‹ Stella drame en cinq actes et six tableauxChapitre 42 sur 79 · STELLA , HERMANN · texte numérisé non relu

STELLA , HERMANN

Stella tient à la main le flacon où est renfermé le cordial. Klle n’a pas entendu venir Hermann, celui-ci, qui avait déjà franchi le seuil, aperçoit Stella , et s'éloigne a%ee la terreur d’un mendiant qu'on chasse d'ordinaire Mais il s’arrête pour mieux examiner celui qui l’a effrayé; reconnaissant qu’il a affaire à plus faible que lu», il repreud courage, s’approche de Stella, et voyant dans sa main uu flacon, qu'il suppose rempli d eau-de-vie, il le lui arrache.

STELLA, poussant un cri. Ah !.. Elle se 1ère effrayée'. ( Hermann prend su place et porte rivement le flacon à su bouche. Ilegardant Hermann. JQinl est cet homme?... le maître de celte masure, peut-être... Oui... c’est cela, j'ai eu torldc m'effrayer... ( Elle se rapproche, puis s'arrête encore.) Quel affreux regard... (Timidement.) Habitez-vous cette chaumière? ou n 'êtes-vous, comme moi, qu’un pauvre vov ageur? (flcrmann la regarde sans répondre. ) Si cette chaumière est à vous, consentez-vous à m’v laisser reposer cette nuit?... ( llermann rit d'un rire saurage. Slellaest effrayée. ) Pourquoi ne tue répondez-vous pas? [llermann se 1ère et cherche ù lui faire comprendre qu’il est muet. ) Muetl... ( Elle se rapproche.) Oh !

le malheureux ! ( llermann lui raconte qu’il s'est battu , que son adversaire lui a coupe'

* Hermann, Stoila.

SS

STELLA

la langue et que lui l'a lui. ) Horreur !

( Hermann rit de la terreur de Stella. ) Vous voyagez aussi... vous devez connaître le |>ays? ( llennann fait ligne quil le connail. ) Suis-je encore loin de la forteresse du Mont-des-Géanls? y pourrai-je arriver demain? ( Hermann prenant Stella, lui montre les tours de la forteresse que i horizon. moins chargé de nuages, laisseapercecoir.) Là? . . c'est là?... si prèsde moi!... O mon père!., mon père!... (Hermann lui fait ligne que c’est à la citadelle qu’il doit se rendre.) Vous aussi, vous allez à la citadelle. Oli ! sans doute vous avez là quelque parent qui soutire, et que vous allez voir et consoler?... ( Hermann rit encore, et dit qu'tl ta à la forteresse pour être geôlier) Vous allez là pour être geôlier!... ( Hermann parait fier de cet emptui; il fuuille dans le sac de toile qu'il porte, en tire une lettre qu’il montre à Stella, puis il ôte ce sac et le pose sur la table.) Stella prend la lettre et lit. ) • Envovez-moi mon tilleul. .. ses mauvaises qualités lui ont fait obtenir d'avance la faveur de SI. le gouverneur, et la première place vacante sera pour lui.

Comme il doit être changé, laissez-lui celte lettre, qu’il me présentera en arrivant. «

( Hermann reprend la lettre qu'il va remettre dans son sac. ) Je savais bien que la Providence veillerait sur tnoi... ce guide que je lui demandais, le voilà... car devant vous les portes de cette citadelle inabordable pour tous vont s'ouvrir.... et vous me laisserez vous suivre, entrer avec vous. .. vous direz ue je suis votre parent, votre ami. ( Ile fus 'Hermann.) Oh! vous ne me refuserez pas... quand vous saurez que j'ai fait seule, à pied , plus de cent lieues pour voir mon père... entendez-vous... mon père, qui est là prisonnier depuis quinze ans... Mon pauvre père, il a été condamné injustement... mais jeté, sans avoir été entendu, dans un noir cachot; iln’a pu donner de sou innocence des preuves qui existent peut-être, et que j’irai chercher, moi, fussent-elles au bout du monde... Il faut, avant tout, que je parvienne jusqu'à lui... aidez-moi seulement à pénétrer dans la citadelle. . . une fois là... je trouverai des prières et des larmes pour toucher les gardiens de mon père...

Iticu m'inspirera, car il ne voudra pas laisser inachevée l’œuvre que j'ai commencée.

