XX. — Tumeurs malignes
1° Tumeurs malignes des parties molles de la cuisse.
7 cas 2 opérés : 2 guéris.
ô nommes ^ ^ opérable : 1 état stalionnaire. (2 opérées : 2 guéries.
4 lemmes \ ^ opérables: 1 état stationnaire, \ mort.
Par leur nature ces tumeurs malignes étaient : 3 épithéliômas, 2 sarcomes, 1 mclano-sarcôme, 1 carcinome.
L'âge moyen des malades a été de cinquante-neuf ans. Le plus jeune avait quarante-six ans; le plus âgé soixantequinze ans.
Le pronostic a été grave : 2 malades affectés de sarcome ont guéri sans que j'aie pu constater de récidive (obs. 189) ; 2 malades portant, l'un un épithéliôma (obs. 190), lautre unmélano-sarcôme (obs. 191) ont guéri de leur opération, mais le cancer a récidivé ; 3 malades n'étaient plus opérables, l'un d'eux est mort de caoliexie cancéreuse dans le service (obs. 492).
Obs. 189. — Dmx cas de sarcome des parties molles de la cuisse. Ablation. Guérison. -1° Adèle R... âgée de 46 ans, mécanicienne, est admise à la Pitié le 7 janvier 1886. Elle porte, à la partie moyenne de la cuisse droite, une tumeur grosse comme un œuf de dinde. La peau est adhérente et un peu violacée. Cette tumeur existait cà l'état de petit noyau depuis une vingtaine d'années. Dans les derniers mois, elle se mit tout à coup à augmenter de volume. Elle a une consistance demi-dure et occasionne quelques douleurs. On diagnostique un sarcome. Il n'y a pas de ganglions dégénérés dans le pli de l'aine.
Le jour de l'eutrée, anesLhésie par le chloroforme. Large ablation de la tumeur. Suture métallique, sans drainage. I aiisement de Lister. Réunion immédiate.
Sortie le 18 janvier. • io
2» Adolphe G..., âgé de 50 ans, peintre, entré le 16 mai 18b/,
présente, à la partie inférieure et externe de Ja cuisse droite, une fumeur grosse comme le poing, qui est considérée comme un sarcome. L'apparition de cette tumeur date de douze ans. Elle s'accroît rapidement depuis quelques semaines.
Le 23 mai, anesthésie par le chloroforme. Large ablation de la tumeur. Suture. Pansement de Lister. Réunion immédiate.
Sortie le 4 juin.
Obs. 190. — Epithéliôma ulcéré de In cuisse. Ablation. Récidivé dans les ganglions. — Victorine M..., femme de ménage, âgée de 68 ans, entre à la Pitié le 27 novembre 1891.
Il y a huit mois, sans cause connue, sans qu'il existât sur la peau une verrue ou une tache, la malade a senti se former, sur la partie postérieure de la cuisse gauche, une induration qui s'est' ulcérée par le frottement. Actuellement cette induration est large comme la paume de la main et présente tous les caractères d'un épithéliôma ulcéré.
Le 8 décembre, la malade étant endormie par le chloroforme, je dissèque la tumeur et je l'enlève. De nombreuses sutures rapprochent les lèvres de la plaie. Pansement de Lister ouaté. Réunion immédiate.
La malade quitte la Pitié le 23 décembre.
Le 8 avril 1892. Elle y rentre avec un ganglion cancéreux, formant une masse, grosse comme une mandarine, dans Ja région inguinale.
Le 9. Chloroformisation. Ablation du ganglion. Suture. Pans:ement. Réunion immédiate.
Sortie le 20 avril.
Il est probable que la récidive, dans les ganglions de l'aine a été suivie plus tard d'une généralisation du cancer. Mais nous n'avons pas revu la malade.
