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XII. — Tumeurs bénignes

1° Lipomes.

4 9 nie i ^ hommes : 1 opéré, 1 non opéré )

j 10 femmes : 10 - 0- - j ^ mort.

La fréquenee relative des lipomes de l'épaule chez la femme est un point digne de remarque.

L'épaule gauche et l'épaule droite en ont présenté le même nombre (6 lipomes à gauche, 6 à droite).

Le lipome apparaît rarement pendant la jeunesse. C'est une tumeur de l'âge mûr. Le plus jeune de mes malades avait trente ans et son lipome existait depuis cinq ou six ans. L'âge moyen des malades, que j'ai dû opérer, était de quarante-six ans. Presque toujours le lipome était né depuis plusieurs années, depuis quarante ans chez une femme âgée (obs. 379), avant qu'il ne fût indiqué de l'opérer.

Trois indications principales m'ont conduit à enlever les lipomes de l'épaule : leur volume, et par suite la gêne et la dilTormité qu'ils produisaient-, leur accroissement rapide, qui faisait craindre une dégénérescence maligne; les douleurs qu'ils occasionnaient accidentellement. Un homme, qui portait un lipome gros comme lepoing,n(i fut pas opéré, parce qu'il n'éprouvait aucune douleur et aucune gêne (obs. 241).

Le volume des lipomes, que j'ai enlevés.égalaitcelui d'une orange pour les plus petits, et celui des deux poings et même d'une tête d'enfant pour les plus gros.

Ils siégeaient 6 fois sur le moignon de l'épaule et 0 fois sur la région de l'omoplate.

Après avoir enlevé ces lipomes, j'ai toujours réuni les 'lèvres de l'incision par une suture. Sur 11 opérations, j'ai obtenu 10 réunions immédiates. Chez 1 des opérés, un érysipèle, contracté dans le service, lit sup|)urer la plaie, et la guérison ne fut complète qu'au bout de quarante-six jours (obs. 380). Les autres opérés ont été guéris dans un délai moyen de onze jours.

Obs. 379, — Gros lipôme de Vépaule ; ablation; guérison. — La nommée Marie G..., âgée de 69 ans, entre dans mon service le 5 juin 1889. Elle a une très bonne santé. Aucune maladie antérieure. Elle porte, sur l'épaule droite, une volumineuse tumeur, qui a débuté il y a plus de quarante ans, et qui a progressivement augmenté devolume sans causer aucune douleur

Figure 23.

Lipôme pédiculé de l'épaule (dessin par M. Terson, interne du service),

ni aucune modification dans l'état général. Grosse comme une ;• noix à l'oi igine, la tumeur est actuellementplusgrossequ'une m tête d'adulte. Elle est très molle et donne la sensation d'une ^

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fausse fliTctuatioQ. Kl le préseni-e de gros lobules à sa surface. Elle est pédiculée, et son point d'implantation, très petit, est situé sur la partie externe du creux sus-claviculaire droit, exactement au-dessus de la clavicule. Elle s'étend en dehors et repose sur la région delto'idienne. La tumeur s'est rapidement accrue dans ces deux dernières années |flg. 23).

Los oi'ganes internes sont en bon état. Urine sans sucre ni albumine. Pas d'amaigrissement notable.

Le 8. Ctiloroformisation facile. Incision un peu au-dessus du pédicule, empiétant sur la peau de la tumeur. Dissection du pédicule et ablation de toute la masse, dont la coupe confirme le diagnostic de tumeur graisseuse. Suture avec les crins de Florence. Pansement de Lister. >

Les suites de l'opération ont été fort simples. Malgré un léger tiraillement de la peau, la réunion a été immédiate, sans trace de suppuration.

Le 17. La npalade sort en très bon état, gardant encore deux points de suture. Elle doit revenir pour les faire enlever.

Le poids du lipome était de L170 grammes.

