CHEVET DE I, EGLISE DE MOI1TIERS-H UBEKT
la seule que nous connaissions jusqu'à présent dans l'arrondissement de Lisieux, où l'on trouve des vestiges bien conservés de peintures murales anciennes.
Ces peintures occupent le tympan qui surmonte l'arc triomphal et représentent le Christ sortant triomphant du tombeau, la tète entourée du nimbe crucifère et la main droite bénissante , tandis que la gauche soutient la croix de Résurrection. Cette peinture a du style. Malheureusement elle est, en grande partie, masquée par les dais des deux petils autels.
Ces dais, eux-mêmes, méritent l'attention. Avec celui qui
ombrage le crucifix, ils forment un ensemble bien entendu et qu'on rencontre rarement. Leur exécution ne remonte qu'au XVIe siècle ( V. la page suivante ).
Chacun de ces baldaquins offre la forme d'un quart de cercle , terminé par une petite galerie flamboyante évidée à jour , reliée par de petits pinacles que supportent des têtes d'anges. Il s'appuie sur un lambris qui forme rétable. Cette surface curviligne a été couverte de peintures. L'autel du sud n'en laisse plus voir que des vestiges inappréciables. Le sujet en était sans doute tiré de la Vie de saint Martin , patron de l'église, auquel il devait être consacré selon l'usage. L'autel du nord est encore assez bien conservé. Il représente le couronnement de la Vierge. Les franges des vêtements des trois personnages ( le Christ , Marie et le Père-Éternel ) sont chargées d'inscriptions tirées de l'Écriture et en rapport avec le sujet. Le dais qui abrite le crucifix, la Vierge et saint Jean , au-dessus de l'arc triomphal, est garni des instruments de la Passion et de quelques scènes corrélatives ; mais la conservation laisse beaucoup à désirer.
Je n'ai pas la prétention de donner une idée suffisante de l'effet et de la valeur de cette décoration par la description qui précède : il faudrait des dessins à une assez grande échelle. Alors , on pourrait se convaincre que les décorations adoptées par nos ancêtres parlaient plus à l'esprit et à l'imagination que les misérables pastiches dont on est si engoué aujourd'hui.
L'église de Moutiers-Hubert n'a plus de desservant. C'est certainement à cette circonstance qu'on doit la conservation des précieux objets d'art qu'elle renferme.
La table primitive de l'autel de la Vierge subsiste encore, emprisonnée sous la charpente de l'autel moderne. C'est un cube de pierre, autour duquel court une riche garniture de
ABC TRIOMPHAL ET UN DES PETITS AITELS DE l/ÉGLISE DE MOUTIERS-HUBEBT.
Ikk STATISTIQUE MONUMENTALE DU CALVADOS.
feuilles frisées. On y constate aussi des traces de peinture à la cire. Tous les caractères sont ceux du XVIe siècle.
Le maître-autel du chœur porte la date de 1668, et il a tous les caractères des hauts-rétables de cette époque , sans être un travail hors ligne. Les sièges du chœur sont anciens , c'est-à-dire du XVIe siècle. Ce sont des bancs à panneaux plissés ou à balustres , avec un simple fauteuil de bois pour le célébrant ; point de stalles. On peut voir là encore un modèle pour disposer liturgiquement un chœur d'église rurale ; mais il pourrait se faire que les curés actuels n'y trouvassent pas assez d'effet.
On doit signaler encore, dans une des fenêtres flamboyantes du sud , quelques fragments de vitraux : une Crucifixion et un Agnus Dei ; et dans le chœur une statue gothique de saint Agapit, vulgairement saint accroupi , objet d'un pèlerinage encore suivi.
La cure était divisée en deux portions , à la nomination du roi. Elle dépendait du doyenné de Livarot. Au civil, la paroisse était comprise dans l'élection de Lisieux , sergenterie d'Orbec , et comptait 61 feux, ou 300 habitants. Ce nombre est réduit aujourd'hui à 101.
