‹ Statistique monumentale du Calvados (volume 5)Chapitre 23 sur 113 · DE CETTE PAROISSE ET BOURGEOIS DE CAEN · texte numérisé non relu

DE CETTE PAROISSE ET BOURGEOIS DE CAEN

La porte du cimetière est de 1642. Son architecture répond à cette date.

Près de l'église Saint-Pierre, on trouve les maisons des moines. La plus grande partie de ces constructions paraît appartenir au XV* siècle; elles sont garnies de contreforts comme la plupart des maisons religieuses; une porte élégamment couronnée de bouquets de feuillages frisés m'a paru de la fin du XV* siècle; les fenêtres modernes, établies pour donner plus de jour aux appartements, ont fait disparaître les anciennes ouvertures et les moulures qui en ornaient quelquesunes,

La grange, placée du côté droit de la cour, mérite d'être vue, elle doit aussi dater du XV<^ siècle: elle est divisée dans sa longueur par deux rangs d*arcades ogivales simulant ainsi une nef avec ses bas-côtés; deux portes, chacune précédée d*un porche, s'ouvrent près des extrémités. Dans presque toutes les granges de prieurés, j'ai remarqué des porches semblables.

L'entrée principale donnant sur le chemin, pourrait être du XIV* siècle. Elle se compose de deux portes cintrées de grandeur inégale et voûtées en pierre.

L'abbaye du Mont-Saint-Michel était, comme je l'ai dit, patronne des deux églises et percevait les dîmes par donation de Gonnor, épouse du duc Richard I*^ M. d'Anisy a fait des recherches fort intéressantes sur cette commune. Son mémoire renferme des extraits asseziongsd'unmanuscritdécouvertpar lui à Âvranches et qui avait été rédigé en 1247 par Richard III, abbé du Mont-Saint-Michel. Le manuscrit renferme Ténumération des rentes et redevances de tout genre dues au monastère du Mont-Saint-Michel par les habitants de Ere tte ville et de Verson.

M. d'Anisy a transcrit dans le mémoire dont je parle et qui sera publié par la Société des Antiquaires (1), les chartes par lesquelles Richard I" et la duchesse Gonnor, sa femme, donnent Eretteville à l'abbaye du Mont'Saint-Michel, et les chartes confirmatives de Richard II et de Robert.

On trouve des jugements du grand bailli de Caen rendus à Eretteville, dans le XIV' siècle. Ce magistrat y transférait son siège à cette époque, quand des épi-

(1) Depuis que j'écrivais ceci, le mémoire lu depuis longtemps & la compagnie, a paru dans le XII* volume de ses mémoires.

demies ou quelque autre cause Tempéchaient déjuger dans la ville de Caen.

VENOIX.

Venoix, Venuntium. Au commencement de ce siècle, cette paroisse fut réunie pour le culte^ en partie à Bretteville et en partie à Saint-Ouen, faubourg de Caen. L'église qui se trouvait près de TOdon, fut complètement détruite en 1809. Elle était sous l'invocation de saint Gerbold. L'Hôtel-Dieu de Caen en avait le patronage. Le prieur curé percevait les dîmes, à l'exception de deux traits qui appartenaient l'un à l'abbaye d'Ârdenne, l'autre à l'abbaye de Saint-Ëtienne. Le poète Brebeuf et son frère, qui a été curé de cette paroisse, reposaient dans l'église de Venoix.

Dès le XI* siècle, la paroisse de Venoix était divisée en plusieurs fiefs sur lesquels M. l'abbé De La Rue a fait des recbercbes historiques (Hist. de Caen, t. 1, p. 72.) (a).

(a) Dès le milieu de ce siècle, les habitants de Venoix désiraient ardemment former à nouveau une paroisse. Des centimes additionnels, des dons généreux et des sacrifices que s'était imposés la commune, permirent en 1809 de construire une nouvelle église. L'architecte choisi fut M. Leterrier, jeune homme de talent. Dans les limites d'un devis très restreint, il sut construire un édifice solide, remarquable par la pureté de son style ogival et par l'élégance de ses proportions. Une mort prématurée l'ayant enlevé, ce fut M. Lamotte, architecte à Caen, qui fut chargé de continuer les travaux. Cest à lui que l'on doit le clocher, petit chef-d'œuvre d'élégance et de solidité et qui, parla position de l'église sur une éminence, produit un effet de perspective bien supérieur à la réalité de ses dimensions. Dans le transept gauche, s'élève contre le mur,

STATISTIQUE HOnDHENTALE D0 CALVADOS.

