‹ Stendhal-Beyle;Chapitre 23 sur 74 · CHAPITRE VIII L’INVASION · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII L’INVASION

Beyle attaché au sénateur Saint-Vallier, commissaire extraordinaire dans la 7* division militaire (26 décembre 1813). — Arrivée a Grenoble (6 janvier

181%). — Proclamations. — Delaroche, Marchand, Dessaix. — Campagne du Dauphiné. — Réle de Beyle. — Le moment le plus noble de sa vie. — Ses alarmes patriotiques. — Maladie, ennui, dépit. — Demande de rentrer

a Paris (22 février). — Voyage 4 Chambéry (28 février) et 4’ Carouge (8 mars) — Retour a Grenoble (14 mars). — Remplacement de Beyle (48 mars). — Arrivée 4 Paris (31 mars). — Adhésion aux actes du Sénat (7 et 11 avril). — Plus d’emploi. — Vaines démarches aupres des Bourbons. — Retour & Grenoble (29 juillet), — Arriyée 4 Milan (1% aovit). — Sentiments de Beyle sous les Cent-Jours.

Le 26 décembre 1813, lempereur dépéchait des sénateurs ou conseillers d’Etat en qualité de commissaires extraordinaires dans les divisions militaires. Ces commissaires, chargés d’accélérer la conscription, d’habiller et d’armer les troupes, de compléter les approvisionnements des places, de lever et d’organiser les gardes nationales, étaient accompagnés chacun - soit d’un maitre des requétes, soit d’un ou de deux auditeurs au conseil d’Etat.

Le sénateur comte de Saint-Vallier fut envoyé dans la 7° division militaire, composée des départements de I'Isére, de la Drome, des Hautes-Alpes, du Mont-Blanc, du Léman et du Simplon. Deux auditeurs lui étaient attachés: Beyle et Lamarre. Mais Lamarre, malade, devait sur l’ordre du médecin garder la chambre pendant plus de trois semaines.

Beyle avait eu d’abord. un mouvement de dépit (1). Il lu

(1) Notons en passant qu'un décret spécial du 2% décembre 1843 I’avait

exempté du service militaire.

a. or oe saa i " ae

semblait dur de délaisser en plein hiver Paris, l’opera buffa et Angelina Bareyter. Lorsqu’il ‘alla faire ses adieux a la comtesse Daru, il ne dissimula pas son mécontentement. Elle parut partager sa mauvaise humeur. « Sans cette maudite invasion, disait-elle, vous auriez été préfet dans une grande ville », et il crut deviner que cette ville était le Mans et peut-étre Toulouse.

Sa sceur Pauline et son beau-frére Périer-Lagrange étaient alors 4 Paris. Pauline avait bonne téte; elle déclara que cette mission en Dauphiné serait malencontreuse. « Elle voyait bien, a depuis remarqué Beyle, l’étendue du fumier dans lequel je tombais. » :

Mais Beyle n’était pas de ceux qu'il nomme les « nigauds. casaniers » , et il n’aimait pas le coin du feu. Chaque fois qu’il fallait partir et voir du nouveau, il ne pouvait réprimer un transport de joie. Son ambition se réveilla, et il pensa que cette fonction nouvelle lui vaudrait au moins la croix de la Réunion. II] écrivit sur-le-champ au ministre de Vintérieur, Montalivet, qu’il avait fait les campagnes de Berlin, de Vienne et de Moscou, qu’il était auditeur au conseil d’Etat et inspecteur du mobilier, qu’il prenait la liberté d’exposer ces titres pour obtenir a son retour « quelque distinction » s'il s'acquittait de sa tache 4 la satisfaction de ses supérieurs.

Il rendit visite 4 Saint-Vallier, et il avoue qu'il avait les plus grands préjugés contre lui. Un sénateur n’était a ses yeux qu’un vieillard imbécile, un étre plein de déraison. Il trouva dans Saint-Vallier un homme aimable et fonciérement bon qui avait l'usage du monde. Comme Voncle de Beyle, Romain Gagnon, et autres roués, Saint-Vallier était avant 1789 le fvori des dames de Grenoble. I] entretint Beyle des amours de Romain Gagnon et des insignes folies que des femmes avaient faites pour le bel avocat. Sa mission le remplissait d’orgueil ; il jurait de consacrer toutes ses forces et tout son temps a la défense du Dauphiné. « Je suis du pays, disait-il, j’y ai une partie de ma famille, ce qui me donne de grands moyens pour connaitre les hommes et les choses. » Mais i] manquait de fermete; il perdit la téte dans les circonstances critiques; il ne sut que se plaindre et se lamenter.

