SAINT-GERMAIN-DE-MONTGOMMERY
St-Germain-de-Montgommery , Sanctus Germanns de Monte Gommerici.
L'église de St-Germain-de-iUontgonimery occupe, d'une manière pittoresque , le point culminant d'une colline qui domine Vimoutiers et la vallée arrosée par la Vie. Son clocher très-élancé, placé à l'extrémité orientale de la nef, s'aperçoit de très-loin. Il est construit en charpente et recouvert en essente.
L'édifice date du XVIe siècle , dans son ensemble , Toutes les fenêtres ont été refaites, à l'exception d'une
seule placée au nord , laquelle est trilobée. Le portail est précédé d'un joli porche qui provient de l'église de Vimoutiers. La porte, à plein-cintre, a été reconstruite en 1786, ainsi que l'indique une inscription.
On remarque à l'intérieur , derrière le inaître-autel, un ancien groupe de Notre-Dame-de-Pitié, lequel forme retable.
Un joli tableau décore le dossier de la chaire (1).
St-Germain-de-Montgommery était placé, au XIVe et au XVIe siècle, sous le patronage de l'abbesse d'A.lmenesche. Au XVIIIe, le patronage appartenait à l'abbesse d'Argentan,
Sous le rapport administratif, St-Germain dépendait de l'élection d'Argentan et comptait 77 feux.
Enceinte du château. — St-Germain-de-Montgommery renferme une enceinte fortifiée des plus remarquables. Cette ancienne forteresse occupe le sommet d'une colline composée d'un banc de marne : l'enceinte, d'une forme ovale irrégulière d'environ 80 mètres de diamètre, est formée d'un large fossé et d'un bourrelet de marne rapportée, sans aucune trace de maçonnerie : ce rempart , fort dégradé aujourd'hui , dominait le fossé d'une hauteur d'environ 20 mètres. L'intérieur du rempart présente , aujourd'hui , un champ labouré, en contre-bas d'au moins 20 pieds de l'enceinte qui l'environne ; on n'y voit aucun vestige de maçonnerie , de briques ou de débris d'aucun genre; le sol est composé d'un terreau sans mélange , dont la profondeur est inconnue et dont le voisinage n'offre point d'analogue. La seule trace d'habitation dont la tradition ait conservé mémoire est un ancien puits , comblé il y a une soixantaine d'années , par suite de plusieurs accidents qui y avaient eu lieu ; dans la paroi de ce puits , d'une extrême profondeur , s'ouvrait
(1) Notes de M. Pannier.
une galerie souterraine , d'une étendue inconnue , où la croyance populaire plaçait d'immenses trésors : c'est dans ce souterrain que des explorateurs avides et imprudents trouvèrent, dit-on , la mort : événement qui détermina le propriétaire à le faire combler. Une autre tradition rapporte qu'on pouvait jadis se rendre, par ce souterrain , jusque dans les ruines du vieux château situé à Ste-Foy-de- Montgommery : cette assertion paraît dénuée de vraisemblance, la galerie souterraine ne pouvant s'étendre jusque-là sans traverser des terrains de la nature la moins solide.
Il est difficile de douter que cette vieille forteresse n'ait été, originairement, le centre de la baronnie de Montgommery et le berceau de la famille de ce nom ; mais son abandon doit remonter à une époque fort reculée, car, historiquement parlant, le château de Montgommery était certainement situé à Stc-Foy , et dans les derniers siècles la forteresse de St- Germain ne faisait même point partie de la terre de Montgommery : peut-être en avait-elle été distraite dans le partage qui eut lieu entre les fils de Guillaume, comte de Ponthieu , dans la seconde moitié du XIIe siècle. Quoi qu'il en soit , ces retranchements durent être occupés par des Normands, au moins dès le Xe siècle : c'est sans doute à cette forteresse que Montgommery doit son nom , désignant un lieu élevé, par conséquent Rappliquant mal à Ste-Foy. Notons, sans y attacher trop d'importance, l'analogie de ce nom avec celui de Gorm-Him-Rige, sous lequel les Scandinaves désignaient parfois Guthrum, un de leurs plus célèbres rois de mer, qui ravagea l'Angleterre dans la seconde moitié du IXe siècle et probablement fit aussi du sol ncustrien le but de quelques, incursions. St-Germain-dc-Montgommery était certainement, au commencement du règne de Guillaume-le-Conquérant , une des plus fortes places du duché de Normandie. On croit que ce fut en en faisant le siège
052 STATISTIQUE MOxNUMENTALIi DU CALVADOS.
qu'Alain, comte de Bretagne et régent de Normandie pendant la minorité de Guillaume, fut empoisonné et mourut à Vimouliers vers l'an 1040. Quelques années après, Henri I", roi de France, fit en personne le siège de Montgommery : c'était en 1054; après une résistance acharnée que dirigeait Gilbert , frère du seigneur du lieu, la place fut prise et réduite en cendres, ainsi que le bourg et l'église qui en dépendaient. Peut-être est-ce de cette époque que date l'abandon de cette vieille enceinte. Mais les traditions ont conservé longtemps le souvenir des combats acharnés dont le voisinage a été le théâtre : il n'est presque aucune des communes voisines dont quelque localité n'ait porté le nom de lieu de la bataille.
