‹ Statistique & observations de chirurgie hospitalière [electronic resource]Chapitre 118 sur 141 · XII. — Tumeurs bénignes · texte numérisé non relu

XII. — Tumeurs bénignes

i* Kystes sébacés,

2 cas. — 2 hommes : 2 opérés, 2 guéris.

L'un de ces kystes était suppuré. Ils furent opérés par la dissection et Fablation de la paroi. Suture de l'incision, guérison en une semaine.

2° Névrôme.

1 cas. — 1 femme : 1 opérée, 1 guérie.

Le névrôme occupait la branche cutanée du nerf radial gauche. Il fut enlevé avec succès.

3° Exostoses.

3 cas. — 3 hommes : 1 opéré guéri, 2 traités.

Parmi ces 3 cas, 2 étaient des exostoses épiphysaires de croissance (obs. 357), 1 était une exostose de la diaphyse, exostose dont la nature syphilitique fut démontrée par l'efficacité du traitement spécifique.

Obs. 357. — Deux faits d^exostose ëpiphysaire de Vhumérus. — 1° Victor T..., journalier, âgé de 29 ans, entré le 11 novembre 1884, portait, à l'extrémité inférieure de l'humérus droit,

à quatre travers de doigt au-dessus de l'épitroclilée, une exostose ostéogénique de forme pyramidale. A la suite d'une contusion du bras, les tissus qui recouvraient cette exostose, étaient devenus douloureux. C'était pour ces douleurs que le blessé entrait à l'hôpital. Après quatre jours de repos et d'applications résolutives, Victor T..., ne souffrant plus, voulut sortir. Je ne l'avais pas poussé à faire enlever son exostose, car elle ne dépassait pas le volume d'une petite noix et elle était habituellement indolore.

2» Jules T.. âgé de 15 ans, entré le 27 juillet 1888, avait, au contraire, un exostose de croissance douloureuse.

Celle-ci était située à l'extrémité supérieure de l'humérus droit, soulevait le deltoïde et gênait les mouvements du bras. Il était indiqué de l'enlever.

Le 1"=' août. Chloroformisation. Incision dans le sens des fibres du deltoïde. Excision de l'exostose et rugination de sa base d'implantation. Suture et pansement de Lister. Réunion immédiate.

Le 8 août. Sortie.

4" Angiome.

1 cas. — 1 homme : 1 opéré, 1 guéri.

Obs. 358. — Angiôme caverneux du tissu cellulaire sous-cutané; ablation ; guérison. — Un garçon de 10 ans, Eugène R..., est amené à la Pitié, le 20 septembre 1882, pour uue tumeur sur la partie postérieure et externe du bras droit. Cette tumeur a le volume d'une petite noix. Elle est de forme hémisphérique, sans bosselures. Sa consistance, molle et élastique, donne au toucher la sensation d'un petit lipome. La peau a conservé sa coloration normale, et n'adhère pas à la production morbide. Il y a à peu près deux ans qu'on s'est aperçu de la tumeur. Depuis lors, elle n'a occasionné ni douleur, ni gêne, mais elle augmente de volume.

Le diagnostic reste incertain et penche pour un lipome ou pour une tumeur érectile sous-cutanée.Quoi qu'il ensoit,ropération doit être la même.

Le 20 septembre. Le jeune malade est endormi par le chlo-

roforme. Une incision de la peau met à nu la tumeur, qui est située dans le tissu cellulaire adipeux, au-dessus de l'aponévrose. Sou isolement est facile. Les tissus du voisinage saignent modérément. Deux points de sature suffisent à arrêter l'écoulement sanguin. Pansement de Lister.

Le 2 octobre. La réunion est complète.

Examen liislologique par M. Babinski : La tumeur a été durcie par l'alcool. Après coloration au picrocarmin, on voit, sur une coupe, que la périphérie est constituée exclusivement par du tissu adipeux, et que le centre est formé par un stroma caverneux. Les parois des vacuoles sont constituées par des faisceaux colorés en rouge et parsemés de noyaux peu nombreux, colorés aussi en rouge plus foncé. Ce sont des faisc-aux et des noyaux de cellules du tissu conjouctif . Les alvéoles du stroma sont très volumineux, très rapprochés les uns des autres, et d'une forme arrondie, allongée ou étoilée. Au pourtour des alvéoles on voit des fibrilles élastiques colorées en jaune, et, dans leur cavité, des globules de sang. Certains de ces alvéoles sont remplis de sang, d'autres se sont vidés pendant la préparation histologique. Cette texture montre qu'on avait affaire à un angiome caverneux de la variété des tumeurs érectiles veineuses.

5° Anévrysme artérioso-veineux de l'aisselle, 1 cas. — 1 homme : 1 traité, état stationnaire.

Obs. 359. — Le nommé Eugène G..., âgé de 24 ans, ouvrier au chemin de fer d'Orléans, m'est adressé par mon collègue, le D"" Gai lard, le 27 octobre 1880.

Cet homme a reçu dans la j'égion de l'aisselle droite un coup de revolver, il y a plusieurs années. La plaie faite par la balle est imperceptible. Quant à la balle elle-même, on ignore si elle est restée dans les tissus.