Beyle ne voulait pas quitter Paris avant son sénateur. Du 26 au 31 décembre, il alla quotidiennement deux fois chez Saint-Vallier. I] finissait par croire, par espérer que le commissaire extraordinaire resterait a Paris, lorsque le31 décembre, a onze heures, le portier de Saint-Vallier lui annonga que son maitre était parti dans la matinée. Le jour méme, 4 trois heures, Beyle s’éloignait avec sa sceur et son beau-frére; quoi quiil ait dit dans la Vie de Napoléon, l’empereur ne lui donna pas de vive voix des instructions détaillées. Pourquoi le souverain aurait-il conféré avec ce simple auditeur plutét qu’avec Saint-Vallier?

Il fit diligence. Le 6 janvier, presque au méme instant que Saint-Vallier, a trois heures du matin, au plus beau clair de lune, par un temps trés dous, il arrivait a Grenoble aprés avoir pensé durant la route a tous les moyens de résistance que le Dauphiné pourrait déployer (1).

Comme Beyle, Saint-Vallier n’avait vu sur son chemin dans l’étendue de la 7° division militaire que des gens trés inquiets, profondément découragés par la reddition de Genéve et du fort ’Ecluse. Son premier soin fut de rédiger une proclamation pour ranimer la confiance et rallier la population aux mémes sentiments, l’amour du prince et de la patrie. La proclamation, signée Saint-Vallier et contresignée l’auditeur au conseil d’Etat, de Beyle, portait que Napoléon et la France voulaient la paix, et que, pour avoir la paix, il fallait s’unir, se préparer aux sacrifices, se montrer a )’étranger dans une énergique et fiere attitude.

Cet appel ne rendit pas la situation meilleure. Le Dauphiné semblait ouvert a l’invasion. Ni Grenoble, ni le fort Barraux n’avyaient de garnison. 1,780 hommes étaient a Chambéry sous les ordres de Delaroche, et cette poignée de monde, chargée de défendre la Savoie et le Dauphiné, ne comptait que des

(4) Cf. sur cet épisode de la vie de Beyle et de l’invasion de 1814 les pages xxxvu-xn de la notice biographique de Colomb; les p. 34-37 de la Corresp., tome I (« Journal de mon triste séjour 4 Grenoble »), et les documents des archives du ministére de la guerre et des Archives nationales (F’ 7022), repro-

duits pour la plupart 4 l’appendice.

conscrits de la derniere levée qui n’avaient recu leurs fusils que depuis dix-huit jours. Le peuple se méfiait de Delaroche et de Daumas, qui commandaient, l’un la 7° division, l’autre le département de VIsére : tous deux avaient jeté Valarme dans la contrée en faisant partir leur famille et leur argenterie; les femmes des généraux étaient les seules qui se fussent enfuies.

Saint-Vallier se hata de se débarrasser de Delaroche. II assurait que Delaroche ne plaisaita personne par ses maniéres, n’entendait rien a sa besogne, ne trouyerait aucune ressource en un eas difficile, ne ferait aucun bien dans la région : tant que Delaroche serait la, on ne pourrait prendre de mesures insurrectionnelles. Mais le général Marchand, que tout Grenoble estimait a cause de ses formes douces et de son caractere conciliant, s’était offert, quoique malade, a seconder la défense. Le sénateur crut que Marchand l’aiderait a obtenir du pays le violent effort qu’exigeaient les circonstances. I] le déclara indispensable, capable d’opérer des miracles, et le 7 janvier le nomma commandant en chef des gardes nationales, corps francs et levées en masse du Mont-Blanc et de VIsére, en l'invitant a se concerter avec Delaroche.

L’arrété tit bon effet. D’anciens officiers de tout grade et de tout age proposérent leurs services a Saint-Vallier. Les démocrates, ceux qu’on appelait a Grenoble les plus forts jacobins, et les gentilshommes de l’armée de Condé consentirent a se ranger sous les ordres de Marchand. Mais les armes manquaient, et jusqu’a la fin des hostilités elles manquérent. Les fusils qu’on avait en petit nombre étaient si mauvais qu il fallait les réparer, et un méchant armurier, le seul qui fat a Grenoble, rajustait au plus deux mousquetons par jour. Quant aux fusils qu’on attendait de Paris et de Saint-Etienne, ils furent interceptés a Lyon par le comte Chaptal, et ceux qui venaient d’Italie arrivérent trop tard; aprés s’étre enterrés dans les neiges a Corps et a Brutinel, S’il y eut quantité de conscrits et de gardes nationaux, trés peu furent en état de se battre.

Le 16 janvier, Saint-Vallier prenait un grand parti. Delaroche, disait-il, entravait tout, écrivait sans cesse et ne faisait

or ee

rien, ne visitait pas ses postes une seule fois; Delaroche « était en horreur ». Il confia le commandement de la 7° division militaire & Marchand, en prétextant une maladie de Delaroche.

