Plaies contKses
.„ (15 hommes : 14 traités, 1 opéré, ) ^ , " "^^ 2 femmes : 2 - ' 0 - î « '»»'"^-
Les plaies contuses du bras par roue de voiture ont été les plus fréquentes. Viennent ensuite les plaies par plomb de chasse ou par balle de revolver (3 cas).
Le bras a présenté 11 plaies contuses; l'épaule 4 seulement. Dans 1 cas, la plaie occupait k la fois le bras et l'avant-bras; dans 1 autre cas, le bras et l'épaule étaient atteints en même temps.
Les plaies contuses légères, n'obligeant qu'à un séjour de deux à six jours, ont été en minorité (4 cas).
Les plaies contuses graves ont été les plus nombreuses. 6 plaies ont tenu les blessés en traitement pendant sept à quinze jours. 7 plaies ont obligé les patients à rester à riiôpital beaucoup plus longtemps, depuis un mois jusqu'à onze mois. La durée moyenne du séjour, pour les plaies contuses graves, a été de cinquante et un jours.
Malgré mes tentatives de désinfection et de réunion, toutes les plaies contuses, à l'exception d'une seule, ont suppuré. 4 fois les lambeaux se sont spbacélés et, dans 1 de ces cas, la gangrène gazeuse ayant envahi le membre, j'ai dû faire une amputation secondaire du bras (obs. 342). Dans 1 cas, une lymphangite est venu retarder la marche de la guérison.
Chez une femme, qui avait une large plaie contuse du bras et de l'épaule ayant mis à nu l'articulation, j'ai été sur le point de pratiquer la désarticulation du bras. Mais. comme le paquet des vaisseaux et des nerfs axillaires était intact, j'ai tenté la conservation du membre. C'est cette malade, dont la cicatrisation par bourgeonnement a mis onze mois à s'accomplir.
Chez un garçon, de quinze ans, une large perte de substance n'aboutissant pas à la cicatrisation, on tit des greffes de peau de grenouille. Ces gretfes se sont résorbées, mais la cicatrisation a été activée et s'est achevée en quarante et un jours.
Dans la plaie produite par des plombs de chasse j'ai dû extraire plus de quatorze grains de plomb.
Malgré la gravité de plusieurs plaies contuses du bras, il n'v a eu aucun décès.
Obs. 342. — Plaie coniuse du bras et de r avant-bras pénétrant dans l'articulation du coude; tentative de conservation; gangrène gazeuse ; amputation du bras ;guérison. — Le nommé C, âgé de 34 ans, charretier, entre dans la nuit du 4 au 5 avril 1886, et est couché au numéro 40 de la salle Broca.
Il vient d'avoir le bras droit pris entre la roue d'un gros tombereau et le sol.
On constate une plaie contuse du bras et de l'avant-bras intéressant les téguments, confinant à l'articulation du coude et mesurant environ douze centimètres. L'articulation, comme on a pu le voir par la suite, a été ouverte. Hémorrhagie veineuse abondante et très difficile à arrêter. Section du nerf musculo-cutané flottant à la surface de la plaie.
On lave la plaie avec l'eau phéniquée au l/20^ Suture très lâche des téguments. Compression directe avec de l'amadou. Toute la plaie est entourée d'une carapace épaisse de gaze phéniquée.
Le 5 au matin, M. Polaillon voit le malade, défait le pansement et lave de nouveau la plaie avec une solution de sublimé. Pansement de Lister. T. 38°, 5.
Le 6. Le pansement est renouvelé. Lavage abondant au sublimé. Pansement de Lister. Etat général assez satisfaisant ; langue un peu saburrale ; teinte subictérique très prononcée ; peu de douleurs, seulement sensation de cuisson. T. 38°.
Le soir.le malade n'accuse pas d'augmentation de la douleur. T. soir, 38°,2,
Le 7. Pansement. Lavage au sublimé. T. 37°, 8.
Le soir, le malade a eu quelques frissons. Anorexie complète; prostration plus accusée que les jours précédents. T. 39°,4. Sulfate de quinine, opium.