De nombreux fiefs nobles étaient groupés autour de Montgommery , sans cloute par suite de la tendance des grands barons féodaux à s'entourer de ceux de leurs vassaux dont l'appui leur était le plus nécessaire. Signalons d'abord le fief de St-Germain-de-Montgommery , quart de fief de chevalier mouvant du comté d'Alençon , et qui , de même que celui de Sle-Foy auquel il était joint, a appartenu pendant des siècles à la famille Bonnet de Montgommery.
Le fief de la Plesse mérite une attention toute particulière, comme ayant conservé intact un vieux manoir en bois d'un style intéressant. Le corps de logis a été allongé et modifié dans le cours du XVIe siècle, mais la plus grande partie offre encore le cachet du genre élégant employé au XVe siècle. Les moulures profondément évidées, les nombreux écussons qui le décorent, l'heureuse combinaison des pièces de charpente en font un curieux modèle de ce singulier système d'architecture. A l'intérieur , une salle lambrissée en chêne et encore décorée d'un portrait du roi Louis XIV, donne une idée de ce qu'était il y a deux siècles l'intérieur du manoir ; aujourd'hui , il sert de
logement aux fermiers. Les écussons qui décorent extérieurement la plupart des pièces de charpente sont, en partie, devenus frustes et indéchiffrables : ceux qu'on peut encore reconnaître n'offrent le blason d'aucune des familles que nous retrouvons dans le voisinage ; l'un d'eux , chargé d'un chevron, se trouve plusieurs fois reproduit. Il a existé près de Couches une famille de La Plesse qui portait pour armes : d'argent au chevron de gueules accompagné de trois roses de même; serait-ce elle qui aurait élevé cette ancienne construction ? Dans ce cas , elle ne l'aurait pas conservée longtemps : vers 1520 , Jean Le François, seigneur de StiVlichel-de-Livet et d'Avenel, était aussi seigneur de la Plesse, qui resta près de deux siècles entre les mains de ses descendants: en 1666 , Nicolas Le François, sieur de la Plesse, fit preuve d'ancienne noblesse à St-Germain-de- Montgommery. Cette terre, possédée depuis par la famille de Caqueray, a passé par alliance à celle de Porlierde Rubelles, et est encore aujourd'hui la propriété de M. le comte de Rubelles
Le fief voisin de la Tour , d'abord possédé par une famille de ce nom, est entré au XVIe siècle dans la famille Le François. Guillaume Le François, sieur du Longprey, était seigneur de la Tour , en usufruit ; il fut père de Jacques Le François, sieur de la Tour, qui épousa en 1592 Rose Héroult , fille de Guillaume Héroult, sieur de la Rivière , à St-Martin-de-Fresnay , et de Françoise de Neufville , et veuve de son cousin germain , Pierre Le François , sieur de Fizemont. Jacques fut père de Marthe Le François, dame de La Tour, mariée à François Bonnet , sieur de La Chcsnaye, fief situé à St-Désir de Lisieux, duquel est issu la famille Bonnet de La Tour. L'ancien manoir de ce nom a fait place à une maison en brique récemment construite.
Une autre branche de la famille Le François, issue comme la précédente des seigneurs de Livet et de la Plesse , résidait en la même paroisse : elle s'est éteinte dans Catherine Le François , mariée vers 1660, à Etienne de Mannoury , sieur de La Cressonnière , duquel sont issus les Mannoury de St-Germain, à Putot-en-Auge.
Le fief des Champeaux, dont le manoir est situé au fond d'un vallon solitaire , a appartenu à la famille d'Échallou , anoblie au XVIe siècle : cette famille a longtemps géré les terres du comté de Montgommery , comme investie de la confiance des Montgommery-Lorge : elle professait comme ceux-ci le culte calviniste , de même que beaucoup de familles nobles et bourgeoises des environs.
Enfin , la Recherche de la noblesse de 1666 mentionne Jean des Hayes , sieur du Bois-Hue, et Jean Billard , sieur des Vaux , comme demeurant à St-Germain-de-Montgommery (1).
