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LA DOUBLE STÈLE FUNÉRAIRE DANS L'AFRIQUE DU NORD

rouillé, figurent très souvent près de la stèle de têle, à côté de paquets de broussailles (1).

La double stèle de pierre (pl. LI), moins souvent relevée, est nettement ici la reproduction, en plus grandes dimensions, de la double stèle de bois. Une forme à bords échancrés paraît être préférée aux autres. Pas de disceïdes, ni de tabulaires rappelant, même de loin, les beaux types de Salé.

CIMETIÈRES DU Sup. — Si l’on quitte la côte pour visiter les cimetières de l’intérieur, on est surpris de ne point y rencontrer les types discoïdes.

À Marrakech, en particulier, on observe sporadiquement les types de Safi et de Mazagan et non ceux de Mogador. Ces rares spécimens sont d’une facture très grossière, sans ou presque sans décor. Le motif qui revient le plus souvent figure vaguement quelque palmette ou quelque palmier. Il se compose d’un trait incisé se terminant d’un côté par trois petits traits obliques et de l’autre par un rond.

On note, en outre, quelques mgqabriya à degrés et quelques exemplaires d’un petit monument assez commun dans les cimetières de Fès.

Il se compose d’une murette entourant la tombe et d’une stèle de tête, de grandes dimensions, de forme triangulaire, construite en briques et recouverte d’un enduit blanchi à la chaux (pl. LI, n° 5). On peut supposer que ces monuments ont été élevés sur la tombe de commerçants fassi morts à Marrakech. |

Ea tombe caractéristique des nécropoles du Sud est un tumulus de terre rouge de forme régulière, garni sur la crête d’une double rangée de galets gris et blancs, de laquelle se détache parfois, dans le

(4) Nous avons observé des rites analogues an petit cimetière de Lalla ‘Aïfcha Mograna, situé sur une éminence au milieu des merja du Sebou (pl. XVII).

sens de la largeur, une ligne de mêmes pierres, ce qui donne à l’ensemble l'aspect d'une croix. Les témoins manquent presque toujours. Quand ils existent, ils sont figurés par une brique, une pierre quelconque non taillée, un tesson de poterie, un goulot de cruche, de gargoulette, un rorel (petit vase à puiser l’eau), comme à Mogador, une vieille cuvette, une boîte de conserve. Des buissons de jujubier sauvage sont parfois jetés sur la tombe. Assez souvent, enfin, le tumulus est entièrement recouvert d’un enduit de terre glaise non blanchi à la chaux, comme le tumulus Juif dont il rappelle la forme, avec cette différence que ce dernier est établi sur une sorte de plateforme à deux ou à trois degrés. La stèle de bois, celle de tête seulement, à bout arrondi, s’observe quelquefois. On'n’a relevé qu’un seul exemplaire de stèle de pieds (pl. LI, n° 1), fixée parallèlement à la tombe, découpéé en forme de mains, et rappelant sans doute le type particulier de Safi, taillé dans la pierre.

À noter que de nombreuses tombes, celles du cimetière de Bab Armat en particulier, ne sont pas orientées vers la qibla, mais dans un sens exactement perpendiculaire.

En somme, les cimetières des régions du Sud, surtout peuplées de Berbères, ne: fournissent à l'enquête que des résultats négatifs. On n'y relève aucun type qui ressemble de loin aux stèles de Salé.

MEKNÈS ET Pays BERBÈRES. — Les cimetières de Meknès ét de Moulay Idris du Zerhoun ne renferment aucun type de monuments digne d’être mentionné. Ils sont uniquement peuplés de tombes berbères à tumulus, bordées d’une rangée de cailloux et limitées à la tête et aux pieds par deux grosses pierres non taillées. Seules, les tombes qui se pressent dans le voisinage ou à l’intérieur des marabouts sont entièrement recouvertes d’une mosaïque dont le cadre figure l'arc outrepassé, On relève cependant, mais tout à fait par exception, quelques stêles en bois, à tête ronde, de dimensions minuscules, servant de support à des chiffons noués,

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Fig. 13. — Stèles de grandes dimensions (Salé, Sidi Hicham). 1) En pierre sculptée avec inscription ; 2) Ornée de zellij, avec inscription sur carreaux de faïence à vernis gratté.