Obs. 191. — Sarcôme mélanique du pli de Vaine. Ah/afinn Récidive. -~ Le nommé Pierre R..., âgé de GO ans, exerçant la profession de liquoriste, est admis à la Pitié le 2 février 1887
Son père est mort par accident. Sa mère est morte à soixanteseize ans. Lui-même jouissait d'une bonne santé. Sa femme est morte d'un cancer de l'estomac.
358 MEMUnK INFÉniEUR.
De tout temps il s'est vu, au niveau du pli de l'aine gauche, une verrue noire, plate, lisse, de la largeur et de l'aspect d'un procédé de billard. Cette verrue ne l'a jamais gêné et n'a jamais grossi. Obligé de porter un bandage pour une hernie inguinale, la verrue fut légèrement écorchéepar ce bandage. Il consulta un médecin au mois d'août 1886. Celui-ci lui proposa d'enlever la verrue pour éviter le retour de semblables accidents.
" Il nous est impossible de savoir si le médecin suspectait la nature maligne de cette petite tumeur.
Le n^alade se laissa opérer, et la guérison se fit rapidement sans laisser d'autre trace qu'une petite cicatrice blanche. '"Tout ^lla bien pendant un mois; mais, au bout de ce temps, le malade s'aperçut qu'il avait, dans l'aine gauche, un petit o-angiion dur, roulant sous le doigt, augmentant rapidement. ^' D'octobre à janvier 1887, le ganglion se développa énormément. Il atteignait, au moment de l'entrée à la Pitié, la grosseur d'une orange.
' L'examen du pli de l'aine gauche permet de reconnaître que la peau est saine et qu'elle glisse facilement sur les parties profondes. On y voit encore la petite cicatrice blanche produite par l'ablation de la verrue ; cette cicatrice est libre de toute adhérence profonde.
" Au-dessous, on sent une masse bosselée, irreguliere, dont certaipes parties sont dures, d'autres ramollies et fiuctuantes. La tumeur est allongée dans le sens du pli de l'aine. Elle a huit à neuf centimètres de long çur six de large.
M Pplaillon diagnostique un sarcome probablement de nature mélani(|ue, dont la cause a été la verrue noire excoriée par le bandage herniaire.
Le 9 février, il procède à l'ablation de ce ganglion. Ghloioformisation. Incision suivant l'axe du pli de l'aine enlevant la petite cicatrice. Dissection des lambeaux cutanés, supérieui
et inférieur, et isolement de la masse morbide.
■ CetteniasseestfQrméeparuntissunoirnettementmelaniquG^
ramolli en plusieurs points. On remarque aussi de fines stnes noirâtres, qui semblent être des lymphatiques gorges de matière mélanique.
Après l'opération l'état général, qui du r^ste a toujours été excellent, reste parfait.
Pierre B... sort le 18 février. La réunion n'est pas complète ; quelques pansements sont encore nécessaires.
Le 1" mars, le malade vient à l'hôpital pour se faire panser. On remarque, sur la partie gauche du ventre, une petite tache noire, qui est apparue depuis peu de jours.
Le 25. Le malade revient se faire panser. La petite tache noire a triplé de volume, et autour d'elle se forment de petites taches semblables. Aucune autre tache nojre .sur le reste dp la peau. La cicatrisation est complète. A la partie externe de la cicatrice on constate un petit noyau sous-cutané, induré. C'est une récidive dans un gangliop.
Le 26 avril. Le malade revient encore dans le service. Audessous de la cicatrice, on sent une masse indurée. Le ganglion situé à la partie externe a grossi ; il a le volume d'une noix. La tache rnélanique du ventre a beaucoup augmenté de volume. Il en vient une autre à peu près symétriquement sur la partie supérieure droite de l'abdomen.
Quelque temps après, nous apprenons que Pierre R...a sugcombé â la généralisation du cancer rnélanique.