Mais Delaroche avait fait, selon le mot du sénateur, un mal incalculable; il avait tellement harassé ses pauvres soldats qu'on avait toutes les peines du monde 4 les rallier. Le brave et tenace Dessaix, qui dirigeait la levée en masse dans le département du Mont-Blanc, ne put garder Chambéry; il dut rétrograder sur Montmélian et de la sur Pontcharra et Chavannes. Les 500 hommes que menait Barral abandonnérent le poste des Echelles pour se replier sur Voiron. Partout, les conscrits, Piémontais ou Savoyards, s’enfuirent sans combat.

Le revirement fut prompt. Les recrues de I'Isére, incorporées dans les dépéts des trois régiments stalionnés a Grenoble, s’étaient passablement exercées, et le 11 février accourait de l'armée d’Espagne un bon bataillon de troupes de ligne. Marchand et Dessaix, comptant que les Autrichiens avaient quelque crainte d’Augereau, se portérent en avant. L’un reprit les Echelles, et l'autre Montmélian. Les envahisseurs, cédant le terrain, évacuérent Chambéry, puis Aix, puis Annecy, Rumilly, Frangy. C’était Dessaix qui les poursuivait, qui les refoulait. Il youlait, a aide des secours qu/il receyrait d’Augereau, réoccuper Geneve, et le 1* mars, tandis que le général Bardet s’emparait du fort l’Kcluse, il débusquait l’ennemi de Saint- Julien; le 2 mars, il entrait 4 Carouge et poussait ses patrouilles a trois kilometres de Genéve; le 3, 1] sommait Bubna de lm rendre la ville!

Mais Augereau rappelle ses troupes sur la Saéne pour arréter les mouvements de Bianchi qui se dirige de Macon sur Lyon et Bourg. Il ne reste devant Geneve qu'une faible division moins nombreuse que le corps autrichien. Marchand et Dessaix, quittant leur offensive brillante, se tiennent désormais sur la défensive. La conscription est suspendue dans le Mont-Blanc; la levée des impéts, entravée; l’action du gouvernement, paralysée. Encore, si Augereau avait l’avantage! Mais Augereau qui n’est plus l’Augereau de Castiglione, Auge-

reau qui n’a plus ses bottes et sa résolution de 93, se retire devant Bianchi; il perd la bataille de Limonest, parce qu’il s’éloigne a Vinstant décisif pour conférer avec les autorités lyonnaises; il recule de Lyon sur Valence. « La plume me tombe des mains! » s’écria Saint-Vallier a cette nouvelle.

La petite armée de Carouge se pressa de décamper. Dessaix

donna sa démission en disant que sa santé ne lui permettait plus de servir activement, et pendant que Saint-Vallier rejoienait Augereau a Valence, Marchand allait s’établir entre Montmélian et les Echelles. Telle fut la campagne du Dau-

phiné en 1814.

Beyle était venu, comme il dit, animé du feu sacré, ne songeant qu’aux moyens de repousser les Autrichiens. « De tous les maux, remarquait-il plus tard, qui peuvent accabler une nation, le pire est une invasion (1). » Il sentait palpiter en lui lame de son aiecul maternel, le chirurgien Gagnon, qui pleurait lorsqu’en 1746 les ennemis enyahissaient la Provence.

Il ne se ménagea pas. Durant le mois de janvier et Jes premiers jours de février, il seconda Saint-Vallier avec un zéle assidu, l’aida, selon l’expression du commissaire extraordinaire, 4 tout activer, a tout utiliser. I] n’oubliait rien : « J'ai leu de croire, disait-il, que les prétres dans le confessionnal n’agissent pas dans le méme sens que nous », et, sur son conseil, Saint-Vallier engageait l’évéque de Grenoble a publier un mandement patriotique.

Le commissaire extraordinaire écrivait presque quotidiennement, et a certains jours deux fois, aux ministres de la guerre et de l’intérieur. Le plus souvent, ¢’était Beyle qui tenait la plume. « Toutes mes lettres, reconnait Saint-Vallier, sont de ma main ou de celle de Beyle; on ne peut compter sur la discrétion des commis. » Colomb, l’ami et le biographe de Beyle, a raison de croire que le jeune auditeur dirigeait en réalité le sénateur.

Saint-Vallier avait une haute estime pour son collaborateur.

(1) Henri Conpier, Moliere jugé par Stendhal, x1.