LfSORES.
Lisores , ecclesia de Lisoriis.
La commune de Lisores est située à la limite méridionale du diocèse de Bayeux.
L'église, placée sous l'invocation de saint Vigor, s'élève d'une manière pittoresque sur un coteau et domine un joli vallon , lequel va se perdre dans la vallée de la Vie , à Ste- Foy-de-Montgommery.
La nef, sans contreforts, remonte à la période romane. Le mur septentrional , construit en grossier cailloutis, affecte la disposition en feuilles de fougère. Trois fenêtres , l'une à moulures prismatiques , autrefois partagée en deux baies par
(1) V. notes manuscrites de M. L. de Neuville.
calNton de livarot. 655
un meneau vertical (fin du XVe ou XVIe siècle) ; les deux autres, modernes, éclairent la nef de ce côté.
On remarque surtout deux petites fenêtres cintrées, en forme de meurtrières , qui datent de l'époque romane. Il y en avait probablement une troisième qui aura été bouchée. La porte latérale, à plein-cintre, aujourd'hui bouchée, date du même temps.
Le mur méridional de la nef est entièrement recrépi. Il est percé de trois fenêtres : l'une flamboyante , à deux baies séparées par un meneau prismatique ; les deux autres cintrées, modernes.
La porte occidentale, de forme ogivale, a été pratiquée au XVIe siècle ou à la fin du XVe. Le trumeau a été détruit , ainsi que l'atteste la baie actuelle, d'une largeur inusitée. Des panneaux plissés forment les vantaux. Le mur , précédé d'un porche en bois du même temps , est soutenu par deux contreforts saillants.
Un clocher carré en charpente , muni de cinq évents, surmonte le portail. Il remplacerait un clocher plus ancien , lequel , d'après la tradition locale , aurait été démoli au XVIe siècle. Deux cloches sont placées dans ce clocher. La plus grosse, fondue en 1843, ne présente aucun intérêt. Son diamètre est de 1 mètre G centimètres. La plus petite , dont nous donnons l'inscription , a pour diamètre °4 centimètres :
L'AN 12 IAY ÉTÉ BÉNIR PAR M. NICOLAS IACQUES FRANÇOIS BOUTEILLER DBSERVANT DE LA S€CUrsale DE LISORES ET NOMMÉE MARIE PAR Mr IACQl'ES FAM1LE DESHAYES ET MARIE FRANÇOISE AG€>AÉ DESHA1ES, NOBL IOUANNE MAIRE, ALEXANDRE DE LA PLESSE ADIOINT , ANTOINE BLOT TRÉSORIER EN CHARGE PIERRE CAMUS ET FRANÇOIS FONTAINE MARGITLLIERS ET Mr PIERRE NICOLAS DUBOS PRÊTRE.
LAVILLETTP. HE L1SIEUX M* A FAITE EN 1804.
Le chœur se termine par un chevet droit. Les deux
contreforts que l'on voit , l'un à l'orient et l'autre au midi , ont été élevés au XVIe siècle.
Une petite chapelle mortuaire , moderne , dans le style gothique fleuri, s'élève derrière le chevet. L'autel, formé de panneaux flamboyants artistement sculptés , présente la riche ornementation de la fin du XVe siècle. Il est surmonté d'une statue de Vierge immaculée , dont la tête est ornée d'une couronne de roses.
On remarque à l'intérieur de l'église le rétable du maîtreautel , orné d'un tableau (style Louis XV ) représentant la Résurrection de Notre-Seigneur. De chaque côté se voient les patrons de l'église: saint Vigor (1er patron) et saint Maœer. Cette toile a été retouchée par un pinceau inhabile. Le tabernacle est dans le même style. Un dais à lambrequins surmonte l'autel (1).
De chaque côté du tabernacle sont placées deux jolies girandoles en cuivre portant les initiales entrelacées L S. Ces girandoles, données par une dame, proviennent probablement d'un salon.
Deux jolis autels latéraux en pierre (style Louis XIV) attirent égalemeut les regards. Ces autels sont décorés de deux colonnes à chapiteaux godronnés, supportant un entablement dorique. Le cadre est garni de feuilles de chêne. L'entablement est surmonté d'une niche.
Sur l'arc triomphal se détache un Christ qui paraît ancien. Il est couvert d'un petit jupon qui descend presque jusqu'aux genoux.
De chaque côté du Christ on lit :
PAVETE AD SANCTUAIUUM MEUM.
Lévit. , cap. 2G (1) V. les notes de M. Pannier.
Deux bénitiers (style Louis XV) , pédicules en forme de poire renversée , sont placés au bas de la nef.