Obs. 192. — Éiisa C..., âgée de 63 ans, exerçant la profession de garde-malade, entre dans moii service, le 20 rnars 1879, pour un cancroïde ulcéré à |a partie externe et inférieure d^' 1^ cuisse gauche. Les ganglions inguinaux du même côté ont ^\}\ la dégénérescence cancéreuse. Tqute Qpér^tion est ppntrindiq^ée. Néanipoiqs |a malade ves\e d^ns 1^ s^)le, ç^y, ejl'^ meurt de cachexie cancéreuse le 27 juin. ' •
2° Ostéosarcâmes dtc fémur.
10 ca^
5 hommes \ ) '^P^î'' ; , ^ G'"''^^''^ P m\- I 4 non opérés : 0 — 1 —
5 femmes j^ppér^ps: 1 i Z I. .i non qpprees : p — l Dans 2 cas, une contusion de |a cuisse avait été la cause rnanifpsle jjp rQstéqsarcome (obs. ^93).
360 MEMBRE INFÉniEUn.
L'extrémité inférieure du fémur a été 6 fois le siège de la tumeur, tandis que la diapliyse n'a été atteinte que 3 fois et l'extrémité supérieure 1 fois.
L'indolence de la tumeur a été presque constante. Chez 2 malades le cancer n'a été reconnu qu'à la suite d'une fracture spontanée du fémur (obs. 158). 2 malades seulement se plaignaient de douleurs lancinantes.
Après une période d'état latent, qui a duré, chez nos malades, trois ans, quatre ans, et même neuf ans, la tumeur prend tout cà coup un accroissement rapide et l'opération s'impose. Chez 2 sujets, qui étaient jeunes, la marche rapide s'est manifestée d'emblée.
Les seules opérations indiquées sont l'amputation très élevée de la cuisse ou la désarticulation coxo-fémorale. 5' de nos malades ne souffrant pas, et pouvant encore se servir de leur membre, n'ont pas voulu se décider à la suppression de la cuisse. Ils ont été perdus de vue. 2 malades ont été amputés et ont guéri.
Sur les 3 malades qui sont morts, 2 avaient subi une fracture spontanée du fémur; ils ont succombé à la cachexie (obs. 158, n"' i et 3). Le troisième malade mosurutà la suite d'une désarticulation coxo-fémorale (obs. 205).
Obs. 193.— Osléosarcôme de rexlrémilé in férieure du fémur consécuUfà une contusion. — Pierre L..., âgé de 20 ans, cultivateur, entre à la Pitié le 16 octobre 1892. Sa santé a été très bonne jusqu'alors, et il a l'aspect d'mi jeune homme robuste. On apprend qu'une de ses tantes est affectée d'un cancer à l'estomac
Il y onze mois, il reçut, au-dessus du genou droit, un coup assez violent par le timon d'une charrette chargée de lumier. Bien que la douleur fut assez vive, elle ne fût pas suffisante pour empêcher le blessé de reprendre son travail presque immédiatement.
Dans les jours qui suivirent, rien ne vint attirer l'attention du côté de la région contuse. Ce fut seulement deux mois après l'accident que l'extrémité inférieure de la cuisse se mit à grossir. En même temps quelques légères douleurs lancinantes so
firent sentir. La tumeur se développa assez rapidement d'abord, mais, depuis sept mois, son volume ne se serait pas sensi blement accru. D'ailleurs, à part les douleurs du début, le malade n'a jamais souffert. Il n'a jamais cessé de travailler, si ce n'est pendant une dizaine de jours, dans l'espérance que le repos pourrait Mter la guérison.
A l'examen on trouve une tumeur dure, lisse, non bosselée, manifestement adhérente à l'os, et occupant le quart inférieur du fémur. Cette tumeur s'est surtout développée du côté interne ; le côté externe de l'épiphyse n'est pas sensiblement modifié dans sa forme. Elle a à peu prés le volume d'une tête d'enfant âgé d'un an, et donne au fémur la forme en gigot. La palpation la plus attentive ne permet pas de découvrir une rupture de la coque osseuse. La tumeur est absolument indolente à la pression. Elle fait corps avec le fémur. Les téguments ont conservé leur mobilité. La peau commence à être sillonnée par de grosses veines bleuâtres. On sent dans l'aine du côté droit quelques ganglions, mais ces ganglions, qui existent aussi du côté opposé, ne semblent pas dégénérés.