Nouvelle ëgUse de Venolx.

LOUVIQNY.

Louvigny, Luvinetunij Loveniunij Looigneium.

L'église de Lourigûy se compose d*ane nef, d'un chœur et d'une tour accolée à l'extrémité occidentale. Cette tour carrée, terminée par un toit en bàtière à pentes très rapides, appartient au style ogival de la dernière époque. La nef est peu caractérisée, les ouvertures qu'on y voit sont les unes modernes, les autres du XV*. La corniche ornée de moulures en damier, montre qu'il a existé auparavant une nef romane dont une partie des murs subsiste peut-être encore.

Le chœur, avec sa corniche en dents de scie et ses petites fenêtres sans colonnes, me parait du XIII® ; il faut excepter les fenêtres refaites au XV* dans le mur méridional .

L'intérieur n'offre rien d'intéressant ; dans le mur du chœur du côté de l'épître, on lit sur une table de marbre, une inscription attestant que dans le sanctuaire, au pied de l'autel, est déposé le cœur de rêvérendissime mère Jourdaine de Bernière de Louvigny^ fondatrice, religiettse et supérieure du couvent des Ursulines de Caen, morte en 1670. Son corps trouvé entier en 1807, dans l'église des Ursulines de Caen, fut transféré dans celle de la paroisse Saint-Jean de la même ville, et son cœur fut inhumé à Louvigny, dont ses ancêtres avaient possédé la seigneurie (1).

une grande plaque de marbre blanc, sur laquelle on a gravé un éloge des Brebeuf, en vers latins, par Jean Cavelier, imprimeur à Caen, antiquaire et latiniste très distingué.

(1) Cette inscription a été placée par les soins de Suzanne- Bernardine d'Hautefeoille, née de Gauvigny, à la mémoire de sa parente .

Le patronage de cette église qui était dédiée à saint Vigor appartenait àTabbaye de Saint-Évroult (1). Cette abbaye percevait les 2/3 de la dime et le curé 1/3.

Le prieuré d*Âthis, appartenante Fabbaye d'Ârdenne, était situé sur le territoire actuel de Louvigny, près la rivière d'Orne. On en a détruit tout récemment les derniers vestiges. Le prieur curé percevait la dîme. L'église était sous l'invocation de saint Gontest

La grande prairie située entre Louvigny et la ville de Gaen servit en 141 7 à développer une partie de l'armée du roi d'Angleterre lorsqu'il fit le siège de Caen. Après avoir passé l'Orne à Fontenay et être venu coucher à Ëterville, le prince fit, le mercredi 18 août 1417, disposer ses tentes dans la grande prairie où on voit encore plusieurs fossés qui font partie des retranchements formés en cette occasion (â). A la droite du roi, du côté de Vaucelles, commandaient, sous le duc de Glocester, frère du roi, le comte de Pembrok, maréchal d'Angleterre, les sires d'Umfreville, de Neville, de Mautravers et de Willonghby, et à sa gauche, du côté de Saint-Nicolas et de l'Abbave-aux-Hommes, sous le duc de Clarence, les comtes de Warvick, de Huntingdon et de Salisbury (3) .

Louvigny fut érigée en baronnie en faveur de Roland de Bernières par lettres du mois de février 1680 (Collée, de Dom Lenoir, t. 66, p. 365).

(1) Le patronage de Louvigny fut donné à Saint-Évroult par les Grandmesnil, fondateurs de l'abbaye, vers l*an 1050 : une famille Dumarais le contesta plusieurs fois et fut évincée au bailliage de Gaen et à l'Échiquier, dans le XIII siècle. IJole manuscrite de Vabhé De La Rue^ tirée de la collection de Dom Le Noir.

(2) M. de Bras, Hist. de Caen.

(3) Ypodigma Neustrûe, p. 588. — Th. Walsingham. Hist. Angl., p. 307.

CANTON D*£VRBGY. 137

CANTON D'ÉVRECY.