La voûte de la nef était en merrain avec entraits et poinçons. Celle du chœur , aujourd'hui couverte d'un enduit, était probablement semblable.
On remarque, dans la sacristie, une petite piscine en accolade (1).
Manoir de Lisores. - L'ancien manoir, converti en presbytère, se compose d'un rez-de-chaussée en bois avec tuiles entre les colombages , surmonté d'un étage en encorbellement. Les poutres extérieures sont décorées de moulures et terminées par des rageurs. Une grande tour en pierre, qui renfermait l'escalier , s'élevait au centre du bâtiment, à l'opposé de la façade principale. Cette tour, percée de longues meurtrières, terminée par un orifice circulaire , est surmontée d'un toit pyramidal couvert en essente.
La façade principale est surmontée d'une grande lucarne qui avait pour amortissement un épi en faïence verte , dont on voit encore des fragments au-dessus d'une tonnelle placée dans le jardin du presbytère.
A l'intérieur, les poutres sont sculptées et peintes. Des pavés émaillés attirent les regards. La grande salle mesure 2U pieds sur tous sens. L'une des chambres offre des poutres avec rageurs et des rinceaux.
Lisores est une des localités du canton de Livarot les plus anciennement mentionnées, puisque, dès la première moitié du XIe siècle , nous trouvons que la moitié de la seigneurie , avec les biens et droits qui en dépendaient, fut donnée à l'abbaye de Montivilliers : c'est en vertu de cette donation que , jusqu'à l'époque de la Révolution , les abbesses de
(4) V. les notes de M. Panuier.
Montivilliers ont possédé des -droits seigneuriaux sur une partie de la paroisse de Lisorcs.
Il s'y trouvait , en outre , deux fiefs nobles ou portions de fief portant l'un et Tautre le nom de Lisores , et situés l'un en la vicomte d'Orbec, et l'autre en celle d'Argentan; mais, dans les mentions qui en sont faites, il n'est pas toujours aisé de les distinguer. Le pouillé du diocèse de Lisieux, au XIVe siècle, mentionne Gervais Bordel comme seigneur et patron de Lisores. En 1433, Guillemin Regnault possédait le fief de Lisores , de même que ceux de la Motte et de Vaudeloges, et ce même fief était encore, en 15&9, à Jean Regnault, arrière-petit-fils du précédent; en 1595 , Guillaume Le Sueur était seigneur de Lisores, au droit d'Elisabeth Le Chevalier, sa femme; mais celle-ci paraît être morte sans postérité , car le fief de Lisores fut porté dans la famille de Marescot par Gillette Le Chevalier , sa sœur , mariée à Pierre de Marescot. Le dernier seigneur de Lisores, cinquième descendant de celui-ci, fut Nicolas-François de Marescot, sieur de Lisores et de l'Hôtellerie-Farou, procureur-général à la Chambre des comptes de Normandie avant la Révolution.
L'autre fief de Lisores appartint longtemps à l'ancienne famille de ce nom. Jean de Lisores en était encore seigneur en 1/M6; mais, peu après, cette terre était passée à une autre famille. Les Lisores n'étaient pourtant pas éteints, mais bien déchus de leur ancienne fortune. En 1666 , Claude Lisores fut encore déclaré d'ancienne noblesse par M. de Marie, en la paroisse de Bocquencey ; néanmoins, cette famille a été complètement omise dans les Armoriaux de la province. Des Lisores, le fief qu'ils avaient possédé passa à Thomas de La Reue \ sieur de Lisores et de Norolles, lieutenant-général du bailli d'Évreux , dans la seconde moitié du XVe siècle. En 1495 et 1567 , le fief de Lisores, vicomte
d'Orbec , appartenait à la famille Le Jumel de Lisores , une des plus marquantes du Parlement de Rouen. Un fief du même nom fut possédé par Eustache Duroy , qui obtint en 1612 des lettres de noblesse. Dans la seconde moitié du XVIIe siècle , une branche de la famille de Gorday était au nombre des seigneurs de Lisores ; plusieurs autres se succédèrent dans la propriété de cette terre. En 1666, Maurice Gaultier , frère du seigneur de St-Basile , était qualifié sieur de Lisores.
Sur le territoire de celte commune se trouvaient encore plusieurs manoirs, dont aucun n'a laissé de restes intéressants. Celui du Plessis était possédé, vers 1700, par Jean-Baptiste de Marescot, frère du seigneur de Lisores. Lors de la Recherche de 1666, Eustache Bonnet, sieur des Bourdonnières, Jean Le Normand , sieur de La Garenne , et Gratien Pépin , sieur de Berville-Campigny , firent preuve de noblesse ancienne en la paroisse de Lisores (1).