienneté de cette cuve.
L'église était sous l'invocation de Notre-Dame ; l'érfiqne en était patron collateur et percevait la dîme.
Les diverses déQominations de Mathieu se trouvent indiquées dans les Origines de Huet, c. 24, n^ 16. Il en fait sortir le nom de Mathan; puis il ajoute : c Les ar- « chives de la trésorerie de Bayeux portent que Guilc laume de Minières, ayant donné à Févêque de Bayeux u le patronage de Mathieu en Fan 1222, Richard de « Mathan, qui y avait des prétentions, y renonça pour < lui et ses hoirs et confirma la donation. Cent ans « après, Michel de Mathan vendit à Guillaume, évêque « de Bayeux, les dîmes dépendant de la cure de Mathieu c qui lui appartenaient.
On lit, dans Thistoire du diocèse, que ce fut au mois d'octobre de Tan 1:2:^3, qu'un seigneur nommé Guillaume d'Ëmery donna à Robert des Ablèges le patronage de Mathieu avec les maisons et terres qui en dépendaient. On y lit encore que, vers Tan 1310, Févèque Guillaume second échangea avec son chapitre une dîme dans la paroisse de Saint-Patrice à Bayeux contre une dîme que le chapitre lui céda à Mathieu ; cette dîme de Mathieu, confondue avec celle que Févèque y avait, mettait souvent la discorde entre eux.
Le poète Marot et le chimiste Rouelle sont nés à Mathieu.
PËRIER8.
Périers, Pira,
L'église de Périers présente une nef romane en ruines et un chœur du XlIP siècle. La nef, dont il ne reste plus que les murs, a été abandonnée il y a fort longtemps : je n'ai pu savoir à quelle époque ; alors on a clos l'arcade qui la séparait du chœur, et celui-ci a été maintenu comme église paroissiale, tandis que la nef, privée de toiture, est devenue une espèce de cour, au centre
CANTON DB DOUVIEB. 419
de laquelle on a même enterré comme dans le cimetière environnant. Les murs de cette nef offrent nn des spécimens les mieux caractérisés de ce mode d'appareil, que l'on appelle optts spicatum et arêtes de poisson. On trouve pourtant quelques parties reconstruites postérieurement h l'époque où la maçonnerie en arête de poisson était usitée ; ainsi le mur du aord, ainsi la porte treftée du XIll* siècle qui a été^ncrustée, pour
ainsi dire, dans'le mur méridional.
Une large arcade bouchée, au nord, me fait supposer qu'une chapelle élait annexée à la nef de ce côté, "™*"
Le chœur appartient en grande partie au XIII' siècle ; il est éclairé par de longues fenêtres en lancettes sans colonnes, celle du chevet seule est accompagnée de colonnettes. La corniche est garnie de dents de scie. Toutes les pierres de la magonnerie sont horizontales, et contrastent avec l'appareil en arête de poisson de la nef; c'est une preuve, parmi toutes celles que nous
4f80 STATISTIQUC MONVllBNTÀLB DU CALVADOS.
fournit eu très grand nombre le département du Gai* vados, de l'abandon de Vopus sptcatwm au XII!* sièele : je ne me rappelle pas de l'y avoir jamais trouvé dans aueun édifice appartenant au style ogival complètement formé ; et l'exemple de ce changement, fourni par l'églisede Périers, estd'autant meilleur à citer queles matériaux employés aux deux époques étaient tes mêmes.
Des parties très peu importantes et que l'on peut considérer comme des reprises faites à l'époque où la nef a été abandonnée, sont dans le style du XVI* siècle, ce qui pourrait porter & penser que cet abandon eut .lieu à l'époque des guerres de religion. Il y a encore à Périers un certain nombre de Protestants, et il est probable que la Réforme y avait fait beaucoup de prosélytes au XVI' siècle. On expliquerait ainsi pourquoi la nef, abandonnée et ruinée dès cette époque, est depuis si longtemps privée de toiture et assimilée au cimetière.
L'église de Périers est sous l'invocatioa de Saint Ouen. L'évéque de Bayeux ou le seigneur du lieu nommaient à la cure. Les dîmes étaient perçues, deux tiers par le curé et un tiers par l'abbaye de Sainte-Trinité de Caen.
Périers est réuni à Mathieu.
M . Osmond, riche propriétaire de cette commune, a fait au moyen d'une souscription, réparer la toiture du chœur, elle est en assez bon état : la Société française pour la conservation des monuments a concouru à la bonne œuvre de M. Osmond ; il est à désirer que l'on puisse conserver l'église de Périers et la ruine pittoresque que présente la nef. M. Cotman a trouvé l'édifice assez intéressant pour lui consacrer une des planches in-folio de son grand ouvrage.
Le cardinal de Grosparni était né à Périers,
CANTOII DB DOUVRES^ 481
BEUVILLEé
Beaville, Bovealdivilla, Bobealvilla^ Bosvilla^ Buesvilla.
Église, L'église de Benville est peu eonsidérable; Me remonte en partie au \l* siècie. Je rapporterais à cette époqne les murs en arête de poisson du (^œur^ les petites fenêtres fort étroites qui existent encore, la porte occidentale de la nef, garnie de frettes crénelées et d'une autre moulure assez fréquente en Normandie, enfin une partie des murs et la petite porte latérale du chœur sur le linteau de laquelle on voyait des flguresen bas-relief, qui ont été coupées ou aplanies à coups de marteau, il n'y a pas fort longtemps. Autant qu'on en peut juger par la trace qui reste, ii y avait deux personnages et un lion ou un autre animal. . , Vers le XVII* siècle, des réparations ont été faites surtout à la nef; une partie des murs a été relevée et Ton a construit une petite tour en campanile sur le mur occidental. Ce fut à cette occasion, sans doute, qu'on fit l'encadrement en pierre de taille qui surmonte la porte occidentale; il portait, je crois, une inscrip* tion et probablement des armoiries, mais tout a été gratté et effacé. Sans cette mutilation, nous saurions probablement la date précise des travaux dont je parle et qui, selon toute apparence, était relatée dans l'inscription.