Fig. 14. — Grande stèle à entrelacs (Salé, Sidi Hicham).

Jusqu'ici nos documents ont été tirés des nécropoles des villes où prédomine l'élément arabe ou arabisé. Notre enquête serait incomplète si elle n’en apportait d’autres, relevés en pays de langue berbére.

Les cimetières berbères que nous avons parcourus dans les régions du Sous et du Haut Atlas, du territoire des Haha aux Ntifa, ne renferment pas de monuments comparables à ceux de Salé. Ils sont uniquement peuplés de tombes à tumulus, orientées selon le rite musulman, délimitées par deux grosses pierres témoins, l’une à la tête, l’autre aux pieds, dénommée limenzil. Ces tombes ne sont pas dépourvues d’intérêt. Elles pourraient faire l’objet d’une étude curieuse qui aiderait à reconstituer les croyances du vieux paganisme berbère que le temps n’a pas fait disparaître. En particulier, l'examen des noms berbères de la tombe et des pierres-témoins vaut d'être tenté; on le fera plus utilement ailleurs.

Chez les Imazighen du Maroc central, comme chez les Chleuh du Sud, le type de tombe communément observé est le tumulus bordé de pierres (fig. 30). Toutefois, la stèle de bois apparaît dans certains cimetières. Les Aït Ouirra ont coutume de limiter le tumulus par des piquets de cèdre, auxquels ils suspendent la tresse du jeune homme mort avant son mariage. À Moulay Bou ‘Azza, des planchettes très irrégulièrement découpées, hautes de 0,60, larges de quelques centimètres 6) à 6), garnissent toutes les tombes. Au cimetière d’Arouggou, où sont enterrés les notables du pays Zayan, on remarque également des stêles de bois déjà signalées. On y relève aussi quelques tombes. entièrement recouvertes par un coffre de cèdre de 40 centimètres environ de haut (fig. D0)LC 0):

Ce coffre, appelé en arabe derbouz, s’observe encore dans tout le pays beraber, dans les cimetières des igherman, à Azrou par exemple, comme dans le petit ighrem des Aït Yahya Wala qui en est proche. Dans ce dernier village, aux deux extrémités d’un derbouz aux flancs

(4) Communication de M. V. Loubignac.

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Fig. 15. — Stèles tabulaires de proportions plus réduites (Salé).

ornementés d’un décors en dent de scie, sont clouées deux stèles de bois, de grandes dimensions (1). |

Chez les Aït Sadden, aux environs de Fès, la tombe des hommes est marquée de deux pierres, la plus grosse se trouvant à la tête; et celle des femmes, par un piquet ou une pierre plantée près de la tête, ou encore par un sac en peau rempli de paille (2).

FÊs. — Les cimetières de Fès sont bien connus. Ils jettent leur note pittoresque dans le beau panorama que l’on contemple du haut des tombeaux des Mérinides. Ils occupent, en dehors des remparts, sur les pentes assez douces des collines qui encadrent la ville, des étendues considérables où l’olivier se mêle aux tombes blanches. Ils paraissent moins abandonnés que partout ailleurs, et l’on pourrait croire que le culte des morts jouit ici d'une particulière faveur si l’on ne savait qu’une ordonnance, prise sur l'initiative des maris, interdit aux femmes de Fès de sortir de la ville même pour prier sur la tombe de leurs morts.

