‹ Stella drame en cinq actes et six tableauxChapitre 40 sur 79 · SOLDATS ET VALETS · texte numérisé non relu

SOLDATS ET VALETS

D'OSBORN. Placez- vous là, Marie; ce feu et ce cordial vous ranimeront.

JS

marie. Pourquoi noos arrêter iciî...

d’osrorn. Par* que nous avons encore près d'une heurs de marche pour arriver à la forteresse, et que vos forces pourraient vous trahir. (Sur un ligne de d'Osbom, tout le monde se retire. Dori et Christine sortent dgauche avec les paysans. Les deux soldats à droite. Marie, assise , reste immobile, et semble éviter les regards de d’ Osborn; celuici lui a présenté le cordial, mais Marie a repoussé la main de d’Osbom ; celui-ci debout, et avec une douceur affectée:) Marie, pourquoi ne prenez -vous pas ce cordial T avez-vous oublié déjà les recommandations expresses du docteur? voulez-vous donc ne plus lutter contre cette langueur qui vous lue et qui me désespère?

marie. Oh I monsieur, faiies-moi grâce de cette sollicitude exagérée qui a succédé tout à coup à la haine... à la brutalité...

Pourquoi ces hypocrites soins? craigneivous doue qu'à son lit de mort votre victime vous maudisse et vous démasque?

d'OSBORN, Que vous êtes injuste, Marie 1 ne savez-vous pas bien que bous cette haine apparente se cachait une profonde douleur t marie. Encore cet odieux mensonge! de l'amour... dans ce cœur bas et impitoyable, qui a pu concevoir la trahison la plus iâchc, le crime le plus abominable...

d'osborn. Marie... sans doute j'ai été cruel, impitoyable... mais vos dédains, vos mépris avaient ulcéré mon cœur.

marie. Méritez-vous donc antre choseque haine et mépris, vous qui avez menti indignement à la foi jurée... Si vous aviez tenu votre serment; si, par vous, M. de Fridberg avait été publiquement justiGé, j’aurais p n tout oublier; j’aurais pu devenir pour vous une sœur... Mais vous avez élédéluval et infinie!... M. de Fridberg mort, vous avez brûlé l’unique preuve de son innocence pour qu'il fût impossible de réhabiliter sa mémoire... puis, pour mieux vous assurer l'impunité, vous m’avez entraînée ici . moi , seul témoin de voire crime, et vous m’y avez enterrée vivante. Toute faible, toute expirante que je sois, vous craignez encore qu’un dernier souille m’échappe et vous accuse. Rassurez-vous ; encore quelques jours, et vous pourrez durmir en paix entre deux tombeaux.

d'osborn. Nez cette affreuse prophétie ne s’accomplierz pas., j'effacerai les traces d'un passé furerA. . Marie... Dieu ptr.

donne... ne parioanfrtx-'.aus donc pas?...

marie. Dieu!... ïitcz-tous quels rêves sa miséricorde daigne parfois m’envoyer. .. ( Elit se lève. ) Quand la fatigue ou l’épuisement de mes forces amène enfin le sommeil sur mm paupières. . . presque toujours Ernest m appa-

MAGASIN THÉÂTRAL

ra\t... non pas couché dans son cercueil. ..

mais enrbaîné danslc fond d'un noir cachot.

Je le vois luttant contre ses bourreaux... et sa voix nie crie: « Marie, Marie, espère, Dieu nous voit. »

D’osnOBN, à part. Que dit-elle?

marie. Si ce rêve était un avertissement; si vous m’aviez trompé... si Ernest n'était pas mort...

d'osborn. Plût au ciel 1 marie. Si ce que vous m'avez dit est vrai, si M. de Eridberg n'est plus , que pouvez-vous craindre de moi?... pourquoi me retenir ici prisonnière?... pourquoi m’interdire toute correspondance?...

d’osborn. J’avais tort, Marie... mais, d’ici à quelques jours, je vous rendrai cette liberté après laquelle \ous soupirez... si vous le voulez même, vous pourrez faire un voyage à Berlin, h ltitlersdorf..

marie, avec joie. A ltitlersdorf?... ai-je bien entendu?... est-ce bien vous qui me parlez ainsi?... Je reverrais ltitlersdorf .. Gertrude... (A part.) Ma tille... peutêtre...

d'osborn. A tout cela, Marie, je ne mettrai qu’une condition.

marie. Quelle est elle?

Ici la neige commence à tomber.

CHRISTINE, venant de gauche. Pardon, madame... mais liurl cl tout le monde là-bas voudraient vous voir rentrer .. le temps menace... le veut s’élève... et la neige commence à tomber...

Burll, les Paysans et les Soldat* rentrent en scène.

n'osnoBN. Nous allons nous remettre en route... enveloppez bien votre maîtresse.

( Christine prend le manteau fourré et le place sur les épaules de Marie. ) Nous presserons le pas pour arriver au château avant que la tempête éclate. { A part.) Elle consentira.

Le cortège so remet on marche, on sort par la gauche. A peine Icr personnages se sont-ils éloignés que la neige tombe et que le vent souffle arec violence. Au milieu de l’ouragnn, on voit passer sur le pont, Stella, toujours aous les habits de Tonio, mais déchirés, couverts do neige ; elle su traîne avec peine jusqu'à la masure.

MAVVUUM IWWAHW lUAVHWVVVVVVmwVVVVVVVV vvVVVV’.W

Page 1