IEAN LEERON TRÉZORIER A FAICT FERRE LA CHER RE EN L'AN
Sur un vitrail de la nef se voit un écusson d'azur au soleil d'or sortant d'wie fleur . . . aussi d'or , feuillée de k feuilles de sinople.
On voit , dans le cimetière , un très-bel if qui a U mètres 20 centimètres de circonférence.
Château. — Le château de Préaux, situé en face du portail de l'église , est appelé par les habitants de la commune la Moinerie , ce qui fait supposer que c'était un ancien prieuré. Ce château appartient à deux époques différentes. Le corpsde-logis principal . construit en pierre et surmonté d'un fronton , a dû être élevé sous Louis XV. Ce bâtiment est flanqué , au nord , de deux jolies tourelles en pierre percées chacune d'une fenêtre carrée avec nervures prismatiques. L'une des fenêtres est garnie d'une belle grille en fer dont les barreaux offrent des annelures, alternativement horizontales et verticales, artistemenl entrelacées (même disposition que la grille d'une maison située à Lisieux , a l'angle de la rue du Paradis et de la Grand'Rue). Ces tourelles sont plus anciennes que le corps-de-logis et doivent remonter au XVIe siècle. Le tout est surmonté de belles cheminées en briques
présentant , dans la partie inférieure , une série d'arcatures. Dans la cour s'élève un beau colombier décoré de pilastres. On remarque dans sa construction des assises alternatives de brique et de pierre.
MEULLES (1).
Meulles , Molce , Mollce , M oeles , Meules.
La paroisse de Meulles s'étend dans la plaine qui sépare la vallée de la Touque de la vallée de l'Orbiquet. Son origine est fort ancienne , car on la trouve mentionnée dans des chartes dès le commencement du XIe siècle. Toutefois , jusqu'à présent , on n'a pas trouvé sur son territoire de vestiges de l'occupation romaine. "
L'église est un grand vaisseau largement éclairé ; le chœur forme une très-légère retraite sur la nef. On y entre par une porte moderne , ouverte dans le mur de l'ouest et précédée d'un appentis en briques qui joue le rôle de porche. Au-dessus , dans le triangle du pignon , s'ouvre une fenêtre également moderne. L'amortissement du gable est une croix de fer dont le pied sort d'une gerbe de lis emboutie : je ne crois pas que cette œuvre de ferronnerie puisse remonter jusqu'au XVIe siècle.
La tour flanque l'angle nord, au niveau du mur du portail ; mais elle fait complètement saillie sur le mur latéral. Elle offre les caractères de l'époque romane. Deux contreforts très-plats en grison buttent chaque face ; les murs sont en blocage de silex. La seule ouverture qu'elle possède est une petite fenêtre cintrée ouverte à la base , vers l'ouest. Le cou-
(i) Notes par M. Gh. Vasseur.
ronnement consiste en une pyramide carrée servant de base à une flèche couverte d'ardoise.
Les murs latéraux sont d'époques diverses. Celui du nord, divisé en travées régulières par des contreforts peu saillants et parementé en pierre de marne de grand appareil , date du XVI0 siècle. Les fenêtres ont été repercées postérieurement, sauf une. Au midi , la première travée , près du chœur , est seule du XVIe siècle ; le reste est moderne , comme toutes les ouvertures.
Le chœur tout entier appartient au XIIIe siècle , mais il a subi des remaniements considérables ; les seules parties restées caractérisées sont les deux contreforts du chevet , la corniche en quart de rond des murs latéraux. Les fenêtres sont du XVIIIe siècle , ou même plus récentes du côté du nord ; mais dans la travée centrale du midi subsiste une belle ogive à moulures prismatiques, avec un meneau et une tracerie flamboyante; les autres sont, comme au nord, sans caractère.
Une sacristie en pierre, du XVIIIe siècle, d'assez bonne construction, cache la plus grande partie du chevet; on constate pourtant encore qu'il était presque tout entier occupé par une large fenêtre.
Les combles sont couverts en ardoise, ce qui leur ôte beaucoup d'ampleur et d'effet.
L'intérieur, modernisé , peut se décrire en quelques lignes. Voûtes plâtrées, après enlèvement des charpentes apparentes. Maître-autel insignifiant, avec un tableau daté de 1821. Le tabernacle, de forme ovale, avec trois niches, offre des peintures intéressantes.
Dans la seconde fenêtre, au nord, il subsiste quelques fragments de vitraux , entre autres un petit sujet, venant d'un couronnement de fenêtre flamboyante, représentant le Christ en croix avec la Vierge et saint Jean.
Indiquons encore, comme méritant un coup-d'œil , six stalles en chêne sculpté style Louis XV, d'un bon travail.
L'arc triomphal consiste en une ogive à moulures prismatiques portées sur deux pieds-droits semi -cylindriques , disposition propre au XVIe siècle.
