‹ Statistique monumentale du Calvados (volume 5)Chapitre 12 sur 113 · NE VITAM SILENTIO PR^TEREANT · texte numérisé non relu

NE VITAM SILENTIO PR^TEREANT

La face gauche est ornée d'un médaillon contenant une tête d'homme en haut-relief, et celle de gauche d'un médaillon d'où sort une tête de femme. La statue qui couronne le dôme représente un enfant nu appuyé sur un bouclier.

Sur l'encorbellement de celte tourelle, il y a des arabesques composées de rinceaux et de vases en forme de ciboires.

Les fenêtres du toit ou lucarnes un peu mutilées étaient aussi fort ornées. Une grande coquille remplit leur fronton cintré, accompagné à droite et à gauche de candélabres en pierre.

Mais la partie la plus intéressante, dit M. Bordeaux, est la tourelle ronde du bout, avec une seconde petite

■Ifpi^rnt

CtNTONS DB CAEN.

70 STATISTIQUB MONHIINTALE DU CALVADOS.

Vieille maiBOD et porte, cour de l'A ncienQe-H aile.

tourelle qui vient si gracieusement be serrer contre son flanc droit- Un escalier à vis se trouve dedans ; la plus petite des deux tourelles en contient la seconde volée, de manière à laisser une pièce dans la partie supérieure de la plus grande.

Une porte en arcade qui sert d'entrée à une allée aboutissant rue Saint-Pierre, sous l'ancien hôtel des messageries présente, outre l'écusson de Duval, un autre cartouche blasonné d'un pal accosté de deux

croix, l'une à dextre, l'autre à senestre (armoiries qui se retrouvent à la voûte de l'église Saint-Sauveur (N.-D.) de la rue Froide, à Caén).

L'habitation de Duval de Mondrainville a été transformée au XVII° siècle en Hôtel des Monnaies.

Dans la rue Froide on pourra visiter quelques maisons du XV* siècle, notamment celle de M. Le Blanc*

Hardel, n^ 2, dont une fenêtre offre un écusson et des feuillages très-bien fouillés que j'ai fait mouler.

Les deux maisons de bois de la rue St-Pierre (n" 6î2 et 54) figurées par Bonington et par M. Bouet, citées dans mon Cours, méritent, ainsi que quelques autres de la même rue (n" 18, 20, etc.), un sérieux examen. L'imagerie en a été étudiée par M. Bordeaux.

Nous citerons dans la rue du Montoir de la Poissonnerie, les maisons de bois n*' 8, 10, 12, dont quelques détails doivent paraître dans le Bulletin monumental ; plus loin, une maison rue du Ham ; dans le même quartier, une porte du XV* siècle, dans la cour du Mesnil-Thouret ; quelques maisons de pierre, rue St- Malo, et la tour de Guillaume-le-Roi sur le bord du boulevard, dessinée et figurée déjà bien des fois, (1).

Le château de Caen établi sur Tesplanade d'une presqu'île défendue de plusieurs côtés par la pente du terrain, occupait une position conforme à celle de beaucoup d'autres forteresses.

J'ai donné sur la pi. lxxii de mon Cours d'Antiquités un plan de cette place, et j'ai cité la chapelle et l'Échiquier qui s'y voient encore.

On sait que les fortifications du château commencées par Guillaume-le-Conquérant et considérablement augmentées par son fils, Henri I", qui avait fait construire le donjon, ont été entièrement renouvelées. De grandes reconstructions furent faites sous Louis XII et François P'. Sous Henri III, le seigneur d'O, gouverneur de Caen et lieutenant du Roi en Basse-Normandie, fit aussi

(1) V. les citotions faites de la plupart de ces édifices dans le t. 5 de mon Cours, p. 460 et suivantes.

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de graads travaux. Il y eo a eu de considérables aussi à une époque bien plus récente: la partie la plus intéressante des murs d'enceinte actuels est peut-être la porte de Secours. Elle était précédée d'un pont défendu en avant par des tours que l'on a abaissées.

Quant au donjon de Henri 1". il fut démoli en 179H, et l'on a fait récemment disparaître le soubassement qui existait encore quand je professais mon Cours d'Anliquilés (1).

Le faubourg St-Gilles a été soigneusement exploré par M. fiordeaux. Nous citerons seulement une maison de la Renaissance, dite maison des Templiers, rue Haute, et qui fait partie de la collection litbographiée par M. Bouet, une charmante tourelle en encorbellement, rue des Cbanoines, et hors de la ville, à Calix, le Hanoir des Gendarmes.

Lfi Manoir des Gendarmes^ bâti par Gérard de Noient, seigneur de Saint-Contest, à 1|4 de lieue de la ville de Caen, faubourg Saint-Gilles, est de la première moitié du XYI* siècle. Ce qui reste de cette maison de plaisance se compose de deux tours à plates-formes, jointes par un mur crénelé, qui figurent ainsi un petit château fortifié.