L'articulation du genou est intacte. Tous ses mouvements sont conservés.
Pendant son séjour à l'hôpital le malade n'a pas eu d'élévation de température.
Le diagnostic d'ostéo-sarcôme ayant été établi, je propose au malade l'ajnputatiou de la cuisse, mais sa famille s'y oppose, et Pierre L..., quitte le service le 23 octobre 1892. Il n'a pas été revu.
Malformations.
A. — Malformations acquises.
XXL — Coxalgies hystériques et raideurs, hystériques du
genou.
13 cas ^ ^ hommes : 4 guéris, 3 améliorés, 0 mort. / 0 femmes : 3 — 3 — 0 —
Pour demeurer fidèle à la classification que j'ai adoptée,
j'ai rangé, dans ce chapitre, les faits assez rares de contracture musculaire déterminant une attitude vicieuse permanente de la cuisse. Je veux parler des coxalgies hystériques et des raideurs hystériques du genou, affections annlogues au pied bot hystérique (voy. p. 88),
L'hystérie ou le nervosisme est la cause prédisposante essentielle de ces contractures. Le traumatisme en est quelquefois la cause déterminante. De là le nom à^hystérotraumatiques qui sert à désigner quelques-unes d'entre elles. Dans certains cas les causes restent tout à fait inconnues (obs. 194).
Les contractures des muscles rotateurs de la cuisse et en particulier les contractures des muscles adducteurs produisent une attitude semblable à celle des coxalgiques. Les contractures des muscles extenseurs ou des muscles fléchisseurs de la jambe produisent la raideur du genou, soit dans la position étendue, soit dans la position fléchie. Et quelquefois la contracture gagnant les muscles delà jambe, on observe en même temps un pied bot (obs. 198).
La coxalgie hystérique, la raideur hystérique du genou, le pied bot hystérique, sont donc des malformations de même nature et qui reconnaissent la même origine.
J'ai observé 6 cas de coxalgie hystérique : 5 fois chez des jeunes filles de quinze à vingt-deux ans, dont 3 présentaient en même temps d'autres manifestations -de l'hystérie; et 1 fois chez un homme de 28 ans.
Ordinairement le diagnostic ne peut se faire qu'en soumettant les malades à l'anesthésie chloroformique. L'immobilisation de la cuisse en adduction, rotation en dedans et demi-flexion, avec élévation de la hanche et ensellure (attitude qui a été constante dans mes observations) cède comme par enchantement, à mesure que les malades entrent en résolution. On voit alors qu'il n'y avait pas de coxalgie, mais seulement une attitude vicieuse due à la contracture musculajre.
Les rc^ideurs hystériques du genou ont îifTccté 7 malades ; 6 hommes, 1 femme. Klles ont été produites par une contusion du genou (3 cas)^ par une entorse du genou (1 cas,
cité page 218), par une contusion de la jambe (1 cas), pa^* une contusion du ventre et de l'épine iliaque antérieure et supérieure (1 cas, obs. 199). Enfin, chez un homme de vingt-quatre ans, qui fut gardé dans le service pendant plus de neuf mois, le traumatisme n'a semblé être qu'une cause secondaire. Des fourmillements et des engourdissements dans les pieds, venant [tardivement compliquer les contractures, indiquèrent qu'il s'agissait, dans ce cas, d'une affection de la moelle, et que l'hystéro-traumatisme n'était qu'une coïncidence. Aucun autre malade n'avait une maladie de la moelle pouvant produire une contracture sympr tomatique.
L'un de mes malades, jeune homme de vingt ans, fut adressé à Charcot et reconnu par lui comme un hystérique. Un autre (obs. 197) était adonné à l'absinthe.