Le canton d'iîvrecy, qui se développe au S.-0. de la ville de Caen, offre dans sa circonscription des terrains géologiquement très différents les uns des autres : le calcaire oolithique forme une grande partie des plateaux dans toute ta partie qui se rapproche des cantons de Caen, précédemment décrits, et les roches de transition n'occupent que les vallées; mais dans la partie du canton la plus éloignée du chef-lieu, les roches intermédiaires (schistes, grès, grauwackes) dominent. Cette distribution des roches que je ne fais qu'indiquer, parce qu'elle est exactement exprimée sur ma Carte géologique du Calvados, n'a pas été sans influence sur l'état de l'architecture et la distribution géographique des monuments dans les contrées que nous allons parcourir : ceux qui se trouvent dans la première partie du canton, à proximité de la pierre calcaire et à une petite distance des belles carrières de la plaine de Caen, sont plus importants que ceux de la partie du canton la plus éloignée, et l'on conçoit que pour construire des églises rurales le choix des matériaux a décidé de leur ornementation et de leur importance architectonique.

Ceci posé, je vais passer en revue les diverses paroisses du canton qui sont au nombre de 28, savoir, en suivant Tordre alphabétique :

138 StÀTISTJQUB MONUMÊNTÀtË DÛ CAtVADOâ.

Amayé-sur-Orne. Hamars .

Avenay . Sainte-Honorine-du-Fay .

Baron. Maizet.

Bougy. Maltot.

Bully. Saint-Martin-de-Sallen.

La Caisae. Montigny.

Gurcy. Neuilly-Ie-Malherbe.

Notre-Dame d'Esqaay. OuiBëres.

Éterville. Préaux.

ÉVRBCT (chef-lieu). Tourville.

Feuguerolles'-sur-Orne. Troismonts .

Fontaine-Ëtoupefour . Vacognes .

Gavrus. Verson.

Goupillières . Vieux .

L'ordre alphabétique, très bon pour un cataloguèi n'est point un ordre naturel ; il ne convient nullement pour une description monumentale, puisqu'il forcerait à promener perpétuellement le lecteur d'un bout à l'autre du canton. Il n'y a pas d'ordre meilleur que l'ordre géographique qui permet de décrire successivement les monuments de chaque commune en commençant par une extrémité du canton et finissant par l'extrémité opposée. Je suivrai donc ici comme toujours dans ma description des monuments l'ordre indiqué par leur distribution géographique et leur proximité les uns des autres (1) .

MALTOT.

Maltot, Mala Tosta^ Maletotum,

L'église de Maltot présente un chœur du XII* siècle,

(1) Les figures annexées à ma description monumentale du canton d'Évrecy ont été dessinées d'après nature, par M . Boue, peintre à Caen ; elles ont été gravées par MM. Breviére, Rouget, Dupuis, Boscain et Massinger.

CANTON D'fiVRECY. 139

assez intéressant, dont les murs sont extérieuremeol décorés de colonnes et d'arcatures. Les cbapiteauE de ces colonnes annoncent plutdt la fin du XII* siècle qu'nne époque pins reculée. Les bases attiques s'accordent avec ces chapiteaux. Dans le mur méridional existait une porte à plein cintre donll'archivol te portait des losanges et qui a été en parlie détruite par l'ouverture d'une fenêtre moderne. L'établissement d'une

Église de Maltol.

autre fenêtre a également endommagé la galerie appliquée dont je parlais et qui garnit tout le ptiurtour du cbœur. La corniche présente de petits cintres reposant de deux en deux sur des modillons, genre d'entable> ment très ordinaire au XII" siècle.

 rintériear de ce chœur oo voit des colonnes accouplées dont la principale faisant Toffice de porteuse est d'un diamètre plus considérable que les autres et reçoit le principal arceau de la voûte. Les chapiteaux de ces colonnes annoncent, comme celles de Textérieur, Tépoque que j'ai indiquée, car elles offrent des feuilles galbées qui sont assez caractéristiques de la fin du XII* siècle.

Vers le XVII* siècle (au moins je le suppose) on a, pour procurer une sacristie à l'église, remplacé l'autel qui existait et se trouvait vraisemblablement vers le fond du chœur, par un autel en pierre détaché du mur oriental et laissant derrière lui un espace assez considérable pour y établir des armoires et autres meubles destinés à resserrer les ornements et les vases sacrés ; les murs établis des deux côtés de l'autel pour compléter la séparation de cette sacristie et du chœur ont été percés de portes surmontées de frontons.

Le même arrangement a eu lieu, à la même époque, dans un grand nombre d'églises^ et il est à remarquer que presque jamais il n'y a eu de sacristies annexées à nos églises de campagne avant le XVII* siècle. Sans doute les officiants se revêtaient des habits sacerdotaux dans le chœur même, avant de commencer l'office.

