CHAPITRE Ix Vass
tailleur, quil ne possede plus d’autre ressource que sa demisolde de 415 francs et une pension viageére de 1,600 francs, cest-a-dire cing francs par jour. Comment avec cette faible somme se nourrir, se loger décemment, s’habiller élépamment? Il insére sans doute au New Monthly Magazine des articles sur les livres nouveaux, et c’est pourquoi il venait aux dimanches. de Delécluze récolter des jugements et des traits @esprit. « Ecoutez bien, répétait-il a Mérimée en montant Pescalier, car si je parle, je suis distrait, et j’oublie ce que disent les autres. » Et, en partant, il s’écriait tantot: «Je n’ai rien», ct tantét: «J’ai mon article!» Mais le libraire Colburn, directeur de la revue, paye irrégulicrement son collaborateur et fait faillite en 1828. Il publie sans doute quelques ouvrages. Mais si Delaunay lui donne 1,000 francs pour la nouvelle édition de Rome, Naples et Florence, et Buros 1,200 francs pour Armance, l'Amour ne lui rapporte pas un écu, l’impression de Haydn lui cotte 1,790 francs, et c’est le généreux Crozet qui solde les frais de la publication de l’Histotre de la peinture et débourse de ce chef 1,770 franes a Didot(1).
Il essaye d’obtenir un emploi. Ne projetait-il pas des 1819 d’écrire 4 Daru, devenu pair de France, pour user, comme jadis, de Vinfluence de son cousin? Son ami et ancien collegue d’auditorat, Amédée de Pastoret, consciller d’Etat, lui fait conférer en 1828 le titre de vérificateur adjoint des armoiries pres la commission du sceau. Mais cette place qui sonne si bien et qui n’impose aucun travail n'est pas rétribuée, et l'année suivante il tente vainement, au départ de Méon, d’entrer par le crédit de Champollion-Figeac au département des manuscrits de la Bibliotheque royale comme auxiliaire (2).
Beyle tomba dans un profond désespoir. II rédigea testament
(1) Aug. Corvien, Comment a vécu Stendhal, 179-203.
(2) Henri Corpienr, Stendhal et ses amis, 46 et 55; Moliere jugé par Stendhal, xxxly; note de Colomb, communiquée par C. Stryienski: « Un fonctionnaire de Vétablissement fit observer a ses confréres que receyoir parmi eux un homme d’humeur aussi bizarre serait introduire le loup dans la bergerie et inaugurer le désordre dans la Bibliothéque. Les choses en restérent donc 1a, et
'Beyle en ressentit une vive peine, »
sur testament, et une nuit, le 6 décembre 1828, résolut de mourir. Mareste et surtout Colomb le réconfortérent, lui rendirent du coeur. Presque tous les matins, durant six mois, Colomb vint « piocher ferme » avec lui, l’aider a terminer les Promenades dans Rome, et le 14 mars 1829 Beyle vendit l’ouvrage 1,500 francs. Il reprit gout a la vie, et la révolution de juillet 1830 le mit bientot a Vabri de la détresse.