‹ Stendhal-Beyle;Chapitre 21 sur 74 · AU CONSEIL D’ETAT · texte numérisé non relu

AU CONSEIL D’ETAT

Beyle & Paris (janvier 1840), — Ordre d’aller’a Lyon (10 mai). — Promenades et plaisirs, — Beyle & Lyon (juillet-aout). — Auditeur au Conseil d’Etat (1% aotit 1810). — Sa joie. — Son horreur du militaire. — Le général Gros, — Nouveau train de vie. — Angélina Bareyter. — Crozet, Faure, Pépin de Bellisle, — Voyage au Havre (avril et mai 1844). — La cour impériale. — Le Conseil d’Etat. — Mme Beugnot. — La princesse de Salm. — Elvire ou la comtesse Palfy. — Départ de Beyle pour I'Italie (28 aout 1841).

Villemanzy avait autorisé Beyle 4 gagner aussitot Paris et a se mettre a la disposition du ministre de la guerre. Mais Beyle n’alla pas en Espagne. II resta les six premiers mois de 1810 a Paris comme s'il était en congé, faisant quelques visites ennuyeuses, mais, en somme, fort heureux, donnant audience, selon son expression, aux plaisirs de la téte, du cceur et de lestomac, et les accueillant tour 4 tour (1), lisant chaque matin un livre tendre ou sérieux comme la Jérusalem du Tasse ou les Maximes du duc de Lévis, fréquentant les théatres, passant le soir tantét chez des demoiselles de mceurs faciles, tantét chez sa cousine Mme Pierre Daru, qu’il courtisait respectueusement.

Le ministre finit par ’envoyer en province. II fallait remplacer 4 Lyon par un adjoint titulaire le commissaire ordonnateur Charmat qui se rendait 4 Montbrison au dépét des prisonniers espagnols, ou une maladie contagieuse avait éclaté. Beyle était le seul qui fat disponible & Paris. Le 10 mal, le ministre Dejean prescrivait de le See a Lyon. —

(1) Lettres intimes, 284.

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Le crédit des Daru retarda le départ de Beyle. Il eut le temps de faire en joyeuse société par Orléans, Beaugency, Fontainebleau, Montereau, Nangis et Grosbois un voyage autour de Paris. Le 29 juin, chez les Daru, qui célébraient Ja Saint-Pierre, il prenait part 4 une charmante féte de famille. I] était déguisé en Wesphalien — costume de circonstance, puisqu’il venait du royaume de Jéréme, — et avec Picard, qui portait la livrée, avec d’autres amis de la maison, débitait de jolis couplets a celui qu’il appelait le meilleur des Pierre. Un grand bal suivit la comédie; il réunit plus de cent personnes, et Beyle partit le dernier 4 la pointe du jour (1).

Il fallut pourtant aller 4 Lyon. Mais Beyle n’y demeura que deux mois. En aout il était auditeur au Conseil d’Etat. Il attendait la nouvelle depuis le commencement de l’année. Un instant, dans la seconde quinzaine de février, ils’était cru nommé. A l’avance, il remerciait son protecteur Daru, et ce Daru, dont il craignait les bourrades, se montrait extrémement aimable. Beyle lui disait qu'il le sollicitait pour la derniére fois. « Mais non, mais non, répondait Daru, continuez, on tachera de faire votre affaire (2). »

La nomination de Beyle fut différée. Mais grace a ses « excellents parents », il fut de la fourncée des 134 auditeurs nommeés le 1* aoat 1810, et il figurait sur la liste avec cette mention inexacte : «fils du maire de Grenoble ». Dix jours plus tard, le 10 aoat, il était, — ainsi que Barthélemy Lecoulteux de Canteleu, — attaché a l’'intendant général de la maison de l’empereur, M. de Champagny, duc de Cadore, « pour l’inspection et la vérification des différents objets de comptabilité et

d’administration du garde-meuble (3) ».

Il quitta son métier d’adjoint aux commissaires des guerres avec joie. Depuis quelque temps il avait pris en horreur. Il se

(1) Lettres intimes, 292.

(2) Journal, 357.