Le 8. Le malade a peu dormi. Localement, gonflement œdémateux du bras très considérable, sphacéle des bords de la plaie. La plaie est lavée, détergée, excision des parties sphacélées. Pansement au sublimé. T. 38°, 2.
Le soir, le malade est anxieux. Il accuse une sensation de lourdeur énorme du bras plutôt qu'une véritable douleur. T. 390,2. Sulfate de quinine, opium.
Le 9. Le malade a peu dormi. Sueurs abondantes, un peu de diarrhée.
Le bras est le siège d'un œdème considérable. La pression est très douloureuse. M. Polaillon pratique une incision de huit à dix centimètres le long du bord interne du biceps, il s'en écoule du pus et des détritus de tissus sphacélés. Les lèvres de Tincision sont écartées à l'aide de tampons de gaze phéniquée. Lavage abondant au sublimé.
M. Polaillon exprime la crainte qu'une intervention prochaine ne devienne nécessaire.
T. matin, SS^S.
Le soir, le malade est inquiet, agité. Il souffre davantage du bras qui « lui semble tiraillé par un poids de cent kilos ».
T. soir, 39°,2.
Le 10. Le malade a passé une mauvaise nuit. Les douleurs du membre supérieur sont plus accusées que les jours précédents. L'inspection du bras fait reconnaître une tendance très marquée au sphacèle. Autour de la plaie, gonflement considérable. A la palpation, tension et rénitence très accusées, avec crépitation gazeuse fine. Sonorité très manifeste. La peau off"re des marbrures violacées alternant avec une coloration noirâtre.
Le membre présente les signes de la gangrène gazeuse. M. Polaillon fait des débridements multiples; mais en présence de la profondeur et de la gravité des lésions, de l'ouverture du coude, l'amputation est décidée.
Le malade est chloroformé. Amputation du bras très haut, près du col chirurgical, avec un lambeau postéro- externe, notablement plus long que le lambeau antéro-interne, en raison de la prédominance des lésions des téguments de ce côté.
M. Polaillon ne fait pas la suture des lambeaux. Il se borne à appliquer un pansement ouvert avec des compresses de sublimé.
Le soir. Le malade est anxieux. Il a une soif intense. Il accuse des douleurs très vives, phénomènes qui semblent plutôt d'ordre nerveux. La température, en effet, est à 38° à peine.
Le 11. Le malade, qui a peu dormi, souffre encore beaucoup. Quelques petits frissons dans la matinée. T. m., 37%8.
Le soir, le malade est plus calme. T. s. 38°, 4. Pendant la journée, pulvérisations phéniquées dirigées à plusi-urs reprises sur le membre amputé recouvert du pansement.
Le 12. Le malade « n'avait jamais aussi bien dormi depuis son entrée à l'hôpital ». T. s.. 37'',4. Le pansement est changé. La plaie a très bon aspect. La suppuration est peu abondante. On note une ecchymose très étendue sur la paroi thoracique, partant de l'aisselle. Le soir, l'opéré a passé une bonne journée. Il a mangé avec appétit. T. s., 37°, 8.
Le 13. Le pansement est renouvelé. Bon aspect de la plaie. T. m., 37°; T. s., 3704.
Le 14. T. m., 37"; s., 37°,2. Diarrhée peu abondante, trois selles liquides.
Le 15. T. m., 37°; s., 37°8. La diarrhée est arrêtée, rien à noter.
Le 16. T. m., 37%2; T. s., 37°,4.
La plaie bourgeonne. Progrès marqués de la cicatrisation. La température devient normale.
Le 8 mai. Pansement. Cautérisation au nitrate d'argent des bourgeons charnus.
Le 10. Pansement. La plaie est réunie dans la profondeur. Il n'existe plus qu'une petite surface linéaire, au niveau de la jonction des lèvres des deux lambeaux, qui ne soit pas encore complètement réunie.
Le 22 mai. La cicatrisation est parfaite.
Le 1" juin. L'opéré part pour Viucennes.