EX DONO I. DE MANOURY
De l'autre côté, la date 168Zi avec un écusson d'argent à trois mouchetures d'hermine de sable, 1 et\, qui-est Manoury .
Deux autels latéraux, au haut de la nef, près de l'arc triomphal , ont de petits rétables ornés de colonnes torses dans le style du XVIIe siècle, comme l'autel magistral.
Le confessionnal porte la date 1667.
Il paraît que les Femmes d'Heurtevent avaient l'habitude de parler à l'église, car on trouve sur le mur de la nef, du côté de l épure , la curieuse inscription suivante que M. Bouet a copiée avec soin, et qui n'a pas été mise la sans motif. Elle est gravée en caractères gothiques sur une pierre incrustée dans le mur.
<fi>ras . biables . sûmes . ennogcs oenfer
<ftost . par • nostre • gcat • maistre lurifer
JjJotir . mettre • en . ce . papier memore
l'es . famés • qui . quaquettent .en .ce lieu
JJour .leur . empescljer . ïres • cieulx . la gloVre
<£t . l'association . ou . grant HHieu
Les capitales qui commencent chaque ligue sont rouges, ainsi que les points et les ornements.
Il existe dans la sacristie d'Heurtevent un panneau assez curieux peint des deux côtés , représentant la légende de saint Jacques-le-Majeur; les différentes scènes peintes de cette légende sont accompagnées d'inscriptions explicatives.
L'église d'Heurtevent est sous l'invocation de saint Jacques , ce qui explique la peinture dont nous venons de parler.
Au XIVe siècle, le patronage appartenait au duc de Normandie ; au XVIe siècle, à Robert de Livet , et au XVIIP siècle, au seigneur de la localité.
Voici maintenant les intéressants détails que nous donne M, Louis de Neuville :
a Cette commune, une des plus riches du canton de Livarot, était autrefois comprise dans les limites (\e l'élection d'Argentan. Les plus anciens seigneurs furent les d'Ouilly , famille originaire d'Ouilly-le-Tesson , près Falaise , et qui portait pour armes : d'argent à la bande de gueules. Nigel d'Ouilly donna la dîme de la paroisse d'Heurtevent à l'abbaye de St-Pierre-sur-Dive vers la fin du XIe siècle : il était frère de Robert d'Ouilly qui suivit Guillaume-le -Conquérant en Angleterre, où il fut fait connétable d'Oxford. Celte famille illustre, qui s'est éteinte en France dans le cours du XIVP siècle, subsiste encore en Angleterre dans les maisons d'Oiley de Chislehamplon et d'Oiley de Shottisham , décorées l'une et l'autre du litre de baronnet.
« Soit que la terre d'Heurtevent ait été divisée en vertu d'un parage ou autrement, il est certain que dès une époque fort ancienne on la trouve partagée en trois fiefs, ou peut-être quatre, en tenant compte d'une portion réunie au domaine royal. Le principal de ces fiefs, auquel était attaché le titre de patron de la paroisse et le droit de présenter a la cure du lieu, était réuni et incorporé au fief et haute-justice du
Coudray , situé en la paroisse voisine de Tortisambert. C'est comme possesseurs de ce fief que se sont successivement qualifiés de seigneurs et patrons d'Heurtevent , les du Coudray , les de Lyée , les Le Jau et les Picot de Dampierre ; ces derniers en portaient encore le litre en 1789, et leurs armes se distinguent sur la litre funèbre qui règne autour des murs extérieurs de l'église paroissiale. A l'intérieur de la nef on remarque encore un double écusson : c'est celui de Jean-Henri Le Jau , seigneur de Chamberjot et du Coudray, capitaine des gardes de la porte de Monsieur, et de dame Angélique-Anne- Marie de La Guérinière , son épouse ; ils vivaient sous le règne de Louis XIV.
