CANTON D£ VILLERS-B0CA6E
Le décret de Tévèque donné le 12 septembre suivant, porte union du prieuré de l'hôpital de Yillers au monastère de religieuses nouvellement établi ; il fut confirmé par lettres patentes du mois d'avril 1647 et du 20 février lt50, enregistrées au parlement de Rouen, le 3 juin
En 1740, le mauvais état du temporel obligea le supérieur de faire défense à la communauté de recevoir des novices; M. de Luynes, évêque de Bayeux, se détermina à supprimer le couvent. Ce projet trouva une opposition très forte dans M. le marquis de Blangy, seigneur de Villers, et dans les religieuses elles-mêmes. Cependant, par un arrêt du 15 avril 1743, Tévéque fut autorisé à transférer ces religieuses ailleurs, et à faire administrer par un économe le revenu du prieuré, en attendant qu'il en fût ordonné autrement (1).
(1) Voici la liste des prieures telle que nous la trouvons daos le manuscrit de Besiers :
i* Anne d^Averton de Belin, religieuse de Pabbaye des Vignats; elle a?ait amené ayec elle Françoise d^Averton de Belin, Marguerite Barrier de Plerrepont, Aldegonde Barrier de Pierrepont, professe de la même abbaye ; elle goufenia le prieuré pendant 35 ans avec sagesse et dévouement ; elle reçut 26 religieuses de choeur et des converses et quitta la maison en 1668, pour se rendre h Tabbaye de FontevraulL
3<> Marie-Françoise de Longaunay-Dampière, sœur de M* de Longaunay, doyen du chapitre de Bayeux, lui succéda et prit possession le 15 avril 4669. C*est elle qui a fait bâtir la maison conventuelle de VUlers.
Elle mourut en 4715.
a* Madeleine-Louise Le Vicomte de Blangy, professe de Tabbaye de Gaen, lui succéda. Elle mourut en 471S.
h^ La 4* prieure fut Marie Susanne de Longaonay : elle portait d*azur au sautoir d'argent.
5*. Charlotte d^Esson de Douville, 5* prieure, mourut le 30 août i7A5, et fut enterrée au milieu du chœur de son église : ses armes
ioii STATISTIQUE MONUMBNTALB DU CALVADOS.
L*hôpital de Villers a conservé la plus grande partie de ses revenus, et est aujourd'hui administré par une dame religieuse.
Le prieuré hospitalier de Villers portait pour armes d'azur à une reine revêtue d'un manteau d'hermine, tenant de la main gauche une palme de sinople et donnant de la main droite une pièce d'argent à un homme habillé d'argent : au chef de Vécu une couronne de gloire,
La seigneurie de Villers relevait de Tévèché de Bayeux, et lui devait le service d'un chevalier en Tost du prince et dix livres tournois de rente. Tans Taveu rendu au roi le 4 avril 1453, Tévèquedit : dame Mar- < guérite de Mauny^ dame de Torigny tient de notre c baronnie de Saint- Vigor par foi et hommage noble- « ment et franchement, par un fief de chevalier entier, c le fief, terre et seigneurie de Villers en Bocage avec c toutes ses appartenances, dont le chef est assis audit « lieu de Villers, et s'étend es paroisses de Maisoncellesc Pelvey, Neuilly-le-Malherbe, Savenay et autres lieux ; « duquel est tenu un quart de fief de chevalier assis au <( lieu de Maisoncelles, que soûlait tenir Jehan Grosc parni, à cause de sa femme et de présent le tient « Jehan Houel Philippot. »
La seigneurie a longtemps appartenu à une famille du nom de Villers ; le sire de Villers accompagna Robert
sont d'azur au château d'argent accompagné de trois croiuants de même,
60 Marie Bernard, professe des Bénédictines de Bayeux, succéda à la précédente, mais elle se démit en i7A7.
V Suzanne d'Achej fut nommée à sa place. Lors de la suppression de la communauté, elle fut transférée à Pabbaye de Coutances.
CANTON D£ VILLBR^BOGAGB. 235
Uourteheuse à la première croisade en i096. Guillaume de Villers, par une charte^ sans date, donne et accorde aux pauvres chevaliers du temple de Jérusalem deux gerbes de la dîme de Villers et un acre de sa terre pour faire une maison, lesquels secours libres et affranchis de toutes coutumes.
Le cartulaire de la chapelle N.-D. de Bayeux contient la ratification faite en 1295, par Robert de Villers en Bocage, pour plusieurs terres et rentes acquises à Villers-Bocage par les chapelains de cette chapelle.
La châtellenie de Villers, possédée par Olivier de Mauny, baron de Thorigny,fut portée par Marguerite, sa fille unique, à Jean Goyon, sire de Matignon, qu'elle épousa en 1420.
En 1476, Isabeau de Goyon de Matignon, dans le partage fait avec ses frères sortis de ce mariage, eut les terres de Villers-Bocage, Maisoacelles, Tracy, Neuilly, Bavent, Cahagnes, Planquery, Montfiquet, La Basoque, etc. Elle épousa Guyon, sire d'Épinay, père de Henry d'Épinay, chambellan de Louis XII, qui mourut 1606. Il laissa entre autres enfants Guy, seigneur de Villers, dont la fille Renée d'Épinay fut mariée en 1558 à Philippe de Roncherolles, baron du Pont-Saint-Pierre, père de Robert; son petit-fils, Robert II eut, par suite de partages faits en 1609, les terres de Villers, Maisoncelles et Tracy.
Robert Morin, seigneur d'Escajeul, devint seigneur de Villers par suite du mariage qu'il contracta, en 1577, avec Isabeau Vauquelin.