(3) Il fut, en outre, la liste civile de l’Empereur.

chargé du bureau de la Hollande & !’administration de

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plaignait de végeter, il trouyait que le poste qu'il occupait était «au-dessous de ses aptitudes » ; il écrivait 4 sa sceur qu'il avait envie de pendre l’uniforme au croc et de rentrer & Claix pour gotiter dans une retraite champétre le simple et doux plaisir de lire un bon livre en mangeant d’excellents épinards au jus. Les officiers quil fréquentait lui semblaient « bétes, insolents, hableurs et criards ». Quoi de plus plat que leur vie de café, que leur vanterie grossiére et perpétuelle, que leur blague? Il reconnait quwils étaient incomparables sur le champ de bataille, et il a dit plus tard que ces braves commandants, avec leur grosse mine, leurs trente-six ans, leurs j’étions etj’allions, et leurs vingt campagnes, auraient en un clin d’ceil battu l’armée du maréchal de Saxe ou celle du grand Frédéric. Mais il leur appliquait ces mots de Cabanis sur les gens qui n’ont que la force physique : « L’homme n’a presque toujours que des idées fausses de ceux sur lesquels il agit avec une puissance non contestée : ’habitude de tout emporter de haute lutte, le besoin grossier d’exercer tous les jours des facultés mécaniques, nous rend plus capables d’attaquer que d’observer, de bouleverser avec violence que d’asservir peu a peu; penser est un supplice. »

Peut-étre avait-il été traité de pékin par des officiers. Il s’irritait que l’armée edt si peu d’égards pour ceux qui la faisaient vivre, que la place de commissaire des guerres fit « honnie par les soldats », et en 1812 il s'indignait que Napoléon eat rabroué un pauvre diable d’intendant qui demandait une escorte pour aller moudre le blé de la garde umpériale 4 quelques verstes de Moscou. Mais quoi! l’empereur détestait les idéologues, et, ainsi que lui, l'armée détestait tout ce qui pensait ou méme semblait penser. Beyle entendit des capitaines de grenadiers de la vieille garde s’étonner a la vue d’un membre de l'Institut portant la croix de la Légion. d’honneur sur son habit brodé de vert. Comme sile métier de soldat était quelque chose de supérieur et d’extraordinaire! Comme si c’était un miracle que d’aller au feu huit ou dix fois par an! Cet effort est donc bien pénible pour les militaires, qu'ils s’en payent par une insolence de tous les moments! « Quel esprit faut-il, dit

Mlle de Sainte-Herédité dans Rouge et noir, pour donner un coup de sabre? Et quand cela leur est arrivé, ils en parlent si ‘souvent! » 2 f ; -La béte noire de Beyle, c’était le général Gros, qu'il voyait chez.Mme Daru et qu'il nomme un des sabreurs les plus stupides de la garde impériale. Non seulement Gros faisait important; non seulement il avait la fatuité militaire et une facon bruyante de marcher; mais d’un ton menacant et avec son accent du Midi il s’écriait volontiers qu’il ne ferait qu'une bouchée des Frangais qui n’aimaient pas Yempereur (1). Dans sa colére contre ces « manceuvres de Napoléon », Beyle les accuse de couardise ou du moins de circonspection : « La postérité ne saura jamais la bétise de ces gens-la hors de leur champ de bataille. Et méme sur ce champ de bataille, quelle. prudence! Ils songeaient toujours a ce que chaque blessure leur rapporterait en dotations et en croix. »

C’est étre trop sévére. Si quelques-uns de ces braves, une fois parvenus aux emplois supérieurs, évitaient le péril avec soin ou faisaient sonner trés haut la moindre égratignure, beaucoup continuaient a payer de leur personne et a risquer vaillamment leur vie. Mais Beyle a peut-étre raison de trouver chez ceux qui siégerent plus tard a la Chambre des pairs bassesse et lacheté morale. Devait-on, remarquait-il, porter aux premiéres dignités de l’Etat des hommes qui n’ont d’autre mérite que leur courage ou le talent de conduire une attaque?