La chloroforraisation, qui est indispensable pour établir le diagnostic de ces attitudes vicieuses, sert quelquefois de traitement. L'action antispasmoclique du chloroforme a certainement une part d^ns ce résultat. Mais l'extension forcée, que l'on fait subir aux muscles, en mobilisant et ep malaxant l'articulation pendant l'anesthésie chloroformique, a aussi une grande influence. 2 de nos malades ont ét^ guéris d'une coxalgie hystérique après une seule séance de chloroformisation (obs. 194 et 195). 2 autres malades ont été améliorés. Un malade, qui appartenait au sexe masculin, n'en a retiré aucun avantage.
Une malade, qui avait des contractures aux deux membres^ inférieurs, fut probablement guérie par la suggestip?} (obs. 196, ce fait est le même que celui auquel j'ai fait allusion p. 89).
Lorsqup le chloroforme, l'extension forcée des muscles par la mobilisation articulaire et le massage ont échoué^ on peut essayer l'électrisation, les douches, les antispasmodiques. 11 est probable que, sans traitement, toutes ces attitudes vicieuses céderaient sous rinfluence du repos et du temps. Cependant j'en ai observé qui duraient depuis plusieurs années.
«^04 MEMBRE INFÉRIEUn.
Obs. 194. — Coxalgie hystérique; chlornformisalion \ yuérison (obs. publiée m Gaz. des hôpitaux, p. 715, 1882).— La nommée D... (Marie), âgée de 22 ans, entre le l""- raars 1878 à l'hôpital de la Pitié, salle Saint-Jean, n° 14. Elle porte une affection articulaire de la hanche gauche, qui présente tous les signes d'une coxalgie : flexion, et adduction de la cuisse, ensellure lambaire, raccourcissement apparent, douleurs vives quand on cherche à imprimer des mouvements à la hanche, impossibilité des mouvements spontanés et de la marche. La patiente garde le lit depuis plusieurs semaines et elle fait remonter le commencement de ses douleurs articulaires à plusieurs mois.
Cependant on ne trouve,dans ses antécédents, ni rhumatisme ni scrofule. Elle n'est pas maigrie, et ne sait à quelle cause attribuer sa maladie. Elle est d'un tempérament nerveux, mais ne paraît pas avoir eu de véritable crise d'hystérie.
Comme il est impossible d'établir un diagnostic précis, en raison des souffrances de la malade, nous la soumettons à l'anesthésie par le chloroforme. Nous constatons alors que l'articulation coxo-fémorale gauche est parfaitement mobile dans tous les sens, qu'il n'y a point de craquements articu laires et que toutes les attitudes vicieuses constatées précédemment ont disparu.
Une longue et minutieuse exploration de l'articulation ne nous ayant rien fait découvrir de morbide, nous reconnaissons que nous avons afïaire à une coxalgie hystérique et que l'immobilité de l'articulation, qui simulait une ankylose, n'avait d'autre cause qu'une contracture des muscles périarticulaires.
Le lendemain de l'anesthésie, la malade meut sa cuisse librement et sans souffrir. Les jours suivants, elle se lève et peut marcher. Elle se dit guérie et sort de l'hôpital le 14 mars, treize jours après son entrée.
Dans notre opinion, cette coxalgie hystérique a été guérie par la chloroformisation, d'une part, et, fl autre part, par les manipulations et les mouvements étendus et brusques que nous avons fait subir à l'arliculatiou pendant l'anesthésie. Je
n'ai jamais revu cette malade, ce qui me fait supposer qu'elle est restée guérie.
Obs. 195. — Coxalgie hystérique', chloroformisalion; guérison. — Cette observation est tout à fait semblable à la précédente.
Marie D..., âgée de 16 ans, entre dans mon service le 13 avril 1886.