Il était petit-fils de Robert, seigneur de Banneville par Jean Morin son père et Anne de Fontaines, mariés en 1544. Il mourut en 1590, et sa veuve nomma en 1631 à la chapelle du château de Villers. Elle laissa
236> STATISTIQUE MOfiUMBNT^LE BU CALVADOS.
pour fils unique Jacques Morin» seigneur de Villers, Maisoncelles, Tracy, conseiller du roi à Caen, marié en 1612 àGabrielle de Briqueville; il fut enterré dans la chapelle du prieuré.
Gabriel Morin, seigneur de Villers, fut enterré près de son père dans le prieuré. On voyait leurs armes et leurs épitaphes gravées sur le mur; Gabriel avait épousé, en 165:2, Jacqueline de TÉpinay.
Louis Morin, son fils, nomma en 1685 à la cure de Saint-Germain de Villers
Le château de Villers, précédé de. belles avenues, est situé au midi du bourg, sur la route allant $. Aunay. Le côté gauche avec sa tour carrée angulaire en encorbellement, ce qu'il reste de bossages et de hautes cheminées, peut dater du temps de Louis XIII ou de Louis XIV. Le pavillon formant la partie droite de l'édifice près des douves est moderne et d'une grande pesanteur. Il y avait une chapelle sous l'invocation de Saint Jacques et de Saint Romphaire. Robert de Roncherolles, seigneur du lieu, déclare en 1609^ dans un acte de nomination pour cette chapelle, qu'elle était ruinée depuis environ 16 ans; elle fut rebâtie depuis, mais elle n'existe plus.
Ce château qui appartient aujourd'hui à M. le baron de Grandcloâ, n'occupe pas l'emplacement du château primitif; celui-ci, que j'ai décrit dans le 5° volume de mon Cours d'Antiquités monumentales,était à quelque distance à l'Est; il se composait, d'après ce que j'ai pu conclure par ce qui reste, d'une motte ronde entourée de fossés. Cette éminence maintenant couverte de bois se trouvait à l'un des angles d'une place à peu près carrée, dont le tracé du Vallum est encore indiqué par une dépression au milieu des terres labourées.
CANTON DE YILLERS-BOGiGB 237
TRACY-BOCAQE.
Tracy-Bôcage, Traeheium^ Traceium,
La petite église de Tracy est peu importante. Sa nef doit être du XIII* siècle, si l'on en juge par les chapiteaux de l'arcade placée à l'entrée du chœur; mais elle, a dû être réparée à plusieurs reprises, et l'on voit du côté du Nord» près de la tour, des pierres disposées en arêtes de poisson qui annoncent une époque antérieure au XIII*. Les fenêtres ont été repercées.
Le chœur paraîtrait un peu moins ancien que la nef, et, dans le cas où on le ferait remonter à une époque peu éloignée de celle-ci , il aurait subi des reconstructions plus considérables encore, car certaines parties remontent au XV* siècle. J'y ai remarqué, à l'extérieur, à l'angle qui termine le mur latéral du sud, une inscription très fruste, que je n'ai pas eu le temps de déchiffrer. Les lignes en sont séparées par des traits horizontaux incrustés dans la pierre : je la crois an moins du Xli* siècle.
Autrefois un porche du XVi* siècle précédait la porte occidentale : il a été supprimé.
Le mur du nord penche considérablement dan» quelques-unes de ses parties.
Deux piscines pédiculées, en pierre de Gaen, existent des deux côtés de la porte d'entrée^ l'une pour le baptême, l'autre faisant l'office de bénitier; elles m'ont paru, l'une et l'autre, du temps de Louis XIV.
La tour latérale au Nord doit être de la fin du XV* siècle ou du commencement du XVI* Elle sert de chapelle, et on y remarque un autel en pierre qui
n*est pas sans intérêt. Cet autel, scellé d*uu côté dans le mur, était porté en avant sur deux colonnes courtes à fût octogone, dont les chapiteaux et les bases annoncent l'époque que je viens d'indiquer (fin du XV« siècle). Je l'ai figurée dans mon Cours d'Antiquités (pi. LXXXXIII, fig. 5).
M. le curé de Tracy, vieillard respectable, a su résister aux sollicitations de ses paroissiens, qui rengageaient à détruire cet autel pour lui en substituer un en bois orné de dorures. .
A une époque déjà ancienne, on a brisé un tabernacle en pierre qui devait se trouver sur l'autel du chœur, et qui représentait, comme celui de Maltot, une tour assez élégante, à plusieurs étages. Ce morceau curieux était jeté depuis longtemps parmi des décombres : je viens d'en acheter les débris.
L'église est sous l'invocation de Saint Raven et de Saint Rasiphe ; le patronage appartenait d aboxd aux religieux de l'abbaye de Cerisy, qui, en 1756, en firent la cession aux seigneurs de Villers.
Les actes des martyrs Saint Raven et Saint Rasiphe font mention d'un miracle opéré dans cette paroisse vers 865, lors de la translation des reliques de ces saints du village de Macé à Saint- Wast. Les chevaux qui portaient ce dépôt précieux, passant par'Tracy, ne voulurent pas aller au-delà ; le seigneur du lieu fut obligé de donner de jeunes chevaux qui n'avaient pas encore été dressés. La relation de ce fait, dont on ne pourrait garantir la vérité, prouve au moins l'ancienneté de la. paroisse de Tracy.
La terre de Tracy est une ancienne baronnie d'où tirait son nom la famille de Tracy, bien connue sous nos ducs de Normandie, rois d'Angleterre. Le sire de