Il fut done heureux d’étre tiré des « plates idées » du militaire, mais non de l’armée. Par précaution, il écrivit au ministre qu'il désirait garder son grade d’adjoint titulaire aux commissaires des guerres, ainsi que son rang d’ancienneté, et

(1) Gros, que Beyle nomme Grosse (Souv. d’égotisme, 27), était né le 3 mai 4767 4 Carcassonne; entré au service dans les chasseurs des Cévennes en 1785, sergent en 1787, lieutenant au 4% bataillon de |’Aude en 4791, capitaine en 4793, chef de hataillon en 1796, major en 180%, colonel en 1805, général de

‘brigade en 1807, admis & la retraite en décembre 181%, i! meurt le 10 mai

le ministre lui répondit qu'il ne cessait pas de faire partie du corps et qu'il conserverait son rang sur le tableau des adjoints (1). Mais lorsqu’en 1812, Beyle, alors le cinquiéme sur la liste des adjoints, voulut étre nommé commissaire des guerres, on lui objecta qu’il n’était pas en activité, qu’un auditeur ne devait pas concourir pour l’avyancement avec les adjoints employés, que telle était la régle pour les officiers appelés, comme Beyle, 4 des fonctions civiles; qu’a vrai dire, la régle souffrait quelques exceptions, mais qu’elles ayaient été déterminées par des services anciens et des considérations majeures; qu'il n’avait « pu encore rendre les uns, ni acquérir les autres ».

Peu importait. La place d’auditeur, comme celle de monsignore, menait a toutes les autres. Pas de sous-lieutenant qui ne vit en réve l’épée de connétable; pas d’auditeur qui ne voulat devenir ministre. Durant trois mois, Beyle fut ivre de bonheur. On l’accabla de compliments, comme son héros Leuwen, et « les mots de carriére magnifique, de bel avenir, de premier pas superbe papillotérent devant ses yeux ». Un de ses espoirs, un de ses voeux d’autrefois était réalisé : a Marseille, en mai 1806, lorsqu’il souhaitait un emploi, « auditeur, écrivait-il dans son Journal, avec des rapports a faire, des moyens de se distinguer, m’irait A merveille. »

Outre la pension paternelle, outre sa solde de non-activité de 900 francs et ses gratifications, il touchait par an 2,000 francs comme auditeur et 6,000 francs comme inspecteur du mobilier. Aussi se crut-il trés riche. Il loua dans la rue Neuve du Luxembourg un joli appartement. Le matin, lorsqu’il était seul, lorsque le contact des hommes n’avait pas, comme il dit, encore sali sa journée, il faisait du sentiment. Mais quand il les voyait, «il faut, s’écriait-il, de ’ambition, de Vargent, des succes de vanité a cette canaille-la. » De cette canaille, Beyle en était, — et nous en sommes tous, ou a peu prés tous. Il mena grand

(1) En vertu d’un arrété du 23 frimaire XI, qui portait que tout officier ; : bes : ; ; passant & des fonctions civiles cumulerait avec le traitement attaché A ces fonctions la solde de non-activité de son grade.

train, trop grand train. Il eut un cocher, deux chevaux, un cabriolet a la mode qui lui couta deux mille francs. Il entretint une actrice de l’Opera Buffa, Angelina Bareyter, qui venait chaque soir a onze heures et demie s’installer dans sa chambre ; il rentrait A une heure du matin, et les deux amants soupaient d’une perdrix froide arrosée de champagne. Il accourait de Saint-Cloud 4 Paris pour assister 4 un acte du Matrimonio segreto. Il déjeunait au café Hardy, et c'est a lui qu’il pense plus tard, lorsqu’il dépeint ces jeunes fats qui déjeunaient en 1811 avec sérieux et majesté dans un grand restaurant parce quils y trouvaient des ministres qu'ils ménageaient ou des militaires qui jalousaient leur équipage. « Rien ne me manque, écrivait-il, et ma position est trés agréable. » Des gens qu'il ne connaissait pas lui rendaient visite. I] recueillait par jour soixante sourires de plus qu’avant lauditorat.

