‹ Statistique monumentale du Calvados (volume 4)Chapitre 178 sur 203 · PARTIE ANCIENNE DU CHATEAU DE FERVAQUES · texte numérisé non relu

PARTIE ANCIENNE DU CHATEAU DE FERVAQUES

lade est la trace d'un blason bûché qu'on a cherché à rétablir, en y peignant les armes de Guillaume de Hautemer maréchal de France. Cette porte est défendue par un mou-

charabys. Le derrière de ce bâtiment , vers la rivière , offre deux ailes en saillie, qui probablement rejoignaient primitivement un autre corps-de-logis disparu ou une courtine nécessaire pour clore l'enceinte de ce côté. A.u centre s'élève une tourelle polygonale à toit pyramidal couveit en ardoise. L'appareil est le même que sur la face opposée.

Il est de tradition que le roi Henri IV séjourna au château de Fervaques. Est-ce en 1 590 , pendant qu'il assiégeait Lisieux ? Est-ce dans le voyage qu'il fit en Normandie , avec la Reine , en 1603 ? Je ne connais pas de document propre à résoudre la question. On montre encore, dans une mansarde, le lit et les meubles de la chambre qu'il dut occuper; mais on peut fort bien en contester l'authenticité. Du reste , rien dans l'intérieur du château et dans son ameublement ne remonte à une époque déterminée.

M. le comte de Montgommery , membre de la Société française d'archéologie, qui possède aujourd'hui Fervaques et qui l'habite, y a réuni quelques objets d'art et des antiquités.

Fervaques possède encore sa halle en charpente , au centre du bourg: c'est une preuve de son ancienne importance que les habitants feront bien de conserver.

La seigneurie de Fervaques, dit M. de Neuville, n'était, au moyen-âge , qu'un simple fief relevant de la baronnie d'Auquainville ; mais ses seigneurs y ayant successivement adjoint un grand nombre de domaines et de fiefs limitrophes, elle était devenue, à la fin du siècle dernier, le centre d'une terre des plus importantes.

Les premiers seigneurs de Fervaques que l'on connaisse appartenaient à la famille de Brucourt qui , aux XIIe et XIIIe siècles , était au nombre des plus considérables de la province. Gislebert de Brucourt donna à l'abbaye du Val-

Richer une terre située à Fervaques avant l'année 1155. Geoffroy de Brucourt, chevalier, seigneur de Fervaques, vendit en 1260, au chapitre de Lisieux, une maison située en ce lieu par une charte dont l'original scellé est conservé aux archives du Calvados. La terre de Fervaques passa , dès le commencement du XVe siècle, dans la famille de Hautemer, peut-être par l'intermédiaire de la famille Bardou. Gérard de Hautemer , seigneur du Fournet, du Mesnil-ïison et de Manneviile , vivant en 1M/j, épousa Jeanne Bardou dont il eut trois fils : l'aîné fut Jean de Hautemer, seigneur du Fournet et de Fervaques. Ses descendants , s'étant alliés aux maisons d'Annebaut , de Betheviîle et de Montlandrin , tinrent un rang honorable, mais non marquant, jusqu'au XVIe siècle. Une plus grande fortune entra dans la famille de Hautemer, sous François Ier, par le mariage de Jean de Hautemer, sieur de Fervaques, la Croupte et Bois-Droulin , avec Anne de La Baume- M onlrevel , dame de Grancey, du chef d'Anne de Ghâleauvilain, sa mère. Dé cette union naquit Guillaume de Hautemer, célèbre sous le nom de maréchal de Fervaques. Après s'être distingué dans les guerres du règne de Henri II, le seigneur de Fervaques se fit encore plus connaître dans les guerres de religion où il joua, d'ailleurs, le rôle le plus odieux. Sans faire profession du culte calviniste , il se joignit d'abord au parti protestant et se signala par des actes d'audacieuse rapine et de révoltante cruauté : il figura au premier rang dans la troupe criminelle qui saccagea la cathédrale de| Lisieux en 1562, et des traditions populaires généralement répandues, mais dont il n'est plus possible de contrôler l'exactitude , l'accusent de s'être livré à toutes sortes de forfaits. Cependant, par son adroite politique autant que par des talents militaires incontestables , il parvint à faire oublier ses tristes antécédents et à obtenir le pardon et même la faveur de la cour. Devenu le principal conseiller du