I] ne cessait de dire qu'il était extrémement content de Beyle : Beyle était actif, trés intelligent, plein de moyens et de talents, un excellent sujet qui, malgré la fiévre et la lassitude, allait son train et faisait ce qu'il pouvait. « Mon pauvre auditeur, disait-il le 2 février, est malade, il va toujours, et toujours trés bien. » Dés la fin de janvier, il avait sollicité pour Beyle, ainsi que pour le conseiller de préfecture Jaubert de Beaujeu, préfet intérimaire des Hautes-Alpes, la croix bleue, la croix de ordre de la Réunion, en ajoutant que cette faveur serait politique dans cet instant de crise : « M. de Belle (sic) est tout seul avec moi; il succombe a la fatigue que nous avons jour et nuit; il a d’ailleurs d’autres services qui lui donnent quelques droits aux bontés de l’empereur. Si on m’envoyait ces décorations pour les remettre a ces messieurs, cela produirait un bon effet, et je serais encore mieux secondé. »

Ce fut peut-étre le moment le plus noble, le plus intéressant de la vie de Beyle, et c’est de ce moment qu'il a le moins parlé. Avec tous les Grenoblois, il avait désiré que Marchand fat mis a la téte de la force armée : il jugeait Delaroche infirme et trop 4gé; Marchand était sur les lieux et montrait. du zele. Il applaudissait aux excellentes dispositions du Dauphiné, 4 l’ardent patriotisme des maires de Pont-de-Beauyoisin, de Vizille, de Voiron, a l’empressement des paysans qui portaient du pain aux troupes et du yin des qu’eiles paraissaient dans les vallées. Il félicitait le pere d’un de ses amis d’enfance, M. de Bérenger qui venait offrir son épée au commissaire extraordinaire, M. de Marcieu que Marchand nommait son aide de camp, M. de Barral qui, malgré ses soixante-dix ans, déployait la bravoure et l’'activité d’un jeune homme, le général Jouan qui, bien que souffrant encore d’un bras amputé, hatait l’approvisionnement des places des Hautes-Alpes, et voulait, en cas d’attaque, se jeter dans Briancon. II regrettait le mauyais esprit des Savoyards qui s'efforcaient de décourager et d’épouvanter les Dauphinois. I] déplorait le manque de fusils, les rues de Grenoble remplies de conscrits désceuyrés qui se promenaient les bras ballants; laisserait-on, faute de fusils, les Autrichiens pénétrer dans le Grésivaudan! Et il demandait avec

impatience quand viendraient les dix mille fusils que le ministre de la guerre avait promis de tirer d’Italie : sitot que ces dix mille fusils seraient arrivés, on aurait dix mille soldats de plus. Il gémissait sur la pénurie d’argent : la caisse du receveur était presque toujours vide; personne ne payait les contributions; les particuliers n’acquittaient pas leurs dettes; « que ne ferait pas le Dauphiné, si l’on pouvait distribuer aux habitants cinquante mille fusils et avoir quelque argent! » Il réclamait un peu de troupes réguliéres, et il se faisait fort de sauver le Dauphiné avec un millier d’hommes, pourvu qu’ils servissent depuis deux ans.

Le 16, le 17, le 18 janvier, il crut tout perdu. Chaptal écrivait que les ennemis allaient se saisir de Lyon. Le courrier de la poste annoncait que les Autrichiens étaient entrés dans la ville, et Grenoble les voyait déja s’engager dans les montagnes. Beyle fut du conseil de guerre qui se tint le 16 janvier, de sept heures a onze heures et demie du soir, dans l’hotel de la préfecture. Saint-Vallier, Marchand, Daumas, le colonel Fiereck, directeur de l’artillerie, le colonel d’Hautpoul, directeur des fortifications, le chef de bataillon Bourgade, le commissaire des guerres Bourgeois de Saint-Paul, faisant fonctions d’ordonnateur, assistaient 4 la réunion. Tous les membres du conseil | reconnurent que Grenoble ne pouvait étre mis al’abrid’un coup de main, qu'il fallait évacuer sans retard sur Valence l’artillerie de siége et surles places des Hautes-Alpes les poudres etce qu'il y avait de meilleur dans I’artillerie de campagne, qu’il n’était possible de défendre la ville du cété de la vallée du Grésivaudan qu’au fort Barraux et a Chateau-Bayard, du cété de Lyon qu’a Voreppe et au pont de Piquepierre.

On sut le 19 janvier que les Autrichiens n’étaient pas a Lyon. Ils entamaient toutefois le Dauphiné. Ce jour-la, a midi, un courrier apportait la nouvelle que Delaroche battait en retraite sur Barraux. Saint-Vallier nomma sur-le-champ au commandement supérieur du fortle colonel Rivereau, et Beyle approuva le choix de cet homme énergique (1). Mais. les

(4) Cf. sur Rivereau notre Ecole de Mars, p. 140.

échecs se succédaient. L’ennemi entrait a Pontcharra et « poussait » les conscrits; il tournait le passage de la Grotte, il occupait les Echelles.

