PL. XVIII
Fig. 30 (2)
Fig. 30 (3)
Fig. 30. — Types de tombes berbères.
1) Tiflet (Maroc).
2) Coffre de cèdre (derbouz) sur tombe berbère (Arougou, pays Zayan (Maroc). 3) Rabat, Chella,
nines. À Tunis, par exemple (cimetière de Zellas), la tombe, quel que soit le sexe du défunt, est uniformément recouverte d’un massif de maçonnerie de 0M,30 à 0M,40 de haut, enduit d’un mortier de chaux sur les côtés et garni au dessus d’une plaque de marbre ; mais les stêles, fixées dans des encoches, différent suivant le cas: sur la tombe des hommes, c’est toujours la stèle unique à turban ; les tombes de femmes ont toujours la double stèle, tantôt discoïdale ou ovaloïde, tantôt carrée ou rectangulaire. Certaines tombes sont ornées de la stèle à turban à la tête, et d’une stèle d'autre sorte au pieds : c’est que deux corps de sexes différents y sont enterrés ; une même fosse peut en effet servir de sépulture à plusieurs membres d’une même famille (1).
De nombreuses stèles sont peintes en vert. D'autre part, la plaque de marbre couchée sur le monument présente un évidement en rectangle, surmonté parfois d’un arceau rappelant celui des tombes de Fès et de Meknès (fig. 40).
On peut observer quelques stèêles discoïdes sur la route de Tunis à Gabès. Les plus belles se trouvent à Lemta (fig. 42) : le disque régulier est réuni à sa base par un col assez long et étroit, tandis que la stèle des pieds est simplement taillée en prisme quadrangulaire ; les deux stèles sont dépourvues d’ornement (2).
Les cimetières de cette région offrent un autre type de tombe également curieux : à la tête du massif de maçonnerie qui tient toute la longueur du monument, se dresse une sorte de murette vaguement cintrée, assez basse, très épaisse et débordant largement de chaque côté du monument (fig. 44). Elle affecte parfois la forme d’un arceau de -grande dimension. Ce mur de fond est simplement décoré en son milieu de carreaux de faïence : le plus souvent, ces carreaux sont disposés en manière de cadre entourant un cadre réservé à une inscription, qui n'existe du reste presque jamais. On peut comparer ces tombes à
(4) Comp. la fréquence des colombaires familiaux en Tunisie à l'époque romaine. P. GAUCKLER. :
Les Travaux d'art dee Romains en Tunisie.
(2) Comp. stèles navarraises et basques, FRANKOwSKkT. Op. cil., passim.
Pr, XIX
Fig. 31.
Fig. 32, — Monuments funéraires de Fès,
celles de Fès, mais avec beaucoup moins de caractère. Une stèle figure aux pieds, toute petite, prismatique, discoïdale ou rectangulaire. Tout le monument est blanchi à la chaux.
Aux environs d'El Djem, la double stêle se dresse sur un socle à gradins fait de belles pierres bien équarries. Celle de tête est une stèle à turban carré, l’autre est prismatique (fig. 41). Des tombes identiques se voient le long du rivage maritime, de Selloum à Alexandrie.
La double stêle prend, dans les cimetières de Djerba, ceux de EHoumt Souq en particulier, les formes les plus variées. Beaucoup de stèles turques au turban élégant se mêlent à des pierres très simplement taillées. Le discoïde n’y est pas rare et il voisine normalement avec une pierre plate au sommet triangulaire plus ou moins aigu (fig. 45). On n'y observe pas la stèle tabulaire avec arc inscrit, des cimetières marocains.
Il existe, au Musée de Malte, une stèle funéraire en marbre, carrée, de 0m,70 de côtés, ornée d’un arc de forme fréquente dans la Régence et inconnue au Maroc, inserit dans un encadrement sculpté (fig. 46). L'inscription centrale (la plaque est entièrement recouverte d’une écriture remarquablement belle) nous apprend que cette stèle figurait sur le tombeau de Maimouna, sœur de Hasan fils de ‘Ali el Hadli de Gabès du Sousse, décédée en 569-1173. Le même musée contient, en nombreux exemplaires, des mgabriya en marbre, de petite dimension, d’un bon style, de forme et de décoration identiques aux stèles des tombeaux des Mérinides au Chella ou des princes Sa‘diens à Marrakech.