L'autel qui fut détruit à l'époque où on raccourcit ainsi le chœur était décoré d'un charmant tabernacle qui existe encore et qui, après avoir été momentanément mis hors de Téglise, vient d'y être replacé, au haut du. contre rétable de l'autel en pierre, par lesi soins de M. le curé.. Ce tabernacle offre l'image d'une, tour pentagone teroiinée par une gracieuse pyramide, garnie de crochets. Deux étages superposés dans la, hauteur de ce joli tourillon sont percés sur chaque face

CANTON D'iYRSGT* 141

de fenêtres d*uae délicatesse extrême dans le genre flamboyant. Ces étages sont séparés l'un de l'autre par une rampe simulée dans le même style que les fenêtres. Ce morceau de sculpture est un des plus légèrement fouillés que Ton puisse trouver dans nos contrées et tout porte à croire qu'il est à peu près du temps de Louis XII. L'étage inférieur était destiné à contenir les hosties et l'étage supérieur pouvait servir d'exposition.

Ou doit des remercîments à M . le curé de Maltot pour avoir fait placer dans l'église ce charmant morceau de sculpture, mais nous devons regretter aussi qu'il ait permis de peindre à l'huile l'intérieur du chœur. On a choisi pour les colonnes la teinte propre au marbre rouge&tre de Belgique et les murs ont été badigeonnés en marbre jaunâtre.

La nef est, je crois, plus ancienne que le chœur^ mais elle offre moins d'intérêt. La corniche en est supportée par des modillons à figures grimaçantes assez variés. Des pierres disposées en arêtes de poisson se remarquent dans quelques parties dés murs. On a percé au midi plusieurs fenêtres arrondies (XVII* ou XVIII® siècle). En avant de la façade est un porche sans intérêt que je crois du XVI* siècle. Une petite tour en bois arrondie s'élève au-dessus du toit entre le chœur et la nef.

L'église est sous l'invocation de Saint Pierre ; le patronage était laïque (1); les dîmes appartenaient à l'abbaye de Belle-Etoile pour les deux tiers et le curé en percevait un tiers. On montre encore au sud de l'église l'emplacement qu'occupaient les bâtiments appartenant à l'abbaye de Belle-Etoile.

(1) Lorf de la rédAction do livre Pelut, le patron était on Tesson: Dominns Jo^ haïmes Tesson Miks,

142 STATISTIQUS MOMUMBNTALE DU GALYADOS.

L'abbaye de Fontenay possédait aussi à Maltot une rente annuelle de 320 boisseaux d*orge, ainsi que le prouve le cartulaire de Tabbaye.

M. {fermant, historien du diocèse de Bayeux, était curé de cette paroisse: son corps est enterré dans le sanctuaire, du côté de i'Ëvangile. Voici Tinscription qu'on lisait sur sa tombe, mais que je n'ai pu retrouver quand j'ai visité l'église.

Hic jacet Johannes Hermant^ sacerdos et hujus ecclesiœparochiA8,resurrectionem exspectans et immortalitatem: vir pietatisnon flctw^nonvulgaris doctrinœ pastor: multa in lucem edidit; plv/ra scripsit; plurima collegit. Multa pie^ plura erudite^ curiose plurima. Annis^ lahore^ morbo confectus, corpus humi, anù mam Deo sciens ac lubens resignavit idibus novem^ bris y anno à Christo nato MDCCXXVIy œtatis stue LXXVI, curœ pastor alis XXX VL Requiescat inpace. Bora venit.

Maltot était avant la Révolution le chef-lieu d'un doyenné duquel dépendaient plus de 40 paroisses.

Château. Le château actuel de Maltot date du XYIII« siècle ; les bois qui en dépendent s'étendent sur les bords de la rivière d'Orne et renferment beaucoup de gibier. Cette habitation, une des plus agréables des environs de Caen, appartient à M™* la comtesse de Montpinçon.

FEUQUER0LLE8-8UR-0RNE.

FeugueroUes-sur-Orne {Filcherolœ, Filgerolœ, Felgerotœ, Felgerolim^ Filkerolœj.

L'église de Feuguerolles est unç des moins intéressantes, une de celles qui présentent le moins de carac*

CANTON D'ÉVRBCT. 143

tèré. On remarque seuleroent sons lacorniche de la nef une garniture de dents de scie, et dans le mur méridional une porte cintrée sans ornements, qui pourrait dater de la On du XII* siècle; mais les murs d'un grès schisteux paraissent avoir été, en grande partie, reconstruits postérieurement. Le mur méridional a été percé de grandes fenêtres carrées ; de petites ouvertures en lancette qui subsistent encore dans le mur septentrional indiquent la forme primitive des fenêtres.