Faits historiques. Château. — Cette commune, dit M. de Neuville , aujourd'hui peu importante , l'a été beaucoup plus au moyen-âge. Elle était alors le siège d'une importante baronnie ; il s'y trouvait aussi un bourg et un labellionage royal.
La baronnie de Moutiers-Hubert appartenait, au XIe siècle, à la puissante famille Paynel , qui possédait dans le Cotentin les baronnies de Hambye, Moyon , Bréhal, la Haye-Paynel et autres. La terre de Moutiers-Hubert paraît avoir été son berceau , et son nom s'est conservé dans celui du Buisson-Paynel, sous lequel on connaît la forêt qui couvre une partie considé-
rable du territoire de cette commune. Guillaume Paynel était contemporain de Guillaume-le-Conquérant : il fut l'auteur de deux branches dont Tune , fixée en Cotentin , subsista avec honneur jusqu'à la fin du XVe siècle; l'autre, que l'on croit l'aînée, eut, avec la baronnie de Mou tiers- Hubert, de vastes domaines en Angleterre, où elle fonda les prieurés de Dudley et de Tickford et donna son nom à la ville de Newport-Paynell. En 1136 , le seigneur de Moutiers-Hubert, ayant suivi le parti du roi Etienne, fut assiégé dans ce château par l'armée de Geoffroy, comte d'Anjou, qui s'empara de la place et mit à rançon le baron vaincu et trente chevaliers, compagnons de son infortune. Un de ses successeurs, ayant embrassé la cause de Jean-sans-Terre, fut encore plus malheureux : il vit confisquer par le roi Philippe-Auguste sa baronnie de Moutiers- Hubert qui, réunie au domaine royal, n'a pas cessé d'en faire partie jusqu'à la Révolution. La branche aînée des Paynel, définitivement fixée en Angleterre , s'y est éteinte au commencement du XIVe siècle.
L'emplacement de l'ancien château-fort des Paynel est encore reconnaissable. Un monticule, de forme circulaire, situé sur le bord de la Touque et élevé de 3 mètres environ au-dessus du sol voisin , en dessine l'enceinte ; mais il n'y reste aucune trace de maçonnerie ni de fossés. Cette vieille motte est aujourd'hui vouée à la destruction, les terres qui la composent ayant été jugées utiles h des remblais voisins, et dans peu d'années on cherchera en vain le lieu où s'élevait cette antique forteresse.
Sur le territoire de Moutiers-Hnbert se voyait encore , il y a peu d'années, le manoir des Maignans, un des plus intéressants du voisinage : il a été démoli il y a environ vingt ans. Philippot Hardy possédait ce fief en 1469. Il a appartenu depuis à la famille Georges, puis à celle de Malart au XVIIe siècle.
Le manoir de Launay-Chiffretot subsiste encore , c'est une construction en bois à laquelle une tourelle ronde donne un aspect pittoresque ; elle est d'ailleurs peu ancienne : cette terre a appartenu , pendant les XVIIe et XVIIIe siècles , à une branche de la famille Deshayes. Jean-Baptiste Deshayes , sieur de Launay , fit preuve de noblesse à Moutiers- Hubert dans la recherche de 1666.
La paroisse de Moutiers-Hubert possédait autrefois, sur son territoire , le prieuré de Notre-Dame-des-Houlettes , dépendance de l'abbaye de Hambye , et comme elle fondé par un Paynel. Ce prieuré occupait l'extrémité solitaire d'un petit vallon qu'entoure la forêt ; aucun lieu ne pouvait offrir un séjour plus retiré et plus digne d'être la demeure d'un ermite. La chapelle des Houlettes a été détruite , de même que le prieuré, pendant .la Révolution ; mais le sol qu'elle occupait est encore l'objet de la vénération du peuple des campagnes voisines.
