‹ Statistique monumentale du Calvados (volume 4)Chapitre 179 sur 203 · COURSON · texte numérisé non relu

COURSON

Courson, Coure hon , Cor con , Curson.

Courson possédait deux églises , construites dans le même cimetière, et qui n'étaient séparées l'une de l'autre que par une allée de 20 pieds environ. L'une d'elles, dédiée à saint Pierre, a été démolie en 1846. Toutes les ouvertures paraissaient dater du XVIIe ou du XVIIIe siècle ; cependant il ne serait pas impossible que les murs fussent plus anciens. Le clocher était assis sur le portail , à l'ouest. On a transporté la cloche dans l'église voisine. Le roi nommait à la cure, à la représentation du duc de Normandie. La population était d'environ 300 habitants (62 feux). Cette paroisse était comprise dans l'élection de Lisieux , sergenterie d'Orbec ; elle relevait, pour les matières ecclésiastiques, du doyenné de Livarot.

L'église de Notre-Dame, comprise aussi dans le doyenné de Livarot, subsiste encore. Elle remonte, dans ses parties les plus anciennes, à la fin du XIIe siècle; mais on y a exécuté , après la démolition de St-Pierre , des travaux d'agrandissement tout-à-fait déplorables. Le portail occidental , flanqué de quatre contreforts à deux retraites avec une porte en accolade , date du XVe siècle. Le clocher en charpente qui le surmonte est de la même époque. Le mur méridional de la nef appartient aussi, avec toutes ses ouvertures, moins une, au style flamboyant. Le mur du nord et ses fenêtres sont du style de transition : on y a ajouté , au XVe siècle , des contreforts à deux retraites. Le chœur est moderne.

Les voûtes sont en merrain, avec charpentes apparentes.

Le rétable du maître-autel remonte au règne de Louis XIV ; mais le tombeau a été refait sous Louis XV.

Les deux cloches datent du XVIe siècle, et leurs inscriptions , bien que déjà publiées par M. le docteur Billon , dans son Epigraphie campanaire , méritent de trouver place ici.

Cloche de Notre-Dame :

f LAN 4 595 1EHAN GALLET PBRe CVRÉ DE CEANS j CATHERINE DE NEVFVILLE Fe DV Sr DES MAIGNIENS f ET MARGVERITE Fe DE JEHAN MARTE.

Cloche de St- Pierre :

IE FUST FAICTE EN LAN MIL V° LI POUR NOSTRE DAME DE COURSON IESUS MABIA AU MOYS DE MAY NOUS FDMMES FAICTES. ROGIEK FAREAV ; MA FAICTE.

La paroisse, comprenant 170 feux ou 850 habitants, faisait partie de l'élection de Lisieux , sergenterie d'Orbec. La population actuelle de Courson est de 871 habitants. Elle a donc perdu près de 300 âmes depuis cent ans , comme il est facile de le voir par les chiffres que nous avons donnés.

Cette commune , dit M. de Neuville , celle du canton qui possède le territoire le plus étendu, a été formée de l'adjonction de la petite commune de St-Pierre-de -Courson à celle beaucoup plus considérable de Notre-Dame-de-Courson, par ordonnance du k décembre 1831. Du reste, le même village servait de centre aux deux communes, el leurs églises, presque conligué's, produisaient de loin l'effet le plus pittoresque. On a malheureusement rasé , il y a peu d'années , l'église de St-Pierre pour en employer la valeur à rebâtir le chœur de l'église do Notre-Dame dans le goût le plus déplorable. Courson est, de tout le pays environnant, le lieu le plus anciennement mentionné, puisqu'il fut du nombre des terres

données à l'abbaye de St-Germain-des-Prés par Wandemir, seigneur Franc, et Ercamberte, sa femme, par charte en date de l'an 690. Cette donation cessa, d'ailleurs, d'avoir effet par suite de la conquête de la province par les Normands.