Elle boite depuis trois ans. La marche est quelquefois irapossible et elle est obligée de rester au lit; mais, de temps en temps, sans savoir à quelle cause l'amélioration est due, elle peut se lever et marcher à l'aide d'une canne.
La hanche droite est déformée comme dans une coxalgie. Les muscles adducteurs son^t surtout contracturés. Les mouvements de l'articulation coxo -fémorale sont très limités.
Le 3 août, cloroformisation. Dés que les muscles sont en résolution, toute attitude vicieuse cesse. L'articulation est parfaitement mobile et saine.
La malade reste au repos. Elle sort le 2 septembre pouvant bien marcher.
Revue le 4 octobre, elle continuait à bien se servir de son membre droit, mais elle avait quelques légers frottements articulaires.
Obs. 196. — Guërison de contractures hystériques dujambier antérieur gauche et du triceps crural droit par la suggestion pendant le sommeil naturel (obs. publiée par M. Janet in Gazette méd. de Paris, p. 333; n° 28; 1887). — Charlotte C... demoiselle de boutique, âgée de 16 ans, entre le 25 mars 1887.
Les antécédents héréditaires de cette malade sont bons ; néanmoins, son père semble avoir été alcoolique. Son frère et ses deux sœurs jouissent également d'une bonne santé. On ne retrouve aucun antécédent nerveux dans sa famille.
Réglée à l'âge de douze ans, elle resta très bien portante jusqu'à l'âge de quinze ans, quand tout à coup, sans aucune cause apparente, vers le mois de novembre 1885, il lui survint une contracture des muscles gastrocnémiens de la jambe gauche. Lepied se plaça en équinisme complet. Pendant trois mois
elle resta chez elle, car la marche était devenue très difficile.
En février 1886, elle se décida à entrer dans le service de M. Verneuil, où im appareil lui fut appliqué. Au bout de onze jours, on le lui retira, et elle sortit de l'hôpital. Son pied resta d'abord à plat et comme enkylosé. La pression de la région plantaire devint très douloureuse, la marche à psu prés impossible. Au bout de quelques jours, le pied se renversa sur son bord externe ; une contracture du jambier antérieur gauche succédait à la contracture du triceps sural avec persistance du point douloureux plantaire.
Cet état se prolongea, sans aucune modification, jusqu'au 25 mars 1887, époque où elle entra dans le service de M. Polaillon.
L'examen de la malade permet de constater que le jambier antérieur estfortement contracturé.Cette contracture s'exagère encore, quand on cherche à mouvoir le pied et surtout quand la malade veut marcher. Le pied se renverse alors complètement en dedans et ne repose plus sur le sol que par son bord externe. La pression de la plante du pied détermine une douleur très vive. La marche e^t très pénible.
En dehors de ces deux phénomènes, la malade ne présente aucune autre tare hystérique ; pas de zone d'anesthésie, pas de points hystériques, pas de crises, pas de rétrécissement du champ visuel.
Au bout de huit jours, le 2 avril, on remarque que la jambe droite qui, jusque-là ne présentait rien d'anormal, est absolument raidie en extension ; le genou droit est comme enkylosé. Le muscle triceps de la cuisse droite s'est contracturé à son tour, et cette contracture simule à s'y méprendre une coxalgie.
C'est dans cet état, caractérisé par la contracture du jambier antérieur gauche, par un point douloureux plantaire a gauche et par la contracture du triceps crural droit que, le 29 avril 1887, M. Janet, interne du service, entreprit de la guérir par la suggestion. ,
Le 29 avril, M. Janet essaie, pour l'endormir, tous les pro-^ cédés ordinaires d'hypnotisation, mais sans résultat.
Le 30. Mêmes essais. Même résultat négatif.