La tour orientée à l'ouest, près de la porte d'entrée, est la plus intéressante ; sur la plate-forme sont deux statues en pierre représentant des soldats ou gens d'armes dans une attitude menaçante. L'un est armé d'un arc, l'autre d'une arbalète, et ils paraissent vouloir défendre l'entrée du logis, ce qui a fait donner à la maison le nom de Manoir des gens d'armes.

La muraille ou courtine comprise entre les deux tours est crénelée; les créneaux sont ornés de médaillons qui ont une liaison entr'eux et paraissent être à M. Bordeaux une allégorie amoureuse. Les médaillons sont disposés de manière qu'une figure d'homme fait face à une figure de femme, ou bien qu'une tète d'homme est entre deux figures de femmes. Une seule figure de femme n'a point d'homme en regard ; elle porte pour légende pudicicia vincit amorenij écrit ainsi :

dVaiGICIA VINGIT MaUOMA.

Ces médaillons sont au nombre de 33, et de 3S y compris ceux qui existent sur la maison d'habitation, rebâtie presque en entier dans le style du règne de Louis XIII.

J'ai déjà dit qu'ils offrent les légendes que nous avons citées sur une maison de la rue de Geôle avec les mêmes inversions de lettres. Un médaillon incrusta

dans la tour porte pour légende : c'est ma Doriche et Amie.

Ce médaillon a donné lieu à une notice dans laquelle M. Rêver a établi, d'après Strabon, que Dorica était une fameuse courtisane, à la mémoire de laquelle ses amants élevèrent un tombeau ; il n'hésite pas à voir dans ce médaillon représentant une tète de femme entre deux têtes d'hommes l'image de Dorica. Cette singulière représentation s'explique, selon lui, par le pédantisme qui régnait au XVP siècle, et qui faisait que l'on allait chercher dans l'antiquité des sujets inconnus et en quelque sorte énigmatiques.

Le Manoir des Gendarmes a été souvent dessiné. On en trouve une vue dans le grand ouvrage de M. de La Borde (Monuments de la France) et dans la collection du Moyen-Age pittoresque. M. Bouet vient de le publier de nouveau. M. Bordeaux se propose de le décrire plus exactement qu'on ne l'a fait jusqu'ici (a).

(a) En 1895, le Gouvernemeat se rendit acquéreur des deux tours de ce manoir, reliées par un mur formant angle obtus et surmonté de créneaux ornés de médaillons. Ces curieux restes ont été, en 1897, l'objet d'une très sérieuse restauration, sous la direction de M. Selmersheim, inspecteur général des monuments historiques, avec le concours de MM. Douin, sculpteurs. Ce travail était des plus urgents.

Les archéologues regretteront toujours que le restaurateur ait cru devoir^ sans nécessité, arracher les médaiUons qui ornaient le corps des tours pour les placer en couronne dans des créneaux au haut de celles-ci. On donne pour justification de cette transformation de l'aspect du monument, qu'on a remarqué dans l'intéreur des tours des traces indiquant que les médaillons avaient été incrustés après leur construction. Cette incrustation n'est pas la preuve qu'ils étaient placés primitivement dans la position qu'ils occupent aujourd'hui. Peutêtre ornaient- ils les deux tours détruites.

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Si nous revenons au centre de la ville de Caen pour continuer de là notre revue, nous aurons à examiner V ancien Hôtel'de- Ville j place Saint-Pierre, construit en 1538 par Nicolas de Valois, seigneur d'Ëcoville, offrant aujourd'hui trois corps de logis du XVP siècle, disposés autour d'une cour carrée (gravure page suiv.).

Le côté qui fait face à la place est décoré d'un ordre composite fort à la mode au XVI* siècle ; la porte d'entrée à plein-cintre était surmontée d'un bas- relief représentant le cavalier de l'Apocalypse. Le bâtiment placé au fond de la cour est divisé en trois pavillons ; celui du milieu est surmonté d'un toit fort élevé et d'une fenêtre en lucarne, richement décorée d'arcades, de colonnes et d'entablements. A droite de ce pavillon se trouve l'entrée principale de l'hôtel sous un péristyle ouvert, formé de deux arcades, qui conduit à un escalier en spirale, couronné extérieurement de deux lanternes à jour.

Le troisième corps de logis, formant le côté droit, est remarquable par la beauté des sculptures et des ornements qui garnissent les trumeaux des fenêtres ; la partie inférieure de ces trumeaux offre des niches dans lesquelles sont placées deux grandes statues représentant David tenant la tête de Goliath, et l'intrépide Judith avec la tête d'Holopherne (1). Nous verrons aussi sur une porte de la partie du château de Fontaine-Henry bâtie en 1537, conséquemment dans le même temps que l'Hôtel-de-Ville, le buste de Judith et une inscription relative à son action héroïque. Je suis persuadé que les deux édifices sont dus au même architecte.