Le droit de présentation à la cure de Notre-Dame-de- Courson appartenait à l'église cathédrale de Lisieux depuis la donation qui lui en fut faite, en 1213, par Guillaume de Tonancourt, donation ratifiée, en 1225, par Hubert de Courson, chevalier, seigneur de ce lieu. Celui-ci descendait, sans doute , de Robert de Courson , un des compagnons de Guillaume-le-Conquérant , dont le nom se retrouve dans les pages du Doomsday-Book. Cette famille de Courson s'éteignit bientôt. Nous ignorons quels furent ses successeurs immédiats ; mais, en H28 , Jean de Neuville était seigneur de Courson. Il était issu de la même souche, mais d'une autre branche que les seigneurs des Loges ; ses descendants possédèrent la terre de Courson, de père en fils, jusqu'en 1662, que Gabriel de Neuville, sieur de Courson , étant mort sans postérité , sa succession fut recueillie par ses cinq tantes , Barbe, Marguerite, Florence, Charlotte et Renée de Neuville , mariées , la première , à Louis Le Prévost , sieur de Perrières ; la seconde , à Denis de Pommelin, et la troisième, à Jean Le Loutrel, sieur du Pommier Enté. Elles vendirent la terre de Courson, en 1663, à Nicolas du Houlley, conseiller au Parlement de Normandie ; celui-ci étant mort en 1682 eut pour héritier son neveu, Adrien du Houlley, seigneur de Courtonne et de Courson, qui mourut au manoir de Courson, en 1724, laissant pour héritière sa fille Cécile- Adrienne du Houlley , mariée, en 1714, à Nicolas Rioult, seigneur de Neuville, Ouilly et Belleau-Vauxmeslin. La famille Rioult de Neuville a possédé depuis la terre de Courson, mais le manoir et une partie des domaines sont sortis de ses mains en 1797.

La seigneurie de Courson relevait de la baronnie de Ferrières et elle avait elle-même dans sa mouvance les fiefs de Poix à Prêtreville et St-Mards-de-Fresnes ; de Lortier, à Auquainville ; de la Cauvinière, des Hayes et de Cedouet , à Courson.

Manoir de Courson, — Le manoir de Courson est une construction en bois assez singulière, et qui paraît dater de la fin du XVe ou du commencement du XVIe siècle : une tourelle de forme bizarre , recouverte en essente , se remarque du côté du nord. Cette construction s'appuie, à son extrémité orientale, sur un vieux mur en pierre et cailloutis d'une grande épaisseur et qui est, sans doute, un reste d'une construction plus ancienne. Nous pouvons constater ici que nos plus anciens manoirs en bois ont quelquefois remplacé des édifices construits en pierre ou cailloutis, mais auxquels la mauvaise qualité des mortiers employés dans ce canton n'a pas donné la durée qui est ordinairement le partage des anciennes maçonneries de ce genre.

Mais la paroisse de Courson renferme le modèle le plus remarquable et le plus connu des vieilles constructions en bois du Pays -d'Auge dans le charmant manoir de Belleau-la- Chapelle, situé à 2 kilomètres du village de Courson et à peu de distance de la route de Livarot.

Manoir deBelleau. — «Le manoirdeBelleau,ditlVI. Pannier, « offre deux belles façades couvertes de bas-reliefs, d'arabesques « et d'écussons sur lesquelles le ciseau naïf du sculpteur s'est <t plu à reproduire tous les caprices de son imagination. Suite l'encorbellement du rez-de-chaussée de la façade méri- <c dionale est représentée une chasse au cerf, dont les diffé- « rents épisodes sont retracés avec cette naïveté charmante « qui caractérise les œuvres des artistes de la dernière pé- « riode ogivale. Dans sa simplicité, l'artiste, manquant de

« hauteur pour placer ses figures debout, a levé cette petite « difficulté en mettant tout bonnement à plat ventre les

ce chasseurs et piqueurs qui poursuivent la bête. Parmi les u curieux bas-reliefs qui décorent les poteaux ou piedsce droits , on remarque Adam et Eve au pied de l'arbre de la (i science du bien et du mal. Eve tient dans ses mains une « pomme. A travers le feuillage apparaît le serpent à tête « humaine , qui se réjouit malicieusement d'avoir trompé la « première femme. La sablière , couverte de gracieux rin- <t ceaux , se termine à ses extrémités par des têtes de « monstres grimaçantes, auxquelles les archéologues ont « donné les noms significatifs de rageurs et avales-poutres. « Les potelets qui garnissent les colombages sont décorés de « légers contreforts surmontés de pinacles. Les tuiles in- (t clinées, placées entre les « colombages , étaient de « deux couleurs différentes , « rouges et noires , alternant ce entr' elles.

