CHAPITRE IV
Était-ce faute de temps, ou peur de se compromettre? mistress Jibb n'avait pas prévenu Coxe de l'arrivée du ministre. Le lendemain de bonne heure, il rassembla les chefs de Tinsurrection à la taverne du Chat et des Cornemuses. Il avait à leur donner ses dernières instructions, et leur zèle était de ces plantes altérées qu'on ne saurait trop arroser. Le whisky clone coulait à flots, et déjà Tenthousiasme des convives faisait bien augurer du succès de l'expédition , lorsqu'on vint avertir Coxe que le curé l'attendait dans la rue. ^
c Ne faites pas tant de bruit, dit-il en prenant son chapeau ; je vais revenir ; buvez toujours, s
Il descendit précipitamment ; le curé n'était pas seul.
c Voici votre clerc , docteur, dit Tisdal à l'inconnu qui raccompagnait ; permettez-moi de vous le présenter, i
Le nouveau ministre I quel désappointement !
Coxe cacha son dépit sous une profonde révérence.
c Roger, reprit Tisdal , monsieur le docteur veut visiter la paroisse : vous allez venir avec nous. >
Roger inclina la tète en signe d'obéissance ; mais on buvait làhaut à ses frais , et il cherchait un prétexte de rentrer à la taverne pour dissoudre son inutile et dispendieuse assemblée, lorsque les buveurs , ne se rappelant que la dernière moitié 'de sa recommandation , se mirent à pousser des hourras en l'honneur du complot et de son chef absent.
a Quels sont ces cris ? demanda Swift.
— Rien, rien ! dit Coxe qui avait entendu son nom. Ce sont des ivrognes.... Par où voulez- vous commencer votre tournée?
— Par l'église, dit Tisdal.
— En voici le chemin, » dit Coxe au ministre, en s'empressant de donner l'exemple du départ.
Dans cette visite , Tisdal reconnut que Swift était un homme actif, ferme, mais juste , capable d'être utile et en ayant la volonté.
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Toutes «as questions sur Tétat de la paroisse et sur l€» améliorations possibles étaient faites avoc cet intérêt éclairé qui va droit au fond des choses ; mais, en promettant ses services, il seinbJait craindre qu'on se iui en sût gré, et prendra à tâche de détruire en germe toute reconoaissanee^lans les co&urs. Or, si c'était un raffinement de délicatesse^ elle était trop subtiie pour être appréciée par des paysans : il aurait dû le comprendre, ou plutôt il avait Tair de le comprendre et de ne s'en point soucier. On eût dit qu'il avait une é haute opinion de sa force, qu'il dédaignait de plaire et ne voulait qus dominer. Était-ce la continuation de son système de la veille, <Ki ce système n'était-41 lui-méms qu'une ingénieuse consécration d'un défout incorrigible ?
Sans pouvoir encore résoudre ces problèmes , Tisdal regrettait de ne pas lui voir plus d'aménité dans les formes. Un peu de souplesse et de condescendance n'eût pas été delà flatterie. Pour y suppléer, il s'efforçait de jeter de temps en temps dans la conversation quelque parole bienveillante qui rapprochât les interlocuteurs , de tempérer par un sourire , par une plaisanterie , par une obligeante interprétation , ce que le ton de Swift avait de rude et de hautain ; mais toute son ingénieuse sollicitude ne suf&sait point à cette
tâche.
Swift avait un autre moyen de se faire bienvenir des habitants, un moyen aussi simple qu'efficace : il était né en Irlande, il parlait irlandais. Pourquoi ne pas se faire reconnaître comme leur compatriote? pourquoi ne pas leur parler la langue du pays? Après l'avoir mis inutilement sur la voie, Tisdal résolut de lui forcer la main. Quoique sachant lui-même fort peu d'irlandais , il se mit à le parler avec un fermier, ot à dire des choses qu'il savait devoir éveiller la susceptibilité de Swift. Son stratagème lui réussit. Swift ne put résister au désir de le réfuter,, et, pour se dédommager sans doute, il fut encore moins conciliant que d'ordinaire; mais l'impression était produite : Swift était avéré Irlandais. Il avait beau maltraiter ses interiocuteurs , ils étaiont charmés , ils étaient conqois. Leur langue était une musique si douce â leur oreille , qu'elle leur faisait oublier le sens des paroles.