Il a existé aussi, dans la paroisse de Moutiers-Hubert, une chapelle dite de Sl-Glair , dont les anciens pouillés du diocèse de Lisieux ne font d'ailleurs aucune mention.
Le canton d'Orbec comprend les vingt communes dont les noms suivent :
Bienfaite.
Cernay.
Cerqueux.
La Chapelle- Yvon.
Cordebugle.
Courtonne-la- Ville.
La Cressonnière.
Le Croupte.
St-Cyr-du-Ronceray.
St-Denys-de-Mailloc.
Familly.
La Folletière-Abenon.
Friardel.
St-Julien-de-Mailloc.
Meulles.
Orbec (chef-lieu).
St-Paul-de-Courtonne.
St-Pierre-de-Mailloc.
Préaux.
Tordouet.
La Vespière.
PREAUX (1).
Préaux , Ecclesia de Pratellts.
La commune de Préaux est réunie , pour le culte , à celle de Meulles. L'église s'élève dans une plaine , à 2 kilomètres du bourg de Meulles et à 1 kilomètre seulement de la route d'Orbec à Livarot. Cette église, placée sous l'invocation de saint Sébastien, appartient à la dernière époque de l'ogive.
Le mur méridional de la nef est percé de trois fenêtres dont deux , divisées par un seul meneau , présentent dans leur partie supérieure des compartiments flamboyants. La fenêtre du milieu a été refaite. Au nord, il n'y a que deux
(1) Notes par M. Pannier, de la Société française d'archéologie.
ouvertures : l'une trilobée , l'autre partagée par un meneau prismatique. Les fenêtres du chœur sont modernes et construites sans goût. Celle du chevet a conservé sa forme primitive et offre une grande ogive qui a été bouchée lorsqu'on a placé le rétable du maître-autel. La sacristie, placée au nord , date de la fin du XVIIe siècle , ainsi que l'indique le chiffre 1680 gravé au-dessus de la porte.
Le portail s'élève à l'occident. La fenêtre qui surmonte la porte est cintrée et à moulures prismatiques. La tour , située au nord-ouest , est terminée par une pyramide à quatre pans et à double épi : cette pyramide est couverte en essente et offre sur chacune de ses faces une petite lucarne. La base de la tour était construite en damier ; la pierre alternait avec le caillou et la brique vernie (verte). Cette base , qui a été réparée sans aucun goût, doit remonter à la fin du XVIe siècle. Elle supporte une poutre sur laquelle est marqué le chiffre 1599, qui indique l'époque de la construction de tout le clocher. Sur une pièce de bois plus élevée on lit l'inscription suivante qui , sans doute , fait connaître le nom du charpentier :
MAS • IOVIS • CAIONNVI CAISI DE CE LIEV •
La cloche porte l'inscription suivante :
SOVS LA PROTEXTION DE SAIM SÉBASTIEN IAY ÉTÉ BÉNIK DV VEV GÉNÉRAL ET EN PRÉSENCE DE LA MUNICIPALITÉ ET DE TOVS LES PAROISSIENS DE PRÉAVX.
LA VILLETTE DE LISIEVX DE PRÉSENT A SAINT MARTIN DE LA L1EVE MA FAITE AN 1792.
Diamètre : 96 centimètres.
L'intérieur de l'église est bien décoré. Le maître-autel , d'ordre corinthien , a un beau rétable orné de quatre colonnes rudentées. Les deux petits autels placés à l'entrée du chœur sont du même style.
CANTON D'ORBËC. 7&9
Au-dessus de Tare triomphal est une toile peinte appliquée contre le mur. La partie inférieure de cette toile , qui représente le Jugement dernier , a été déchirée ; on nous en a montré les débris qui ont été relégués dans la tour. La partie supérieure, qui seule a été conservée, montre les élus dans le Paradis.
Dans la nef, on remarque une jolie chaire dans le style Louis XIV. Sur celte chaire est gravée , en caractères romains , l'inscription suivante :