Mais, au point de vue qui nous occupe, rien à Fès qui rappelle les monuments de Salé(3). Là comme à Meknès, la pierre fait défaut. Les indigènes utilisent la brique dans leurs constructions. C’est la brique également qu'ils emploient dans leurs monuments funéraires. Remarquons tout d’abord que les tombes ne portent qu’une stèle de tête. La stèle des pieds est presque toujours absente. La stèle unique manque de beauté et de caractère: c’est un massif de maçonnerie de briques, à pan coupé, enduit de mortier et blanchi à la chaux, à peine plus haut que large, épais de 0m,40 à 0,50, bâti sur la tombe, qu’entoure une

(1) Ge derbouz se retrouve dans maints marabouts du Rarb, presque toujours recouvert d’une grande pièce d’étoffe de couleur, parfois de soie. Une haouita faite d’une murelte de pierres sèches abritée sous ‘un toit de chaume, qui se trouve au col de la Zerga. au nom de Sidi ‘Ali ben Rafour, contient un derbouz recouvert d’une étoffe jaune à grands dessins. Cet ensemble est visible dans la photographie que nous en donnons (fig. 28).

(2) TRENGA. Contribution à l'élude des coutumes berbères, in . Archives berbères. 1917, fase. 3.

(3) V. cependant ci-dessous, p. 38, n. 1, stèles de type tlemcenien. :

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Fig. 17. — Stèles larges à arête supérieure échancrée aux deux extrémités (Rabat, El ‘Alou).

où STÈLES FUNÉRAIRES ORNEMENTÉES DES CIMETIÈRES MUSULMANS

murette de même construction (fig. 31-32). Le décor, remarquable par son uniformité, se compose de deux encadrements nus, d’un ou deux arcs de grandes dimensions, de formes souvent fantaisistes, inscrits l’un dans l’autre, le dernier formant souvent une sorte de niche. Cette niche, dans quelques exemplaires, constitue même tout le décor; elle est plus ou moins profonde, à fond rectangulaire ou triangulaire, quelquefois revêtu de faïences. Exceptionnellement, des dessins géométriques de tracé facile, peints de bleu ou d’ocre, ornent le fronton de la stèle (pl. LI, n° 4). Le champ de la tombe est souvent nu et envahi par l'herbe ; il offre parfois, à la base de la stêle, une échancrure ronde se rétrécissant pour représenter sans doute une tête et un cou, grossièrement tracés dans un béton blanchi à la Chaux (n° 3). Souvent aussi, il est revêtu d’une mosaïque de zellij de couleur blanche et verte dont l’ornement essentiel est un arc outrepassé de grande dimension, dessiné en faïence bleue (n° 8). Cet ornement se réduit parfois à la partie supérieure de l’arc (n° 7). Dans tous les cas, quand le revêtement de zelli] existe, on ménage au centre de la tombe un petit trou carré laissant la terre à découvert.

Le type que nous venons de décrire offre quelques variantes. On relève notamment une stèle à base rectangulaire, surmontée d’une partie triangulaire, et une stèle triangulaire aux bords rectilignes ou à gradins (n°5 5 et 8); sans décor, hormis une sorte de niche de formes variées ; mais c’est la forme en arceau qui revient le plus souvent.

Quant aux formes discoïdales, on en relève de rares exemplaires.

On retrouve à Sefrou, mais en un moins grand nombre d’exemplaires, les types caractéristiques des cimetières de Fès. La stèle tabulaire est plus épaisse et son arête supérieure plus largement abattue. Et bien que de constructions moins soignée, elle manifeste une certaine recherche architecturale. La niche centrale, souvent en arceau, est encadrée par. un décor fait de piliers ornés de chapiteaux (n° 9). Mais ces stèles, au dire des indigènes, constituent l’ornement des tombes de riches ; les tombes de pauvres, et ce sont de beaucoup les plus nombreuses, en sont dépourvues. Ces dernières sont des tumuli de pierres ou de terre.

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Fig. 18. — Mqabryia (Salé, Sidi Hicham),

Les sépultures de Taza que nous connaissons, principalement celles de Bab Guebbour, sont du type berbère, qui se retrouve -du reste dans tout le bled environnant la ville. Les tombes des marabouts de la ville sont souvent recouvertes d’un derbouz à soierie brochée. Mais dans toute la région déshéritée qui s'étend entre Msoun et Oujda les sépultures sont de simples tumuli entourés d’un cordon de pierres, avec les deux témoins. On rencontre fréquemment de petites haouita elliptiques en pierres sèches, de 0,40 à 0m,50 de haut, entourant une sépulture presque effacée : ces tombes se signalent par un roseau planté à la tête, auquel est attaché un chiffon.

