RUE PIERRE-SARRAZIN, N
Droit de tradaction rtfsarrtf
iA STELLA ET VANESSA.
votre candeur parfaite et la perspicacité des conjurés. Il est clair que , vous connaissant , ils se sont gardés de vous prendre pour confident. C'était une surprise qu'ils nous ménageaient à tous deux. Quant à moi, tout en leur sachant gré de l'intention, j'ai préféré me soustraire à une ovation peu compatible avec l'humble condition d'un ministre de campagne , et venir ce soir incognito et à (»ed , afa lieu d'arriver demain matin en carrosse.
— Vous paraissez si sûr de votre fait, monsieur, qu'il ne m'est plus possible de rien contester; mais, en vérité, tout ce que j'entends me fait l'effet d'un rêve.
— Ce ne sera point autre chose, monsieur Tisdal , grâce à votre loyauté. Mais avant de vous connaître, avant d'avoir vu de» mes yeux que vous n'étiez pas capable de vous associer à des espiègleries grossières , à peine excusables chez des gens privés d'éducation, j'ai pu avoir quelques soupçons et me refuser à croire aveuglément que le seul vraiment intéressé dans cette conspiration fût le seul aussi qui n'en sût rien. Voilà, monsieur Tisdal, le secret de mon étrange conduite. J'ai voulu faire tête à l'orage , prouver à mes hostiles paroissiens que je ne me laissais point facilement intimider. J'ai donc été droit à celui (jue je devais regarder comme leur chef. Un peu brutal de ma nature, je me le' suis fait beaucoup à dessein. H me reste à vous prier de me pardonner mes incivilités et les libertés que j'ai prises chez vous.
— C'est chez vous-même que vous êtes, monsieur ; cette maison est celle du ministre. Je ne l'ai habitée que comme représentant de votre prédécesseur, qui ne résidait point à Laracor.
— f C'est un exemple que je ne suivrai point ; mais j'espère que l'intention que j'ai de m'établir ici n'apportera aucun changement à Vos habitudes, et que, jusqu'à ce que l'évêque de Meath vous ait trouvé une position plus digne de votre mérite, rien ne s'opposera à ce que nous vivions sous le môme toit en bonne intelligence.
*-^ Je vous remercie, monnieur, mais cette paroisse compte si peu de fidèles....
— Je le sais; mais j'ai deux autres bénéfices, et de toute nécessité il me faudra un aide. J'espère donc que vous me rendrez le service de l'être. Prométtez-le-moi; sinon je croirai que vous me gardez rancune.
--^ J'accepte, dit Tisdal en prenant la main que Swift lui avait/ tendue. Avec les gens tels que vous, toute cérémonie estmesquiiie et déplacée. J'accepte, car je vois que vos soupçons bien naturels sont entièrement dissipés^ et je ne vous cache pas que la brusque
franchise de vos procédés, si elle m'avait choqué d'abord , depuis m'a été au coeiu:« >
PeBdant cette ej^plication , mistress Jibb avait couché son fils. L'enfant au lit et n'étant plus maîtresse de sa curiosité, le souper lui servit de prétekte pour rentrer au parloir. Elle avait compté sur Tisdal pour la venger des insolences de l'intrus : elle faillit tomber de son haut quand elle aperçut les deux ennemis qui se serraient la main.
c Le souper est prêt ? dit Tisdal. Mettez un second couvert et servez, j
Si sa yengeance lui échappait, mistress Jibb espérait du moins satisfaire sa curiosité pendant^ le souper. Mais elle n'eut pas plutôt posé les plats sur la table que le maudit étrao^r la fit renvoyer, et les di^ositions locales étalait telle» qu'il n'y avait pas moyea d'écouter à k porte.
Lorsqu'ils furent seuls, Tisdal pria Swift de lui répéter tout ce qu'il savait des détails du complot, et il s'occupa avec sollicitude des moyens de le déjouer complètement. Il proposa d'aller, le soir môme, chez ceux que l'on pouvait soupçonner d'en être les agents prineipaus et de leu« parler sévèrement. Mais, tout, en le remerciant, Swift refusa. Cette conspiration ridicule n'était inquiétante que comme symptôme de mésintelligence entre deux ecclésiastiques qui devaient donner l'exemple de la concorde. Cette base manquant, le reste tombait de sov^méme. L'arrivée de Swift incognito dérangeait les projets du lendemain. La vue de la bonne harmonie qui régnait entre les deux rivaux achèverait de décourager les mécontent». Il était donc plus politique d'ignorer leur tort : laisser voir qu'on 1q connaissait, ce serait intéresser leur vanité à y per* sistear^
Ses raisons ayani prévalu , Swift égaya la fin du repas par le récit de la peur qu'il avait faite à mistress Jibb , et il recommanda à Tisdal de ne la point désabuser. Ces impressions , elle les communiquerait aux commères du bourg. De proche en proche , elles gagneraient le reste des habitants, et ce serait le meilleur moyen de les tenir en respect. Seulement il pria Tisdal de ne pas prendre à la lettre l'injonction relative à la plus belle chambre ; mais celui-ci le rassura. Sa volonté serait faite san» aucun déraoge^ ment; car, bien que le ministre précédent ne résidât point, le ewrè Mvait jugé convenable de lui réserver l'appartement d'honneur.
Swifl ne se fit doiM^ i^o» scrupule de mamtenir les dispositions ovdiAiiéea; et moitié calcul , moitié plaisanterie, lorsque mistress
iibb , un flambeau à la main , se présenta pour le conduire à la chambre où il devait coucher^ il se donna le plaisir de reprendre sa grosse voix et de demander, en fronçant le sourcil, si c'était bien la plus bel le chambre .
< La plus belle, i dit mistress Jibb d'un air consterné.