Les pilastres qui ëupportént Tarcade qui met le chœur en communication avec la nef offrent des chapiteaux romans; Tarcade est moins ancienne et en ogive. Ce caractère rapproché de la corniche de la nef et de la porte cintrée dont j'ai parlé me porte à croire que l'église remonte à la fin du XII* siècle, abstraction faite des nombreuses retouches et réparations qui ont eu lieu.

Les fonts baptismaux placés à gauche de la porte occidentale portent la date de 1685; sans être curieux, ils peuvent être remarqués, surtout si on les compare à ceux qu'on a placés dans presque toutes les églises et qui sont si peu élégants et si mesquins.

On trouve dans le chœur plusieurs pierres tombales : sur l'une, on voit gravée au trait là représentation d'un prieur-curé; une inscription déjà assez fruste est gravée autour de la pierre ; elle pourrait être déchiffrée si elle était lavée et ainsi dégagée de la croûte terreuse qui la cache. Deux autres pierres tombales très récentes portent des inscriptions gravées sur de petites planches de cuivre. Sur l'une on lit: Ici repose le corps de Jean-Pierre Bougon^ prieur de cette église. La date du décès de ce prieur se trouve cachée par une boiserie. Une autre pierre tombale, pareille à la pré-

cédente, est encore plus récente puisqu'elle est de 1814 : elle porte que le curé mort à cette époque, à Tâge de 79 ans, fut' vivement regretté de ses paroissiens. Le nom du défunt est caché par le pied d'un banc ; on m'a dit qu'il s'appelait Le Berrier.

L'église de Feuguerolles était sous l'invocation de N.-D. ; l'abbaye du Plessis-Grimoult nommait à la cure et percevait la dîme, à la charge de faire au prieur-curé 90 boisseaux de blé, 80 boisseaux d'orge, 300 gerbes de pois, 500 bottes de paille et 150 livres d'argent pour les novales; celui-ci avait encore les verdages.

ÉTERVILLE.

Eterville (Hestervillay Esiarvilla, Starvilla).

Le chœur et la nef de cette église ont été réparés à l'intérieur et à l'extérieur et percés de fenêtres arrondies, de sorte qu'au premier abord l'église a l'air toute moderne ; mais, quand on l'examine de plus près, on voit qu'une grande partie de l'appareil doit être ancien, et les bases des colonnettes qui existent encore entre le chœur et la nef, et dont les chapiteaux ont été singulièrement travestis au XVIII* siècle, annoncent, je crois, le XIIP. Il y avait aussi au chevet trois ouvertures en lancette qui ont été bouchées et qui paraissent confirmer la date que J'assigne aux colonnes.

La porte occidentale de la nef qui a été refaite se trouvait primitivement au milieu d'une ligne de caractères placés horizontalement, qui ont été en partie détruits quand on a reconstruit cette porte. On lit encore en majuscules de grande dimension : 0 x^osomnes

CANTON D'^VRECY. 145

quitransitis per viam attendiie et Au-dessus de

la porte on a conservé une fenêtre ogivale à baies surmontées d'une petite rose et qui peut être attribuée à la fin du XIV* siècle ou au commencement du XV*.

La tour latérale au nord, entre chœur et nef, est terminée en bàtière ; elle peut dater du XVI* où même du XVIP siècle.

L'intérieur de l'église d'Eterville a été décoré, vers le temps de Louis XV, d'une guirlande de feuillages du goût le plus pitoyable, et que par malheur on a fait récemment barbouiller en vert et en rouge.

L'église était sous l'invocation de saint Jean* Baptiste. Deux seigneurs laïques nommaient alternatif vement à la cure : le curé percevait la dîme (1).

Le château d'Eterville assez considérable et moderne appartient à M. Paul d'Âigneaux, membre de la Société française pour la conservation des monuments {a).

VERSON.

Verson, Versun.

Anciennement l'église de Verson n'était pas où nous la voyons aujourd'hui. On trouve en se dirigeant du bourg actuel vers Carpiquet, une pièce de terre appelée la pièce Saint-Martin^ où de nombreux cercueils en pierre ont été déterrés, et la tradition veut que là fussent placés, dans l'origine, Téglise et le centre de la

(4) Lori de 1* rèdaaioa da Hvre Pelât le patron ètiût na Roger d*EterviUe : Rogerias de EstarvilU.