duc d'Alençon, frère du roi Henri III, il l'accompagna apx Pays-Bas où l'avaient appelé les Flamands révoltés contre la domination espagnole , et il y a lieu de croire que la rapacité et la violence de son caractère ne contribuèrent pas peu à aliéner les esprits de ces peuples de l'alliance française. Fervaques resta fidèle à son devoir pendant les guerres de la Ligue : il semble que la maturité ait eu une action favorable sur son caractère , et ses dernières années furent exemptes des fautes déplorables qui avaient souillé sa jeunesse. Créé successivement par le roi Henri IV chevalier du St-Esprit, lieutenant-général au gouvernement de Normandie et maréchal de France, Guillaume de Hautemer reçut le titre de duc de Grancey et pair de France de la faveur de la reinerégente, Marie de Médicis, en décembre 1611. Mais cette érection de duché-pairie ne fut jamais enregistrée, le nouveau titulaire étant mort à son château de Fervaques le 11 novembre 1613. Il laissait trois filles de son premier mariage avec Renée Lévêque de Marconnay : Louise de Hautemer , l'aînée, eut en partage les terres de Fervaques et de Plasnes. Elle avait épousé, en premières noces, Jacques de Hellenvilliers ; mais, étant devenue veuve au bout de peu de mois, elle convola à de secondes noces avec Aymar de Prie, marquis de Toucy, en 1593. Louis de Prie, marquis de Toucy, l'un de ses (ils, fut après elle seigneur de Fervaques, terre qui échut ensuite en partagea Charlotte de Prie, sa fille. Celle-ci épousa, en 1639, Noël de Bullion, sieur de fionnclles, d'une famille considérable dans la finance et sur laquelle cette illustre alliance vint jeter un nouveau relief. Charlotte de Prie mourut en 1700 : deux de ses fils portèrent le litre de marquis de Fervaques. L'un, Alphonse de Bullion, fut gouverneur des provinces du Maine et du Perche et mourut sans postérité en 1698. L'autre, Charles-Denis de Bullion T marquis de Galardoo et de Fervaques, prévôt de

Paris et gouverneur du Maine et du Perche, épousa, en 1677, Marie-Anne Rouillé de Meslay, qui lui donna cinq fils et quatre filles, dont une fut mariée au duc d'Uzès et une autre au prince de Talmont. La terre de Fervaques échut à son second fils , Anne-Jacques de Bullion , marquis de Fervaques, gouverneur du Maine et chevalier du Si-Esprit. Ce dernier épousa , en 1708, Marie-Madeleine-Horlense Gigault de Bellefonds et en eut trois filles : Marie-Anne-Étiennette de Bullion, l'aînée, épousa en 1734 Charles-Anne-Sigismond de Montmorency Luxembourg, duc d'Olonne; la seconde, Jacqueline-Horlense de Bullion , fut mariée à Guy-André- Pierre, duc de Montmorency Laval ; et la troisième, Auguste- Léonine-Olympe Nicole de Bullion, fut la femme de Paul- Louis, duc de Beauvilliers. Après la mort du dernier marquis de Fervaques , qui avait considérablement augmenté et orné cette terre , elle échut au duc de Montmorency Laval , et le château cessa d'être ordinairement habité. En 1803,. les héritiers du duc de Laval aliénèrent la terre de Fervaques : le château , avec la plus grande partie des domaines qui en dépendaient, fut acquis par Mélanie de Sabran, veuve du marquis de Custine, une des victimes de 1793. Après elle, Fervaques fut possédé par son fils, le marquis de Custine , auteur de plusieurs livres de littérature et de voyages : ce dernier , ayant perdu sa jeune femme et son fils encore au berceau , abandonna le séjour de cette terre et bientôt après la vendit en détail. Le château , avec quelques domaines voisins, fut acheté, en 1831 , par Mme la marquise de Portes et appartient aujourd'hui à Mme Alfred de Montgommery , sa fille (1).