Beyle fréquentait surtout a cette époque le fidele Crozet, Félix Faure qu’il engageait 4 publier une édition de Montesquieu, Pépin de Bellisle qui faisait ménage avec lui, et qui lui semblait le plus beau, le plus aimable et le meilleur gargon du monde, bien qu’un peu triste et assez fier (1).

Il entreprit avec Crozet aux mois d’avril et de mai 1811 un voyage au Havre. La Normandie lui plut par sa belle verdure, mais il manquait «un torrent et deux coins de rochers» . Rouen lui parut laid, et le Havre « n’était qu'une jolie rue avec quelques maisons». Il alla se promener en pleine mer, et il étudia le caractére des marins : les habitants des cotes, remarquait-il, ont lesprit moins étroit que ceux de l’intérieur, parce que la mer est sans cesse sous leurs yeux, parce quils parlent sans cesse de ses dangers, du courage qu'elle exige, des fortunes qu'elle fait et défait. « Le voisinage de la mer détruit la petitesse, lit-on dans les Mémoires d'un touriste, et la conversation du marin qui rentre au port est moins béte que celle du notaire de Bourges. »

(1) Pépin de Bellisle fut intendant & Santander; c’était, a dit le duc de

Broglie, un esprit rare et un noble coeur,

Les fonctions qu’il remplissait Vappelaient parfois a la cour. Il vit les cérémonies et ces messes des Tuileries ou les femmes étalaient leur poitrine découverte comme les officiers étalaient leur uniforme, et, involontairement, il songeait aux scénes de l’Arétin : tout ce monde, se disait-il, n’agit ainsi que par intérét d’argent et pour plaire a un homme. II vit les ballets ou Caroline Murat et Pauline Borghése dansaient en costume de sauvages avec le beau général Lagrange qui jouait le réle d’Apollon ou de I’Espagnol délivré. Il vit Metternich afficher son violent amour pour la reine de Naples, et porter au poignet un bracelet de ses cheveux. La corruption était telle dans cette cour impériale que plusieurs femmes étaient affectées du mal vénérien. Beyle connaissait, et pour cause, l’excellent Cullerier, le Ricord ‘du temps. Un jour de 1811, il mena trois dames chez le docteur. Il avait bandé les yeux A deux d’entre elles. Cullerier, trés galant homme, ne leva pas le regard, et le surlendemain il dit A Beyle qu’elles n’avaient qu’une fiévre de vergogne.

Un personnage excita ses moqueries. Ce fut le comte de Ségur, grand maitre des cerémonies, qui s'exprimait a l’occasion avec délicatesse, mais qui mourait de chagrin de n’étre. pas duc, qui n’avait sur. tout que des idées vaines, « lilliputiennes », et qui« ne fit qu’un labyrinthe de petitesses » lorsqu'il dut tracer le programme de la premiére entreyue de Napoléon et de Marie-Louise. Quelquefois, en l’absence de Regnaud de Saint-Jean d’Angely, Ségur présidait au Conseil d’Etat la section de intérieur. Il était toujours élégant et fort correct, mais il ne trouvait aucune idée, et, dans son impuissance, il avancait par un mouvement incroyablement comique son fauteuil quil tenait entre ses mains écartées, « Est-ce done la, pensait Beyle, le célébre ambassadeur du roi auprés de la grande Catherine, et Vhistorien de Frédéric- Guillaume II! »

Il se livra plus d’une fois dans ces séances du Conseil d’Etat a son gout des grimaces. Quand Regnaud de Saint-Jean d’Angely, le vigoureux Regnaud, abaissait le col démesurément long de sa chemise pour écouter limpétueux et colérique

Louis placé de l’autre cété de la table, Beyle, sans le vouloir, imitait son air important (1).