« Deux jolies portes à arc « surbaissé, flanquées de grâce cieux contreforts et surmontées d'ogives en accolade , « s'ouvrent vers les extrémités de la façade. L'étage supé- « rieur, construit en encorbellement , est surmonté de trois « belles lucarnes festonnées qui font saillie sur le toit. « En démolissant un petit bâtiment en charpente adossé

« contre la façade septentrionale , on a mis à découvert un « bas-relief dont M. Bouet a fait un dessin. Ce bas-relief, « parfaitement conservé , représente deux oiseaux fantas- « tiques buvant dans un vase dont la forme est celle « d'un calice. Les cous de ces oiseaux, que l'on pourrait « prendre, à première vue, pour des cygnes, sont passés « dans une couronne formant collier. Une jolie tourelle « octogone , renfermant l'escalier, est appliquée contre cette « façade où était placée autrefois l'entrée principale. Une a galerie , à gauche de l'escalier , précède les pièces du rez- « de-chaussée , dont les poutres saillantes étaient autrefois « couvertes de peintures. » Nous donnons , page suivante , le plan du château de Belleau.

« Parmi les armoiries qui décorent l'une des façades , ce nous avons remarqué celles de Bretagne , un écusson « chargé d hermines, qui fixe la date de ce manoir, l'un « des plus curieux spécimens des constructions en bois « élevées sous le règne de Louis XII. »

Toutes les sculptures du premier étage sont empruntées au règne végétal. Il s'y trouve aussi un grand nombre de blasons qui méritent d'être étudiés ; car, sans nul doute, c'est Tarbre généalogique du membre de la famille de Lyée à qui est due la construction de cette splendide demeure.

Trois belles lucarnes à bordures dentelées mouvementent les grands combles. Leur poinçon porte la salamandre , indice certain que leur construction date du règne de François Ier.

La décoration n'est pas moins riche du côté opposé. Blasons, rinceaux grotesques , oiseaux , quadrupèdes , masques humains s'y disputent les sablières , les poteiets , les poteaux d'huisserie . les poteaux corniers et les linteaux des baies.

Parmi les blasons , nous en avons remarqué deux , l'un portant la panetière et les coquilles de saint Jacques , avec

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CANTON DE MVAROT. 737

le bourdon et un bâton croté en sautoir ; l'autre , des outils de charpentier accompagnés des lettres $ B X

Le fief de Belleau-la-Chapelle , mouvant de la seigneurie de Carel , est entré dans la famille de Lyée par le mariage de Robert de Lyée, seigneur de Tonancourt, avec Perrette de Belleau, dame de Belleau et de la Fosse, l'an 1426. Depuis cette époque , cette terre n'a cessé d'appartenir à leurs descendants. Après la mort, survenue en 1505, de Robert de Lyée , petit-fils du précédent et sieur de Lyée , Tonancourt , Belleau , la Fosse , le Coudray et Heurtevent , le fief de Belleau tomba en partage à René de Lyée , l'un des quatre fils qu'il avait eus de son mariage avec Catherine de Querville. C'est probablement de celte époque que date la construction du manoir. On trouve cependant sur un des écussons qui le décorent les armes de Marie de Martainville , dame de Bigars-sur-Risle , que René de Lyée épousa en 1518 : mais il y a lieu de croire que cet écusson, laissé brut au moment de la construction , fut blasonné après coup par l'ouvrier. Le manoir de Belleau , si digne de l'intérêt des amis des arts comme de ceux du pittoresque , était encore il y a peu de temps la résidence de la famille de Lyée de Belleau; mais, à la suite d'un projet de restauration qui n'a pas encore reçu son exécution, il a cessé d'être habité et,

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les intérieurs en ayant été démontés , il est resté dans un état précaire qui inspire des craintes pour sa conservation. Cependant M. de Lyée, membre du Conseil général, nous affirme qu'il se propose de le faire consolider , et nous espérons que ce charmant manoir continuera à faire l'ornement de la vallée dont le gracieux aspect puise un mérite de plus dans la présence de ces vieux restes d'un autre âge. Derrière le manoir, une jolie futaie couvre de son ombre un sol rapidement incliné : un colombier aussi ancien que la maison elle-même l'accompagne. A quelques pas se trouve aussi une chapelle du XVIe siècle qui ne manque pas d'intérêt , mais qui ayant perdu sa destination primitive , a souffert dans son ornementation.

Presque en face de ce manoir, de l'autre côté de la vallée , on voit un château du XVIIe siècle en pierre et brique : c'est un autre Belleau, distingué du premier par le surnom de Belleau-Belleau. Ce fut sans doute dans l'origine une portion du même fief, séparée depuis par un parage; elle est restée dans l'ancienne famille de Belleau , tandis que l'autre fragment entrait dans la famille de Lyée. Guy de Belleau vivait en 1184; sa descendance s'est éteinte, de nos jours , dans la personne de M. de Belleau-Courtonne ; mais celui-ci appartenait à une autçe branche de la même famille : celle de Belleau-Belleau n'a pas survécu à la première moitié du siècle dernier. La propriété a passé dans les mains de la famille Deshayes de Bonneval et d'Apremont, qui l'a revendue il y a peu d'années. Le château, d'ailleurs bien construit, est d'un intérêt médiocre, de même qu'une petite chapelle qui se trouve à peu de distance.