Obs. 380. — Lipome de r épaule; ablation;éri:/sipèle, guérison. — B... (Marie), cuisinière, âgée de 48 ans, est d'une bonne santé habituelle. Sa constitution est maigre et sèche. Elle a cessé d'être réglée à quarante- cinq ans.

Elle se présente, le 15 avril 1885, avec une tumeur du volume d'une tète d'enfant, située dans la région de l'omoplate droite, recouvrant les régions sus et sous-épineuses et empiétant un peu sur le deltoïde. Cette tumeur, dont elle ne peut préciser le début, lui a été révélée, il y a trois ou quatre ans, par des amis qui lui ont signalé la difformité de son épaule. A ce moment, elle avait déjà le volume du poing. Depuis, elle n'a pas cessé d'augmenter, et maintenant elle est devenue une gêne à cause de son volume (fig. 24).

La tumeur est mobile sous la peau et sur les parties profondes. Elle est molle, donnant presque la sensation de la fluctuation, présentant, à la palpation, plusieurs lobes. M. Polaillou diagnostique un lipome.

Le 18, la malade est chloroformisée. Une incision verticale

est pratiquée, mettant à nu la tumeur, qui est enlevée. L'opération fut relativement assez sanglante. La plaie fut réunie par des fils d'argent. Deux drains furent placés, l'un à l'extrémité supérieure, l'autre à l'extrémité inférieure de l'incision, et on fit un pansement de Lister.

Le 19. On est obligé de renouveler le pansement, qui s'est imprégné de sang.

Le 21. Depuis l'opération, la malade va trés^bien, elle a une température qui oscille entre 37°,8 et 38". La plaie est en voie de réunion, on peut enlever quelques fils.

Le 26. La malade a, depuis la veille, une poussée fébrile très accentuée, la température a atteint 4û°,8 le soir et 39°,8 le matin. Elle a eu des nausées et des frissons. En enlevant le pansement, on constate un érysipèle autour de la plaie, qui est désunie sur presque toute son étendue et qui suppure abondamment.On badigeonne avec du collodionla sur-

^innmorln1'5r^o„l • -vr^, face de la peau érysipé-

Lipomedel épaule (dessmpar M.Glover.i , , '■

lateuse, et on applique

un nouveau pansement phéniqué.

Le 28. La lempérature est très élevée ; elle atteint tous les soirs 40°à40°6; le matin elle oscille entre 39",6 à39°,8.L'érysipéte n'a point pénétré sous le pansement phéniqué, mais il le borde et s'étend aux deux membres supérieurs, à la nuque et à une grande partie du tronc.

Le P'^mai. Le température est toujours aussi élevée. La nialade ne peut rien manger sans avoir des vomissements. L'érysipèle est toujours aussi étendu. La plaie continue à suppurer. Pansoment avec une solution de sublimé au 1/1000°.

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Le 4. La température est toujours extrêmement élevée; elle oscille entre 39'\8 et 40%6. La malade vomit continuellement, est très faible et ne cesse de pousser des gémissements. L'érysipéle semble pâlir un peu. La plaie suppure moins. Cependant M. Polaillon est obligé de pratiquer une contre-ouverture pour vider un vaste décollement, qui s'est formé au-dessous de la partie inférieure de l'incision et il place un drain dans cette contre-ouverture. Lavage au sublimé. Pansement au sublimé.

Le 7. La température diminue. La plaie a très bon aspect. Ses lèvres se rapprochent en haut et en bas de l'incision ; le décollement a diminué des deux tiers.

Le n. L'érysipéle a disparu. La malade n'a presque plus de fièvre ; 37" à 38". La plaie est réunie à sa partie supérieure, le décollement n'existe presque plus, et ne communique plus avec la plaie opératoire. La suppuration est tarie. ^ Le 18. La malade mange un peu et reprend ses forces. Elle s'est levée; mais il est survenu un peu d'œdéme aux jambes, sans trace d'albumine dans les urines. La plaie est réunie dans presque toute son étendue; il ne reste plus au centre qu'une surface losangique.qui bourgeonne et tend chaque jour à diminuer d'étendue. On continue les lavages etle pansement au sublimé.