[Hermann refuse.) Oh! je vous supplie, au nom de l’humanité .. au nom de votre mère. .. ( Hermann lui répond quelle est morte. ) Eh bien, moi aussi, j'ai perdu ma mère...

moi aussi, je suis seule au monde. . . voyez, je suis à vos genoux... n 'aurez-vous pas pitié de moi!... (Ucrtnann rit envoyant Stella pleurer à ses genoux, nuis tout à coud ses

traits changent d'expression , il montre à Stella une croix d'or qu'elle porte nu cou et qu'il rient d'apereeroir. Cette croix...

c'est le seul bien que ma mère m'ait laissé... depuis mon enfance cette croix ne m'a pas quittée... le froid, la misère, la faim, j’ai tout supporté plutôt que de la vendre... je vous la donnerai si vous me faites entrer danslacitadelle... (Hermann hésite d’abord, puis il parait concevoir un projet : il tend la main à Stella en signe de consentement.

Vous consentez?... Eh bien, parlons. (Hermann lui répond quelle est fatiguée..

La fatigue. .. je ne la sens plus... venez.

(Hermann l’arrête encore en lui montrant que la nuit rient.) Attendre!... attendre encore... mais demain, au point du jour, nous partirons, n’cst-ce pas ?... (Hermann, joyeux, ramène Stella à sa place ; il ranime le feu, puis l’engage à dormir. ) Dormir?

( Hermann insiste : il lui faudra des forces pour le lendemain. ) Et vous? ( Hermann prend son manteau qu'il jette A terre dans un coin à l'autre extrémité du théâtre et se jetie dessus, en feignant bientôt de s'endormir.) Il a raison... j'aurai besoin de forces pour demain. ( S'agenouillant devant le petit escabeau, et baisant sa croix d'or.) Dernier souvenir de ma pauvre mère... je ne prierai plus avec toi... que deviendrai-je quand tu ne seras plus sur mon cœur ? O mon saint talisman, pour cette nuit encore protége-moi ! ( Elle porte sa croix à ses livres , prie à roix basse, puis laisse tomber sa tête sur l'escabeau et s endort; à te moment Hermann se lève doucement , s'approche. de Stella, et s' assure quelle est endormie. Il veut lui prendre sa croix, mais elle est attachée A son cou par une chaîne de cheveux... Comment faire?... A la lueur du feu qui brille toujours, il aperçoit un couteau s ir la table, il le prend el s’apprête à couper le cordon. A ce moment l’ouragan devient très-fort, le vent souffle; éclairs, tonnerre; un coup de vent plus violent que les autres fait battre avec violence le volet d'une fenêtre; au bruit, Stella s'éveille, elU voit Hermann, debout devant elle et un rouirait à la main. Stella jette un cri, Hermann résolu à tout a ni nef la main pour saisir In croix. ) Misérable!... tu me trompais... tu voulais m’assassiner. [Hermann veut la croix. ) Mon Dieu ! secourez-moi !

Elle veut fuir, Hermann la pourvoit ; elle ae dirige par la droite, ver* le pont, Hermann gravit roewr* de gauche et arrive (paiement «tir le pont pour barrer le pavage à Stella , vile l'aperçoit et cherche à fuir , Hermann va la saivir, ma»., la fondre tombe, bri*e 1« pont, Hermann tombe dan* le torrent. Stella epou\ ai* tée, vient tomber à genoux à l’entrée de la rabane.

* Stellas Hermann.

MAGASIN THEATRAL

fitronb ‘EabUau.

U «bambrt occupé» par Emut d*ni II ciudell». Oo voit la manille humide »t nue. À gauche, dent on peu coupé, «ne fcoélro étroite, fermée pir d'épïi» barreaux. et i laquelle on arrive en montant troir marches, k droite aueai, doue un pan coupé, la port» d'entrée, garnie d- large» bande» de fer. Au fond, entre la fenêtre et la porte, une demialcôre et un lit; au fond de l'alrôvr. une tapiaserie cache le mur; prêt de cette alcire, une chaîne de fer pend à U muraille. Près de ta fenêtre, b gauche du «peclateur, à l'avaut-ecène, un bahut ; pré» du hahut, un aiége en bol». A droite, eu face du bahut, une cheminée ; pria de la cheminée, un vieux fauteuil ; tout cet intérieur e«t «ombre et froid.

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