TRIPOLITAINE ET COTE LiByQuE. — La double stèle turque abonde à Tripoli dans des mosquées funéraires. On la trouve encore, mais plus rarement, dans les nécropoles immenses qui encerclent la ville. Le plus souvent, la tombe consiste en un caisson de maçonnerie, haut et large de 0M,40 à 0,60, établi sur le socle plus large recouvrant la tombe. Les témoins, quand il en existe, se dressent sur cette plateforme, Dans
Fig. 34. — Discoïde à forme ogivale (Bougie).
quelques cas, la pierre de tête est discoïdale et surmontée d’un léger bourgeonnement; celle des pieds affecte rarement cette forme: elle se termine en pointe, parfois échancrée en son milieu (1). Ces types sont très rares. On ne saurait dire si ces pierres ornent des tombes de Maro- ‘ains morts en Tripolitaine ou s’il s’agit de survivance d’un type en voie d'extinction (fig. 43.)
Le socle de la tombe présente souvent une ou deux excavations destinées à loger un petit vase que les femmes emplissent d’eau à leurs visites. Ici, comme en Orient, on croit communément que l’âme du défunt s’incarne dans le corps d’un de ces petits oiseaux qui volètent près des tombes et c’est une pratique méritoire que d’apaiser leur soif.
Nous ne possédons aucun document relatif aux nécropoles de la Cyrénaïque. Par contre, nous sommes mieux renseignés sur les tombes qui jalonnent la côte Libyque, de Selloum à Alexandrie, sur la vieille piste jadis parcourue par les peélerins venus du Maghreb. Dans cette région demi-désertique, elles sont assez rares. Les sépultures les plus notables sont celles de marabouts de la tribu nomade de Oulad ‘Ali. Les tombes ordinaires passent inaperçues.
Sur un gros amoncellement de pierres, vaguement disposé en gradin, se dresse la double stèle, celle de tête souvent plus grosse de forme prismatique (fig. 47) ou tabulaire (fig. 48), sans décor, ni inscription. Les pèlerins y viennent déposer de menues offrandes, allumer des cierges et faire des fumigations rituelles ou encore nouer une loque à l’une des perches plantées à la tête du tombeau et dans le mur d’enceinte qui l’entoure. Le nomade y dépose ses objets encombrants, coffres, charrues, socs, instruments de dépiquage, placés ainsi sour la garde du défunt, selon un usage très en honneur chez les Berbères marocains.
Dans le petit groupe d’oasis dont Siwa, la plus connue, marque la limite orientale du domaine berbère, on ne trouve pas de stèle tabulaire, ni discoïdale. La double stêle, en calcaire blanc, s’observe surtout dans le grande nécropole d’Arormi, où se dressait jadis le fameux temple
(1) On retrouve au Maroc un modèle analogue, découpé en bois (fig. 44).
BP]
Fig. 35. — Discoïdes en bois, du cimetière de Constantine,
Fig. 36. — Tombes de Constantine.
de Jupiter Ammon. La stèle des pieds, à base carrée, de 0,20 de côté, haute de 0m,50 à 0,70, est assez régulièrement taillée; celle de tête, un peu plus haute, se termine par une sorte de renflement qui figure sans doute le turban des stèles turques (fig. 39).
Des stêles identiques se groupent aussi à Siwa, mais en bien plus petit nombre, autour du mausolée de Sidi Sliman, et dans les cimetiéres situées au sud du ksar; elles sont généralement groupées dans une enceinte de boue affectant l'aspect d’un haouch.
EGYPTE. — Les monuments funéraires de l'Egypte ancienne sont mieux connus que ceux des nécropoles musulmanes. Sans être d’égale importance, leur intérêt est loin d’être négligeable. Ils affectent les formes les plus variées. Dans l’ensemble, ils possèdent la double stèle ; mais aucun des cimetières visités n'offre d'exemple de discoïdes ou de tabulaires, tels que ceux que nous étudions. Nous serons donc brefs.
Au Caire, à Alexandrie, dans les villes importantes du Delta et leur grande banlieue, la double stèle turque couverte d'inscriptions et de motifs de décoration florale est presque la seule que l’on rencontre, quel que soit le sexe du défunt. La stèle de tête-des sépultures féminines porte cependant des attributs féminins : double tresse et colliers. Les deux stèles reposent sur un monument assez élevé, affectant la forme d’un coffre cintré ou d’un caisson bâti sur socle et recouvert d’une table débordant, aux arêtes moulurées, d’un travail en général assez soigné (fig. 49). Les plus beaux spécimens, peints et dorés, se voient dans les Tombeaux des Califes, où sont enterrés les Princes égyptiens du moyen âge arabe. Les Tombeaux des Mamelucks, non moins célebres, en renferment d’aussi riches et aussi prétentieux. La route qui conduit à ces nécropoles est elle-même bordée de mausolées appelés haouch. Ce sont de véritables maisons, souvent sans terrasse, avec cours et chambres où se pressent, les uns contre les autres, les tombeaux