‹ Stèles funéraires marocainesChapitre 12 sur 32 · PL, XII · texte numérisé non relu

PL, XII

Fig, 21, — Discoïdes de forme ovaloïde (Salé).

kowski (1) et dont on ignore la provenance. Ne seraient-elles pas entrées au musée madrilène à l’époque encore assez rapprochée de nous où les trésors artistiques de Tlemcen furent mis au pillage et dispersés? L'une de nos stèles tlemcéniennes porte le nom de Fatima bent Moulay Mohammed Sidjilmansi, 1213/1835. Chose à noter: la plupart de ces stèles nommées et datées portent des noms de femmes. On sait que, dans l’'orthodoxie musulmane en principe, le nom du mort disparaît avec le corps humain qui l’a porté: les femmes musulmanes seraient-elles moins embarrassées de scrupules orthodoxes ?

Les anciens lapicides tlemcéniens ont tiré un remarquable parti ornemental de l'écriture cursive limitée dans un cadre largement dessiné et toujours dérivé de l'arc inscrit, la plupart du temps polylobé et inspiré de la forme élégante des mihrab de la ville. Le tout est d’un très léger relief, mais fermement, grassement tracé. L'écriture est aisée et habilement répartie pour emplir tous les vides. Elle est particulière aux monuments funéraires (2).

A côté de ces belles stêles, sobres et harmonieuses, même les discoïdales des xvirie-xixe siècles, les stèles récentes font assez piètre figure. Plus étriquées, d’un travail quelquefois gauche, peinturlurées souvent de couleurs barbares, elles dénotent un changement de goût qu'il ne serait pas difficile de dater. Même les plus soignées offrent un encadrement lourd, formé de chevrons curvilignes se chevauchant, s’entrecroisant, ou de palmettes. La tradition de la belle écriture, dont le développement harmonieux et élégant ne laissait aucun vide à l'œil, semble se perdre. Elles sont plus hautes, plus étroites, pour tirer davantage le regard, semble-t-il. Les deux stèles verticales sont généralement reliées à la base par une dalle horizontale supportée par un massif de maçonnerie. |

Les tombes sont, naturellement, orientées. Elles se pressent sur-

(1) Op. cit., pp. 101, 102. — A. Bec. /nscriplions arabes de Fès, pp. 15 suiv., 49 suiv.: — Cf. aussi in Mélanges René Basse}, 1, p. 46. Dans ces études, le savant arabisant signale trois stèles à are inscrit, du type tlemcénien des xri-x1v° siècles, qu'il a relevées à Fès, dont l’une de la princesse Zaineb bent ‘Omar.

(2) W. et G. MarÇaIS, Monuments arabes de Tlemcen, p. 93.

Pre

Fig. 22. — Discoïdes surmontés d’un petit appendice (Salé).

Fig. 23. — Discoïde avec appendice supérieur, taillé en relief sur une stèle tabulaire (Salé, Sidi Qlaftoh).

Fiz. 24. — Sièle cruciale (Rabat EI ‘Alou).

tout autour des marabouts vénérés : c’étaient autrefois Sidi Wahab, Sidi Yaqoub. C’est aujourd’hui Sidi Snoussi, par exemple (1). |

En outre des tombes à stêles que nous venons de décrire, il existe dans les cimetières anciens de Tlemcen, à El Eubbad, à Agadir et dans les cimetières plus récents, des milliers de tombes du type berbère, petit tumulus et cercle de pierres. Quelques-unes, attribuées par la tradition à des saints musulmans, sont entourées d’une haouita ou d’un haouch: en ce cas, l'emplacement occupé par le saint est signalé souvent par un socle de maçonnerie, la plupart du temps édifié longtemps après sa mort par la piété des fidèles, lorsque son culte s’est établi, Le culte des saints locaux a été et est encore extrêmement actif à Tlemcen, véritable ville sainte, dont chaque porte était gardée par un puissant protecteur, son Wali ou répondant, et une légion de comparses vénérés dont les tombes se pressaient autour de lui (2).