Le 3 juin. La plaie est presque complètement cicatrisée. La malade part pour le Vésinet. L'œdème des jambes a disparu. L'état général est bon.

2° Enchondrôme.

1 cas — 1 homme : 1 opéré, 1 guérison.

Obs. 381. — Enchondrôme hyalin de l omoplate \ réseclion de la fosse sous-épineuse pour en faire C ablation; guérison. ^In thèse de M. Barthélémy sur V Enchondrôme de l'omoplate \ Paris. 1889, p. 54.) - Le nommé D... (Charles), âgé de 30 ans,' typographe, entre le 11 mars 1889, salle Broca, à la Pitié. Il fait remonter à dix-huit mois le début de l'affection qui l'amené à l'hôpital. A cette époque, le 25 novembre 1887, le

MEMBRR SUPÉRIEUR

malade fît une chute sur le clos d'une hauteur de deux métrés. Cet accident n'eut aucune suite immédiate.

Il y a quelques mois, il s'aperçut que son épaule gauche était un peu plus volumineuse que l'autre. N'éprouvant aucune douleur, il n'y prêta pas attention ; lorsque, le 2 mars dernier, eu chargeant de lourds paquets, il ressentit une certaine gêne dans cette épaule. Son médecin, le T)' Floquet, constata qu'il existait une tumeur à la partie inférieure de l'épaule gauche, en arriére, et lui conseilla d'entrer dans le service de M. Polaillon.

Antécédents. C'est un homme d'une bonne sauté habituelle. En 1882, étant en Algérie, il fut atteint de fièvres intermittentes, dont il eut quelques accès jusqu'en 1884. Depuis cette époque, il. n'eut plus d'accès.

Ses parents n'ont jamais eu d'affections osseuses. On ne trouve pas trace de rachitisme, ni chez lui, ni dans sa famille.

lî^lat actuel. Le malade est un homme vigoureux, de bonne constitution. Il nie avoir eu la syphilis dont il ne présente, d'ailleurs, aucune trace.

A la face postérieure de l'omoplate gauche, il existe une tumeur, légèrement saillante, de forme triangulaire, étendue de l'épine de l'omoplate à l'angle inférieur de cet os. Elle est de la grosseur d'une orange. C'est une tumeur sessile, intimement adhérente à l'os avec lequel elle fait corps, et dont elle suit tous les mouvements. A la palpation elle paraît lissejtrès dure ; cette dernière sensation est très marquée. Elle est sôuscutanée et complètement indépendante de la peau qui reste mobile sur elle. Nulle part on ne sent de crépitation, parcheminée. Pas plus de douleur à la palpation que spontanément. Pas de ganglions dans l'aisselle.

Dans la crainte de se trouver en présence d'une tumeur syphilitique, on institue un traitement avéc frictions raercurielles et iodure de potassium. Loin de diminuer sous l'influence de ce traitement, la tumeur augmente rapidement. Elle est, le 15 mars, c'est-à-dire quatrejours après l'entrée du malade à l'hôpital, de la grosseur du poing. En présence de cet accroissement rapide, l'opération est décidée.

Elle est faite le 23 mars sous le chloroforme.

