CHAPITRE PREMIER
didats de Grenoble se rendirent a Lyon. Beyle écrit, il est vrai, que les huit éléves qui remportérent avec lui le prix de mathématiques allerent a Paris subir leur examen al’école méme, et quils furent tous recus. Mais ici encore, il se trompe. Cent vingt-cing sujets, entre autres Gourgaud, le fils du conventionnel Blaux et le fils de Fabre d’Eglantine, furent admis au concours de 1799 d’aprés la déclaration faite le 25 novembre parle jury. Laliste ne compte que deux candidats de Grenoble: Brun et Marcellin Charvet, un de ceux qui eurent le prix de mathématiques avec Beyle (1).
Beyle a évidemment confondu le concours de 1799 avec le concours de 1800. L’année suivante, sept candidats de Grenoble, dont quatre, Bret, Crozet, Mathieu et Miége, avaient partagé le prix de mathématiques avec Beyle, entrerent a Ecole polytechnique (2).
Quoi qu'il en soit, Beyle partit pour Paris ayec un ami de son peére, Basset, qui fut son mentor pendant son voyage. Il sut a Nemours le coup d’Etat du 18 brumaire qui datait de la veille, et il avoue qu'il n’y comprit pas grand’chose. Basset le déposa dans un hotel a langle de la rue de Bourgogne et de
(L) Joseph-Antoine Brun venait de Chambéry, ou sa mére était négociante. Marcellin Charvet était né le 28 avril 1782 4 Grenoble, ot sa mére, veuve, demeurait sur la route du Jardin de ville; il donna sa démission le 28 février 4804 pour devenir aspirant de marine, rentra a Vécole le 6 février 1802 et donna de nouveau sa démission le 1% avril suivant pour mauyaise santé.
(2) C’étaient Alis, Bret, Crozet, Gagnieres, Mathieu, Miége et Plana. Alis (Balthazar-Etienne-Mathieu), né le 7 janvier 1781 4 Grenoble, est admis dans Vartillerie le 1° frimaire XI. Bret (Jean-Jacques), né 4 Mercurol, dans la Drome, le 25 septembre 1781, fils du notaire de Tain, est rayé de la liste des éléves le 4° nivose XII. Crozet (Louis-Joseph-Mathias), né le 4 octobre 178% Grenoble, fils d’un avoué qui demeurait, comme le pére de Beyle, rue des Vieux-Jésuites, est admis le 6 brumaire XII A l’école des ponts et chaussées. Gagnieres (Pierre- Joachim), né le 3 décembre 1782 a Saint-Vallier, fils d’un propriétaire, est rayé de la liste des éléves le 17 thermidor IX. Mathieu (Jean-Francois-Jacques- Casimir), né le 1% février 1781 a Veynes, dans les Hautes-Alpes, devient répétiteur de mathématiques 4 l’école d’artillerie de Turin le 28 ventose XI. Midge (Jean-Claude), né le 9 janvier 1781 4 Grenoble, fils d’un limonadier de la rue Eréqui, donne sa démission le 9 prairial IX pour entrer dans lartillerie de marine comme aspirant de 1" classe. Plana (Jean-Antoine-Amédée), né le § noyembre 1781°4 Voghera, est nommé le 28 ventdse XI professeur de mathématiques a l’école d’artillerie de Turin.
la rue Saint-Dominique. Mais, par économie, Beyle loua une chambre non loin de l’Ecole polytechnique, sur le quinconce des Invalides, dans le quartier ot: demeuraient ses anciens camarades de Grenoble. L’examense terminait a la fin de brumaire. Au grand étonnement de ses amis, Beyle déclara qu'il ne se présenterait pas.
Il se piquait plus tard d’avoir montré dans cette circonstance une force de caractere remarquable pour son age. Maisil avait déja le désir de se singulariser et de ne pas faire comme les autres. N’était-ce pas original d’étre un des forts mathématiciens de la jeunesse frangaise et dene pas entreral’Ecole polytechnique? Et pourquoi y entrer? S’appliquer 4 des cours qui duraient deux et trois ans, s’assujettir 4 de nouveaux examens, se plier 4 un joug! L’important, c’était d’avoir quitté Grenoble. Il sayait que son pére lui servirait une pension mensuelle. (Quoi de plus séduisant que de vivre libre a Paris en écrivant des livres et en aimant la jolie femme qu’il espérait rencontrer bientdt? Il laissa passer douze jours, et le concours fut clos sans que Henri Beyle eit comparu devant l’examinateur Langlet. Quand il dit quil avait une peur du diable d’entrer a l’Ecole et qu il attendait avec impatience l’annonce de l’ouverture des cours, il commet done une inexactitude : il fallait, pour suivre les cours, se soumettre a une épreuve qu'il n’avait pas subie.
Son pere ne le blama pas. Il se contenta sans doute de répeter sa phrase favorite, que son fils ferait bien de mettre le raisonnement a la place du sentiment. Mais son cousin Noél Daru le réprimanda vertement et lui conseilla d’achever ses études scientifiques, d’affronter le concours suivant: « Mes parents, lui répondit Beyle, me laissent maitre du pari a prendre. — Je ne m’en apercois que trop », répliqua Noél Daru.
Crest ainsi que Beyle renoncait aux mathématiques qu'il avait adorées naguére. Elles n’avaient été qu'un instrument; Vinstrument une fois inutile, il ’abandonna. Il citait souvent la parole de la Zulietta qu il avait lue dans les Confessions de tousseau : Lascia le donne e studia la matematica. Contrairement a ce mot, il pensa désormais aux femmes et non plus aux