SAINTE-CROIX SUR -MER
Ste. -Croix- sur-Mer , Sancta Crux supra Mare.
L'église de S,e. -Croix n'offre aucun intérêt. La nef , qui paraît la partie la plus ancienne , n'a rien de caractéristique que quelques fenêtres du XVIe. siècle. Il y avait cependant, du côté du Sud, des bas-côtés qui ont été bouchés, et il est probable que quelques parties des murs sont d'une époque plus ancienne. La tour , à l'Ouest , et le chœur , à l'Est , m'ont paru modernes.
La cure de Ste. -Croix était à la nomination de l'abbaye de Ste.-Barbe-en-Auge. Les dîmes étaient perçues par le monastère de St.-Vigor de Bayeux pour 1/3; le reste était partagé inégalement entre le chapitre de la cathédrale de Bayeux qui en avait 2/3, et le chapelain de St. -Thomas , qui percevait l'autre tiers.
Antiquités romaines. — Ste. -Croix, qui est tout voisin de Banville , renferme aussi sur son territoire des constructions romaines.
Ce que j'ai dit des découvertes faites dans la campagne , en parlant de cette dernière commune, doit être rappelé ici puisque ces découvertes ont eu lieu également sur une portion du territoire de Sle. -Croix (1).
(I) Il est difficile de déterminer d'une manière absolue, sans pratiquer des fouilles, les limites de rétablissement romain dont on retrouve les vestiges dans la campagne comprise entre l'église de St(.- Croix et celle de Banville.
CANTON DE RYES. 5^5
GRAYE.
G raye , Graeium.
L'église de Graye offre peu d'intérêt dans son état actuel : à l'extérieur , les murs n'ont conservé de caractère que du côté du Sud. On voit, de ce côté, un reste de corniche avec modillons et la trace des fenêtres primitives , aujourd'hui supprimées , qui étaient étroites , courtes et cintrées.
On voit aussi, dans le mur méridional de la nef, les vestiges de deux fenêtres de même forme , et enfin , près du porche qui donne accès à la nef , quelques pierres sont disposées en arête de poisson. Tout cela annonce le style roman. Le reste des murs n'a pas de caractères qui puissent guider dans la détermination des époques , et je pense que ces murs ont été refaits , en grande partie , du côté du Nord ; il paraît qu'alors on a allongé la nef du côté de l'Ouest : évidemment elle avait une travée de moins , et il est facile de voir où elle s'arrêtait d'abord.
La porte latérale , au Sud , avec ses tores et ses maigres colonnettes , ne peut remonter au-delà du XIVe. siècle ou du commencement du XVe. , quoiq'il y ait, dans le tympan, un fleuron dont les feuilles de vigne rappellent la touche du XIIIe. siècle. Le porche voûté qui le précède paraît un peu moins ancien , mais rien ne prouve qu'il ne soit pas contemporain. La tour carrée , terminée par un toit en ardoise à double égout , est construite en pierre de taille ; elle doit remonter au XIIIe. siècle , si l'on s'arrête au niveau de l'étage supérieur : là le système change et le XVIe. siècle apparaît visisiblement; cette tour n'a rien de remarquable.
Toutes les fenêtres de la nef et du chœur sont modernes ;
celles qui sont ouvertes au Nord ont été refaites en forme de
cintre surbaissé.
Celles du Sud sont de formes plus irrégulières; dans la
nef plusieurs sont carrées; elles avaient été substituées aux petites fenêtres primitives avant que l'on ne fît celles du Nord et du chœur , qui ne peuvent remonter plus loin que le siècle dernier : peut-être deux de ces fenêtres méridionales carrées remontent-elles jusqu'à la fin du XVIe. siècle.
Je ne parlerai pas d'une porte en pseudo-gothique, percée tout récemment dans la façade occidentale. On ne peut rien faire de plus mauvais.
L'intérieur de l'église confirme le jugement que je porte , d'après la vue de l'extérieure.
L'arc triomphal , entre chœur et nef, présente une ogive dont l'archivolte est ornée , du côté du chœur , de plusieurs tores en zigzags; du côté de la nef, on ne voit qu'une bordure de billettes , mais il est évident que cette arcade appartient à la période ogivale , et qu*on s'est servi de matériaux provenant d'une arcade antérieure qui peut-être était à pleincintre. On a utilisé aussi dans ce remaniement , du côté
CHAPITEAU nOMAN DANS L ÉGLISE DE GRATTE.
Nord, un chapiteau roman, que voici, etjqui représente Daniel dans la fosse aux lions , sujet assez ordinaire.
CANTON DE RYES. 5^7
Deux petits autels sont dans la nef, à droite et à gauche de l'entrée du chœur. Un de ces autels, dédié à saint Martin (côté Sud) , offre un rétable du XVIe. siècle, que j'ai publié, il y a long-temps déjà, d'après le dessin qu'en avait fait M. Bouet. Ce rétable n'a pas 2 mètres de hauteur (Voir la page suivante).
Au centre , on voit saint Martin à cheval , coupant son manteau pour en donner la moitié à un pauvre. Un dais gothique couronne la statue du saint , et le Père-Éternel paraît au-dessus avec ses anges comme pour bénir l'acte de saint Martin ; sur les montants du cadre, on voit : \°. un abbé armé d'une bêche , probablement le patron des jardiniers , saint Fiacre , et devant lui un autre abbé ; 2°. un évêque crosse et mitre, ayant pour pendant un personnage semblable; 3°. saint Cosme ayant pour pendant saint Damien , et reconnaissables à leurs fioles ; k°. d'un côté, saint Michel terrassant un dragon ; et de l'autre , un abbé tenant un livre. Enfin , en avant du cheval de saint Martin est un torrent , et de chaque côté de ce torrent un animal dévorant un corps humain.
Serait-ce un ex-voto à l'occasion de fléaux qui auraient affligé le pays ? Je n'ai pu obtenir là-dessus aucun renseignement. Il n'est pas certain que ce rétable ait été fait pour la place qu'il occupe. Toutefois , l'église est sous le patronage de saint Martin , ce qui explique la présence delà statue du saint.
L'abbaye de Ste.-Barbe-en-Auge nommait à la cure; le chapitre de Bayeux percevait les 2/3 de la dîme ; l'autre tiers appartenait au titulaire delà chapelle St. -Thomas de Bayeux.
Grange dîmière. Au Nord de l'église se trouve la grange dîmière , garnie de contreforts avec une entrée couverte au centre : il est difficile d'en préciser la date , mais elle a un certain caractère. Cette grange appartient à présent à M. de Boislambert , de Banville.