ÉPAULE

M. Polaillon pratique une iucision suivant le bord spinal de l'omoplate, sur toute la long-iieur de ce bord et le dépassant même un peu eu haut et eu bas. line autre incision, partant de la tête de l'humérus, est menée perpendiculairement à la première, parallèlement à l'épine de l'omoplate. De ces deux, incisions des parties molles, il résulte un grand lambeau triangulaire qui sera rejeté en bas et en dehors. Les muscles incisés laissent voir la tumeur qui a l'apparer.ce d'un enchondrôme. Elle est de la grosseur du poing et occupe toute la fosse sousépineuse. Le doigt, plongé dans la fosse sous scapulaire, sent un prolongement gros comme une noix, ce qui indique que la lame osseuse a été perforée par l'euchondrôme. L'écoulement sanguin étant considérable, les muscles sous-scapulaires sont incisés au thermo-cautére; puis ont fait la section de l'omoplate au-dessous de l'épine, à l'aide de la pince de Liston. L'articulation scnpulo-humérale n'a pas été ouverte. Quelquesligatures avecdes fils de soie sont appliquées sur des artères musculaires; puis,aprés lavage de la plaie à l'eau phéniquée,on eu réunit ses bords à l'aide de sutures superficielles au crin de Florence. Un pansement de Lister et p^r-dessus un pansement ouaté sont appliqués sur la plaie.

Examen de la pièce. C'est une tumeur arrondie, d'aspect cartilagineux, mamelonnée, transparente, envahissant toute la fosse sous- épineuse. L'os est perforé et la production morbide envoie deux prolongements dans la fosse sousscapulaire. Ces deux prolongements siègent à peu près au même niveau de l'épine de l'omoplate, l'un est gros comme une noix, l'autre est plus petit.

Examrn hislologique. La tumeur est formée de cartilage hyalin pur, sillonné de quelques fibrilles de tissu conjonctif. Les cellules du cartilage sont petites, encapsulées.

Suites opératoires. Une hémorrhagie assez considérable se déclare une heure après l'opération. Le pansement est enlevé et remplacé par un autre pansement plus comprimé. Cette simple compression suffit pour arrêter I hémorrhagie.

Les jours suivants, 24 et 25 mars. Le malade a^'uu peu de fièvre; pas de frissons ; sueurs abondantes.

Le 26 mars. T. m. 39°; s. 40». Premier pansement. On enlève

deux points de suture ; lavage phéniqué. Pus peu abondant , pas de frissons; sueurs abondantes; langue sale.

Le 27. T. ra. 38% 6 ; s. 39°,2. Sulfate de quinine 0 gr. 10 toutes les deux heures.

Le 28. T. m. 38°, 7 ; s 39°. Second pansement. On aperçoit une rougeur érysipélateuse, descendant jusqu'à l'os iliaque et remontant au-dessus de l'épaule. Pansement au sublimé; vaporisation avec une solution de sublimé.

Le 29. T. m. 38°,5; s. 39°. Pansement au sublimé ; sulfate de quinine, 0 gr. 10 toutes les trois heures.

Le 30. T. m. 37° ; s. 38°,3. La rougeur a disparu ; sulfate de quinine, 0 gr. 10 toutes les quatre heures.

Le 1" avril. Suppuration franche ; le pus s'est accumulé à la partie déclive de la plaie; on fait une contre-ouverture pour lui donner issue. Drainage et pansement au sublimé.

Pendant toute la première quinzaine d'avril, la température oscille entre 37» et 39°. L'état général est assez bon. On continue l'usage du sulfate de quinine.

Le 10 avril. Pansement à l'iodoforme; la plaie est en bon état.

Le 20. Plusdefîévre. Le malade va mieux de jour enjour ; le pansement n'est renouvelé que tous les huit jours. L'opéré se lève, marche, descend au jardin.

Il sort de l'hôpital le l" juin, complètement guéri.

Résultat opératoire. Nous revoyons le malade le 13 juillet. Sa plaie est entièrement cicatrisée ; il a repris ses travaux et n'éprouve que très peu de gêne dans le fonctionnement de son bras ; tous les mouvements se font aisément. Cependant il n'arrive pas tout à fait à élever son bras verticalement en haut. Il soulève avec le bras opéré des fardeaux aussi lourds qu'avec l'autre bras. On ne constate aucun trouble de la sensibilité.

XllI. — Tumeurs malignes .

1° Carcinome primitif des nanylions de Caisselle. 1 cas. — 1 femme : 1 non opérée.