Aussi, à la fin de la tournée, les préventions étaient généralement dissipées, et l'édifice de la conspiration craquait de tout côté.
Quelle mortification pour Coxe!... Et Tisdal qui abandonnait lâchement la partie, qui faisait du désintéressement et allait quêtant pour son rival 1 Dévouez-vous donc à des gens pareils I compromettez-vous pour eux! dépensez pour eux votre argent 1
Swift n'était pas un homme superficiel , et ne faisait pomt à demi
ce qu'il entreprenait. Les heures se succédèrent et sa tournée ne finissait pas. Coxe n'y tenait plus ! Furieux du triomphe de Swift, furieux de la défection de Tisdal ; et sous tous ces motifs de mécontentement, ridée fixe que le robinet de la taverne était resté ouvert, et que chaque instant ajoutait aux flots de whisky qu'on buvait à ses dépens, et sans but, et sans lui!... Il n'en fallait pas tant pour faire perdre patience au bouillant clerc de l'église de Laracor.
Enfin, après quatre heures de torture, il fut libéré et s'empressa de courir à la funeste taverne du Chat et des Cornemuses. Hélas I ses craintes n'étaient que trop fondées ; et l'état dans lequel il trouva ses convives, les pots renversés, les hommes roulés sous la table, lui indiquèrent assez la dépense faite, sans qu'il eût besoin d'en demander la note : il ne la verrait que trop tôt I.
Swift, en bon ministre, avait commencé par s'occuper des intérêts de sa paroisse ; lorsqu'il fut rentré au logis et reposé , il put , en toute sûreté de conscience, songer un peu aux siens, et il accepta la proposition que lui fit Tisdal, de visiter le presbytère. Comme ils se promenaient dans le jardin , Swift demanda s'il serait difficile de louer dans le voisinage une petite maison.
c Est-ce que celle-ci ne vous suffit pas ? demanda Tisdal en
riant.
— Ce n'est pas pour moi ; c'est une commission dont je suis chargé par deux personnes de ma connaissance, qui, moitié économie, moitié pour se rapprocher de moi , ont l'intention de s'établir en Irlande.
— Laracor ofl're.peu de ressources ; cependant....
— Je ne tiens pas à ce qu'elles demeurent précisément à Laracor. Ce sont des femmes, et il vaut mieux pour les convenances que nous ne vivions pas porte à porte.
— Je comprends.
— Docteur, docteur, dit Swift en plaisantant, pas de mauvaise pensée 1 N'allez pas croire qu'elles prêtent à la calomnie. Ce sont deux demoiselles , il est vrai ; 'mais Tune est d'un âge et d'une figure surtout fort respectables : quant à l'autre, ce n'est encore qu'un enfant. C'est une orpheline que la mort de sir William Temple m'a mise sur les bras.
— Sir William Temple, l'ancien ministre du roi Guillaume?...
— Dont j'ai été secrétaire.
— Ses œuvres ont été publiées par une personne de votre nom. Serait-ce vous?
. — Oui, c'est moi.
STELLA ET VANESSA. i9
— Vous-même, alors , vous écrivez ; on vous attribue plusieurs ouvrages qui ont fait grand bruit. Est-ce à tort?
— Les écrivains qui ne signent pas, docteur, ont leurs raisons : moins de réputation et plus d'indépendance.
— Pardon de mon indiscrétion.
— Il n'y en aurait, docteur, que si j'étais forcé de répondre.
— Et c'est chez sir William Temple que vous avez connu cette jeune orpheline? dit Tisdal pour détourner la conversation.
— Précisément : elle est fille d'une dame de compagnie, ou plutôt d'une amie de lady Giffard, la sœur du baronnet ; et c'est lui qui en mourant me l'a recommandée.
