ALLEMAGNE
Le village d'Allemagne, Alamannia ou Alemannia, sur la rive droite de l'Orne, près la roule de Caen à Condé, avait jadis deux paroisses : Saint-Martin on la Haute-Allemagne et Notre-Dame de laRasse-Allemagne, dont les cures étaient l'une et l'autre à la nomination de l'abbaye de Saint- Etienne de Caen.
Ces deux églises existent encore, mais l'église Notre- Dame de la Basse-Allemagne est celte où se fait habituellement l'onice.
L'abbé De La Rue rapporte, d'après le témoignage de Zozime, que vers l'an 406 les Alains ayant dévasté les parties de la Gaule déjà ravagées par les Saxons, s'établirent sur plusieurs points de ce pays, et qu'on donna le nom d'Alamannia à ces établissements ; il conclut de là que le village d'Allemagne pourrait avoir tiré son nom d'une colonie d'Alains; cette conjecture me paraît tout à fait gratuite et dénuée de vraisemblance.
La partie du village qui avait la dénomination d'Ailemagne-la-Haute, occupe le plateau qui domine le bassin de rOrne, tout près de la ville de Gaen, et se trouve contiguë au territoire de Vaucelles. Les carrières qu'on y exploite depuis longtemps sur le bord de la rivière fournissent des pierres à bâtir d'une qualité supérieure.
Vers 1845, on a reconstruit l'ancienne église de la Haute-Allemagne dont la nef offrait des murs en arête de poisson et avait été percée de fenêtres peu anciennes en ogive et carrées. La nouvelle église est bâtie dans une sorte de style roman ; on a orienté le sanctuaire au nord, contrairement à l'usage de la primitive Église.
La tour, reste de l'ancienne construction, est remarquable à l'extérieur par l'intersection des cintres ornés de zigzags qui décorent les fenêtres ; je la crois du XII* siècle ou de la fin du XP. Elle domine maintenant la première travée de la nef. A l'intérieur, elle est assise sur une base qui descend jusqu'au niveau du sol. Elle a été gravée dans l'ouvrage de MM. Turner et Coiman, intitulé : Architectural Antiquities ofNormandy.
L'église d'Allemagne-la-Basse, située au sud de la
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précédente, tire cette dénomination de la position moins élevée du terrain sur lequel elle est assise. La nef est romane, mais des fenêtres percées dans le mur méridional sont modernes, ainsi que le portail de l'ouest.
Le chœur, fort court, appartient aussi au style roman; la tour latérale, au nord, entre le chœur et la nef, paraît du même temps, mais la pyramide à quatre pans qui la surmonte est de l'époque ogivale ; une sacristie a été récemment construite à l'extrémité du chœur.
Léproserie. Il y avait dans la commune d'Allemagne une léproserie dont il est fait mention dans le cartulairc de Saint-Ëtienne; ce cartulaire prouve également qu'on y cultivait très anciennement la vigne.
Tombeaux. En ouvrant une carrière h Allemagne, on trouva, il y a déjà longtemps, une tête d'homme près de laquelle était un fer
GANTONS DB CAEN.
de lance et une pièce d'argept à TefBgie de Gharles-le- Chauve, qui a été publiée par Leblanc.
On a trouvé beaucoup d'anciens tombeaux à Allemagne. L'un des cercueils qu'on y a reconnus renfermait les restes d'un guerrier revêtu de sa jaque de mailles; une clef de bronze qui avait été dorée était fixée à une chaînette en cuivre et suspendue au côté du défunt. Cette clef curieuse a été donnée par M. Âbel Vautier, de Gaen, au musée de la société des Antiquaires de Normandie.
Vers 1845, on a mis à nu^ à peu de distance de l'église de la Haute-Allemagne, une assez grande réunion, de cercueils en pierre, les pieds tournés à
l'est, et formant des lignes dirigées du nord au sud, comme on les trouve disposés habituellement dans tous les cimetières chrétiens du moyen-âge (1). L'église d'Allemagne était, au XII® siècle, une église mère pour le canton, et par suite on devait y faire une grande
. U) Voir mon Cours d'Antiquités, tome VI.
partie des inhumations : eq effet, Guillaume en donnant Allemagne à Tabbaye de Saint-Etienne, dit qu'il la donne avec ses dépendances, et Henri 1^% dans une charte confirmative, dit que Ifs, Etavaux^ Bras, Hubert-Folie et Bourguébus étaient des dépendances d'Allemagne.
Faits historiques. C'est dans la commune d'Âllemagne que se trouve le moulin de Bourbillon, non loin duquel les seigneurs Normands révoltés contre Guillaume, et battus par lui au Val-des-Dunes dans la campagne de Beilengreville, en 1047, se dirigèrent en déroute pour passer l'Orne.
D'après Robert Wace, ce fut entre Allemagne et Fontenay que ces guerriers, épuisés de fatigue, se dirigeaient par petites troupes pour passer la rivière. Le carnage fut si grand sur ce point que leurs corps jetés à l'eau et emportés par le courant, arrêtèrent la marche du moulin Bourbillon.
Voici les vers de Wace :
En Béessin volent Torner ;
Mais creisgnent Osgne (Orne) à passer.
Entre Allemagne è Fontenoi
S'enfuient tuit à grant desroi ;
Ci cinc sunt, ci siz è ci troi ;
Cil ki les encachent è menuient.
Mult les destirent è destruient,
En Osgne unt tant tresbuchié,
E tant osiz è tant neié
Ke li molins de Borbillon.
En étanchièrent ço dit-on.