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LA DOUBLE STÈLE FUNÉRAIRE DANS L’AFRIQUE DU NORD

Il y aurait grand intérêt, au point de vue de l’origine et du développement des types de stèles funéraires que nous venons de décrire, de pouvoir en tracer l’aire d'extension géographique. C’est actuellement impossible. Les renseignements que nous possédons, malgré l’imporlance de notre enquête, sont encore trop fragmentaires et isolés. Les plus nombreux se rapportent naturellement aux cimetières des villes marocaines. Ce sont d’abord ceux-ci que nous passerons en revue. Voyons d’abord ceux de la côte atlantique.

CÔTES MAROCAINES. — À Tanger (1), on n’emploie plus actuellement les mchahed en pierre. Les seuls spécimens qu'on y rencontre se trouvent sur le sommet de la colline dite /-mjahdin, à l'est de Tanger, au sud de l'oued Boubana, où furent enterrés des combattants de guerre sainte tués lors des sièges de Tanger. Ces stèles sont d’un grès grossier, analogue à celui que l'on extrait des carrières d’Achoqqar (grottes d'Hercule) et dont on fait des meules. Elles sont d’un type inconnu à Salé. En général, elles affectent une forme rectangulaire surmontée d’un petit disque le plus souvent cassé ou très mutilé. La partie centrale porte des motifs variés; les plus fréquents sont le sceau de Salomon et les

(4) Communicalion de M. Georges $, COLIN,

deux arcs inscrits. Le cadre est orné de décors floraux et de deux colonnettes plus ou moins nettes. La stèle est fichée dans le sol par une partie brute (fig. 27).

À Casablanca, le grand cimetière de Sidi Belyout, patron de la ville, n'offre rien de comparable aux beaux cimetières de Rabat et de Salé. Les tombes effondrées, envahies par les hautes herbes, apparaissent dans le plus affreux désordre. Ce sont en général de simples tumuli allongés, entourés de cailloux, avec deux pierres plus grosses, placées l'une à la tête, l’autre aux pieds. Quelques rares tombes, celles des riches nous dit-on, ont la double stèle, taillée sans soin, de forme tabulaire, d'assez grandes dimensions : 0m,65 x 0m,50 et 0m,70 x 0m,60 (DIS TENETT). L'arête supérieure de certains exemplaires est à contour vaguement arrondi. Peu ou pas d’ornementation ; rarement une inscription. Quand l'arc inscrit figure, il est simple sur la stèle de tête, double sur la stèle des pieds. À noter quelques dessins géométriques de tracé facile, la rosace à six branches, par exemple, ou la double semelle peinte en vert. Pas de discoïde. |

Le cimetière de Moulay Bou Chaïb d’Azemmour compte un nombre de types plus variés (pl. XLIX), bien qu'ici encore on observe surtout la tombe à tumulus délimitée par deux témoins de pierre non équarrie. Exceptionnellement, on observe des tabulaires de grandes dimensions, Om,70X0m,80 et de petites dimensions, Om,30X0m,25, mais toujours plus épaisses qu’à Salé; certaines sont à contour arrondi (n° 9);ules plus petites sont ornées de rosaces, d'étoiles ou de vagues figurations de palmier (n° 1). Les discoïdes ne sont pas rares ; certains sont réguliers (n° 8); d’autres ont une forme ovoïde (n° 11); d’autres sont à pans coupés (n° 10); les plus nombreux sont irréguliers et aplatis, plus larges que hauts (n° 9), mais tous se font remarquer par leur grande épaisseur. À signaler un discoïde régulier gravé en léger relief sur une stèle trapézoïdale (n° 6) et une tabulaire de 0,25 X 0m,30 couronnée d’un disque de 18 centimètres de diamètre (n° 7). Un groupe de huit stèles, vaguement discoïdales et blanchies à la chaux, s’observent encore contre la façade principale de la chapelle de Moulay Bou Chaïb.

Fig. 11. — Mchahed en bois.

(Les deux premiers rangs, Salé : a. mchahed de tête; — b. mchahed des pieds. Les deux dernières stèles, Chella : a. mchahed de tête ; — b. mchahed des pieds).

Les cimetières de Mazagan sont encore moins riches en stèles du genre de celles qui nous occupent. On relève, dans le cimetière de Sidi Elwafi, le plus ancien, une stèle ogivale et un discoïde encastré dans le mur d'un mausolée, Dans celui de Sidi Nehel, on note çà et là quelques exemplaires de discoïdes de moyenne dimension, taillés dans un calcaire à gros grain. D'une manière générale, les tombes sont entourées d'une murette de pierres bien équarries et ornées de deux bornes dépourvues de décors et d'inscriptions, en guise de témoins. La plupart des tombes récentes sont des tumuli recouverts de cailloux blancs et délimités par deux pierres quelconques plus grosses. Du reste, les cimetières de cette ville sont dans un état inexprimable d'abandon et de délabrement.

On relève encore quelques discoïdes dans les petits cimetières ruraux en bordure de la route de Mazagan à Safi, en particulier à Sidi Smain.

Mais c’est à Safi que l’on trouve, après Salé, le plus grand nombre de stèle funéraires intéressantes (pl. L). La grande nécropole, que nous avons longuement visitée, se trouve en dehors des remparts, près de Bab el Kouass. La route qui mène aux sanctuaires de Sidi Bou Zekri et de Sidi Bou Zid la partage en deux parties : une partie basse et plane, s'étendant jusqu’au bord de la mer, et une partie haute, peuplée de tombes s’étageant sur la colline, débordant même sur la crête et dévalant jusque vers la Châaba et le sanctuaire de Sidi ‘Abd Er-Rahman. Ici, les tombes se distinguent par la variété de leurs stèles qui appartiennent aux types connus. Mais on observe aussi un type curieux, inexistant ailleurs. |

Ce sont tout d’abord des tabulaires d’un gris bleuté, en grand nombre dans la partie basse, et de dimensions variables. Les plus grandes ne dépassent pas 0,60 de hauteur, et les plus petites 0,30. Le décor, quand il existe, se réduit le plus souvent à une sorte de cadre formé de parallèles incisées et agrémenté, au fronton, de lignes obliques (n° 1), ou à une série de carrés ou de rectangles inscrits (n° 2). Quelques exemplaires sont ornés d’un cercle tracé dans l’intérieur se détachant en relief

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