Le malade se plaint d'un engourdissement et d'une faiblesse dans tout le membre supérieur droit. Ce membre ne présente pas de trouble dans sa circulation ; le battement de ses artères est normal, et ses veines ne sont pas dilatées.

En explorant l'aisselle, je ne trouve aucune tumeur réduc-

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tible ou irréductible. Mais, en auscultant, j'entends un bruit de souffle continu avec un renforœment au moment de la diastole artérielle, et je perçois un frémissement.

Ces signes indiquent qu'il existe un anévrysrae artériosoveineux. La communication de l'artère axillaire n'existe vraisemblablement qu'avec une petite veine et non avec une des grosses veines de l'aisselle, car il n'y a aucune dilatation veineuse. Il n'y a pas non plus de poche anévrysmale intermédiaire ou surajoutée.

Comme traitement, j'ai essayé la compression mécanique, qui n'a amené aucun résultat. J'ai essayé ensuite l'électropuncture en enfonçant les aiguilles dans le point où le bruit de souffle était au maximum. Quatre séances n'ont produit aucune modiflcation dans les phénomènes pathologiques. Comme la gêne fonctionnelle de notre malade était, en somme, peu considérable, je n'ai pas voulu pousser plus loin la thérapeutique chirurgicale.

Le 1" décembre, Eugène 0. . . quitta le service.

XlIL — Tumeurs malignes.

1° Kéloïde.

1 cas. — 1 femme : 1 traitée, améliorée.

Obs. 360. Une femme de 31 ans, repas-seuse, vient dans mon service, le 10 octobre 1881, pour se faire traiter d'une ulcération rebelle, située à la partie externe et moyenne du bras droit. Cette ulcération s'est formée à la place "d'un cautère entretenu pendant plusieurs années. Ses bords sont indurés, froncés, taillés à pic. La saillie des bords est formée par un tissu lisse, recouvert d'un épiderme à travers lequel on voit de petites traînées vasculaires. A une certaine distance des bords la peau est parsemée de tubercules durs, lisses, semblables aux productions cancéreuses de la peau. Cependant il n'existe pas de ganglions dégénérés dans l'aisselle. La malade ne signale pas d'élancements douloureux.

Mon diagnostic fut celui de kéloïde ulcéré avec caractères malins.

Des pansements iodoformés et l'iodure de potassium à l'intérieur, jusqu'à la dose de trois et de quatre grammes, semblèrent améliorer l'aspect de l'ulcération. Mais elle était loin d'être guérie, lorsque la malade quitta le service le 9 novembre. Elle n'a pas pu être suivie.

2° Ostéo-sarcôme de Vhumérus.

1 cas. — 1 homme : 1 opéré, 1 guéri.

Obs. 361. — Osléo-sarcôme de t extrémité inférieure de Vhume'rus ; désarticulation de V épaule ; guérison. — Le nommé A..., âgé de 55 à 60 ans, avait ressenti pour la première fois une vive douleur dans le coude droit en saisissant la rampe d'un omnibus en marche. Depuis lors, la douleur se fit sentir de temps eu temps sous la forme d'élancements. Au bout de quelques semaines, l'extrémité inférieure du bras se tuméfia et les mouvements de l'avant-bras furent moins libres.

En examinant le malade, je constate, au-dessus du coude, une tumeur dure faisant corps avec l'humérus, peu douloureuse à la pression, recouverte d'une peau saine, sillonnée de quelques veines dilatées. L'articulation du coude elle-même, n'était pas affectée, et si ses mouvements étaient limités, c'est que la tumeur débordait en avant et en arrière la trochlée humérale. Les ganglions axillaires n'étaient pas tuméfiés.

Le diagnostic d'ostéo-sarcôme de l'extrémité inférieure de l'humérus n'était pas douteux. Gomme conséquence, une opération s'imposait.

Une amputation du bras n'aurait pas donné une sécurité suffisante contre la récidive, car le cancer pouvait remonter dans le canal médullaire beaucoup plus haut que ses limites apparentes (fig. 22). Il fallait pratiquer la désarticulation de l'épaule, qui fut acceptée par le malade.

Le 2 mai 1884.Chloroformisation. Désarticulation de l'épaule par le procédé en raquette. Perte de sang peu considérable. Suture du lambeau. Drainage.

BRAS

Le soir. T., 38,2. Pouls, 104. Suintement sanguin assez abondant.

Le 3. T., 37,5.

Le 4. Premier pansement.

L'état général est satisfaisant.

Le 5. Le pouls oscille entre 100 et 104. Je donne une dose de dix centigrammes de sulfate de quinine toutes les trois heures.

Le 8. Deuxième pansement.

Le 12. Troisième pansement.

La réunion immédiate est faite dans la profondeur.

Le 19. Un peu de suppuration à la partie inférieure, entre les lèvres du lambeau.

Les pansements sont renouvelés tous les trois ou quatre jours.

Le 7 juin. La cicatrisation est complète.

A... est resté guéri pendant plus de trois ans. Sa santé s'est altérée dans le courant de la quatrième année qui suivit son opération. J'ai appris qu'il était mort d'une maladie pulmonaire, probablement d'une récidive cancéreuse dans le poumon.

Le dessin de la tumeur enlevée représente un bel exemple d'ostéo-sarcôme de l'humérus (fig. 22).

Opérations sur Thumérus.

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