— Et vous avez charitablement accepté ce legs?...
— Le beau mérite I... D'abord elle n'est pas à ma charge: sir William lui a laissé de quoi vivre ; et puis j'ai un faible pour cette enfant. Je l'ai vue si petite I je me suis même amusé autrefois à lui donner des leçons, à faire le pédagogue. Quand la mort du baronnet nous a dispersés, Esther Johnson, ma pupille, s'est retirée chez une amie de sa famille, une mistress Dingley, qui avait aussi une petite rente. Lorsque j'ai été nommé*à Laracor, je leur ai proposé de venir habiter avec moi l'Irlande, où la vie est bien moins chère ; elles ont accepté, et elles arriveront aussitôt, que je leur aurai trouvé un logement, i
Tisdal, avec sa complaisance* ordinaire, s'empressa d'offrir à Swift ses services, et il fut convenu que, dès le lendemain, ils se naettraient en recherche.
Le lendemain, le temps favorisa leur projet. Quoiqu'on ne fûl qu'au commencement du mois d'avril, le jour s'était levé sans pluie ni brouillard, chose rare en Irlande. L'air était tiède, les premiers bourgeons commençaient à poindre, les prairies humides de rosée étincelaient sous le soleil ; et mille petits oiseaux, babillant, voletant, se poursuivant dans les haies ou se baignant dans le sable, joyeux comme des écoliers en vacances, profitaient de ces courts instants de lumière et de chaleur. L'influence de ce riant spectacle paraissait agir sur Swift ; il était en belle humeur : Tisdaf se sentit tout content de sa promenade, du soleil, des oiseaux, de son compagnon et de lui-même.
En cheminant, ils virent plusieurs maisons ; mais la première était trop grande, la seconde trop petite. Celle-ci aurait convenu si elle avait eu un jardin ; celle-là avait un jardin, mais elle était mal distribuée. Bref, pour une raison ou pour une autre, midi avait sonné qu'ils n'étaient pas plus avancés qu'au départ.
tO STELLA ET VANESSÂ.
Mais le traips avait changé ; ]e soleil n'avait para le matin que pour pomper les vapeurs de la terre, et il commençait à lui resti* tuer ses emprunts : c'était moins que de la pluie et plus que du brouillard. La campagne avait perdu son air de fête, tout avait pris un aspect sombre. Le ciel était bas ; les branches dépouillées de feuilles étaient plus noires aous Teau qui les lavait. Plus de babil animé dans les arbres, plus de poursuites joyeuses sous les buissons. Nos écoliers étaient rentrés en classe ; ils se tenaient immobiles et silencieux sur leurs bancs.
Tisdal commença à trouver la promenade un peu longue, et, dans l'espoir de l'abréger, il hasarda un mot sur le temps.
c Le fait est qu'il n'est pas beau, dit Swift; mais il faut bien en prendre notre parti : vous n'en avez pas diautre dans votre maudite Irlande. »
Après tout, Swilk avait la moitié de la fatigue, «til ne se plaignait pas; et cette fatigue, il la subissait volontairement, par obligeance : Tisdal se reprocha son manque de courage et accéléra le pas.
c Je vois que vous êtes comme moi, dit Swifc, que vous aimez l'exercice. Vous avez bien raison, il n*y a rien de meilleur pour la santé. C'est surtout un excellent remède contre les étourdisse*
ments.
•^ Est-ce que vous y êtes sujet ?
— Cest ma maladie, et ce n'est qu'à force de marcher que je m'en débarrasse, s
Tiâdal avait cru s'associer à un acte d'obligeanne, et il se trouvait prendre la moitié d'une médecine : il se sentit découragé.
c Nous ne sommes pas chanceux, reprit Swi£t. De qoél côté allons-nous tourner nos pas?
— Du côté de Laracor, • pensa Tisdal.
Mai« il hésitait à le dire, lorsqu'il eut la satisfaction d'entendre Sv^ift demander :
« A combien sommes-nous de Laracor?
>- A trois milles environ. .