Obs. 382. — Antoinette D.., couturière, âgée de 57 ans, entre

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dans le service le 25 juillet 1883. Sans tumeur du côté du sein, du tronc et du membre supérieur, elle a vu se former, dans l'aisselle droite, des tumeurs qu'elle a négligées pendant longtemps. Elle a continué son métier de couturière jusqu'à ce que les mouvements du bras fussent gênés.

En l'examiuant, je trouve que les ganglions de l'aisselle forment un amas de tumeurs marronnées, adhérentes à la peau de l'aisselle, qui est rouge, violacée et amincie. Dans la région sous-claviculaire et dans la région sus-claviculaire du même côté, on voit de nombreux ganglions, saillants^et durs. L'avant-bras et le bras sont très œdématiés par suite de la gêne de la circulation axillaire.

En l'absence de toute cause qui aurait pu produire une dégénérescence consécutive des ganglions de l'aisselle, j'en conclus que j'ai affaire à un carcinome primitif de ces ganglions.

A l'exception de la gêne du membre droit, la malade soufrait peu. Aucune opération ne me parut indiquée, en raison de la dégénérescence des ganglions sous-claviculaires et des ganglions du cou. Je me bornai à faire un traitement médical, qui avait pour base l'arsenic à dose élevée.

Antoinette D... séjourna plus de quatre mois dans mon service. La tumeur de l'aisselle commençait à s'ulcérer, lorsqu'elle fut transférée dans un asile d'incurables, le l^'' décembre 1883.

2° Ostéo-sarcômes.

, j 2 hommes : 2 opérés, 0 non opéré, 1 mort. ^ ^'^^ ( 2 femmes : 0 - 2 - — 0 —

Chez 2malades,rosLéo -sarcome avait débuté dans l'extrémité externe de la clavicule. Chez 2 autres malades, c'était l'omoplate qui avait été le premier atteint.

L'indication d'enlever la tumeur existait chez 3 malades. Mais l'un d'eux, une femme de trente-cinq ans, qui avait un énorme ostco-sarcome de l'omoplate à marche rapide, rcfusal'opération. Les 2 autres malades subirent, l'un, l'abla-

MEMBRE SDPÉRIEUR

tion de roxirémilé externe de la clavicule (obs. 383), l'autre, l'amputation interscapulo-tlioracique. Ce dernier succomba au choc opératoire (obs. 387).

Enfin, une femme de soixante-huit ans, qui portait sur le moignon de l'épaule une tumeur bosselée, dure, violacée, grosse comme les deux poings, ayantdébuté par l'extrémité externe de la clavicule et ayant produit des dégénérescences ganglionnaires dans la région du cou, ne m'a pas par'u être dans les conditions d'être opérée utilement. Son âge, son état cachectique, son alïliblissement contre-indiquaient toute intervention chirurgicale.

Obs. 383. — Ostéo -sarcome de l'extrémité externe de la clavicule. Résection des trois quarts externes de cet os; guériwn avec conservation de tous les mouvements du bras. (Obs. par M. Chrétien. Présentation de l'opéré à la Société de chirurgie, le 25 mirs 188ô, t. XI, p. 204.) — Le nommé Emile M. . , âgé de 16 ans, m'a été adressé, le 26 janvier 1885, par mon honorable confrère et ami le Dromain, pour être admis dans mon service de la Pitié.

Gejeime malade ne présente aucun antécédent pathologique, et, à sa connaissance, aucun membre de sa famille n'a été atteint de tumeur.

Il y a dix-huit mois, une tuméfaction se montrait sur la face supérieure de l'extrémité externede la claviculedroite. Comme elle ne gênait pas les mouvements de l'épaule et qu'elle n'était pas douloureuse, on n'y prêta pas, d'abord, grande attention. Puis, son volume augmentant sans cesse, on fit des applications de teinture d'iode, qui ne produisirent aucun efïet. D'ailleurs, la santé se conservait très bonne. Ce n'est que l'accroissement considérable de la tumeur qui décida le jeune malade à demander sou ablation.