Les plus anciennes tombes des cimetières d’Oujda sont de deux Lypes : tantôt un petit tumulus allongé, bordé de gros cailloux fichés en terre (1); tantôt un tumulus recouvert d’une couche de cailloux. Dans les deux cas, les témoins sont des bâtonnets de bois d’olivier avec encoches latérales, derrière chacun desquels se dresse une pierre plus grosse que les autres. Il en est ainsi notamment pour les tombes du vieux cimetière abandonné des Obazza, près du marché aux grains de la Porte Sidi ‘Abd el Wahab, et celles du cimetière de Sidi Yahia.

A l'heure actuelle, on enterre surtout dans le nouveau cimetière de Sidi Mohtar bel Mahdi, suivant les anciens rites, mais aussi sous des tombes maconnées avec stèles tabulaires plus ou moins ornées, des types tlemcéniens que nous allons étudier. Ces stèles sont du reste taillées à Tlemcen et envoyées prêtes à être poses Certaines stêles, d’autres formes, sont taillées à Alger.

ALGÉRIE, — Les stèles récentes de Tlemcen diffèrent essentiellement des stèles de Rabat et de Salé en ce que la partie tabulaire, comparativement plus mince, émerge de terre beaucoup plus, pour porter géné-

(1) Gette lombe, que l'on retrouve partout en pays berbères, est constante chez les Beni Iznacen et dans les Trara (Nedroma) où abondent les haouch vénérés des saints juifs ou musulmans.

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'ig. 19, — Stèles discoïdales (Salé, Sidi ben ‘Achir).

ralement une inscription arabe, tirée du Coran ou de la Borda d'El Bouciri (pl. LIL.)

Les stèles, de formes diverses, peuvent, grosso modo, se ranger sous six Catégories :

19 Stêles discoïdales à épaulement (n° 3) ;

2° Stèles tabulaires à arc inscrit (n° 5):

3° Stèles tabulaires à sommet cintré, semi-circulaire; le champ, orné de motifs décoratifs, se divise en deux parties : la partie inférieure, entourée par un encadrement rectangulaire, la partie supérieure, également encadrée (n° 6) ;

40 Stèles découpées en marbre blanc, minces, surmontées d’un croissant (provenant d'Alger, n° 7);

9° Stèles oblongues, souvent en orbe et surmontées d’un croissant (n° 8);

6° Stèles trapézoïdales, la petite base fichée en terre (n° 9).

Le musée de Sidi Bel Hassen présente une très belle série de stèles funéraires de toutes les époques, la plupart en marbre d’Aïn Takbalet, Les plus anciennes sont des stèles tabulaires d’un carré un peu allongé. avec arc inscrit, ou bien des discoïdes inscrits. Elles portent la plupart du temps, dans un encadrement orné, une inscription tirée des textes . habituels, et quelquefois le nom du défunt, la date de sa mort. Nous relevons ainsi les épitaphes de ‘Abbou ‘Abdallah ben Jafar ben Samoun, 610/1232 — ‘Abbou Hammou, 791/1413 — ‘Alia bent Mounaïm, 900/ 1522 — Fatima bent Moulay Mohammed Soufiman, 993/1615 — Faziza bent Hamou ech-Chérif, 1013/1635 — Makrouna bent Hadj Mohammed Tadjer, 1048/1670.

‘Enfin, toute une série fort belle de grandes stèles discoïdales en marbre, du type à épaulement (diam. 0,45), avec un petit appendice à la partie supérieure, comme certains discoïdes de Salé, rappellent en tous points les quatre stèles africaines, à inscription, du Musée archéologique de Madrid (n°5 683, 695, 696, 697), signalées par E. Fran-

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