— Trois milles, dit Swift en tirant sa montre ; nous y arriverions bien tard pour dîner. Puisque nous avons tant fait, consacrons la journée à ces ennuyeuses recherches. Dînons quelque part et ne rentrons chez nous que pour souper.
— Comme vous voudrez, i répondit Tisdal en étouffant un soupir.
Ayant été pris au mot, il proposa de sa rendre à Trim, où ils auraient le plus de chances de trouver une maison, et dont la route, pensa-t-il, les rapprocherait de L aracor.
STELLA ET VANESSA. 2i
Swift, ne connaissant pa» le pa^g comme Tisdal, ne pouvait que s'en rapporter à son guide, et ils se dirigèrent vers Trira. En y entlantf i'infaligable f>iéton allait commencer ses perquisitions; mais ce dernier effort avait épuisé Tisdal ; il était tout trempé : il demanda à Swift de les remetti^ aprè» le diner.
Le dîner servi, Tisdal ne put manger, tant il était harassé. Swift Ini-méme n'était occupé qu'à prendre des renseignements auprès de l'aubergiste , et , dès qu'il eut fini :
c Vous ne mangez pluâ? dit-il.
— Ken, je n'ai pas faim.
-^"Bh bieni alors , partons; l'heure s'avance, j
L'aubergiste avait été très-affirmatif dans ses renseignements ; mais Tisdal ne comptait plus que sur (a nuit pour mettre fin à son supplice. Il n'avait pas tout k fait tort : les maisons indiquées se trouvèrent avoir mille inconvénients, que Tisdal, il est vrai, ne découvrait pas; mais il était si fatigué ! Swift, au contraire, avait un coupd'œil d'aigle. 11. n'y avait pas d'avantages apparents, pas de séductions dd propriétaire capables de l'éblouir.
t n n'y a rien à faire ici, dit-il ; retournons à Laracor. »
Tisdal poussé un nouveau soiipii^, mais, eette fois, de soulagement.
c Seulement, continua Swift, n'allons pas droit comme une flèche ; nou« ù'avom pas besoili d'être de retour à heure fixe : met** tons à profit ce qui mms reste de jour.
— Si c'est par obligeance^ je n'ai rien à dire, pensa Tisdal ; mais si c'est par régime I *
Cependant , disposé comme il Tétait lui-même à la complaisance et à l'abnégation, il avait cha«sé cette mauvaise pensée, lorsqu'au sortir de Trim ils aperçurent une petite maison de bonne apparence, qui se trouvait à louer, quoiqu'elle ne fût pas sur la liste qu'on leur avait donnée à l'auberge. Le ciel lui avait su gré de sa résignation.
Toutes les objections que Swift avait faites ailleurs semblaient ici avilir été prévues. Il y avait un jardin d'agrément , «n verger, un potager, une basse-cour, le tout dans de très-petites proportions sans doute, mais complet, bien tenu, en plein rapport.
Pourtant Swift ne se prononçait pas. Il allait , il venait, passait de la maison dans le jardin , rentrait du jardin dans la maison, questionnant le propriétaire , soulevant mille difficultés, demandant jusqu'à la iiature.de chaque plantation , quelles fleurs , quels légumes. La patience de Hsdal était à bo^t. Il y avait trois grands quarts d'heure qu'il se tenait derrière eux, marchant ou s' arrêtant à leur exemple, âyaftt vingt fois fait le tour du jardin, ay
monté et descendu TescaUer à en perdre haleine, et voyant à chaque instant surgir une dernière demande.
c Décidément, se dit-il, ce n'est pas là de l'obligeance : c'est du tatillonnage. »
Enfin , Pinterrogatoire épuisé, Swift avoua que la maison lui convenait C'était bien heureux I
c Et le prix? demanda-t-il.
— Douze schellings par semaine.
— Nous sommes perdus I » murmura Tisdal.
Swift avait ailleurs refusé cette somme avec de grands cris.
c Douze schellingsl s'écria-t-il en effet. Ce n'est plus la peine d'en parler. >
Et il se dirigea vers la porte.
