‹ Stella drame en cinq actes et six tableauxChapitre 3 sur 79 · GUSTAVE, ERNEST · texte numérisé non relu

GUSTAVE, ERNEST

GUSTAVE, allant à lui. Ernest !

ernest, le reconnaissant. Gustave!

GUSTAVE, U tenant embrassé. C'est cela!...

comme à l'université... comme daus les pages... toujours amis!...

ERNEST. Toujours frères!

GUSTAVE. Oli ! que cela me fait de bien, de sentir la main dans la mienne!... séparés pendant trois ans!...

ernest. Trois siècles...

Gustave. Qui ont été utilement employés par toi... premier secrétaire de la chancellerie à vingt-quatre ans!... c’est superbel... Encore une absence de quelques années, et je te retrouverai ministre, (filant.) Alors, votre excellence daignera me protéger.

ERNEST, de mime. Monsieur le capitaine se passe fort bien de protecteurs.

Gustave. Oui, pourvu qu’on se balle, lin moment j’ai cru que nous allions tourner à la paix ; mais il parait qu’il se trame quelque chose , et qu’avant peu notre bien-aimé sire...

ERNEST, souriant. C’est possible.

Gustave. Ali ! tu sais donc la grande affaire ?

ERNEST, avec un( gravité plaisante. Je ne sais rien.

GUSTAVE. C’est ju.sle... un diplomate!

Pardon de mon indiscrétion. Mais ce que tu peux me dire, c’est ce que lu espères...

ce que tu attends ?

ernest. Eh ! mou ami , nous rêvons tous le bonheur; celui ci sous une forme, celui-là sous une autre... Pour toi le bonheur, c’est le tumulte des camps, le bruit du canon; puis à la fin de chaque campagne , un grade de plus... Pour moi, le comble de la félicité serait d’être...

GUSTAVE. Grand chancelier.

ernest. Mieux que celai... être uni à celle que j’aime... voilà l’es|xiir et le but de ma vie.

GUSTAVE. Comment ! tu étais amoureux à re degré-là, et dans tes lettres lu ne m’en as jamais écrit un mot?..,

ernest. Cet amour était un secret qu’il fallait cacher a tout le monde. Tu as connu le général baron de Rillerstlorf?

Gustave. |.e gouverneur de la forteresse du Moni-des Géants! .. oui, le bourru le

moins bienfaisant de toute la Prusse... qui vient de mourir, heureusement pour ses ennemis et ses amis.

ernest. Gustave!.... c’est sa lille que j’aime.

GUSTAVE. La fille de M. de Ritlersdorf ?...

ernest. Un ange, mon ami.,, un ange de I beauté, de douceur.

GUSTAVE. Belle et douce... je vois avec i plaisir qu’elle ne ressemble pas du tout à son brutal de père.

ernest. Gustave... le général n’est plus.

Gustave. Je puis d’autant mieux lui dire toutes ses vérités... Je crois me souvenir que ton père lui-même, quoique ami d’enfance de VI. Ritlersdorf, s’était à la lin lassé de son insupportable caractère,

ERNEST. Il y a quelques années ils se brouillèren t en effet. Défense me fut faite de rentrer jamais dans la maisonde M. de Ritlersdorf. maison où j’avais été élevé avec Marie. Pour revoir celle que j’aimais depuis mes premières années, je bravai le» ordres de mon père, la fureur de M. de Ritlersdorf. Mon amour grandit avec les obstacles. .. d’enfantin qu’il avait été d’abord, il devint sérieux, profond, irrésistible. I,c général s’absentait souvent... et la bonne Gertrude, la gouvernante de Marie, qui nous appelait l’un et l’autre ses enfants, la lionne Gertrude protégeait notre innocent amour... C’était toujours en sa présence que je voyais Marie. ..

mais la pauvre femme tomba malade.

Gustave. Je devine... lu vins plus souvent encore... et l’innocent amour, livré à lui-même... s'émancipa peut-être?...

ernest. I,c général avait, à cette époque.

| écrit à sa lille qu'il projetait pour elle un mariage... Marie me montra la lettre de son père... elle pleurait... moi. désespéré, furieux, je demandais au ciel de rendre ce mariage impossible. .. que le dirai-je, ami?...

! un moment la raison nous abandonna tous deux... quand je revins à moi... Marie était perdue !... C’est à celte époque que le général fut appelé sur les frontières de la Bohême I cl de la Silésie, au commandement de la forteresse du Mont-des-Géants. J'étais moimême enchaîné ici par mon service... Marie demeura donc seule à la campagne, senlc avec Gertrude, à laquelle elle avait tout avoué. Elle m'écrivait souvent , et dans scs lettres

jamais uu reproche, jamais une plainte. .. Au dernier voyage que M. de Ritlersdorf fit à Berlin, je revis Marie; je lui annonçai que j étais résolu de tout révéler à son père...

C est alors que celte douce victime me supplia de me taire, d’attendre , par pitié, non plus seulement pour elle... mais pour notre enfant. J’appris alors tout re que Marie avaii 1 souffert, loin re qu'elle m'avait pardonné.

MAGASIN THEATRAL-

gustave. Tu avais raison : c'est un ange que celle jeune fille.

ERNEST. Je compris qu’elle espérait qu" mon zèle, mon travail, et plus encore mou amour, me mériteraient enfin une de ces positions élevées qui donnent droit à tout, et devant laquelle la haine de M. de Rittersdorf s’éteindrait... De ce moment, jour et nuit, je fus à l'œuvre... et voilà par quel miracle tu inc trouves, à vingt-quatre ans, premier secrétaire de la chancellerie.

Gustave. La mort de M. de Ritlersdorf te rend la tâche plus facile... le deuil de mademoiselle Marie louche à son terme, et bientôt tu pourras avouer à ton tuteur.

ernest. Sais-ltiquelesl le tuteur de Marie?

Gustave. Non... c'est...

ernest. Leroi!...

GUSTAVE. Je comprends qu'un tel aveu soit difficile à faire à un homme comme Frédéric.

ERNEST. J'ose tout espérer cependant: je puis te le dire, à toi. La mauvaise santé du ministre m'a laissé, depuis deux mois, chargé de toutes les affaires de la chancellerie. Je crois savoir que le roi a été fort content de mon travail; hier il a lui-même envoyé un exprès au chancelier pour qu'il eût à me laisser revenir à Berlin . où ma présence était nécessaire.

Gustave. Il veut te récompenser... et pour gratification lu lui demanderas, toi, la main de celle que tu aimes... As-tu vu mademoiselle Marie! .. l'es-tu concerté avec elle?...

ernest. Marie est à son château ; elle a obtenu de sa majesté la permission d'y passer tout le temps de son deuil ; Ritlersdorf est à trente lieues de Berlin, et, depuis six mois, mon service ne m'a pas laissé deux heures de liberté. J'espère trouver une lettre d’elle chez moi... il me reste, je le vois, assez de temps encore avant l'audience de sa majesté.

Gustave. Va. mon ami... aussi bien...

(montrant de» Officiers qui entrent ) tu me laisseras en nombreuse compagnie. ..

Il, » Mirent U m«in. Pendant le (In de celle s.rne, I.

«ilon *’est rempli d'Officier* venant pur le ]ardin

Ernest sort par, le fond et tourne à gauche.

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