Les deux petits autels qui l'accompagnent doivent remonter au règne de Louis XIV. Ils sont à tombeau droit. Leur rétable se compose de deux colonnes corinthiennes cannelées, rudentées, portant un fronton cintré coupé en volute, avec un cartouche au centre pour amortissement. Une niche occupe l'entrecolonnement.
La tour était autrefois en communication avec l'église au moyen d'une arcade légèrement ogivale, à large voussure sans aucune moulure , appareillée en grison. Ce caractère fixerait la construction de la tour à l'époque de transition , bien que son aspect extérieur accuse une époque un peu antérieure.
Les amateurs d'ancienne liturgie trouveront, dans la sacristie de Meulles, une petite bibliothèque digne de fixer l'attention. Nous citerons seulement :
1° Un Missel de 1672. Lyon , Antoine Beaujollin ;
2° Un Antiphonarium. Parisiis, ve Hérissant, 1695;
3° Missale Romanorum ex decreto sacrosanai Concilii Tridentini restitutum, etc. Lutetiae Parisiorum, sumptibus Joannis Henault , JV1DGLV.
Le frontispice représente saint Pierre et saint Paul et deux anges au pied d'une croix.
M. Bouet a dessiné un lutrin qui pourrait être contemporain de ces vieux livres, et qu'en cette qualité, sans doute/ on a relégué dans un magasin humide.
La Confrérie de charité a été érigée, en 1552 , sous l'administration du cardinal Jacques- d'Annebaut. Elle obtint une bulle d'Urbain VIII en 1637. Supprimée, à la Révo-
lution , au nom de la liberté, elle s'est reconstituée en 1803; elle remplit encore ses fonctions.
Les statuts n'offrent rien de particulier. On trouve son blason dans V Armoriai de d'Hozier.
L'église de Meulles fait partie du doyenné d'Orbec : elle est dédiée à saint Pierre. Le patronage appartenait à l'abbaye de St-Pierre-sur Dives. Primitivement, Beaudouin de Meulles, fils du fameux comte Gillebert de Brionne , en avait aumône la moitié à l'abbaye de St-Amand de Rouen , pro maire sua. Ce monastère a conservé dans la paroisse des biens taxés à 50* de décimes.
S'il faut en croire Farin, les religieuses Emmurées de Rouen reçurent aussi de saint Louis, au moment de leur fondation , une masure et jardin à lui appartenant a Meulles , diocèse de Lisieux, pour en faire une grange.
La croix de cimetière date du dernier siècle. L'if situé à l'angle nord-ouest de l'enclos est magnifique ; son tronc mesure 1 1 pieds de circonférence.
Renseignements historiques. — Le plus ancien seigneur de Meulles mentionné dans l'histoire est Beaudouin, deuxième fils du comte Gillebert de Brionne , issu des ducs de Normandie ; il prit part à la conquête de l'Angleterre , et obtint du Conquérant la ville d'Exeter et la vicomte de Devonshire. Il mourut en 1091. Il eut un lils , nommé Robert, et une fille qui épousa Guillaume d'Avranches.
Un seigneur de Meulles se battit à Brenneville , en 1119, du côté de Guillaume Cliton , dernier rejeton des ducs de Normandie.
Vers 1207 , Nicolas de Meulles fit des donations à l'abbaye de St-Pierre-sur-Dives ; enfin , en 1366 , Guillaume de Meulles aumônait aussi des biens à l'hôpital d'Orbec.
Le registre des dons de Henry V, roi d'Angleterre, parle
de damoiselle Catherine de Meulles , veuve de feu Renard de Chambray ; mais je n'ai pu établir une filiation suivie pour ces divers personnages qui , probablement , n'appartiennent pas à la même famille.
A la fin du XVe siècle et au XVIe , on trouve mention d'un certain nombre de fiefs situés sur le territoire de Meulles : le Hamel-Crossart, appelé par Cassini le Hameau- Boissard, possédé, en 1469, par Robin des Landes; — firionne , qui fut longtemps dans la maison d'Harcourt ; — les Esteux , dont on trouve en possession, en 1469, un nommé Pierre La Perque; en 1524 , Marc de Malenoue; et, au commencement du XVIIIe siècle , Philippe de Mailloc , d'une autre famille que les titulaires de la baronnie de Mailloc; — enfin la Cousture, dont jouissait, en 1562, Julien Cruerin , escuyer.
La paroisse de Meulles dépendait de l'élection de Lisieux , sergentcrie d'Orbec. Elle ; comptait 220 feux ou 1,100 habitants. La population actuelle est de 780.
Maistre Pierre Després, régent au collège Dubois vers 1517, docteur en théologie et très-grand prédicateur, a vu le jour au village de Meulles.
FAMILLY (1).
Fami lly , Famille yum.
Comme Meulles, cette paroisse occupe une plaine, au milieu de laquelle s'élève l'église isolée , sans agglomération de maisons. Le château, situé un peu plus loin au nord de l'église , occupe seul la ligne d'horizon ; sa silhouette est peu mouvementée.