(o^ Eterville, petite station préhistorique des Fondi-Denis : percuteurs, grattoirs, haches polies.

paroisse ; tout paraît fondé dans cette tradition, non seulement les cercueils en pierre viennent lui donner un grand poids, mais des fondations de maisons reconnues dans le voisinage prouvent qu'il y avait là un centre d'habitation. Cette première église était dédiée à Saint Martin, nom que porte le champ dans lequel elle était située. On rapporte encore que la translation de l'église sur le bord de l'Odon a été faite parce qu'on manquait d'eau dans la plaine où se trouvait primitivement la paroisse. Or, il est bon de noter que la même tradition existe dans plusieurs autres localités que nous citerons dans la suite et dont les centres d'habitation ont été déplacés.

L'église actuelle de Verson est considéraible et de plusieurs époques. Sa forme était celle d'une croix. Des additions postérieures ont altéré cette forme primitive,, mais elles sont faciles à reconnaître.

Le chevet est droit et orné de deux fenêtres arrondies, séparées par un contrefort et surmontées d'un gable ou fronton triangulaire ; sous ces fenêtres se développent des arcatures trilobées fort élégantes reposant sur une base continue à plusieurs retraits. Cette partie de l'église, les murs latéraux du chœur et peutêtre les transepts me paraissent la partie la plus ancienne de l'édifice et remontent peut-être à la première moitié du XIÎI* siècle.

La nef avec ses colonnes cylindriques portant les arcs par lesquels on communique aux ailes, parait postérieure et peut dater du XIY* siècle ou de la fin du XIII*.

Il n'y a jamais eu de porte à l'extrémité occidentale de la grande nef; on y voit deux fenêtres en lancette surmontées d'une rose.

CANTON s'eVRICT. 147

La porte principale se trouve dans le mnr latéral de la nef, du ctHé du nord ; elle était précédée d'nn porche en pierre, ft parois garnies d'arcatures ogivales portées sur des colonnettes. La façade de ce pordie, qui devait être assez élégante, a été refaite sans goât en 17S2 (1).

Des absides semî-circulaires, couvertes de toits coniques en pierre, s'ouvraient dans le mur oriental des transepts^ l'abside du transept sud existait encore il y

II) su 1« fcootoD u Si jiu'i Itmflim Dti vi

148 STATISTIQUE MOIfUMENTALE DU CÀLYÀDOB.

a peu d'années, et a été remplacée par la sacristie; la destruction de l'autre abside remonte au XV* siècle, lorsqu'on accola au chœur la chapelle que l'on voit aujourd'hui. Cette déplorable addition a entraîné d'autres changements encore: des arcades ont été percées dans le mur latéral du chœur pour communiquer avec cette chapelle; des colonnes existantes ont été retouchées, leurs chapiteaux à feuilles frisées et leurs bases différentes des autres en font foi (1).

La tour un peu massive et terminée par un toit en pierre à double égout, qui s'élève au centre du transept me paraît du XV* siècle ; comme beaucoup d'autres tours de même forme, elle est demeurée ouverte à l'intérieur de l'église jusqu'au dernier étage dans lequel se trouvent les cloches, et reçoit le jour des fenêtres percées dans l'étage moyen, disposition d'un très bon effet que nous offrent quelques églises du Calvados.

Plusieurs parties des murs de la nef et des bas-côtés ont été reprises en sous-œuvre; les corniches ont été retouchées, mais ces détails ne sauraient être bien compris que sur place (a).

Avant l'établissement de la route royale actuelle, la route de Caen à Villers passait tout près de l'église de Verson, et c'était vraisemblablement pour que la principale entrée de l'édifice fît face à la route qu'on l'avait placée dans le mur latéral de la nef, côté nord, comme nous l'avons dit Les terres se sont considérablement exhaussées de ce côté et il y aurait des tra-

(1) Il y ayait aux voûtes de cette chapelle des armoiries sculptées qui ont été c&cées et qui devaient être celles du fondatenr.

{a) L'église de Verson a été très sérieusement restaurée en 1857 par M. Marcotte, architecte départemental, pendant que M. i'ubbé Lépée en était curé.

CANTON d'ÉVRBGT. 149

vaux à exécuter pour dégager l'édifice. M. TabbéLépée, curé de Verson, a fait pratiquer le long des murs des bas-côtés une tranchée qui a commencé l'assainissement de Téglise, mais il y aurait des travaux plus considérables à entreprendre, el il serait bon de transférer le cimetière sur un autre point de la commune pour éviter Texhaussement du sol.