Le 2 mai. Aprésl'avoir fatiguée par vingt minutes de fixation d'un objet lumineux, il lui fait des passes pendant à peu prés trois quarts d'heure. Au bout de ce laps de temps, elle s'endort et présente alors les caractères suivants :
Les yeux sont fermés; le corps est immobile; la malade est dans un état d'anesthésie généralisée. La percussion des tendons ne pro\^oque aucune contracture. Mais, si on soulève un membre, il reste dans l'attitude qu'on lui impose : c'est une catalepsie, mais une catalepsie fruste. La malade entend tout ce qu'on dit devant elle, et répond comme en plein somnambulisme. Enfin, à son réveil, Gliarlotte se souvient de tout ce qui s'est passé et de tout ce qu'on lui a dit pendant son sommeil. Elle n'était pas hypnotisable.
Cependant, le 17 mai, après l'avoir endormie à quatre heures du soir, par les passes habituelles, et l'avoir réveillée aussitôt, M. Janet utilisa le sommeil naturel de la soirée pour lui commander, pendant ce sommeil, démarcher à plat le lendemain. Elle répondit : oui.
Le lendemain matin, à neuf heures et quart, elle se réveilla spontanément. Son étonnement fut grand, car la contracture de son jambier, qui durait depuis près d'un an et demi, avait disparu. « Je marche à plat, s'écria-t-elle. )> La suggestion avait pleinement réussi.
Cette guérison se maintint jusqu'au 26 mai, jour où la contracture reparut.
Le 30 mai. Après des passes, qui n'avaient pu l'endormir et pendant le sommeil de la nuit, M. Janet lui fit la suggestion suivante « Demain, vous ne souffrirez plus du tout au-dessous du pied, et vous marcherez à plat. »
Le lendemain matin, la suggestion avait réussi, e le pied gauche était revenu à l'état normal.
Le 21 juin. Cherchant à guérir le genou droit commeil avait gueri le pied gauche. M, Janet lui suggéra, pendant le sommeil naturel, de plier son genou le lendemain. Le lendemain son genou droit se pliait parfaitement. Le 30. Charlotte C... sortait du service complètement guérie de sa triple manifestation hystérique. Revue depuis cette guérison s'était maintenue. '
Obs. 197. — Conlracture des muscles extenseurs de la cuisse à la suite d'une contusion du genou; chloroformisation; repos, guérison. — Le nommé P... (François), âgé de 48 ans, exerçant la profession de débardeur, entre à la Pitié le 22 octobre 1S90.
Ses antécédents héréditaires sont nuls au point de vue des maladies nerveuses, tant en ce qui regarde ses pére et mère que plusieurs frères et sœurs. Lui-même n'a jamais eu la moindre maladie.
Il avoue qu'il s'adonne à la boisson, surtout à l'absinthe, dont il consomme jusqu'à trois ou quatre verres par jour. Quand l'occasion se présente il fait des excès alcooliques. Pourtant ses mains ne tremblent pas, quand on les lui fait étendre, les doigts étant écartés.
Le 17 août, il fut entraîné par un tas de planches qui s'écroula sur lui. Dans sa chute, le condyle interne du fémur heurta violemment une planche. Cependant il put regagner son domicile, à grand'peine. Arrivé chez lui, il ne put se relever de son lit et constata que les muscles de la cuisse étaient violemment contractés. Après s'être fait soigner chez lui sans succès, il se décida à venir à l'hôpital.
Nous constatons que les muscles extenseurs de la cuisse sont contractures, principalement le tenseur du iascia lata, qui fait l'effet d'une corde fortement tendue. La jambe est dans l'extension complète. Toute tentative de flexion est douloureuse, et il est impossible d'atteindre la demi-flexion. Le condyle interne est le siège d'un gonflement qui, sans être considérable, est cependant manifeste. Il est douloureux à la pression. Le malade y accuse pendant la nuit des douleurs lancinantes.
Le malade n'a pas de diminution du champ visuel. L'anesthésie pharyngée, en revanche, est des plus marquées. II n'y a pas d'hyperesthésie des apophyses épineuses, aucune plaque d'anesthésie n'a pu être trouvée, sauf au pharynx .