(1) Notes de M. Ch. Vasseur.
L'église est sans importance et sans valeur architectonique. Le portail pratiqué dans le pignon occidental est moderne. La porte d'entrée se trouvait autrefois dans la dernière travée du côté du sud. On en voit encore la trace : elle avait un linteau droit sur lequel on avait tracé légèrement en creux une accolade. Un porche , dont on trouve encore les arrachements, la protégeait. Les fenêtres sont régulièrement disposées sur les deux murs latéraux, divisés en quatre travées par des contreforts. Ces fenêtres, ogivales ou cintrées sublrilobées , accusent la fin du style ogival tertiaire. En effet, la construction ne doit pas être antérieure au XVIe siècle, car les murs et les contreforts sont bâtis en grès, et l'exploitation de ces roches n'a pas dû se faire avant la fin du XVe siècle.
Le clocher, en ardoise, n'offre rien à signaler; seulement, au lieu d'être à cheval sur le faîte , suivant l'usage, il s'élève sur l'angle sud-ouest, et sa base forme saillie à l'intérieur, au-dessus de la porte primitive.
Le chœur , en retraite sur la nef, n'a aucun caractère qui puisse mettre à même de déterminer l'époque de sa construction ; les murs sont en blocage de silex non taillé , avec angles en grès grossier, sans contreforts. Les ouvertures sont du XVIIe siècle.
Le maître-autel à haut rétable, à tombeau droit , revêtu d'un parement de toile peinte , peut remonter au XVIIe siècle , mais il a certainement été retravaillé à une époque récente.
La voûte a été blanchie , et on a coupé les entraits qui la maintenaient.
Lare triomphal est ogival avec moulures prismatiques portant sur des pieds-droits semi-cylindriques.
La voûte de la nef, assez bien conservée, accuse le XVe ou le XVI* siècle. Ses sablières sont soutenues par des cor-
beaux de pierre fort saillants , comme nous en avons déjà rencontré à Ouillie-du-Houlley , et au Mesnil-Guillaume.
Les deux petits autels dédiés à saint Jean-Baptiste et à la Sainte- Vierge datent du règne de Louis XIV. Ils ont été enlevés à l'église supprimée de la Halboudière. Leurs retables se composent de deux colonnes torses avec ceps de vigne , portant un fronton coupé en volute , avec une niche en amortissement. Un tableau occupe le centre.
Deux petites piscines accompagnent ces autels.
Il reste aux fenêtres quelques lambeaux de vitraux dans le style de la Renaissance.
Les fonts baptismaux sont en grès , de forme octogone ; sans la date 1696 qu'on voit sur une des faces, on les attribuerait facilement au XVIe siècle.
La sacristie est surmontée d'une croix en fer assez curieuse, dont nous croyons devoir donner le dessin.
L'église de Familly est sous l'invocation de saint Jean-Baptiste. Elle était comprise dans le doyenné d'Orbec. Le patronage appartenait à l'évêque de Lisieux. Suivant un acte des archives du Calvados , du 5 septembre \kkk , ce droit lui fut contesté par le chapitre , et en 1451 l'un et l'autre présentèrent de concert.
CAKTON d'oKBF.C. 757
Château — Le château est situé au nord de l'église, dans une ligne parallèle, au milieu d'un vaste enclos et sans aucun entourage. On peut considérer que ce qui existe actuellement n'est qu'une aile du château primitif, soit qu'il ait été terminé , ou qu'il soit resté en projet. Un fossé devait entourer le pied des murs : on en voit encore quelques traces devant la façade du nord. L'architecture, dans ses principales parties , rappelle l'évêché de Lisieux. Toutefois , la brique seule a été employée et d'après un système tout particulier.
Dans l'état actuel , la principale façade regarde le nord. Elle est flanquée à ses extrémités par deux pavillons. Les angles sont à refends ; les trumeaux , dans l'intervalle des fenêtres, sont occupés par des cartouches ménagés en recreusant tout autour le parement de la muraille , enduit ensuite d'un crépi jaunâtre qui fait ressortir la couleur rouge de la brique. On a , par ce même procédé , tracé, au-dessus du cordon de séparation des deux étages , une balustrade à fuseaux renflés d'un galbe Jéger et délicat. Des lignes de briques noires forment zigzag sur la frise de la corniche, et dessinent des losanges sous l'appui des fenêtres (V. la page suivante).
Le corps central compte cinq fenêtres et sa décoration est semblable à celle des deux pavillons. Les combles sont en ardoise , coupés harmonieusement par des lucarnes à fronton alternativement triangulaire et circulaire. Ce motif est imité certainement de la partie de l'évêché de Lisieux qui date du règne de Louis XIII.
La façade du sud présente une disposition analogue dans la moitié de son étendue ; l'autre moitié offre des amorces et des remaniements confus qui indiquent évidemment qu'un corps-de-logis, maintenant détruit, s'appuyait sur cette partie. Ce devait être le corps principal.