« Le second des fiefs d'Heurtevent était une dépendance du fief de Poix, qui s'étendait dans les paroisses voisines de Mesnil-Bacley, Montviette, St-Martin-de-Fresnay, St-Georges, Escots et autres. Ce fief, qui paraît avoir été aussi nommé le fief Quesnel , a appartenu d'abord aux deux familles dont il a porté le nom. Bertin Quesnel , écuyer , vivait à Heurtevent en 1400, avec Perrette de Neufville , son épouse ; il était probablement issu de la même souche que les -Quesnel de Coupigny et allié à la famille de Poix , éteinte au XVe siècle. Plusieurs familles ont successivement possédé le fief de Poix ; contentons-nous de citer celles de Moges , de La Ménardière , d'Acher-Mesnil-Vitté et de Croisilles.
« Venait enfin le fief d'Heurtevent-Perleville. Il entra vers la fin du XVIe siècle dans la famille de Mannoury, de la branche des Fribois, qui avait conservé les anciennes armes de leur nom : d'argent à trois mouchetures d'hermine , tandis que la branche aînée, celle des seigneurs du Mont-dela-Vigne, avait échangé son écusson contre celui de la maison du Tremblay. Guillaume de Mannoury , marié à Philippe de Tirmois , eut pour fils aîné François de Mannoury , seigneur de Perteville , reçu avocat du roi à Argentan , en
1599 , mort en 1649. Celui-ci est l'auteur d'un ouvrage intitulé: Du comté d'Alençon , récemment publié par M. Gravelle-Desulis , et d'une Histoire d* Argentan encore inédite. La famille de Mannoury possédait aussi les terres de la Brunetière et de Valingou , dans la mouvance du fief de Perteville ; établie à Heurtevent dès le XVe siècle, elle y a eu des représentants jusque vers 1789.
« Plusieurs autres familles nobles ont résidé à Heurtevent sans y avoir possédé de terres seigneuriales. Une branche des Neufville a demeuré, au XVIe siècle, au hameau de Clerdouet dont elle prenait le nom. Ce hameau, dont il ne reste plus de vestiges, était situé dans les herbages deBelleau, dépendant aujourd'hui de la terre de Neuville. Les familles de Brossard , de La Houssaye et du Buat ont eu aussi des résidences dans la paroisse d' Heurtevent. Il ne s'y trouve cependant aucun manoir digne d'appeler l'attention. »
De 500 habitants qu'elle comptait au dernier siècle, la paroisse d'Heurtevent est réduite à 260.
TORTISAMBERT.
Tortisambert , Tort Isembert, Towtum Ysamberti.
Comme presque toutes, l'église de Tortisambert se compose d'une nef et d'un chœur rectangulaires , le chœur en trait sur la nef; une sacristie moderne s'appuie sur le chevet.
Quelques restes d'appareils dans les parties basses des murs de la nef pourraient appartenir au XIIe siècle , mais on a dû reconstruire l'édifice presque en entier. Les fenêtres sont carrées, pour la plupart ; il n'en reste que deux anciennes cintrées et épannelées, mais d'une époque peu caractérisée; le chœur paraît en grande partie moderne.
On y voit, du cAté du sud. une grande fenêtre carrée dont
le lioteau dessine une accolade avec un écusson, et que je crois de la fin du XVIe siècle.
La porte occidentale est un cintre surbaissé, surmonté d'un cordon , mais le mur qui la surmonte et forme le pignon a été refait récemment; on y a figuré, à l'aide de briques, un ostensoir avec son pied et son soleil rayonnant. La flèche, en bois et ardoise , est assez élégante et se compose d'une base carrée surmontée d'une galerie de même forme en surplomb, laquelle est couronnée d'une flèche octogone très-élancée, dont les angles de la base font saillie sur le carré qui la supporte.
L'intérieur de l'église de Tortisambert a été fraîchement peint. Les anciennes voûtes en bois ont été remplacées ou masquées par des voûtes en plâtre.
Deux petits autels obliques et modernes, entre chœur et nef, sont peints en couleur de noyer; le chœur a aussi été peint. Les deux fenêtres qui éclairent le sanctuaire ont reçu des vitraux peints : au centre de chacun on voit un médaillon, de forme circulaire, encadrant des personnages; dans l'un on dislingue l'Adoration des Bergers , dans l'autre le Christ et les Saintes Femmes après la Descente de Croix.
L'église de Tortisambert est sous l'invocation de la Sainte- Trinité. Le duc de Normandie, puis le roi nommait à la cure.
