CHAPITRE PREMIER
sérieuses. C’est peut-étre Gattel qui lui donna le gout de espagnol : Pabbé avait publié naguére en trois volumes un dictionnaire espagnol-frangais et franeais-espagnol. Mais Gattel est plus connu par le Dictionnaire portatif de la langue franeatse qui parut en 1797. Il ne s’est pas contenté de reproduire labrégé de Richelet composé par Wailly; ilindique la prononciation des mots et insére dans un supplément la liste des termes introduits parla Révolution. Beyle jugeait ce dictionnaire tres bon, et il s’en servit toute sa vie.
Les cours de législation, de langues anciennes, d’histoire, de belles-lettres et de grammaire générale étaient peu fréquentés. Ceux de dessin, d'histoire naturelle, de physique et chimie,de mathématiques comptaient en revanche de nombreux éléves.
Le maitre de dessin était Jay, aussi remarquable par sa taille de cing pieds dix pouces que par ses hableries. Mais il créa le musée de Grenoble, et il avait Part d’ « enfiévrer sa classe», de Venflammer d’émulation. [1 réunissait, disent les contemporains, une « multitude d’éléves » — 162 en l’an VI — et ladministration demanda pour lui, inutilement d’ailleurs, une salle plus spacieuse et plus commode dans les batiments de lévéché. Beyle apprit de Jay a chercher le nu sous le costume et a le figurer avec netteté. Il eut toujours un gout tres vif pour le dessin, et ilavoue qu’il congut un « secret orgueil» de ses prix d’académie d’aprés nature. Il a fait des portraits et des caricatures a la plume, voire a l’aquarelle, et il recourt a des croquis ou Ades plans pour aider sa mémoire rebelle ou son imagination en quéte d‘idées. Colomb assure qu’a Paris, sans doute en 1800, il travailla dans l’atelierdu peintre Regnault (1).
Unjeune médecin, Trousset, était chargé ducours de physique et de chimie expérimentale. I] ne put l’ouvrir qu’a la rentrée de l’an VI lorsqu’il eut les instruments qui lui manquaient. Mais un grand nombre d’amateurs assistaient a ses expériences.
(1) Voir dans un article de C. Stryienski (Revue universelle, 1901, n° 45) la caricature du prince Massimo, directeur général des postes, homme grand, mince, efllanqué, qui dit orgueilleusement qu'il est le pape latque, il papa
secolare.
C’était le temps ou, comme dit Beyle, la vanité faisait apprendre la chimie aux femmes méme.
Villars, bon médecin et excellent botaniste, professait l’histoire naturelle. On raconte qu’en 1799, dés qu’il sut qu'une épidémie de fievre putride sévissait 4 Grenoble, il accourut de Paris pour soulager ses compatriotes, et qu'il ne cessa de prodiguer ses soins que lorsqu’il fut atteint par le fléau.
Dupuy de Bordes, que Napoléon eut pour maitre a l’école d’artillerie de Valence, enseignait les mathématiques (1). avait beaucoup d’éleves, et il dut partager sa classe en deux sections. Mais était-ce, comme disait l’agent national, parce que son cours. ne touchait pas 4 la religion, et que les parents royalistes et dévots regardaient les autres exercices comme des écoles d’athéisme? N’était-ce pas plutét que les mathématiques prenaient de limportance, que les jeunes gens se croyaient stirs, quoi quils fissent, de tirer profit de cette étude?
Il n’y avait pas de professeurs de langues vivantes; l’administration du département les demandait au corps législatif, les attendait avec impatience, mais ne les voyait pas venir.
Beyle fut un des meilleurs éléves de l'institution nouvelle. Il suivit les cours durant trois années, dés la fondation de létablissement, et il appartint en l’an V, de 1796 a 1797, ala premicre et a la deuxiéme section; en l’an VI, de 1797 a 1798, a la troisieme section; en l’an VII, de 1798 a 1799, a la deuxiéme section.
Il n’eut pas la premiére place dans toutes les matiéres, comme a dit Colomb. Mais il eut des prix que les éléves se disputaient avec beaucoup de zéle. Trois ans de suite le nom de Henri Beyle fut acclamé dans la salle des fétes décadaires ou ayait lieu la distribution des récompenses. Cette cérémonie était alors plus éclatante et pompeuse qu’aujourd’hui. Les autorités civiles et militaires de la ville se réunissaient a la maison Commune, et aux sons d’une musique qui jouait des
(1) Cf. sur Dupuy de Bordes A. Cuvgver, Jeunesse de Napoléon, 1,340 et 477.
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