Le '^7 octobre, pendant i'anesthésie par le chloroiorme, la flexion de la jambe devient facile. Aucun craquement dans l'articulation du genou. Quoique le sommeil chloroformique fût celui d'un alcoolique, toute contracture musculaire avait cessé. A mesure que le réveil se faisait, la contracture reparut. I e membre inférieur fut laissé au repos. Il se produisit un
peu d'épanchement articulaire, qui fut combattu par des applications de teinture d'iode. Peu à peu les muscles se relâchèrent, et la contracture avait presque complètement cessée, lorsque le malade quitta la Pitié, le 9 décembre. Il marchait facilement.
Obs. 198. — M... (Jean), garçon marchand de vins, âgé de 22 ans, fait une chute sur le genou droit et entre à l'Hôtel- Dieu le 11 mai 1893.
Les muscles de la cuisse et de la jambe sont violemment contracturés. La jambe est immobilisée dans la demie flexion. Le pied est dans l'attitude de l'équin varus. Le blessé est dans l'impossibilité de marcher, et, quand on cherche à redresser le membre, on provoque de très vives douleurs. Cependant le traumatisme a été modéré. Il n'y a point d'épanchement articulaire, point d'ecchymose, point de névrite. Mais on a affaire à un sujet alcoolique, chez lequel un petit traumatisme a produit une contracture de nature hystérique, siégeant sur tous les muscles du membre inférieur.
Par le repos et l'action des douches froides, la contracture diminua, puis disparut en peu de jours. Le 23 mai, Jean M... sortait guéri.
Obs. 199. — Contusion de Vabdomen; contracture des muscles de la cuisse et de la jambe. — Mathieu D..., âgé de 27 ans palefrenier, entre à la Pitié le 18 juillet 1892. Il vient de recevoir une ruade sur l'abdomen, pendant qu'il passait derrière un cheval en tenant devant lui une vanette d'avoine. D'après le témoignage des personnes présentes, un des pieds aurait frappé l'épigastre, l'autre aurait porté sur la vanette et, par son intermédiaire, aurait contusionné le bas-ventre et la partie antérieure de la crête iliaque gauche. La contusion détermina une syncope qui dura une demi heure, et donna lieu a quelques vomissements peu abondants.
Transporté à l'hôpital, le blessé accuse des douleurs abdominales assez vives. Mais le ventre ne se ballonne pas, et rien ne fait supposer une lésion viscérale. Au niveau de l'épine Iliaque antérieure et supérieure gauche, je constate une très ^' 24
vive douleur qui descend à la cuisse. Au bout de deux jours, le triceps crural et le tenseur du fascia lala principalement sont pris de contracture. La cuisse est immobilisée sur le bassin dans l'attitude d'une coxalgie. Le malade est dans l'impossibilité de marcher et de se tenir debout.
En explorant la région iliaque, nous ne trouvons pas de fracture. La sensibilité des téguments de la cuisse est conservée et normale. Il n'y a pas de névrite produite par la contusion.
Le blessé n'a jamais eu d'accidents nerveux, et il n'y a pas eu de maladies nerveuses chez ses ascendants.
Comme traitement, repos au lit, applications résolutives sur le ventre.
Le 27 juillet, les contractures semblent avoir disparu; mais, si le malade cherche à se lever et à marcher, elles reparaissent aussitôt. Non seulement les muscles de la cuisse entrent en contracture, mais aussi les muscles de la jambe. La pression du talon sur le sol est particulièrement douloureuse. Au bout de quelques heures de repos couché, tout rentre dans le calme. En présence de ces accidents, le malade ne cherche
plus à marcher.
Le août, je constate une atrophie légère des muscles de la cuisse gauche. Le malade peut commencer à marcher. ^
Au bout de trois semaines, les contractures avaient disparu. Il ne restait qu'un amaigrissement du membre inférieur gauche. La santé générale était excellente.
B. — Malformations congénitales.