Le 21 janvier fut le jour des plus grandes alarmes. La consternation était partout. Saint-Vallierjugeait la position affreuse : « Qui sauvera, disait-il, Grenoble et I'Isére? Je ne sais plus ow jen suiset a qui entendre.» Et il projetait de s’établir 4 Valence avec Beyle pendant que le préfet Fourier se placerait a Saint- Marcellin, au centre du département. Marchand assurait que les conscrits refuseraient de se battre, que l’ennemi serait devant Grenoble le lendemain ou le surlendemain, et il proposait de poster a Giéres, Aune demi-lieue de la ville, tout ce qu’on avait de monde. Mais Beyle rappela la décision du conseil de guerre, dont les raisons lui semblaient évidentes, et avec les militaires il déclara qu'il était dangereux de défendre Grenoble dans Grenoble, que la garnison serait prisonniére aprés une demi-heure d’attaque, qu’il valait mieux lutter pied a pied, a lespagnole, en organisant des guérillas.

Les Autrichiens ne bougerent pas, et le Dauphiné respira. Mais le 1* février la prise des Echelles répandit de nouveau le trouble et l’effroi dans Grenoble. L’ennemi jetait des partis dans les montagnes de la Grande-Chartreuse, et Saint-Vallier se désolait : les postes tournés, pas un fusil, pas un sol! !1 fit armer le petit fort de la Bastille; il envoya deux compagnics franches, composées d’anciens militaires, a la Chartreuse ct dans les villages: environnants; il demanda le vingtiéme des impots de 1814 aux contribuables, et le 6 février, dans les halles de Grenoble, il passa la revue de la garde nationale, qui laccueillit aux cris de Vive l’empereur! Les deux Beyle, le pere et le fils, l’adjoint et l’auditeur, accompagnaient le commissaire extraordinaire et parcoururent les rangs avec lui.

Mais Beyle ne serait pas Beyle si sa tache ne l’avait rebuté. Cet inconstant par excellence ne savait pas finir ce qu il avait commencé, et sa ferveur venait bientdt a se relacher. I] ressemblait en ce point a Fauriel : des qu’il pouvait, il donnait sa démission; il était toujours pressé de sortir d'une situation pour entrer dans une autre, et il ne voulait ni dépendre de personne,

ni sacrifier ses goits & qui que ce fat, méme 4a la patrie.

Il avait, dés son arrivée, demeuré chez son pére, puis, le 16 janvier, croyant a la prise de Lyon, il était venu loger a la préfecture pour recevoir les estafettes pendant que dormait Saint-Vallier. L’immense chambre qu'il occupait était froide et humide ; les portes et les croisées mal jointes y laissaient pénétrer l’air de tous cotés; il eut de nouveau la fievre nerveuse, et Saint-Vallier écrivait que son auditeur, dangereusement malade» était hors d’état de travailler.

La mauvaise humeur et l’ennui s’ajoutérent a la fievre. Les Grenoblois, lisant sur les murs les proclamations de Saint- Vallier contresignées de Beyle, riaient de la particule que leur compatriote s’était attribuée. Ils ne se bornérent pas a des lazzi. C’était a qui effacerait avec de l’encre ou a coups de grattoir ce malheureux de. Certains annotérent ainsi |’affiche - « Faute d’impression» , ou encore : « Plaisanterie fort déplacée dans les circonstances o4 nous sommes. » Beyle recut cing ou six lettres anonymes.

Son amour-propre s’offensa. Les procédés du baron Rostaing, inspecteur aux revues, qu'il accuse d’une « bétise étonnante » , et surtout les tergiversations du préfet Fourier, achevérent de le dégoater. Fourier, professeur de mathématiques aux écoles militaires de Rebais et d’Auxerre, professeur de physique a l'école centrale de ’Yonne, professeur d’analyse et de mécanique A l’Ecole polytechnique, membre de I'Institut d’Egypte et plus tard secrétaire perpétuel de Académie des sciences, était préfet de I'Isére depuis douze ans, et le pays lui devait le desséchement des marais de Bourgoin (1). Mais il était lent parce qu il voulait trop bien faire, et Saint-Vallier, qui d’abord le portait aux nues, finit par se lasser de lui: « Je le pousse tant que je puis, écrivait le sénateur; il est en arriere sur tout.» De méme que Saint-Vallier, Beyle était agacé par les scrupules et les atermoiements de Fourier : « Ce petit bavard, s’écriait-il, a l’ame parfaitement petite, la politesse basse

(1) Préfet de I’Isére le 42 février 1802 et du, Rhéne le 12 mars 1815; mis i la retraite le 16 juin 1815.

d'un domestique, et avec son bavardage infini il arréte tout

et entrave tout; il prend pour but l’écriture et non pas les actions, dont l’écriture n’est que la note. »

Ii tomba dans une sorte d’apathie. « Pourtant, se disait-il, on n’est pas plus béte a Grenoble qu’ailleurs. » Mais il savait ce que valaient les gens qui l’entouraient, et il connaissait leur vie antérieure. Si quelques-uns, comme le maire Renauldon et l’'adjoint Lavalette, étaient des hommes raisonnables et sages, quoique dépourvus d’agrément, les autres lui paraissent «petits», et il se plaignait d’étre «dans le quartier général de la petitesse » .