Sur la moitié externe de la clavicule droite, et faisant corps avec elle, existe une tumeur, grosse comme le poing, d'une consistance osseuse, un peu bosselée à sa surface. En avant, elle dépasse légèrement le bord de la clavicule ; en arrière, elle s'étale dans la fosse sus-épiiieuse ; en dedans, elle fait une saillie anguleuse très prononcée dans le triangle sus-clavicu-

ÉPAULE

laine. La peau est absolument normale. La pression sur la tumeur est indolore, excepté au niveau de la saillie qui surmonte le creux sus claviculaire. Le malade ne souffre spontanément ni le jour ni la nuit, mais il éjirouve quelquesdouleurs au niveau des insertions supérieures du deltoïde, lorsqu'il écrit pendant longtemps. Les mouvements brusques du bras sont aussi un peu douloureux. Le mouvement d'élévation est surtout pénible et très limité.

L'innervation et la circulation du membre supérieur droit ne sont en rien troublés. Le pouls radial estnormal, aussifort que du côté gauche. Il n'y a pas d'atrophie musculaire. Rien, en un mot, n'indique qu'il y a une compression des troncs vasculaires ou nerveux au niveau de la clavicule malade.

Les ganglions cervicaux et axillaires sont sains.

Lorsqu'on saisit la tumeur, on sent qu'elle est mobile avec la clavicule. En soulevant le moignon de l'épaule, on constate qu'elle se détache de la partie supérieure de la poitrine et qu'elle n'a pas contracté des adhérences dans la profondeur avec la première côte ou les tissus voisins. En faisant contracter le trapèze, il est aisé de s'assurer que les insertions claviculaires de ce muscle se confondent avec la masse morbide.

De l'ensemble de ces signes nous concluons qu'il s'agit d'un ostéo sarcôme de la clavicule, sans compression vasculaire ou nerveuse et sans adhérence avec les parties profondes.

Le 29janvier. L'opération eut lieu, sous le spray phéniqué et pendant la chloroformisation. Le Dromain assistait à l'opération.

Je fis une incision en fer à cheval qui, partant de l'insertion du sterno-mastoïdien, suivit le bord antérieur de la clavicule, contourna le moignon de l'épaule et, cheminant en arrière sur la fosse sus-épineuse, vint se terminer en dedans de la tumeur. Il en résulta un vaste lambeau, dont la base répondait au cou. Ce lambeau ayant été disséqué, sans raser de trop prés les tissus malades, il me fut facile de sectionner la clavicule avec une pince de Lister, immédiatement en dehors de l'insertion du sterno-mastoïdicn, puis de désarticuler son extrémité externe. Pour isoler la tumeur, il fallut couper les

fibres du deltoïde et du trapèze, qui viennent s'insérer à la clavicule. Il sulfit ensuite de soulever la portion sectionnée de cet os pour terminer l'ablation sans risquer de blesser le paquet vasculo-nerveux

Après quelques ligatures, avec des fils de catgut, placée? sur les vaisseaux qui donnaient du sang, le lambeau fut rabattu ei suturé.

Je recommande au malade de tenir la tête inclinée sur le côté droit, afin de ne pas tirailler son lambeau.

Le pansement est renouvelé les 31 janvier, 4 et 6 février. La plupart des points de suture sont enlevés. Les lèvres de l'incision tendent un peu à s'écarter, parce que le lambeau est attiré eu dedans par les mouvements de la tète et du cou, qu'il est bien difficile de supprimer complètement Un peu de suppuration à la face profonde du lambeau.

Le 13, quatrième pansement. Les dernières sutures sont enlevées. Le drain est retiré. L ecartement des lèvres de l'incision est de plus en plus marqué . Il s'est formé, â ce niveau,une traînée de bourgeons charnus de bonne nature. La face profonde du lambeau est réunie aux parties sous-jacentes.