On trouve à Blida (3) les types de Tlemcen, hormis les discoïdes à épaulement (pl. LIV). Les tabulaires de formes diverses sont des plaques de marbre, minces, portant inscription, une étoile et un croissant pour tout décor. Il est remarquable que ce dernier signe, si peu employé au Maroc, s’observe avec de plus en plus de fréquence à mesure que l’on s’'avance vers l'Est. Mais est-ce bien un croissant que l’on voit taillé dans le marbre même dans les n°5 3 et suivants ? Ne serait-il pas plutôt la survivance d’un autre symbole, la corne, par exemple ?

Le type le plus curieux, ou tout au moins le plus courant de Blida, est donné par les n°5 1 et 2. On le rencontre surtout dans le cimetière de Sidi Flallo, situé. en dehors de la ville, le long de la belle route qui mène au hameau de Dalmatie, et plus rarement dans le cimetière de Sidi Ahmed EI-Kebir, si pittoresque avec ses tombes étagées sur le montagne et

- (1) Nous devons la communication de nombreux et excellents dessins figurant le décor de ces stèles funéraires à M. RosrANE Abd el Kader, de Tlemcen, qui a bien voulu accompagner l’un de nous dans les vieux cimetières de la ville (pl. LII-LH).

(2) W. et G. MarÇçais. Les Monuments arabes de Tlemcen, p. 330 et suiv.

(3) Les croquis de la PI. LIV nous ont été communiqués par M. Cam. FuLcoNIs.

Fig. 25. — Discoïdes surmontés d’un appendice en T (Rabat, Chella et EI ‘Alou),

ses oliviers millénaires où, à l’occasion du Mouloud, se déroulent, la nuit, des fêtes d’un autre âge.

Ce type se caractérise par une partie ovaloïde resserrée à la base en forme de cou et reposant sur une partie largement rectangulaire. Il est souvent de grandes dimensions, taillé dans des plaques de schiste ardoisier d’un beau gris bleuté. Des plaques de même roche encadrent les bas-côtés de la tombe et la recouvrent parfois même de manière à former une sorte de caisson de pierre (fig. 33).

Les nécropoles de Blida peuvent compter,.par leur cadre, parmi les plus pittoresques de l’Afrique du Nord. Les femmes les visitent régulierement le vendredi et rendent à leurs morts des honneurs que négligent souvent les Marocaines. Elles viennent remplir d’eau la petite excavation ronde creusée dans la plaque de marbre très étroite qu’on trouve fréquemment disposée au pied de la stèle de tête. L’âme du défunt viendra s’y abreuver. Elles apportent aussi quelques galettes ou quelques figues dont l’âme se substantera, et un rameau de myrte où l'esprit du mort viendra s’incarner pour entendre les prières des parents. L'âme, en effet, rôde autour de son tombeau, et il importe de lui rendre des devoirs pour qu'elle ne vienne pas tourmenter les vivants.

Bougie, la capitale de la petite Kabylie, n'offre rien de comparable aux stêles que nous étudions. La plupart de ses tombes s’étalent sur le versant assez raide d’une montagne ombragée de beaux arbres; ce sont des tumuli ordinaires, simplement ornés de deux témoins de pierre (1). On relève pourtant quelques stèles de marbre du type de Blida, de 0,70 sur 0M,50, avec inscription en arabe ou même en français, une stèle ovaloïde allongée (fig. 34), ou discoïde.

Par contre, la stèle discoïdale, si rarement observée jusqu'ici, figure en très grand nombre d'exemplaires dans la belle nécropole de Constantine. Elle est généralement en bois, recouverte de peinture

(1) Chez les Kabyles du Djurdjura, c’est la même tombe que nous rencontrons, De même chez les Beni Snous.

Pc. XVI

l'ig. 26. — Stèles ornées de deux semelles symétriques (Salé),

(Les deux premières, à Sidi ben (Achir ; la troisième, à Sidi bel CAbbès)

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