La paroisse de Fervaques renfermait plusieurs autres fiefs. Celui du Verger a conservé un ancien manoir qu'un barrage

(4) Notes de M. le vicomte Louis de Neuville.

permettait autrefois d'entourer d'eau de tous côtés. Ce vieil édifice est connu aussi sous le nom de Maison-aux- Anglais , parce que, suivant les traditions locales, il aurait servi de demeure à un des envahisseurs de la province, au XVe siècle. Si cette tradition a quelque fondement réel, elle ne peut s'appliquer au manoir tel qu'il existe actuellement. La plus grande partie, construite en bois, annonce par l'absence des saillies , le faible volume des pièces de charpente et le caractère des sculptures qui les couvrent, une époque qui ne peut remonter au-delà du XVIe siècle. La partie de la construction qui forme l'angle occidental, bâtie en pierre de marne et offrant une fenêtre avec croisée de pierre , pourrait être un peu plus ancienne, ainsi que les cheminées de quelques-unes des chambres. Sur les bois qui surmontent la porte se trouve sculpté un écusson qui paraît être celui de la famille Anfrey , chargé pourtant d'une bande qui a pu servir à distinguer une branche cadette. Raoul Anfrey était seigneur du Verger et de Caudemonne vers 1&60. Un siècle après, ce fief appartenait à la famille de Louvières. Réuni postérieurement à la terre de Fervaques , le Verger a été vendu par M. le marquis de Custine à M. le comte de Neuville, il y a une trentaine d'années , de même que les bois de Fervaques et la terre de la Maignerie. Ce dernier fief, donné à l'abbaye du Val-Richer par Gislebert de Brucourt avant l'an 1155, fut cédé par elle, en 1579, a Guillaume de Hautemer, seigneur de Fervaques , en échange d'une terre située à Fourches.

Le fief des Castelets , qui se trouve à l'extrémité du territoire de Fervaques, du côté de Cermiy, était possédé, en H69, par Jean du Vieu, aussi seigneur de la Cauvinière. Aux XVIe et XVIIe siècles, la famille de Pommolain en eut la propriété. François de Pommolain, sieur des Castelets, comparut devant M. de Marie dans la Recherche de la noblesse de 1 666.

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CUEFPREVILLE.

Cheffre ville , Esprevilla , Chiffreville. L'église n'offre aucun intérêt. Quelques restes d'appareil en feuilles de fougère, dans le mur nord de la nef, attestent qu'elle a été construite à l'époque romane ; mais elle a subi des retouches très-considérables. Les ouvertures les plus anciennes ne peuvent être antérieures à la fin du XVIe siècle. Le clocher est assis entre chœur et nef.

Les voûtes sont en menai n avec charpentes apparentes. Le maître-autel, à colonnes torses, du règne de Louis XIV, mérite une mention. Le reste du mobilier est insignifiant.

Cette commune a fait autrefois partie de l'élection de Lisieux et de la vicomte d'Orbec. L'abbé du Bec nommait à la cure.

M. L. de Neuville pense que la seigneurie de Cheffreville fut, par suite d'anciens parages, divisée dès une époque fort ancienne en plusieurs portions, dont quelques-uns des propriétaires , étrangers aux environs, n'ont laissé aucun souvenir. La famille Cuillier paraît cependant en avoir possédé aux XVe et XVIe siècles , le manoir principal , tandis qu'une autre portion appartenait à la famille Amiot dont un membre y fut trouvé noble par Monlfaut, en 1563. Jean Cuillier était seigneur en partie de Cheffreville en 1^69, et son petit-fils, qui portait le même nom , y comparut dans la noblesse de 1540. C'est sans doute un membre de celte famille qui y a fait construire le manoir encore existant , bâti en pierre de taille. Il est du X\T siècle ; à l'intérieur , une pièce qui passe pour la chapelle est voûtée en pierre avec arceaux , liernes et tiercerons dans le goût de la Renaissance. Du reste, ce manoir, d'assez bonne apparence, fut prom-

ptement réuni, ainsi que le fief dont il était le chef-lieu, à la terre de Fervaques , dont il a depuis suivi les diverses vicissitudes.

Une autre portion du fief de Cheffreville a appartenu, pendant les XVIe et XVIIe siècles , aux barons de Livarot , des maisons d'Arces et d'Oraison : elle fut postérieurement réunie , comme la précédente , à la terre de Fervaques.