Le manoir de la Cauvinière, situé dans la plaine qui s'étend du côté de Cernay, n'offre guère plus d'intérêt, quoique plus ancien. Le fief de la Cauvinière appartenait , en 1469, à Jean du Vieu; il entra dans la famille Deshayes,

en 1520, par le mariage d'Alix du Vieu avec Pierre Deshayes, seigneur de la Chapelle- Yvon : celui-ci est l'auteur des Deshayes de Forval, de Gassart et de Launay : c'est l'aînée de ces branches , celle de Forval , qui a possédé la terre de la Cauvinière jusqu'au milieu du siècle dernier, et a porté le titre de baron de la Cauvinière. Cette terre a appartenu depuis à la famille Riquier , puis à la famille Ribard, qui en est encore propriétaire.

Le fief des Hayes, autrefois nommé les Grandes et les Petites-Hayes , s'étendait dans la partie du territoire de Courson qui se rapproche de celui de Préaux. Il a longtemps appartenu à la famille Deshayes. Ce fief a passé depuis dans la famille de Mailloc des Éteux, et il fut vendu, en 1764, par Nicolas-François de Mailloc , seigneur de Familly. Il s'y trouvait une chapelle , dite la chapelle des Hayes.

Le fief de Pohyer, situé entre Courson et Bellou, a appartenu, en l/*69, à Nicole Huet, prêtre, et aux XVIe et XVIIe siècles à la famille Le Michel , qui possédait la seigneurie de Bellou. Il lui fut porté par le mariage de Jacqueline de Malherbe , fille de Guillaume de Malherbe , sieur du Bouillon, et de Robinette de Grieu , avec Denis Michel f sieur de Bellou, sous le règne de Louis XII.

Signalons encore à Courson le manoir de Beyville, aujourd'hui dépendant de la terre de Belleau , et qui a appartenu , depuis le XVI' siècle jusqu'à nos jours , à la famille Deshayes de Bonneval et d'Apremont ; puis le manoir de Valsery, encore subsistant , et qui a servi de résidence à une branche de la famille de Bonnechose. Voici, du reste, le nom des gentilshommes qui ont fait preuve de noblesse à Notre-Damede-Courson, en 1666 : Thomas de Bonnechose , sieur de Valsery; Marguerite de Nourry, veuve de Charles de Belleau, sieur de Canapville, tutrice de François et Charles de Belleau, ses fils ; Jean-Baptiste Deshayes , sieur de la Cauvinière ;

Philippe Deshayes , sieur de Beyviiie ; Jean Le Michel , sieur de La Babouelle , et Guillaume de Lyée, sieur de Belleau.

LES MOU TIERS-HUBERT (t).

Les M ou tiers-Hubert , Monasterium Huberti.

Le nom de cette paroisse indique une origine monastique; et peut-être faut-il regarder comme le continuateur du monastère mérovingien ou carlovingien, l'humble prieuré de Notre-Dame-des-Houlettes, dépendant de l'abbaye de Hambie , qui subsistait encore à la fin du dernier siècle sur la lisière du Buisson-Pesnel , autrement foret de Moutiers-Hubert.

Le prieur des Houlettes avait droit d'herbage pour douze vaches et un taureau , dans la forêt.

L'église paroissiale , sous l'invocation de saint Martin , remonte à la période romane pour tout le gros œuvre. Au sud comme au nord , au chœur comme à la nef, on constate parfaitement les caractères de cette époque: appareil en feuilles de fougère, contreforts plats. Toutefois , aucune des ouvertures ne date de la construction primitive. La fenêtre du chevet est à lancette. Les fenêtres latérales du chœur sont modernes. Pour la nef, au nord, l'unique fenêtre est une baie carrée du XVIe siècle. Les ouvertures pratiquées dans le mur du sud sont ogivales flamboyantes. Les contreforts ont été ajoutés en même temps. La partie supérieure du portail, à l'ouest, est revêtue d'cssente. La base seule est en pierre , et tous les caractères accusent le XVIe siècle. Le clocher est assis à l'extrémité orientale de la nef. Il doit dater du XVe ou XVIe siècle.

(1) Notes de M. Charles Vasseiir.

CANTON DE LIVAUOT. 741

On le voit, cette église est petite et fort ordinaire à l'extérieur ; mais l'intérieur présente un grand intérêt. Elle est

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