Yerson dépendait du diocèse de Lisieux. La cure se divisait en deux parties: les deux curés étaient à la nomination de deux chanoines de Lisieux qui percevaient les dîmes et dont les prébendes s'appelaient 1'* et 2" prébendes de Verson. Le patron actuel est saint Germain. Richard P% duc de Normandie, mort en 996, possédait à Verson des domaines qu'il concéda au Mont- Saint-Michel : la charte de donation se trouve dans le eartulaire de cette abbaye (1); ces donations furent confirmées par ses successeurs.

J'ignore à quelle époque et à quelle occasion le patronage de Verson fut attribué à Tévêché de Lisieux. M. Le Prévost annonce que, dès le XII* siècle, on trouve des preuves de cette attribution.

Durant l'occupation des environs de Gaen par les Anglais et les Navarrois, Verson et plusieurs paroisses voisines furent abandonnées de leurs habitants, exposées qu'elles étaient au pillage. Depuis 1336 jusqu'en 1366 les terres restèrent incultes^ et en 1370 beaucoup

(1) Tndo etiaiD villam sitam in pago bajocassina nomine Versun cam ecdesiis et medietatem terrae de Mondretviila confirmo insuper donationem matris meae de Brittavilla quam de suo dotalitio loco superius dicto obtulit pro patris mei saaque sainte. Cart. Ricardi ducis Normanniae . Les mots cum eccltsiis semblent annoncer qu'il y avait plusieurs églises i Verson : dans cet hypothèse celle de Saint-Martin aurait pu exister en même temps que Té^iist située près de l'Odon.

ItiO STATISTIQUE MOifUMBNTALB OU CALVADOS.

d'habitants n'étaient point encore rentrés dans leurs foyers (a).

A peu de distance de l'église est une maison à toits ^ pyramidaux, appartenant à la famille de Grammont» et qui doit dater de la fin du XVI* siècle.

M. Donnet, ancien maire de Caen, a fait bâtir un château à Verson, d'après les plans de M. Guy.

FONTAINE-ËTOUPEFOUR.

Fontaine-Ëtoupefour, Fontes et stope for, Stoupe^ four,

La nef de l'église de Fontaine-Ëtoupefour présente une façade assez curieuse. La porte principale est une ogive très obtuse, garnie de tètes plates à barbes et accompagnée de chaque côté par deux arcades bouchées plus petites et du même style ; je la crois du XII* siècle. Il me reste quelque incertitudesurlafixation de l'époque à laquelle il faut rapporter la tour terminée en bâtière placée entre le chœur et la nef. Je suppose qu'elle date du XIV* et du XV* siècle, ainsi que le chœur, dans Lequel on remarque quelques parties modernes (6).

L'abbaye du Pleissis-Grimoult nommait à la cure de Fontaine et percevait les deux tiers des dîmes; l'abbaye

(a) Dans un endroit nommé la Carrière-SainUMartin , voisin de remplacement où devait être Téglise du même nom, on a trouvé des cercueils en pierre, des silex taillés, des débris de poteries qui sembleraient indiquer un cimetière mérovingien.

(b) En 1874, des restaurations importantes, exécutées sous la direction de M. Lamotte, architecte à Gaen, ont donné plus de caractère à l'intérieur de Téglise.

CANTON D'fiTRECY. 151

de Fontenay avait l'autre tiers, et Tabbaye de Gordillon un trait seulement. Sur les deux tiers appartenant à Tabbaye du Plessis le curé prélevait 80 boisseaux de blé et autant d*orge, 300 gerbes de pois, 500 bottes de paille; il jouissait aussi de plusieurs acres de terre (1).

Châteaur Le château de Fontaine est un des plus curieux qui nous restent dans Tarrondissement de Caen. L'ancienne entrée surtout avec son pavillon d*un effet si pittoresque est d'une très grande élégance. La porte de ce pavillon, aujourd'hui condamnée, était munie d'un pont-levis. Deux étages éclairés par des fenêtres à croisées de pierre surmontent cette porte et sont flanquées de deux élégantes tourelles cylindriques dans leur partie basse et moyenne, octogones dans leur partie supérieure et surmontées de clochetons coniques ornés de crochets.

Un fronton pyramidal portant des ornements semblables s'élève entre ces deux tourelles et termine élégamment la façade de ce pavillon. Je le crois du temps de Louis XII, ou au plus du temps de Louis XI .