Il y avait encore à Cheffreville un fief nommé la Fosse , lequel était possédé, au commencement du XVe siècle, par la famille de Belleau. Jean de Belleau y fit preuve d'ancienne noblesse devant Montfaut, dans la Recherche de l/*63. Mais, dès l'an 1469, Robert de Lyée , sieur de Tonancourt, était aussi seigneur de la Fosse au droit de Perrette de Belleau , sa femme, qu'il avait épousée en 1426. Depuis cette époque, le fief de la Fosse , longtemps uni à celui de Tonancourt , a cessé de servir de résidence à ses propriétaires ; il appartenait , au siècle dernier , à une branche de la famille de Vaumesle. La Recherche des élus de Lisieux, en 1540, mentionne encore Jean Blanchet , sieur de La Mote , comme demeurant en la paroisse de Cheffreville.

TONANCOURT.

Tonencourt, Tonnencourt, Tornecort.

L'église de Tonancourt ne date que du XVIe siècle , et sa construction n'offre aucune particularité à signaler. Les murs sont régulièrement munis de contreforts. On y a fait des reprises assez notables à la fin du XVIIIe siècle. Le chœur est tout entier de cette dernière époque. Un clocher en charpente assez élancé , placé sur la partie occidentale de la nef , renferme une cloche du célèbre fondeur Jean Aubert , de Lfeieux. Elle porte l'inscription suivante :

f 174 3 M"re IVI.ES LR LIRE PBr< CVRE DF NOSTRE DAME DE CO\ RSON ET

NOBLE DAME GENEVIEVE DE DROVLIN EPOVSE DE Msre GABRIEL DE LIEE ESCer SErG. "DE BELLEAV MONT NOMMEE ET BFNITE PAR Mre THOMAS DE LA MARE PBre CVRE DE CHKFFREVILLE.-

IEAN AVBKRT MA PAITE.

Rien à signaler dans le mobilier du chœur. La nef n'est pas voûtée. Un simple plancher porte sur les entraits , ornés de rageurs.

Les retables des deux petits autels datent du XVIe siècle. Leur lambris formé de panneaux à compartiments flamboyants , surmonté d'un dais en quart de cercle garni d'une galerie, avec pinacles feuillages, peut être signalé.

Le crucifix de l'arc triomphal est protégé par un dais semblable.

Une statue de la Vierge peut remonter au XVIe siècle.

Dans le cimetière est un if, rameux dès le sol, qui mesure 10 pieds et demi de circonférence.

Manoir. — Tout près de l'église, à l'ouest, se trouvait le manoir, construction du XVIe siècle, dont le pignon en pierre de taille était flanqué de deux contreforts. Une porte cintrée à moulures prismatiques donnait accès aux caves. L'autre pignon était en briques et pierre, bien que de la même époque. Les deux façades étaient en bois , sans sculptures , si ce n'est un grand écusson chargé d'un bar contourné. Quelques clous à plaques découpées à jour restaient aux vantaux des portes.

Ce manoir était bâti sur une motte féodale.

Cet ancien manoir de Tonancourt vient d'êlre démoli. Si l'extérieur n'offrait rien de remarquable , il n'en était pas de même de l'intérieur où l'on voyait encore des peintures murales du plus haut intérêt, notamment une représentation contemporaine de la bataille de Marignan où Guillaume de Lyée , seigneur de Lyée , de Tonancourt ,

d'Heurtevent et du Coudray , avait figuré avec honneur. Des inscriptions gothiques, portées par des phylactères, servaient d'explication au tableau. On ne saurait trop déplorer la destruction d'un si rare monument du commencement du XVIe siècle.

La paroisse de Tonancourt est réunie à Cheffreville pour le culte. On y comptait 65 feux, soit un peu plus de 300 habitants. La population actuelle est de 101 habitants.

Cette commune, dit M. de Neuville, une des moins considérables du canton , faisait autrefois partie de l'élection de Lisieux et de la vicomte d'Orbec. Le patronage de la paroisse était laïque et appartenait au seigneur.

Le nom primitif de ce lieu paraît avoir été Tornencourt. Hugues de Tornencourt vivait en 1184. En 1213, Guillaume de Tornencourt fit donation à l'évêché de Lisieux du patronage de l'église de Notre-Dame de Courson , qu'il tenait de Hubert de Courson. Mais cette famille ne tarde pas à disparaître et nous retrouvons la seigneurie de Tonancourt divisée, sans doute par suite d'un partage, entre les familles de Lyée et de Sâane. Richard de Sâane était seigneur en partie de Tonancourt en 1469, et Geoffroy de Sâane y fit preuve de noblesse devant les élus de Lisieux, en 1523. Mais cette ancienne famille ayant, à ce qu'il semble, aliéné sa part de fief en faveur des de Lyée, se trouva réduite à un état de fortune précaire , perdit la possession de la noblesse et vit son nom même altéré par l'usage en celui de Sennes. Geoffroy de Sennes était assis au rôle de la taille en 1540, et Nicolas # de Sennes, un de ses descendants, fut déclaré roturier par M. de Marie , en 1666, en la paroisse de Cheffreville.