Nous lisons ce qui suit dans les notes de M. Louis de Neuville :
Cette commune a fait autrefois partie de l'élection d'Argentan. Elle renfermait un fief, celui du Coudray, décoré du privilège de haute-justice rare en Normandie, et qui avait pour origine une concession royale dont la date ne nous est pas connue. Cette terre paraît avoir pris son nom d'une famille du Coudray, qui l'a possédée jusque dans la seconde moitié du XVe siècle, lorsque Jeanne du Coudray, dame de ce lieu et d'Heurtevent, épousa Guillaume de Lyée, seigneur de Lyée, de Tonnancourt, de Belleau et de la Fosse. Pendant
deux siècles , la lerre du Coudray appartint à la famille de Lyée. François de Lyée , seigneur de St-Jean -de-Livet , du Coudray et d'Heurtevent , cadet de la branche de Tonnancourt, n'ayant eu qu'une fille de son mariage avec Madelaine de iMailloc, ses terres passèrent à d'autres maisons. Madelaine de Lyée , héritière d'une fortune considérable , épousa Jean de Vieux-Pont, d'un nom illustre en Normandie; devenue bientôt veuve , elle donna sa main à Arnoul de Braque , seigneur de Volhard et de Châteauvert. Ce second mariage eut lieu en 1642 . [/année ne s'était pas écoulée que la dame du Coudray était plongée dans un nouveau veuvage. Après un deuil de quelques années, Madelaine de Lyée convola, en 1648, à de troisièmes noces. Cette fois elle épousait un gentilhomme périgourdin de peu de fortune, mais une des célébrités littéraires de l'époque, Gautier de Costes, sieur de La Calprenède. Auteur de plusieurs tragédies médiocres, La Calprenède est surtout connu par ses romans : Cassandre, Cléopâlre et Pkaramond. Ces ouvrages témoignent à la fois de la féconde imagination de l'auteur et de l'intérêt infatigable de Nés admirateurs; cependant, après avoir été entourés d'une extrême popularité, ils sont tombés dans le plus complet oubli. On en a justement critiqué le style négligé el les sentiments peu naturels; mais peut-être aussi, par le ton héroïque de ses écrits, La Calprenède a-t-il contribué à développer chez ses lecteurs cette élévation morale si remarquable dans la société française du XVir siècle. La Calprenède mourut aux Andelys, en 1663, de mort accidentelle: sa veuve ne put surmonter sa douleur et le suivit de près au tombeau. La terre du Coudray a été depuis possédée par la famille Le Jau, puis par celle de Picot de Dampierre, maison distinguée de Champagne ; elle appartient encore à M. le comte de Dampierre. lue enceinte de larges fosses entourait le manoir seigneurial , démoli a la fin du siècle dernier, et se$
dépendances encore subsistantes, mais dénuées d'intérêt. On a détruit, il y a une vingtaine d'années, la prison de la hautejustice , construction fort singulière , composée de pièces de charpente couchées horizontalement les unes sur les autres et reliées par les extrémités.
La paroisse de Tortisambert renfermait aussi le fief du Buisson , qui a appartenu , comme le précédent, à la famille de Lyée. 11 était voisin de la forêt de Montpinçon , autrefois du domaine royal , qui s'étend en partie sur Tortisambert. Cette forêt est aujourd'hui la propriété de M. de Logivière, dont l'habitation de Beauvoir occupe une belle position.
Signalons aussi le manoir de Buttenval , longtemps possédé par la famille Chauvel de Buttenval ; le manoir de Val- Henry, ancienne résidence de la famille du Buat et aujourd'hui la propriété de M. de Chaumontel. Pierre du Bual comparut à Tortisambert pour faire ses preuves de noblesse dans la Recherche de 1666, de même qu'Yves Philippe, sieur de Beaumont; Nicolas de Vigan, sieur de La Fresnaye, et Antoine de Vigan, son fils, sieur d'Angerville.
Le colonel du génie du Buat, auteur d'un ouvrage important sur l'hydraulique, est né à Tortisambert, ainsi que son frère du Buat , comte de Nançay , diplomate.