Excédé, Beyle quitta la préfecture et revint coucher chez son pere. Le surlendemain, pour étre plus libre, il louait une chambre dans la rue Bayard, et il eut, dit-il, plusieurs moments de solitude qui ne furent pasinfectés d’ennui. Sa sceur était sa confidente; elle invita une amie intime qu’elle avait a Vizille, Mme Derville. Beyle, Pauline et Mme Derville firent des promenades a Claix, a Vizille, ailleurs encore. On jasait longuement tous les soirs; le « batard» , sentant qu’il était de trop et que cette conversation dépassait ses forces, se retirait a dix heures; jusqu’apres minuit, Beyle exposait avec complaisance a ses deux compagnes quelques vérités sur homme et sur les arts.

Saint-Vallier avait appelé a son aide un auire auditeur, Sirot, sous-préfet de Ghambéry. Mais Sirot était bien loin d’avoir lintelligence de Beyle, et le sénateur n’osait lui confier rien d’important. Lui aussi fut indisposé. « Mes auditeurs sont malades, marquait Saint-Vallier au milieu de février; je ne yois plus M. Beyle et n’entends plus parler de lui. Sirot reste dans son lit a se soigner, je suis seul, j'ai été aussi malade et n’ai pas interrompu mon travail. Ges jeunes gens sont par trop délicats et’ peu zélés.» Par bonheur, il avait fait venir de Lyon un petit parent, nommé Mazuyer, qui fut son secrétaire, et le 22 février l’auditeur Lamarre (1) arrivait de Paris.

(1) Lamarre, avocat ala cour d’appel de Paris, auditeur au conseil d’Etat (4° aout 1840), attaché & l’administration de l'enregistrement et des domaines (44 janvier 1811); il était, dit Beyle, fils d’un homme puissant par sa fortune.

Le jour méme ou Lamarre se présentait, Beyle demandait officiellement l’autorisation de rentrer 4 Paris. II écrivit a la fois en son nom propre et au nom de Saint-Vallier. Malgré sa bonne volonté, affirmait-il, il n’était que peu utile a son sénateur; depuis plus d’un mois il souffrait des suites de la fiéyre nerveuse; il avait donné des preuves de zéle, payé sa dette, et il méritait un repos nécessaire; d’ailleurs, l’ennemi s éloignait, et le nombre des affaires diminuait; enfin la gestion du mobilier de la couronne exigeait sa présence, puisque rien ne se payait sans son visa‘ou celui de son collégue Lecoulteux, qui comme lui était en mission.

Saint-Vallier avait souhaité que Lamarre « soutint mieux la fatigue que les autres ». Il reconnut bientot que Lamarre n’était pas «fort» et n’avait, comme Sirot, que peu de moyens. « Beyle, disait-il le 25 février, est toujours malade, etjene le vois presque jamais; mais c’était le plus instruit de mes auditeurs. »

Vint la reconqueéte de la Savoie. Le sénateur se rendit le 28 février a Chambéry. I] emmenait avec lui Beyle — qui n’avait plus la fiévre, parce quil partait de Grenoble, — Lamarre, Mazuyer, et il était trés content de ses trois auxiliaires. Le 8 mars, il envoya Beyle et Lamarre au quartier général de Marchand a Carouge : les deux auditeurs devaient s’assurer des besoins de la petite armée et du fonctionnement des services. Il fut trés satisfait des rapports qu’ils lui firent a leur retour.

Colomb avait accompagné Beyle dans ce voyage. Le lendemain de leur arrivée a Carouge, au point du jour, les deux amis qui couchaient dans la méme chambre furent réveillés par un fracas étrange : un boulet autrichien était venu tomber dans la toiture de lauberge.

La stagnation soudaine des opérations militaires inquiétait les Dauphinois, qui criaient a la trahison. Beyle s’efforca de connaitre l’état des choses. Il vit les deux eénéraux Marchand et Dessaix. A la vérité, Dessaix, qui aurait da étre subordonné a Marchand, son ancien, affichait des airs d’indépendance et faisait tous ses mouvements sans avoir recu d’instructions. Mais il avait plus de chaleur que Marchand et un plus ardent patriotisme. « C’était, dit Beyle, un brave général, digne du

a © ss

grand homme dont il portait presque le nom, et aussi libéral que lui. » Marchand, plus froid, se tenait a Vécart, se montrait. peu aux soldats, et Beyle Vaccusait de paralyser par son égoisme et par unc incurable médiocrité les talents de Dessaix. L’un, remarquait-il, est le médecin Tant-Mieux, et l’autre le médecin Tant-Pis. I ajoutait que rien n’était plus facile que d’enlever Genéve, méme avec le peu de forces dont on disposait; que Marchand manquait d’audace, que l’entreprise réussirait si elle était confiée a Dessaix.