« Je suis fâché , » dit le propriétaire en le reconduisant.
Mais la maison convenait parfaitement ; mais , d'un autre côté , elle %tait depuis longtemps à louer : les deux antagonistes ralentirent bientôt le pas, et tout en marchant ils se mirent à discuter sur le prix. L'un vantait sa marchandise, l'autre la dépréciait. On cita des faits qui furent contredits. Pour les vérifier, il fallait être surplace : on revint en arrière. Enfin, à force d'éloquence, de persévérance, à force de s'arrêter à chaque porte, au détour de chaque allée , toujours sur ses jambes , et Tisdal toujours derrière lui , Swift obtint une diminution de trois schellings ; mais il avait mis dans sa tète de n'en donner que huit, et, en dépit de toutes les protestations, de tous les refus, il insistait.
Tisdal , certes , n'était pas riche , mais il aurait volontiers offert de combler de sa bourse la différence.
c On n'a pas tant d'économie pour les autres , se ditr-il , sans être soi-même un peu avare. »
Tandis que Tisdal, tout charitable qu'il était, ne pouvait s'empêcher de faire ces réflexions, Swift avait remporté la victoire de guerre lasse , et le propriétaire était allé chercher à l'étage supérieur de l'encre et du papier pour rédiger les bases de la convention.
c N'est-ce pas, dit Swift en se frottant les mains, que j'aurais été un bon marchand ?
— Excellent 1 dit Tisdal. Après cela , on est plus à son aise quand on défend les intérêts d'autrui. »
Il n'aimait à garder mauvaise opinion de personne, et il offrait à Swift cette occasion de se justifier. Celui-ci n'en profita pas.
« Pourquoi donc? répondit- il brusquement. Croyez -vous que ^e n'aurais pas fait de même pour moi? Détrompez- vous. J'aime
infiniment mieux voir mon argent dans ma poche qne dans celle d'un coquin qui veut me vendre une chose au-dessus de sa valeur.
— Il est certain qu'avec un revenu borné. ...
— Borné ou non.... Quelle que soit une fortune, il faut être trois fois sot pour ne savoir comment la dépenser utilement et agréablement. £t puis j'exècre ces gens qui, par paresse, par mauvaise honte ou par vanité, se laissent voler plutôt que de maintenir leur droit. Ce sont eux qui , avec leur prétendu désintéressement , encouragent la friponnerie.
— Morale d'avare , » se dit Tisdal.
Le propriétaire étant redescendu, la rédaction du bail donna lieu à de nouveaux débats. Tisdal, ennuyé, alla s'asseoir à l'autre bout de la chambre, près d'une croisée qui avait vue sur le jardin. Le ciel 8-était éclairci et il chercha à se distraire de ce colloque irritant en contemplant les effets du soleil couchant sur les nuages.
Tout d'uii coup Swift, qui parlait très-haut,* baissa la voix. L'at-^ tention de Tisdal , que le bruit avait endormi , se réveilla au silence ; et il l'entendit qui, arrêtant la main dû propriétaire, l'invitait à n'écrire, que quatre schellings au lieu de huit dans le contrat.
c Gomment , monsieur 1 quatre schellings ! Mais c'est huit dont nous sommes convenus !
— Chut 1 quatre sur ce papier ; les quatre autres seront l'objet d'un arrangement particulier de vous à moi. J'ai dépassé de beaucoup mes instructions ; votre maison m'a séduit , j'ai fait des fo^ lies ; il est donc juste que ce soit moi qui les paye. >
Il s'en fallut de peu que Tisdal n'allât sauter au cou de Swift et lui demander pardon de ses soupçons injustes. Voilà donc cet homme qu'il accusait d'être avare, tracassier, parce qu'il défendait avec insistance les intérêts de sa pupille! Comme sa ténacité, comme sa minutie étaient respectables ! Et lui Tisdal , au contraire, quel égoïsme dans son impatience I quelle témérité dans ses jugements !
Maintenant , il avait beau tratner la jambe tout en retournant à Laracor, il n'osa plus s'avouer qu'il était fatigué.