Derrière cette entrée se développe une cour carrée entourée d'eau et au fond on voit deux corps de logis considérables qui doivent être d'un siècle au moins postérieurs à la partie que je viens de décrire. J'ai d'ailleurs lu sur le fronton d'une des fenêtres la date 1603. Gomme les bâtiments se divisent en deux parties de hauteur inégale, il est possible qu'il y ait quelques années de différence entre les dates de ces deux bâti, ments qui, du reste, présentent à peu près le même style et peuvent être considérés comme à peu près du même temps. Sur le fronton des fenêtres du bâtiment

U) V. fe.I^(miUé d« aiooète.

IS! STATtSTtQDt KOHCUBNTALB DD CALVADOS.

le plus élevé, j'ai remarqué une inscription que je n'ai

pu lire d'en bas el qui jette probablement quelque lamière sur la date ou plutôt sur la destinalioa de la

CANTON d'âtregy. 453

pièce à laquelle correspondait cette ouverture. Je l'indique pour que ceux qui visiteront ce château puissent chercher le sens {a).

De magnifiques avenues rayonnent de tous côtés autour de cette habitation seigneuriale, qui nous présente ainsi Timage d'un domaine du XVII* siècle.

Pierre le Vicomte» baron de Blangy» acquit en 1538 la terre de Fontaine-Ëtoupefour (1) ; elle appartient à M . le comte Max de Blangy qui la conserve avec soin. On doit regretter qu'il n'en ait pas fait son habitation» et qu'aujourd'hui les principaux appartements ne soient plus que des greniers et des magasins (2).

Antiquités romaines. On a trouvé des tuiles à rebords sur plusieurs points de la commune; la voie romaine que j'ai décrite avec soin dans le second volume de mon Cours d'Antiquités, et qui porte le nom de Chemin Haussé^ se montre très-bien conservée entre Fontaine et Baron ; elle sert de limite entre les deux communes.

Sur le coteau qui borde la rive droite de l'Odon, la voie romaine est creuse et resserrée entre deux murs naturels de grès schisteux (3) ; mais arrivée sur le plateau qu'occupe en partie la bruyère de Baron, elle s'élève de !2 à 3 pieds au-dessus du niveau du sol envila) Ce château, si intéressant à visiter, s'altère de plus en plus, et il est regrettable qu'on n'y ait pas fait quelques réparations qui eusseut pu le conserver longtemps encore.

A la Croix-des-Filandriers on a recueilli des silex taillés assez variés.

(1) Ce renseignement, tiri des archives de la £unille de Blangy, m'a été obligeamment comnmniqnë par M. Paris, de Gien.

(2) M. le comte de Blangy habite à C^ntelon, près d*Argences, on château plus moderne et dont nous parlerons quand nous décriront cette partie du département.

(3) Je suppose qu'on a coupé la roche pour adoucir la pente un peu rapide du coteau.

ronnant et, qnoique rogoée dans beaucoup d'endroits, elle y offre un véritable intérêt pour Tobservateur.

Le stratumen ou partie inférieure de Vagger est composé de morceaux de grès applatis, rangés les uns sur les autres et de blocs calcaires de différentes dimensions (t). Il atteint dans quelques places jusqu'à 2 pieds d'épaisseur.

On trouve ensuite une couche d'un pied d'épaisseur, formée de petits morceaux de calcaire et de grès de la grosseur d'un œuf au plus, et incrustés dans une argile mêlée de sable calcaire.

La partie supérieure de la chaussée se composait de cailloux plus étroitement serrés les uns contre les autres et dont on ne retrouve que quelques traces.

La largeur de la voie romaine paraît avoir été de 15 pieds entre la bruyère de Baron et la Groix-des- Filandriers où, deux rangs d'arbres l'ayant protégée contre les dégradations des riverains, elle a conservé sa largeur primitive presque sans altération. Il n'en est malheureusement pas de même dans la bruyère de Baron où elle a été considérablement rognée. On peut voir les détails et la coupe que j'ai donnés en parlant de cette voie dans le 2' vol. de mon Coups d'Antiquités (2).

Le Chemin Haussé traverse la roule départemenl.ile d'Evrecy près du calvaire nommé Crôix-des-Filandrieis. où finit le territoire de Fontaine.

(1) Il m'a paru que ces morceaux 4e grès et de pierre calcaire avaient été dans quelques endroits mastiqués avec de la terre glaise; les blocs les plus considérables ont été disposés sur les bords de Vagger,

(3) V. page 127 et suivantes.

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