(i) V . d« Jolimont, Description des monuments de Caen et mon Cours d'Antiquités, t s, p. 482.

STATISTIQUE HOKl'MBNTALB DU CALVADOS.

Une des façades de l'hAtel Le Valois d'Écoïille (Bourse).

M. Bordeaux prépare une description complète de cet ancien Hôtel-de-Ville (a).

En suivant la rue St-Jean, nous trouverons d'abord à l'angle formé par la rue des Quais (n* 19), une. maison de bois fort élégante. Des statues défigurées dans des niches représentent, je crois, les vertus théologales.

Du côté opposé, au fond d'une impasse, est l'hôtel de Than, autre maison de la Renaissance, mais en pierre et beaucoup plus considérable que la précédente. Les fenètres-lucarnes,sont chargées de moulures ornées de pinacles et d'un très bel effet, surtout au niidi. Cette maison, citée dans mon Cours (t. 5, p. 471) et figurée par M. Bouet, est décrite dans l'ouvrage de M. Bordeaux.

Plus loin, une belle cheminée de la Renaissance existe dans la maison n** 28.

N® 37, au fond de l'allée, une maison offre un des plus curieux et des plus beaux restes de l'architecture privée du XV* siècle que possède la ville, avec sa tour d'escalier {gravure page suivante).

En face de la rue de Bernières, se trouve l'ancienne maison de l'hôtel d'Espagne, presque complètement défigurée, mais qui portait la date 1593.

La maison de bois, n* 94, en face de la rue de Langannerie, est remarquable par son pignon très-bien conservé et quelques-uns de ses détails.

C'est, après celles de la rue St-Pierre (52-54), une des maisons de bois les plus curieuses de Caen.

(a) Depuis 1897, cet hôtel est l'objet d'une restauration consistant en réfection des campaniles, des lucarnes, de la façade, des statues de David et de Judith, et aussi de la grande lucarne faisant face à la porte d'entrée.

tfO STATISTIQUE MOKUHBNTALE DU CALVADOS.

Une maison de la Renaissance, en face la rue des Carmélites, a été modernisée et il ne reste pins de caractéristique que deux médaillons (1).

Tour d'escalier du XV'' siècle.

Parallèlement à la rue St-Jean, entre cette rue et

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le Quai, il faut citer l'ancien évèché entre les rues Neuve- St-Jean et de Langannerie ; quelques parties de l*édifîce sont du XV* siècle au moins. On y trouve des inscriptions en caractères gothiques qui ont été estampées par M. Bordeaux et M. Bouet.

La rue St-Jean, entre la rue des Carmes et la rivière, offre quelques autres constructions à citer, telles que la maison n<^il4}de la deuxième moitié du XVP siècle, peut-être.

A Textrémité de la rue Saint-Jean, à l'endroit même où s'est élevé l'hôtel Maillard, était situé l'ancien Hôtel-Dieu construit par Henri II, lorsqu'il eut séparé les lépreux des autres malades en établissant un nouvel hôpital à Beaulieu, près de la ville. On démolissait cet édiflce considérable et fort curieux, quand je professais en 1830, mon Cours d'Antiquités ; j'en ai donné dans le 6* volume de mes conférences, (p. 412 et suivantes), une description sommaire que l'on peut consulter ; la planche LXXII de mon Cours renferme des vues de la façade et de la grande salle. L'hôpital n'existant plus, je ne dois en parler ici que pour mémoire. Je ferai remarquer à l'article Oistreham que les fenêtres légèrement pointues qui éclairaient la grande salle offraient une ressemblance frappante avec celle de l'église d'Oistreham. Ce rapport indique que les deux édiOces étaient contemporains.

Le faubourg de, Yaucelles offre quelques maisons à examiner : l'une, la plus apparente, est une maison de pierre de la rue d'Auge, portant le n® 20 et la date de 1549. Les ouvertures du rez-de-chaussée sont cintrées, des pilastres décorent l'édifice qui ne manque pas d'élégance.

Dans la rue de l'église de Vaucelles (n^ 2) est une

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tour roode de la Renaissance que M. Bordeaux décrit dans sa monographie et qu'il suppose, à cause de son apparence guerrière, avoir été le chef-lien d'un de* fiers situés dans ce faubourg.

Nous bornons à cette courte indication le dénombrement statistique des maisons anciennes dignes de l'attention des antiquaires de la ville de Oaea, et nous passons aux communes rurales.

Les campagnes du Calvados, plus riches, je crois, que celles d'aucun autre département de la France, offraient un champ d'observations à peu près vierge quand j'ni entrepris de les explorer ; elles sont encore très peu connues. La description des édifices ruraux du Calvados que je vais commencer dans le chapitre suivant est donc un sujet tout neuf encore, et j'ajouterai sans crainte d'être démenti, du plus haut intérêt pour le monumentattsle.

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