La famille de Lyée, originaire du Vexin , vint se fixer, au XIVe siècle, dans la paroisse de Tonancourt où elle posséda , outre le iief de ce nom , le fief de Lyée et le lief de la

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Rue, plus lard confondus dans la seigneurie principale. Robert de Lyée, seigneur de Lyée et de Tonancourt, vivait en 13/i5 et fut le point de départ de la filiation prouvée par ses descendants dans les diverses Recherches de la noblesse. La branche aînée de cette famille a possédé sans interruption la seigneurie de Tonancourt jusqu'à la fin du siècle dernier, qu'elle s'est éteinte dans la personne de Henri-César- Auguste de Lyée de Tonancourt et de sa sœur Louise-Aimée de Lyée de Tonancourt, mariée au marquis de Caruel Mérey (1).

BEIXOU.

Bellou , Bellou, Berlou.

L'église de Bellou , dédiée à Notre-Dame , présente peu d'intérêt: elle est en grande partie moderne; mais on a cherché, dans cette reconstruction . à imiter les parties anciennes que l'on prétendait conserver. Ces parties sont les quatre travées et le chevet droit du chœur , bâties au XVIe siècle ( murs en blocage , flanqués de contreforts en pierre de taille, peu saillants). Encore ces murs ont-ils été percés en 183/tet 1836, d'ignobles fenêtres avec linteau en briques ; une seule ouverture ancienne a échappé à cette restauration.

A l'intérieur , la voûte en merrain du chœur a été conservée. Le rétable du maître-autel est à colonnes torses, entourées de ceps de vigne.

Les deux statues des petits autels, la Vierge et saint Laurent, peuvent remonter au XVIe siècle.

La petite cloche vient de l'abbaye de Ste-Barbe, en Auge ; on lit au pourtour :

f J*AI ÉTÉ NOMMÉE MARIE PAR MRSSIEUBS LES CHANOINES RÉGULIERS DU CHAPITRE DE CETTE ÉGLISE AU MOIS D'OCTOBRE DE l'an 1759.

(1) Notes de M. le vicomte Louis de Neuville.

Au dessous, sont les armoiries du monastère.

La commune de Bellou a été agrandie par la réunion de la commune voisine de Bellouet, par ordonnance du \k avril

De l'élection de Lisieux, sergenterie d'Orbec, cette localité comptait, il y a 100 ans, 62 feux ou 300 habitants. On en compte aujourd'hui 320, y compris son annexe , de population au moins égale au XVIIIe siècle. La dépopulation des campagnes est constante ; mais elle atteint rarement une pareille proportion.

Le nom de Bellou est une corruption de celui de Berlou que portait, au XIIe siècle, cette localité. Warin de Berlou vivait en 1186. Guillaume de Bellou, chevalier, donna en 1213, à l'évêché de Lisieux, le droit de patronage de l'église de Bellou; cette donation fut confirmée, en 1250 , par Guillaume de Friardel, chevalier, seigneur de Bellou. La seigneurie de Bellou paraît s'être peu après fractionnée par parage en plusieurs membres de fiefs, dont un fut possédé par la maison du Merle et un autre par celle d'Astin. Nicolas du Merle, archidiacre de Lisieux, frère ou proche parent de Guy du Merle, évoque de celte ville de 1267 à 1285, fonda un obit dans cette cathédrale d'un tiers de la dîme de Bellou, à l'exception d'une rente de 15 livres constituée en obit pour Nicolas d'Astin , chevalier et frère de Foulques d'Astin, évêque de Lisieux, de 1250 à 1267. En 1669, une portion du fief de Bellou était possédée par Gervais Fourmentin et une autre par Guillaume Michel. La famille Michel, nommée aussi Le Michel , ne tarda pas à réunir entre ses mains la totalité de la seigneurie de Bellou. Ce fut un membre de cette famille qui y fit construire, dans le cours du XVIe siècle, le manoir actuel , une des constructions en bois les plus considérables de la contrée , et dont M. Bouet a fait un excellent dessin (voir la page suivante): la façade septentrionale,