Trois semaines se passérent. Saint-Vallier, comprenant que sa présence n’élait plus nécessaire a Chambéry, a l’extrémité

de la 7* division militaire, regagna le département de l’'Isére. II.

était a Grenoble le 14 mars. Beyle avait alors regu du ministre de l'intérieur la permission de se rendre a Paris. Le 18, le com-

missaire extraordinaire arrétait que M. de Beyle serait, «vuwson

indisposition grave », remplacé par Sirot, et le lendemain il écrivait au ministre que Sirot et Lamarre n’étaient «ni forts ni travailleurs » , que Mazuyer restait sa seule ressource et méritait d’étre nommé auditeur.

Ainsi se terminait pour Beyle un des épisodes les plus mémorables de sa vie. Qui ne regrettera qu'il n’ait pas tenu jusqu’au bout a son poste et qu’il n’ait pas rempli son devoir qui lui prescrivait de partager le destin de Saint-Vallier? Pourquoi perdait-il patience? Pourquoi se lassait-il si vite de sa patriotique besogne? Pourquoi, sous l’empire de mesquines préoccupations d’amour-propre, laissait-il s’attiédir son zéele d’abord si bralant? Aussi, cette croix bleue qu’il désirait, il ne l’eut pas. Elle fut donnée au conseiller de préfecture Colaud la Salcette. Beyle déclara qu'il n’en youlait pas a Saint-Vallier et que le sénateur n’avait pu recommander au ministre un homme qui sollicitait son rappel. Mais il était piqué, et ces lignes de son Journal qwil a reproduites dans Rome, Naples et Florence trahissent son dépit : « J’ai manqué une distinction a laquelle javais toute sorte de droits et qui seule maintenait mon ambi-

tion vivante. »

Il dut faire un long détour pour revenira Paris, et il remarqua

146 STEN DHAL-BEYLE

sur sa route l’abattementdes populations : plus d’énergie, plus de déyouement parmi les fonctionnaires; l’empire, a-t-il dit depuis, avait éclipsé la patrie, et la France était fatiguée de l'insolence des préfets et autres agents de Napoléon. Les alliés attaquaient Paris lorsqu’il rentra dans son logis de la rue Neuve du Luxembourg. II déplora l’imbécillité des ministres de l’empereur, mais il apprit sans indignation ni révolte la capitulation de Paris, et le 1** avril il écrivait 4 sa sceurque la bataille avait été fort belle, que les maréchaux ayaient fait des prodiges, qu'il avait vu les Russes prendre la montagne de Montmartre, que tout le monde s’était bien conduit, qu'il n’y avait pas le moindre désordre.

Comme tant d’autres, il suivit le courant. Le 7 avril, en sa qualité d’adjoint aux commissaires des guerres, il envoyait au ministre Dupont son adhésion a tous les actes du Sénat, et le 11 il signait au palais des Tuileries la déclaration du conseil d’Etat : avec les conseillers, maitres des requétes et auditeurs rassemblés dans leurs sections, il adhérait aux actes du Sénat et du gouvernement provisoire, ainsi qu’au rétablissement de

la dynastie des Bourbons.

Le conseil d’Etat fut dissous, et Beyle, fidéle a son caractére, se sentit tout aise de n’étre plus auditeur : il était, disait-il, « bien dégoaté de ce métier et de la bétise insolente des puissants ». Mais il n’avait plus ni fonctions ni appointements. I] prétendait plus tard qu’il avait toujours adoré Napoléon et qu il éprouvait en 1814 un extréme mépris pour les Bourbons, qu il regardait comme une « boue fétide ». A l’entendre, il aurait eu a cette époque « l’esprit de comprendre qu’il n'y avait plus en France que de |’humiliation pour qui avait été a Moscouy . Il aurait méme refusé une place superbe. Beugnot, commissaire au ministére de l’intérieur, lui offrait la direction générale des subsistances de Paris, et Beyle était en admirable posture pour accepter, puisqu’il n’avait rien sollicité. Sa réponse fut vague. Beugnot, qui « avaitde la yvanité comme deux Francais », eut du dépit et donna l'emploi a un autre, qui se retira

quatre ou cing ans plus tard, « las de gagner de l’argent et, dit-on, sans voler » .

ere

Cela est trés beau. Mais Beugnot savait sans doute que Beyle n’avait que peu d’expérience en la matiére, et nous lisons dans ses Mémoires qu'il recourut a un estimable et capable négociant, Vanlerbergue, que l’empereur avait fort mal payé de ses services; ce Vanlerbergue, que Beugnot avait eourageusement défendu contre Napoléon, assura les subsistances. D’autre part, si Beugnot fut, comme dit Beyle, trés choqué, pourquoi le recommandait-il le 5 juillet a la bienveillance particuliére de Talleyrand, en ajoutant qu'il aurait beaucoup de satisfaction, si son témoignage conciliait au jeune auditeur les bontés du ministre? Pourquoi Beyle, qui détestait tellement Louis XVIII, désirait-il le servir? Pourquoi, dans une lettre du 18 juillet au ministre de la guerre qu’il suppliait de lui conserver son traitement de non-activité, rappelait-il le serment qu il avait prété a1’ « auguste maison de Bourbon? » Pourquoi Beugnot, dans sa lettre 4 Talleyrand, disait-il que Beyle était homme d’opinions mesurées et méritait d’étre distingué par le nouveau gouvernement (1)?