L'église de Beuville était sous l'invocation de Samt Pierre. Le patronage était laïque. L'abbaye de Saint- Etienne de Caen percevait deux tiers de la dîme; Tautre tiers appartenait au curé. Ces deux tiers de la
dime avaient été donnés à Tabbaye par Geoffroy de Beuville.
Simon de Beaviile, son fils, confirma cette donation à Tabbaye de Saint-Étienne de Caen, sous le règne de Henry l*^ La charte signée du roi d'Angleterre, de Richard, évéque de Coutances et de plusieurs barons, prouve qu'à cette époque on cultivait la garance à Beuville, qu'il y avait des vignobles, et qu'on y récoltait du cidre. Voici du reste le texte de cette charte : c HenricuB rex Angloriim, tam prœsentibus quam futuris, omnibus videiicet archiepiscopis, episcopis, baronibus totius Normanniae, salutem. Notura vobis facimus, dilectissimi, quod Simon âlius Gaufridi de Bosvilla concessil sancto Stéphane de Cadomo, in mea et baronum prœsentia duas partes totius decimae de prœfata villa tam in blado quam in vino etsicera et in aliis quae decimam reddunt» cum una acra terrœ in sua cultura ad granciam faciendam : quœ omnia pater suus Gaufridus sancto Stéphane dederat in vita et poslestate sua, pro Deo et pro animabus parentum suorum et pro sua, et maxime ut pro bac ipsa décima, in abbatia prœfati sancti Stephani monacus fieret. Quam donationem patris et concessionem fiiii ego Henricus rex An^lorum concède et sigilli mei assertione confirme. Hoc idem facit Ricardus Bajocensis episcopus de cujus episcopie et fœdio res ipsa teta est.
(CartuL Sancti Stephani cadomensis).
Château, Il y a à Beuville un château moderne, qui appartient, avec ses dépendances, à M. le comte de Chaumentel ; près de ce château, il y avait autrefois une chapelle.
CANTON DB DOOVItEa,
Biéville, Boiavîlla, Boievilla, Boevilla.
Église. L'église romane de Biéville, doat le patro-
Église de Biéville.
nage appartenait à l'abbaye de Saint-Etienne, comme celui de l'église de Mounn précédemment décrite, ofire, avec celle-ci, plus d'une analogie, et l'on pourrait en
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induire qu'elle a été construite dans le même temps, peut-être par le même architecte : ainsi les arcatures qui décorent extérieurement la nef, la délicatesse et l'élégance des moulures, la position même de la tour» terminée en bàtièreetaccoléeducôté du nord, rappellent l'église de Mouen. Si cette dernière est plus riche d'ornementation, plus remarquable sous certains rapports, elles doivent, l'une et l'autre, être recommandées aux archéologues, comme appartenant au même pUn, et comme offrant, l'une et l'autre, des sujets d'études intéressants.
La vue générale que je présente montre la façade occidentale, le côté nord de la nef et l'élévation de la tour, qui est romane dans ses parties basses, ogivale à sa partie supérieure. Le côté sud de la nef a été altéré par l'ouverture de fenêtres modernes carrées.
Des fenêtres à compartiments flamboyants ont aussi été ouvertes du même côté dans le mur du chœur, vers la fin du XY® siècle, mais cette partie de l'église n'en est pas moins d'une architecture romane très riche et remarquable par ses modillons bizarres à figures obscènes, par la frise sculptée au-dessous de ces corbeaux et qui offre deux rangs de festons imbriqués comme des écailles (1), par les contreforts bordés de colonnettes, enfin par les moulures de bon goût qui décorent les fenêtres et la porte latérale. Les murs sont en pierre de taille de moyenne grosseur et très régulièrement appareillées.
(i) On trouve & l'église de l'abbaye de Sainte-Trinité de Caen, une frise à pea prés semblable au-dessous des modillons. Elle en diffère cependant en ce que la convexité des festons imbritpiés est toomée en dessous et ainsi disposée comme des tuiles d'an toit, au lieu que, à Biéville, ces festons sont placés en sens inverse, c'est-à-dire, les lobes en dessus. Cet ornement se rencontre ainsi employé en frise sur plusieurs de nos églises ronuuies les plus ornées de fa fin dti XI* siédc on du Xn*.
Voici le détail des arcbiTolles de U porte occidentale.
L'église de Biévilte était sous l'iovocatioD de Notre- Dame. Le patronage et ta dîme appartenaient, comme je l'ai dit, ii l'abbaye de Saint-Ëtienne de Caen, en vertu de la donation qui lui en avait été faite en 106!t par Renouif, vicomte de Bayeux.
On voit dans le cimetière un tombeau remarquable, élevé tout réeemment à la mémoire de M. Savary, architecte, mort fort jeune, au moment oti un bel avenir s'ouvrait pour lui. M. Savary avait fait plusieurs des dessins joints à ce volume, notamment la vue générale du portail d'Ardennes et celle de la tour de Berniëres.
Château. Un ch&teau moderne existe à Biéville, sur le bord de la route. Près de cet édifice, en est un autre dont le toit élevé et làlbrcM des fenêtres annoncent la Qn du XVi* siècle.