construite en pierre jusqu'à la hauteur du premier étage, est flanquée de deux tourelles rondes d'un très-bon effet; à peu de distance se voit un colombier ancien , d'un aspect pittoresque, que surmontent de beaux épis en poterie; ce manoir paraît avoir été autrefois entouré de douves. La terre de Bellou a passé, au siècle dernier, de la famille Le Michel à celle de La Pallu ; Mme la marquise de Mirville , née de La Pallu, l'a laissée à Mme Hocquart, sa fille.

Philippe Le Michel , sieur de Bellou , et Philippe Hardy , sieur de Chanvallon, firent preuve de noblesse à Bellou, dans la recherche de 1666. Gabriel Le Michel, sieur du Hamel, et François Le Michel, moins heureux , furent condamnés par M. de Marie.

BELLOUET.

Cette ancienne paroisse s'est d'abord nommée Berlouet. Le patronage appartenait à l'évêque de Lisieux. Après la réunion de Bellouet à la commune de Bellou, son église a été complètement rasée , malgré la résistance des habitants qui ne put être vaincue que par la force publique.

Sous le règne de Philippe-Auguste, Hugues Paynel était seigneur de Bellouet. Cette terre paraît avoir été possédée depuis par la famille d'Astin, puis par celle de Lisores. Jeanne de Lisores épousa Jean de Cintray , seigneur de Bellouet et de Friardel, en 1431. En 1569, la seigneurie de Bellouet appartenait encore à la famille de Cintray ; mais elle fut portée peu après dans une branche de la famille de Bonnechose, par le mariage de Charles de Bonnechose avec Marie de Cintray , dame de Bellouet. Son arrière-petit-fils , Claude de Bonnechose, sieur de Bellouet, épousa, en 1697, Marie de Lyée de Tonancourt , dont il eut un fils, Étienne-Louis de Bonnechose, sieur de Bellouet, mort sans postérité, et une fille

CANTON DE UVAKOT

mariée à Jean Lambert , sieur de Janville. De ce mariage , naquit Charles Lambert, sieur de Bellouet, conseiller au Parlement de Normandie , et Charlotte-Jeanne Lambert de Janville, mariée à Pierre Labbey de La Roque , sieur de la Boissière et d'Écajeul, dont une des filles, Marie-Charlotte Labbey de La Roque épousa Auguste de Lyée de Belleau. La terre de Bellouet , récemment possédée par M. de Lyée de Belleau , a été laissée par lui à Mme de Fontenay, sa fille. Elle vient d'être vendue. Le manoir de Bellouet, d'ailleurs peu ancien , n'offre rien qui mérite l'attention.

Manoir de Cintray. — Il n'en est pas de même d'un charmant petit manoir datant du XVe siècle ou des premières années du XVIe , et connu sous le nom de manoir de Cintray. Ce fut, sans doute, la résidence de quelques-uns des seigneurs de Bellouet, du nom de Cintray; puis, après l'extinction de la branche aînée de cette famille, le siège d'une branche cadette qui y subsistait encore au commencement du siècle dernier. Charles de Cintray , sieur du Mont, fit preuve d'ancienne noblesse à Bellouet, en 1666.

Le manoir de Cintray , situé sur la pente et presque au fond d'un étroit vallon, est, malgré l'extrême exiguité de ses proportions indiquées par ce plan (A) , remarquable par l'élégance et la recherche de son ornementation. Il est construit en bois, complètement sculpté avec un goût exquis. De gracieux rinceaux se profilent le long de toutes les pièces de charpente; des fleurs et des feuillages couvrent l'encorbellement des sablières; de nombreux écussons décorent les poteaux : les volets des fenêtres ont été chargés de sculptures , aussi profondément fouillées que celles des plus beaux bahuts de cette époque. Malheureusement ce bijou de l'art ogival^flamboyant a

beaucoup souffert des injures du temps , et la main de l'homme s'y est jointe à l'époque de la Révolution en faisant disparaître , par un grattage systématique, les armoiries de ses nombreux écussons. Tel qu'il est, le manoir de Cintray reste un des édifices les plus curieux de la contrée , et mérite , de la part des archéologues , un examen approfondi.

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