Comme au temps de « sa vie d’artiste », il allait dans le monde. On le voyait surtout dans le salon de Mme Beugnot, dont Pépin de Bellisle était l’intime ami. Beyle estimait infiniment cette femme, laide, mais ‘spirituelle, énergique, et Mme Beugnot, de son cété, avait pour Beyle une grande affection. « Aprés Bellisle, a-t-il dit, j étais pour elle ce qu'elle aimait le mieux (2). »

Ce fut chez Mme Beugnot qu’ll revit un bas bleu de l’époque, une amié de Paul-Louis Courier, Constance Pipelet, d’abord femme d’un pauvre diable de chirurgien herniaire, puis princesse de Salm. Il lui rappela gaiement qu il avait rencontrée un soir de 1799 ou de 1800 a une réunion littéraire présidée par Pierre Daru; elle lisait une piéce de vers, mais le jeune Beyle ne l’'avait pas écoutée, il regardait sa gorge et l’admirait avec envie (3).

C’est alors, 4 len croire, qu'il aurait eu sa plus brillante liaison, celle dont il était le plus fier, sa liaison avec celle qu’il désigne par des pseudonymes : Elvire, la comtesse Palfy, la comtesse Marie, Mme Petit.

Elvire, qui ne dépasse pas encore la trentaine, ales cheveux chatain foncé, les sourcils noirs et tres fournis, l’ceil petit et ardent. Toujours superbement mise, elle porte avec grace des robes charmantes. « J’aime a la folie, a dit Beyle, une robe bien faite; c’est pour moi la volupté, et la comtesse Palfy me donna ce gout (4). » Quoiqu’elle ait assez d’embonpoint, elle est active et se donne un mouvement extréme. Gaie, d’ailleurs, nullement mélancolique, nullement sentimentale, habile, dissi-

(4) Cf. Souvenirs d’égotisme. Beyle nous dit qu’il appartenait a la section de la guerre présidée par Gouvion Saint-Cyr, et qu’il fut un des « petits rapporteurs » de la levée des gardes d’honneur en Piémont.

(2) Journal, 13%; Vie de Henri Brulard, 78; cf. ci-dessous, chap. vii et 1x, p- 146-147 et 169.

(3) Vie de Henri Brulard, 258,

(4) Souvenirs d’égotisme, 106.

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mulant l’empire qu'elle exerce sur son époux, dont Beyle est le commensal et l’ami. .

Depuis quelque temps, elle se dégotte de la danse, du bal, des jouissances de vanité, de tout le faste qui lui plaisait. Elle lit volontiers les romans que Beyle lui préte, entre autres les Affinités électives de Goethe. Elle a l’air réveur.

Elle n’aime plus son mari, ou plutét elle ne l’a jamais aimé. Elle l’'a épousé, bien qu’il fat plus agé qu’elle, parce qu'elle avait alors de l’aversion pour les jeunes gens et parce qu'elle croyait que les mariages d’inclination tournent mal. Mais elle le regarde a présent comme trop vieux; elle juge qu’il manque de finesse et d’élégance. Elle se dit que le bonheur est dans l'amour. Elle a pour Beyle ce faible qu’ont les femmes pour les mauvais sujets : elle le sent capable de tout faire pour sa maitresse, et n’est-ce pas un des préceptes de Stendhal dans Amour qu’il faut avoir un mari prosaique et un amant romanesque?

Des 1807, pendant la campagne de Prusse, elle a été trés sensible aux attentions de Beyle, et un jour, dans son salon, elle a dit tout haut : « Venez donc, mon cher Beyle, que nous fassions la conversation ensemble. »

A Paris, au mois de décembre 1808, elle l’accueille avec amitié, lu offre. un appartement dans sa maison, et Beyle commence 4 lui tenir de galants propos, timidement, il est vral, et non sans précaution : il songe a « immense distance de rang » qui le sépare d’Elvire : il trouve quil y a pour l'un et pour l'autre des « obstacles insurmontables » et « le plus grand danger »; il est comme un courtisan amoureux d’une reine (1).

Durant la campagne de 1809, Elvire et Beyle correspondent. Elle rejoint A Vienne son mari, et a la premiére visite de Beyle, elle lui témoigne un tendre intérét, lui demande avec inquiétude s7il est guéeri d'une maladie qu'il avait. Elle s’empare de lui, et il la conduit par la ville, la conduit au fond du Prater, a cette Maison du chasseur criblée de balles et de

(1) Lettres intimes, 266, 269, 272, 27%,

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