Depuis l'opération, l'état général a toujours été excellent.

Le 9 mars, Emile M... sort guéri de la Pitié.

L'ablation des deux tiers externes de la clavicule n'a produit qu'une déformation fort légère. La face antérieure de l'épaule est un peu aplatie; sa face supérieure un peu déprimée.Comparativement à l'épaule du côté sain.l'épaule du côté opéré est portée eu avant ; elle est un peu tombante. Mais il faut y regarder de très près pour constater ces diverses défectuosités. Quant aux mouvements, ils sontintacts. L'opéré élève facilement le bras et le maintient dans une position horizontale. Il peut porter sa main sur le sommet de la tète et derrière celle-ci. Il peut aussi porter la main derrière le dos.

Emile M. . . ne resta pas longtemps guéri .

Le 3 juin, il rentrait dans le service avec une nouvelle tumeur au-dessous delà cicatrice. Le pronostic de cette récidive rapide était d'autant plus grave que j'avais affaire à un jeune sujet, car l'activité de la puliulatioii du cancer dans le jeune âge est un fait bien connu.

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Le 4. Anesthésie par le chloroforme. Large ablation de tous les tissus suspects. Section d'uue portion de ce qui reste de la clavicule. Rugination de l'acroraiou et de l'apophyse coracoïde. Suture. Pansement de Lister,

Les pansements consécutifs sont faits avec de la gaze iodoformée.

Le 13 juillet. L'opéré sort paraissant guéri.

Le 12 octobre, il revient pour une nouvelle récidive.

Le 13. Je tente encore une opération. Mais la tumeur adhère au tronc bràchio-céphalique veineux et à la veine sous-clavière. Je dissèque les tissus cont)'e les parois de ces vaisseaux, qui sont mis à nu, ainsi que la veine jugulaire interne et l'artère carotide primitive. Enfin l'opération se termine sans accident. Mais je n'ai aucune illusion sur l'issue fatale de la maladie.

La cicatrisation de la plaie opératoire se fit rapidement.

Le 9 novembre, Emile M... rentrait chez ses parents. Il n'avait plus de plaie ; mais toute la région sus-claviculaire était indurée, infiltrée de tissu cancéreux.

J'ai appris, par le D'" Dromain, que le sarcome s'était généhsé dans les viscères et que mon opéré était mort, au bout de quelques mois, d'une pleuro-pneumonie cancéreuse.

Opérations sur l'épaule XIV". — Ai'throlomics.

4 cas ^ ^ hommes : 1 guéri, 1 mort.

( 2 femmes : 2 —- 0 —

L'arthrite suppurée, avec distension de la capsule articulaire par un épanchement purulent (2 cas), et l'arthrite infectieuse (2 cas) sont les alïeciions qui m'ont déterminé à pratiquer l'arthrotomie de l'épaule.

3 fois l'arthrotomie a été siviple, c'est-à-dire que l'opération s est bornée à une large ouverture de l'article et à un

lavage exacl de la cavité articulaire. 1 fois l'arthrotomie a été complétée par une trépanation et un évidemcnt de la tête humérale (obs. 377).

L'incision a été faite sur la face antérieure de l'épaule, parallèlement aux fibres du deltoïde. En donnant à l'incision une longueur de sept à huit centimèires, on ouvre une voie assez large pour bien nettoyer l'intérieur de l'épaule. Si l'incision antérieure ne paraît pas suffisante, on doit, comme je l'ai fait dans 1 cas, pratiquer une seconde incision en arrière. On dispose ensuite un drain et on immobilise le membre supérieur avec un bandage. Les lavages articulaires et les pansements sont renouvelés tous les deux ou trois jours d'abord, et moins souvent à mesure que la suppuration se tarit.

La guérison eut lieu chez 3 opérés. Le 4'"' était aussi guéri de son arthrotomie, lorsqu'il mourut d'affaiblissement sénile (obs. 376).

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