DE BELGIOJOSO
fer, d’un travail exquis et bizarre, ouvre sur un jardin désordonné, plein d’ombre et d’herbe, où se roulent quatre ou cinq chevreaux aux pattes blanches et nerveuses. Une petite fille, qui a rapporté d’Italie sur sa figure un baiser du soleil couchant, passe, en les poursuivant, une baguette de frêne à la main. La maison est au fond, à droite, avec des tourelles de fer aux angles et des sculptures dans les parties supérieures. — Sur le seuil, plongé dans un grand fauteuil, quand il fait soleil, un homme aux yeux fixes, un aveugle, semble rêver. C’est celui que CMteaubriand a appelé YHomère de l’histoire, c’est Augustin Thierry.
L’amitié profonde qui unit la princesse Belgiojoso à l’auteur de la Conquête de l’Angleterre, est un des beaux
etnobles spectacles que nous connaissions. Cette alliance
de la pensée active et de la pensée clouée, de la chevalière et de l’ermite, du bruit et du repos, est chaque jour féconde en résultats puissants. L’une part et va faire l’histoire; l'autre attend et raconte. Chaque année les retrouve à la même place, auprès du même pupitre vert.
Les ouvrages de madame la princesse de Belgiojoso sont plutôt ceux d’un bénédictin que d’une femme du monde. Élégamment couchée sur son ottomane, dans une pose que Vidal a reproduite en un joli pastel qui décore le salon de la rue du Montparnasse, elle en remontrerait à tous les théologiens de la terre. Pas de question ardue pour elle. C’est cette main effilée et petite qui a écrit les quatre volumes de l’Essai sur la formation du dogme catholique ; cette tête souriante et mobile, coillée de fuchsias, a été grosse de la traduction