En réalité, Beyle méprisa les Bourbons, parce que les Bourbons le méprisaient. I] avait demandé le consulat de Naples : une jolie femme l’obtint pour son mari. Il avait demandé Rome, demandé la place de secrétaire d’ambassade a Florence : d’autres lui furent préférés. Il ne lui restait plus que la demi-solde de 900 frances qu'il touchait comme adjoint aux commissaires des guerres.

Il est dés lors « blasé sur Paris ». Peu lui importe la chute de Napoléon; peu lui importe la résurrection de toutes les « petitesses »; peu lui importent les sottises de M. de Blacas qui le font penser aux Stuarts. Il trouve que c’est folie de blamer et de hair, de s’occuper de la politique. Que l’empereur de Chine fasse pendre les philosophes; que la Norvége se donne une constitution ou sage ou ridicule; que les Autrichiens viennent présenter la main au roi de Naples et le faire descendre de son tréne; il n’en a cure. Au mois d’aout 1814,

(1) Voir dans Farcers, Stendhal diplomate, 255, la lettre de Beugnot, et & notre appendice celle de Beyle au ministre de la guerre, 18 juillet 1814.

il gagnait I’Italie (1). « Rome, s’écriait-il dés le 4 juillet, Rome est ma patrie, je brile de partir! » Il n’alla que jusqu’a Milan, et la, dans les bras de la Pietragrua, il oublia tout.

C’est a Milan, vers cette époque, qu'il sut la mort de la comtesse Palfy. « Quelle affreuse nouvelle, écrit-il 4 sa sceur, m’apprend le journal! La mort de Mme ***! C’était, aprés toi, la meilleure amie que j’eusse au monde.

Achille est mort, grands dieux, et Thersite respire! »

Mais celle qu'il] nommait la comtesse Simonetta lui fit bientét oublier la comtesse Palfy, et il riait avec elle lorsqu’au théatre de Ja Scala elle se servait, non de ses doigts, mais de sa langue, pour prendre dans la boite qu'il lui tendait, de petites graines de cachou.

Il ne revint méme pas en France aprés la fuite des Bourbons. Le retour de Napoléon débarquant de Vile d’Elbe et marchant droit sur Paris lui semblait plus tard lentreprise la plus belle des temps modernes. Mais en mars 1815, il pensait autrement, et, sil avait été a Grenoble, il eat peut-étre partagé la froideur des bourgeois qui se disaient les uns aux autres que Napoléon pouvait étre arrété a Lyon par l’armée royale ou tué d’un coup de fusil par quelque fanatique. Prévoyait-il que l’empereur, ayant l'Europe entiére a combattre, n’avait aucune chance de succés? Faut-il le croire, lorsqu il assure en 1822 que l’Acte additionnel lui éta toute illusion et tout regret? Il devina, a-t-il dit, que si cette piéce renfermait plusieurs principes justes, c’était Benjamin Constant qui les avait insérés malgré Maret et l’empereur; il retrouva dans le Napoléon des Cent-Jours lambitieux qui naguére s’efforeait d’étouffer en France l'amour de la liberté, et il youlait que dans une tragédie sur le retour de Vile d’Elbe, qu'un homme de génie composerait sans doute dans un demi-siécle, on vit Napoléon au troisiéme acte, et dés qu il est 4 Lyon, renoncant a ses idées populaires, se remettant a créer des nobles, s’eni-

(1) IL est le 29 juillet & Grenoble et repart peu de jours aprés pour arriver 4 Milan le 1% aotit (cf. & l’appendice le certificat de notoriété du 26 avril 1817),

vrant des jouissances du despotisme, et au quatriéme acte, dans sa folie de la fausse gloire et des habits de satin, refusant a Constant une constitution raisonnable, parlant de son intérét propre, traitant la France comme son domaine.

La vérité — et il l’avoue dans une de ses notices nécrologiques — c’est que la Pietragrua l’empécha de revenir en France. Mais, sans le youloir, il s'est jugé lui-méme dans une page de sa Chartreuse de Parme. Le héros du roman, Fabrice del Dongo, s’étonne, en arrivant a Paris, de l’insouciance des jeunes gens qu'il rencontre. Beyle a eu cette insouciance en 1815; ila été de ces Frangais qui, a la grande surprise de Fabrice, ne furent pas « profondément émus de lextréme danger que courait la patrie » .

Page 1